UNE NÉGOCIATION ENTRE EMPLOYEURS ET EMPLOYÉS
Par Jacques Légaré, ph.d.
Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm
I. LES DEUX GROUPES: face à face; les patrons au bureau en avant.
La classe se divise par tirage au sort en deux groupes: les employeurs et les employés. Les employeurs forment le 1/3 de la classe. Le jeu de simulation consiste en une négociation entre les deux groupes. Les patrons ne font rien, sauf négocier. Seuls les employés travaillent.
II. L'OBJET DE LA NÉGOCIATION: durant deux heures sans interruption.
Les employeurs négocient avec leurs ouvriers le travail que ces derniers devront faire à la maison. Ce travail consiste à rédiger le résumé individuel et personnel de 5 articles de Problèmes économiques, sans copier le texte mot à mot; tout résumé doit être à simple interligne et sur ordinateur selon la mise en page déjà connue; tout résumé doit être individuel, personnel, donc pas de photocopie ou partage des tâches entre étudiants.
Les catégories du barème de correction sont les suivants:
A. La lisibilité de l'écriture
B. La longueur du résumé
C. La qualité du style
D. Les fautes d'orthographe et de syntaxe
E. La saisie de l'essentiel
Vous négociez le nombre maximal de points attribuables à chacune.
Le résumé sera corrigé par le professeur qui adoptera pour sa correction le barème négocié. Si la négociation n'aboutit pas, la note est de ZÉRO pour tous, car dans la réalité un produit non livré réduit à ZÉRO les recettes, les profits et les salaires.
III. LA NOTE DES OUVRIERS (salaires) LA NOTE DES PATRONS (profits)
A. Les ouvriers:
Chaque étudiant reçoit une note sur 20 pour son résumé dont on enlèvera une plus-value ou tranche de 20% dans une banque patronale de points.
B. Les patrons:
1. Si le résumé a moins de 3 pages ou si la moyenne de la note des ouvriers est inférieure à 60% les patrons ne toucheront aucun % de plus-value (profit): ils auront ZÉRO.
2. Si le résumé a 3 pages et plus et si la moyenne de la note des ouvriers dépasse 60%, les patrons se partageront à parts égales la plus-value de 20% enlevée à leurs ouvriers. Le professeur avant le partage multipliera par un nombre connu de lui seul la plus-value. Ce nombre inconnu représente la satisfaction du marché.
C. Le professeur représente à la fois le système et le marché... Il ne peut répondre à aucune question, car il n'existe qu'à la toute fin pour acheter (juger) le produit (le résumé).
ATTITUDES & COMPORTEMENTS CONSTATÉS (1971 à 1999).
Les leaders naturels s'affirment et dominent chacun des deux groupes. Les employés se minorent et sont flattés par leurs employeurs. 3 groupes se forment: les leaders intimidateurs + leurs partisans + les spectateurs passifs. Tous les caractères se révèlent: les durs, les conciliants, les rusés, les révolutionnaires, les manipulateurs, les attentistes, les retirés, les fraudeurs (qui veulent tricher l'exercice en le faisant en groupe). Les employés se fichent de la qualité; ils cherchent toujours à minimiser la quantité de leurs efforts. Les patrons tour à tour provoquent, insultent, rusent, flattent. Les employeurs se minorent et font semblant de vouloir bien travailler.
Acceptation spontanée des concessions à l'intérieur de chaque groupe quand le leader naturel en propose; jamais le leader ne fait entériner démocratiquement par vote sa proposition de modification. Rarissimes démissions.
Solidarité d'intérêt sans faille à l'intérieur des deux groupes, rarement un "traître" surgit, très vite rabroué. Quelques marginaux se transforment en simples spectateurs. Respect strict de l'heure-limite à la négociation. Sens inné en chaque groupe de son intérêt de groupe opposé à celui de l'autre; spontanéité du conflit d'intérêt.
Les deux groupes sont d'abord en conflit, souvent divergent d'interprétation sur le document, puis se rapprochent. Respect du pouvoir, du statut et des rôles de chaque groupe par l'autre. Les ouvriers acceptent par fatalité leur statut, optent pour la médiocrité facile, et les patrons leur chance, qui optent pour le sérieux et la qualité du travail. S'opère avec régularité un rapprochement progressif. Rarement, émergence d'un médiateur. Les arrogances patronales répondent coup pour coup aux insolences ouvrières. Certains gèrent mal les conflits, ou s'en amusent.
1. Arguments souvent tirés hors de votre contexte précis, tirés de d'autres cours, de d'autres professeurs.
2. Discussions passionnées et échaudées. Amitiés froissées. Intimidations verbales; quelques grossièretés.
3. Reprise incessante des mêmes arguments. 4. Recours à l'autorité extérieure: "Le professeur a dit que..."
5. Tentatives de ridiculiser la partie adverse. 6. Brefs temps morts vides d'arguments. Les patrons dépriment peu.
7. Vous faites souvent valoir faussement l'intérêt de la partie adverse sachant que cet intérêt est factice et que cet argument sert plutôt le vôtre que vous tenez caché. Pointes de nihilisme en ridiculisant l'importance de l'exercice.
8. Vous utilisez sciemment des arguments de mauvaise foi. L'argument faible provoque toujours l'hilarité.
9. Certains font flèche de tout bois; d'autres mûrissent l'argument et le ressasse de toutes les façons. Les arguments sont jetés en vrac et s'annulent réciproquement. La confusion des débats favorisent les leaders naturels.
10. Chacun cache sa satisfaction lors d'une concession de la partie adverse; tous cherchent à dénigrer cette concession comme insuffisante. Aspect ludique et comique de la négociation; une vraie comédie humaine
11. L'écart de départ entre les propositions, grand ou petit, ne change rien, ni le nombre ou la qualité des arguments, ni la durée et l'heure du règlement. Très rares lock-out patronaux, qui font plier les ouvriers.
12. Les leaders naturels ne sont pas ceux qui obtiennent généralement les meilleures notes. Alors, soit que le système scolaire ne sait pas les identifier, ou que ses évaluations sont déficientes.
13. Explosion de joie à la fin de la négociation, car la tension se relâche. La satisfaction d'avoir été le maître de ses conditions de travail atténue l'aliénation de l'employé d'être dominé par ceux qui le commandent dans la hiérarchie tayloriste du travail.
14. Tentatives de modifier le système, souhaits d'être aidé par un conciliateur. Lassitude des participants passifs.
15. La pression de la limite de temps vainc tous les participants. Puis 2 expériences uniques: effondrement moral des patrons: ils acceptent de devenir ouvriers, donc de faire les résumés comme tous les autres: c'est le triomphe de l'autogestion! Un jour, des patrons trop bons se font rouler par des employés retors. Un ouvrier se "réveille", affirme tout haut que le grand coupable c'est le professeur-système, s'approche de lui et, dans un geste audacieux de rébellion, lui fait sauter par une gifle le crayon qu'il tenait dans sa bouche comme cigare!
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