Cinq analyses de la crise du Proche-Orient
par Jacques Légaré (ph.d. en philosophie politique)
Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm
1. La solution à la crise du Proche-Orient et au terrorisme
2-Sauvons nos Juifs !
Une deuxième Shoah est une certitude
3. De nouveaux «11 septembre» sont inéluctables
4. La seule solution à long terme:
le paradis pour Juifs qu'est... L'Amérique !
5. La terre d'Abraham
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1. La solution
à la crise du proche-Orient
Et
au terrorisme
I. Reconnaissances
Il est nécessaire que l'Occident reconnaisse les faits suivants et leur évaluation rationnelle, historique, humaniste:
1. L'existence toujours active de l'antisémitisme occidental, véritable créateur de l'État d'Israël, ce bouclier de coton pour protéger les Juifs contre les violences arabes (1925-2004) qui ont simplement remplacé les occidentales (depuis toujours).
2. Le rejet occidental de la communauté juive sur une terre qui n'appartient pas aux Occidentaux (Juifs ou Chrétiens), est générateur d'une humiliation universelle des Arabes et de leur haine inextinguible. Elle n'aura jamais de fin, à moins que l'Occident reconnaisse l'échec de sa désastreuse politique au Proche-Orient.
3. Ce vol occidental d'une terre arabe par les Occidentaux pour se débarrasser des Juifs, sans jamais l'avouer, est né de son antisémitisme, camouflé en sauvetage généreux, et de son christianisme dévoyé. Il a causé en Palestine plus de morts juives que les séculaires pogroms en terre européenne.
4. L'injustice constante depuis 1917, aveugle ou inavouée, envers tous les Arabes se double du mépris d'une valeur traditionnelle arabe, l'hospitalité, qui ne leur a jamais été respectueusement demandée par les Occidentaux pour fins d'une implantation occidentale juive sur une terre arabe.
5. L'atavique et millénaire incapacité des Occidentaux (Juifs) à se défendre efficacement contre l'antisémitisme polymorphe. En cette «terre promise» infestée de violences, recevoir 5 guerres sur la tête, et des milliers d'actes terroristes au visage, est la preuve militaire de l'échec politique occidental sioniste. Il faut reconnaître que le sionisme est anti-juif.
6. Le refus ou l'aveuglement des Occidentaux (Juifs israéliens) de choisir la bonne « terre promise» (l'Amérique) pour leur sécurité et leur prospérité.
7. Le refus antisémite des Occidentaux (non Juifs) d'accueillir en totalité les Juifs aux États-Unis et au Canada pour les protéger de l'antisémitisme meurtrier.
8. Le refus des Occidentaux de soutenir, après 1945 et jusqu'à nos jours, l'émancipation démocratique des Arabes, et leur unité fédérative démocratique et libérale, parce qu'ils n'étaient pas des nôtres (chrétiens) mais musulmans.
9. Le refus de considérer le fond religieux de la politique occidentale au Proche-Orient, -et de le rejeter-, car il est toujours partiellement constitutif des identités occidentales (juive et chrétienne) et arabe (musulmane) et toujours négativement actif dans la définition des grandes politiques extérieures.
10. L'incapacité obscurantiste des Arabes islamistes à distinguer le reste religieux chrétien des Occidentaux (négatif pour eux) de la modernité laïque, scientifique et démocratique occidentale (positive et nécessaire pour eux).
II. POLITIQUES NOUVELLES
Conséquemment, il est nécessaire que l'Occident, dans le cadre des Nations-Unies, applique les politiques suivantes:
1. L'octroi à tous les Occidentaux (Juifs israéliens) de la citoyenneté américaine ou canadienne en vue de leur rapatriement complet, avec compensation pour une émigration facilitée.
2. Un dédommagement occidental massif et compensatoire aux Arabes, principalement aux Palestiniens, pour les torts (humiliation, dévastations, décès et retard en développement) pour l'occupation occidentale d'une terre arabe depuis 1917.
3. Une politique occidentale d'achat de pétrole arabe préférentiel aux États arabes sur la voie de la laïcisation et la démocratisation libérale rapides.
4. La suppression par l'ONU de la reconnaissance de la souveraineté à tout État fondé ou maintenu sur une constitution à identité religieuse complète ou partielle (Israël, Vatican, républiques islamiques), de même que les références à quelque divinité que ce soit dans les constitutions politiques.
5. L'affirmation occidentale, puis onusienne, de l'irrecevabilité de toute référence religieuse dans toute constitution ou lois en tout État. La politique (dont la moralité publique) relève de la seule raison; les religions, dont les textes fondateurs sont des romans fantastiques qui se prennent pour une vérité, relèvent en toute liberté de la quête métaphysique ou mythologique propre à chacun individu, et privément).
Conclusion:
Sans l'éviction de toute religion (en raison de ses prétentions obscurantistes) du politique (en raison de son caractère universaliste raisonnable), sans cette politique occidentale nouvelle au Proche-Orient, qui tournerait le dos à l'échec de ces 50 ans de sionisme de bon voisinage imaginé par Truman sans l'accord du monde arabe en 1948, la guerre multiforme entre Occidentaux et Arabes sera sans fin, les morts s'amplifieront par un terrorisme perfectionné, la modernisation et la démocratisation arabes seront retardées, les coûts en insécurité générale demeureront colossaux, et l'unité politique du genre humain, génératrice d'une paix définitive et universelle, sera retardée.
2- Sauvons nos Juifs !
Une deuxième Shoah est une certitude
Rien ne ressemble plus à une nouveauté réchauffée que la «Feuille de route» proposée par l'Occident pour résoudre le séculaire conflit du Proche-Orient. C'est la reprise des propositions d'Oslo, en mieux peut-être, mais elle est moins que ce que tous les pays arabes avaient rejeté en 1947 lorsqu'on leur avait proposé la partition de la Palestine avec Israël qui allait naître l'année suivante. Tout comme le mentionnait Patrick Anidjar de l'Agence France-Presse publié dans le Devoir récemment «une sainte alliance s'est forgée entre la Christian Right américaine et la droite israélienne». L'auteur ne fait que nous remémorer une cause déjà séculaire du conflit du Proche-Orient, mais métamorphosée par le temps. En effet, les antisémites occidentaux d'il y a un siècle se sont faits défenseurs de l'État d'Israël. Quel retournement !
La crise permanente du Proche-Orient est paradoxalement la crise la plus longue du XXe siècle et l'une des moins populeuses dans son espace circonscrit (20 330 km²). En effet, si on excepte les pays environnants, elle ne touche, en comparaison d'autres conflits du dernier siècle, qu'assez peu de personnes (6.2 millions d'Israéliens et 2 millions de Palestiniens, en excluant le 1 million de Palestiniens exilés). Pourquoi si peu de monde et de si nombreuses guerres (6) et des milliers d'actes terroristes entre les deux communautés depuis 1925, date des tout premiers soulèvements palestiniens ? La raison principale est évincée des discours mais toujours active: l'antisémitisme occidental. Les protagonistes eux-mêmes ont évacué cette cause de leur argumentation, comme si le problème n'était que territorial et politique, donc négociable et soluble. Les Palestiniens ne se disent pas antisémites, mais occupés. Les Occidentaux disent qu'ils ne le sont plus puisqu'ils travaillent à un Israël sécurisé. Attention, il ne s'agit pas d'enfoncer une porte ouverte en répétant que les Juifs ont subi pendant 2000 ans l'antisémitisme occidental. Il s'agit de penser plus avant et affirmer que l'État d'Israël lui-même est une création antisémite ! Pour dire vite, par delà les flots d'encre et de sang qu'a suscités pareil et insoluble conflit, l'antisémitisme occidental continue dans le soutien même que l'Occident accorde à l'entreprise sioniste de sauvetage des Juifs. La couverture était parfaite, car des Juifs en étaient officiellement les instigateurs. Il est connu que les plus souffrants choisissent souvent pour eux-mêmes la mauvaise médecine. Pour raccourcir encore plus la démonstration: l'État d'Israël fut un moyen pour l'Occident de se débarrasser des Juifs avec la sincère et perverse conviction qu'un État souverain, national, au delà même du Foyer national en Palestine que la Grande-Bretagne avait promis aux Juifs par la Déclaration Balfour de 1917, serait leur salut, le rempart invincible contre toute exaction antisémite, contre toute nouvelle Shoah. Or, l'échec est patent. Une nouvelle Shoah est une certitude logique. Elle est en gestation par la mentalité des protagonistes et l'évolution des armes.
La certitude réelle d'une telle catastrophe humaine, personne ne la possède ou prétend la détenir, car les Israéliens et leurs alliés s'en prémuniraient avec la rapidité que leur donne leur formidable arsenal de défense. Il s'agit d'une certitude logique, ce qui est autre chose. Elle se démontre ainsi pour qui est capable de distanciation historique, politique et critique. Ce n'est pas une probabilité, mais bien une certitude comme celle imprévisible des tremblements de terre au Japon ou en Afrique du Nord.
Premièrement, la miniaturisation des armes est un phénomène déjà connu et depuis longtemps observé, depuis le 16e siècle: les armes d'abord augmentent leur puissance, puis se miniaturisent et se démocratisent tout en conservant la même puissance augmentée. Ainsi le canon, le fusil, la bombe, et bientôt les armes chimiques et bactériologiques. Or cette miniaturisation profite à tous les groupuscules terroristes ou aux filiales terroristes d'États hostiles. Sur ce point de vue, les Occidentaux le savent depuis plusieurs dizaines d'années. Mais ce qu'on ne veut pas reconnaître, c'est que le terroriste est offensif, et l'État (Israël ou tout autre État ami) est toujours dans une position défensive. Ainsi, il est perdant. Dans cette guerre, le principe de Clausewitz (« la défense est supérieure à l'attaque ») est totalement obsolète. L'attaque est ici toujours victorieuse, non de la guerre, mais du sang versé. En effet, le terroriste ne cherche pas la victoire à court terme. Il cherche qu'on ne l'oublie pas. Voilà sa force. La miniaturisation des armes de destruction massive et urbaine et le caractère uniquement passif des villes innocentes et sans défense sont les agents de sa victoire logique si sa cause politique est juste, dernière caractéristique que ne possédaient pas nos terroristes anarchistes occidentaux des 1970s-90s. Le président Wilson disait à propos des communistes qui venaient de prendre le pouvoir à Moscou et auxquels il ne voulait pas s'opposer à la différence des Français et des Britanniques: «On ne combat pas une idée par des armes». C'est vrai. Le fascisme ne fut pas vaincu dans le cur des Italiens, des Allemands et des Japonais par l'armée américaine, mais par la faillite des idées fascistes elles-mêmes; sinon un terrorisme fasciste aurait perduré. Seules les armées d'Hitler et du Japon ont été vaincues par l'armée alliée. L'armée vainc l'armée; une idée vainc l'idée. Il en sera de même du terrorisme arabo-musulman. Il ne sera vaincu que par la disparition de la cause politique qui l'a fait naître: le mépris occidental qu'est l'occupation niée d'une terre arabe.
Deuxièmement, les protagonistes sont asymétriques. Ainsi, ils ne se reconnaissent pas, au sens fort de ce mot. Après 1945, les peuples libérés du fascisme par l'Amérique se sont reconnus en elle, dans sa liberté démocratique. Au Proche-Orient, l'asymétrie est un écran absolument opaque à la reconnaissance. En effet, les Arabo-musulmans parce qu'ils sont les plus faibles militairement se présentent sous la forme de poupées russes: à l'extérieur, les gouvernements des États dits modérés, que les USA soudoient par milliards à chaque année; au centre, les représentants palestiniens dénués d'État, en vitrine diplomatique; en troisième couche, les réseaux terroristes qui sont les combattants quasi autonomes, soutenus au loin par de puissants États dont aucun n'est vraiment démocratique et dont certains font mine de bon voisinage contre argent sonnant. En face, un Occident voleur d'une terre arabe qui joue, moralisateur, le grand fabriquant de traités de paix à coups de conférences et de navettes diplomatiques, avec une efficacité nulle. Cette asymétrie crée la méconnaissance, pire la non-reconnaissance, et bien évidemment la méfiance et l'échec. Ce n'était pas le cas entre Staline et Roosevelt, entre Hiro-Hito et Truman: l'un et l'autre étaient chefs d'État, en parfaite maîtrise de leurs forces armées.
Par ailleurs existe une seule symétrie entre les belligérants, inavouée, et pourtant elle est la cause fondamentale du conflit: leur fondamentalisme religieux, qui n'est pas reconnu comme cause, mais comme simple couleur culturelle. Or ce fondamentalisme est l'axe de leurs agissements et de leur réciproque répulsion. Il ne transparaît même pas dans leurs discours, devenus ineptes faute d'authenticité et de solidité. Puisque les protagonistes ne peuvent reconnaître la valeur du discours adverse, la confiance absente fait de la paix un rêve.
Troisièmement, la lutte arabo-palestinienne est, dans la marche rationaliste et sécularisée de l'histoire, gagnante. Les plus faibles ont la bonne cause, conflit insoluble s'il en est. Tout le monde arabe martèle le même argument, rarement repris par les medias occidentaux, qui demeurent partiaux en prenant une égale distance entre le voleur et le volé: l'arabo-musulman lutte contre un occupant colonialiste. Que ce dernier se drape dans une souveraineté perdue en l'an 70 par les Romains, ou dans la permanence d'une nation juive exilée qui n'avait jamais cessé de proclamer «Demain, à Jérusalem !», ne change rien à l'humiliation des arabo-palestiniens d'avoir été évincés de chez eux comme des tsiganes ou des Peaux-Rouges. Cette humiliation est inextinguible, sauf par l'impensable à ce jour: l'évacuation occidentale (juive) de toute la Palestine. Ainsi, les Occidentaux croient à tort que les Arabo-Musulmans vont se conduire comme les Allemands, les Italiens ou les Japonais de 1945 en acceptant la victoire comme une sorte de délivrance. Les États occidentaux qui ont concocté la toute récente «Feuille de route» (2003), ou tout autre mesure qui reprend le principe de la Déclaration Balfour ou la politique du président Truman, créateur de l'État d'Israël, travaillent sincèrement il faut le dire; mais aveuglément comme il n'est pas possible, il faut le dire encore plus fort. Qu'une civilisation si brillante, si puissante, soit si bornée et si bête dans cette entreprise pour sauver les Juifs de sa propre persécution a des explications qui, encore là, ne sont jamais dites, jamais discutées tant elles sont insupportables. Le puissant, et c'est nous l'Occident puissant, refusons d'identifier notre monstruosité idéologique dans ce conflit. Quelle est-elle ?
Cette monstruosité idéologique, qu'on pourrait aussi appeler notre «maladie mentale culturelle», ou toute autre grosse étiquette désagréable du même genre, ce n'est que tout banalement, tout historiquement et culturellement, la continuation par des moyens militaires et politiques de notre religion sectaire, qui n'est qu'une grosse secte imbue de son droit à tapisser le fond de nos choix politiques les plus cruciaux, à créer des identités politiques inadaptées au monde moderne, à cadenasser la société civile et à investir l'État. Ainsi, le Juif crée sa propre misère et sa propre persécution en se maintenant dans sa secte juive, tout comme nous, qui sommes inféodés à un christianisme d'arrière-plan qui nous définit différents des Juifs, différents des Arabes, différents des Asiatiques. Nous nous débarrassons des premiers et volons et méprisons les deuxièmes. La réalité contemporaine nous oblige à ne pas nier la force symbolique de ce fond religieux. Mais pour qu'il y ait progrès culturel sur terre, il faut en nier la valeur. Dite en ces termes brutaux, la clarté de la situation devrait donc nous amener à revoir toute notre politique au Proche-Orient, et toute la mondialisation. En effet, cette dernière est universelle par la théorie économique des échanges, par le libéralisme économique qu'il est aisé de comprendre et d'en calculer les bienfaits, argent sonnant. Un peu plus financier ou inégalitaire, un peu plus écologique ou redistributeur, voilà des nuances dont savent disposer nos instances démocratiques. Mais la mondialisation politique, qui exige la démocratisation des États, l'unicité politique de tout individu sur terre, est totalement bloquée par la judaïsation des Juifs, la christianisation résiduelle des Occidentaux à demi-sécularisés et l'islamisation officielle et violente des Arabes et des États arabes. Voilà le caractère bancal de la politique universaliste des Occidentaux et la cause du verrou israélo-palestinien troublé, instable et violent. Verrou à quoi ? À l'entrée de cette région dans une harmonie si belle, si prospère, à l'exemple que propose l'Union européenne, toute structurée qu'elle est par la philosophie des Lumières (démocratique, laïque et humaniste). Tant que les religions et les séquelles de leur idéologie différenciatrice des individus perdureront, les chocs de toutes natures se perpétueront et la haine sanglante au Proche-Orient mijotera la prochaine Shoah.
Négation du réel et aveuglément sont la conséquence d'un traitement religieux des réalités politiques. Nous en avons un exemple dans le discours des Israéliens les plus pro-palestiniens, les plus grands partisans de la paix entre Palestiniens et Israéliens: ces Israéliens de gauche parlent de «vivre en paix sur une même terre, de cohabitation de deux États pacifiques, etc.». Pas un d'entre eux ne dit le fond de l'affaire: celui qui a volé 75% d'un territoire national étranger s'illusionne s'il croit transformer un volé en ami. Les Américains n'ont pas eu de kamikazes lancés contre eux au Japon en 1946, car ils n'y sont pas restés 90 ans en occupants. Mais si Yahvé t'a donné cette terre, tu seras toujours sourd à ceux qui y vivaient avant toi et qui s'en disaient, non religieusement, mais historiquement propriétaires. Car c'est là toute l'affaire. Dieu est la négation des êtres humains réels. Le croyant qui fait de la politique avec sa religion écoute Dieu en son coeur, non le cri désespéré de l'opprimé qu'il vole et chasse de sa terre. Il est même sourd à son propre bonheur, à son propre avenir, et il risque une 2e Shoah pour son Dieu idiot et moloch de ses propres enfants.
Il est temps que l'intelligentsia occidentale se relève, chasse les religions et ses résidus des instances politiques internationales pour qu'enfin l'humanité soit réconciliée avec elle-même, dans sa totalité. Nous devons travailler à éviter l'inéluctable 2e Shoah que nous prépare la même mentalité qui fit la première avec, comme simple différence, plus de grossièreté et d'évidence dans la première, mais non moins d'archaïsme et d'ignorance dans la deuxième. La 2e Shoah est à la fois certaine et sans date, c'est notre seule chance. Nous devons être pro-Juifs, car c'est le groupe humain (occidental) de l'histoire le plus nul qui fut jamais pour assurer aussi mal sa sécurité au cours de son atroce histoire. Il a laissé Hitler, qui lui prédisait de monstrueux pogroms dès 1923, se promener dans les rues de Munich en décapotable jusqu'en 1942 ! Il faut les convaincre qu'Israël fut une erreur. Consternante ironie, les sionistes ne font qu'appliquer en substance le programme hitlérien qui projetait un temps de les déporter à Madagascar. La Palestine qu'ils ont choisie est même pire, ce n'est pas une île. Un peu comme Jacques Cartier, ou comme les Loyalistes, qui choisirent l'hivernal Canada au lieu de la chaude Virginie, nos Juifs persécutés passèrent d'un four à l'autre. Discours brutal et rude, insupportable, mais vrai.
En effet, un pays, une terre est quasi universellement choisie par les hommes parce qu'elle est susceptible de leur apporter liberté, sécurité et prospérité. On ne la choisit pas pour y avoir été, mais pour y prospérer. On ne la choisit pas, sains d'esprit, pour ses ancêtres mais pour ses enfants. Le Juif en Palestine n'a pas un rapport naturel à cette terre. Le fantasme religieux qu'un dieu la lui a donnée est sa lubie historique. De quel prix a-t-il payé pareille idiotie ? Sa théologie produit sa démence politique. Il faut admettre que Dieu n'est qu'un fantasme pour reconnaître cette idiotie patente, sinon Dieu a toujours raison même s'il te tue. Seule la modestie du savoir peut nous convaincre, simplement en se remémorant notre propre aliénation d'Occidentaux qui, des siècles durant, ont cru l'ineptie risible de l'immaculée-conception. Le ridicule d'hier nous aide à reconnaître celui d'aujourd'hui.
De même le Palestinien, asymétriquement cependant: pourquoi s'acharne-t-il pour conserver une terre occupée par un ennemi invincible et protégé, quand d'autres terres arabes, du Maroc au Pakistan, lui seraient aussi offertes, et le lui ont été depuis sa diaspora forcée en 1948 ? Il y a un fond irrationnel, quasi dément, religieux donc, à cette effroyable tragédie séculaire. La solution ne réside pas dans le Juif ou le Palestinien, mais dans l'Occidental à moitié sécularisé, puissant décideur ultime, qui perpétue le conflit pour être, sans l'admettre lui-même, asservi à la même théologie: le Juif n'est pas des nôtres et l'Arabe est un étranger.
Les faits premiers du conflit du Proche-Orient sont la volonté d'être juif et celle de leurs anciens persécuteurs de se dire chrétiens. Que ces derniers soient passés de persécuteurs à repentants ne changent rien à l'affaire, sinon qu'elle l'obscurcit et nous méduse. Leur jonction (fond juif et fond chrétien) fabrique l'antisémitisme incessant malgré les démentis les plus officiels et la sincérité la plus affirmée du contraire. Cette absence de sécularisation est la cause première du mal. Voilà aussi pourquoi le travail diplomatique occidental qui consiste à acheter les États voisins d'Israël à coups de milliards de dollars par an pour les faire tenir tranquilles, ou à assurer aux États arabes les marchés pétroliers occidentaux en échange de leur docilité ou neutralité envers l'entreprise sioniste israélienne ne fera que... tuer encore plus de Juifs et perpétuer l'antisémitisme le plus vicieux, le plus pervers qui soit: «Je te donne un État pour me débarrasser de toi», avec la certitude logique d'une seconde Shoah, dans la nature même des haines dotées des armes les plus destructrices et des plus imparables.
Nous devons à l'Amérique, celle des USA, et à leurs dirigeants, si justement inspirés par les Jefferson, Monroe et Wilson, de ne pas vivre dans l'enfer concentrationnaire nazi ou communiste. Seuls de beaux ingrats ou des ignorants abyssaux ne leur témoignent aucune gratitude. Salariés sous Staline ou salariés sous Rockefeller, ils ne voient aucune différence. Napoléon, en leur coeur, a plus de poids et de résonance que Jean Moulin. Ils n'ont nullement reconnu la différence radicale suivante: l'homme libre, tout entier à sa vie privée, court après ses passions (science, sexe, argent, farniente ou vie familiale). Le dictateur court après ta vie qu'il veut asservir. Ainsi, pour les anti-américains primaires l'Américain ou un dictateur, c'est du pareil au même. Si le premier t'envoie ses produits pour les acheter et l'autre ses chars d'assaut pour t'asservir, ce n'est qu'une différence de degré, non de nature. C'est justement à cause de la primarité et de l'anémie de leur conscience politique que des dictatures naissent et durent quelques décennies, le temps que d'autres plus lucides, à leur place, se réveillent.
Par ailleurs, les Américains, authentiques et sincères, sauveurs de la liberté du monde, ne sont pas sans échec et sans déficience. C'est confirmer notre amitié et notre gratitude que de souligner les erreurs du passé que ces Américains ont pu commettre, et que d'ailleurs les autres pays occidentaux ont en leur temps totalement appuyés et entérinés. Il est toujours plus facile de les identifier après coup, ce qui ne nous rend nullement supérieurs à ceux qui les ont commises. Deux exemples peu débattus méritent un in memoriam douloureux.
Le plus grand président américain du 20e siècle, Roosevelt, mérite cet éloge parce qu'il surmonta à la fois la crise de 1929 et vainquit les fascistes européens et japonais sans même pouvoir apprécier sa victoire survenue quelques mois après sa mort. Pourtant, cet homme d'un humanisme, d'une culture et d'un jugement solide commit deux erreurs immenses: en 1938, il n'a pas exigé d'être présent lors de la conférence de Munich pour cogner sur la table de négociation où Hitler siégeait pour lui signifier que, s'il attaquait tout pays européen, il était rien de moins que mort. Il faut se déplacer pour rendre crédible un tel avertissement. De même, à Yalta, il aurait dû dire à Staline en février 45 que l'armée américaine se rendrait jusqu'aux frontières orientales de la Pologne et de la Roumanie pour s'assurer que des élections libres seraient tenues et des constitutions libérales seraient en force. Deux erreurs qui nous ont coûté combien ? Si le plus talentueux et le plus admirable chef d'État du 20e siècle fut sujet à l'erreur, et immense, pourquoi ne douterions-nous pas que, depuis près 100 ans, notre politique occidentale au Proche-Orient fut un échec politique majeur causé par les carences archaïques (religieuses et sectaires) de notre propre culture ? Il n'y a que cette cause à cet échec, car tous les moyens financiers, militaires, politiques, personnels et diplomatiques furent vains.
De même la politique occidentale, et premièrement américaine, a coûté combien à l'humanité (israélienne, arabe, occidentale) en morts, en insécurités de toutes sortes, en prospérité gâchée ? La même politique toujours en vigueur (celle définie par Balfour en 1917) fera inéluctablement une 2e Shoah. Ainsi donc il faut convaincre Juifs et Occidentaux de mettre la clé dans la porte de l'État d'Israël, convaincre les Israéliens, par la raison et par des fonds, d'émigrer dans leur véritable patrie sécuritaire et prospère: les États-Unis et le Canada. L'Occident, responsable du conflit et décideur décisif, doit retirer à Israël sa souveraineté qui n'aurait jamais dû être accordée, et ne pas en doter les Palestiniens qui n'en feront qu'une fronde anti-israélienne. Il doit en outre ouvrir les frontières nord-américaine à l'émigration israélienne et palestinienne massive pour séparer ces deux peuples rageusement ennemis pour les décennies à venir. Les fonds immenses avancés pour les convaincre et les «rapatrier» sont moindres que les coûts passés à les y maintenir, et moindres aussi que les coûts horribles à tenter de les y laisser pour le siècle qui commence. Les gains économiques de ces deux pays qui accueilleront des citoyens de cette qualité feront de cette opération du Grand retour un «super Deal», et pour les Arabo-musulmans la fin d'un cauchemar et d'une humiliation. On ne doit pas écouter les leaders actuels israéliens ou palestiniens, car ils sont prêts à sacrifier leurs enfants pour leur victoire nationale, hors de laquelle la paix est impossible à leurs yeux. Si l'humanisme a un sens, les enfants d'abord. Et ceux qui sacrifient les leurs doivent être politiquement ignorés, plus encore, évincés.
En conclusion, nous devons nous débarrasser de tout trait culturel qui fabrique en politique des différences d'exclusion, de distinction ou de préférence. Ces différences, puisqu'elles existent par l'inertie ou les lenteurs de toute évolution, bien qu'elles semblent à tort nécessaires à bon nombre, doivent être reléguées à la vie privée et à la société civile. Toujours archaïques (machistes, sexistes et antidémocratiques), les religions qui ont fabriqué ou maintenu ces différences le font par leur nature même: volonté de puissance, superstition, vanité et pouvoir contrôlant. Mais l'État, la politique doivent s'en délester pour atteindre et préserver le bonheur public, qui nécessite un espace public de liberté, que ne doivent accaparer aucune secte, religion ou ethnie, car il relève du politique, non du métaphysique ou du transcendant. Si nous n'avons pas peur de nous servir des mêmes techniques ou de consommer les mêmes produits, nous devons nous remémorer sans cesse que nous avons la même peau. Par le physique le plus biologique ou le plus animal nous nous reconnaissons nôtres ou solidaires, voire communs; mais par la métaphysique la plus magique et la plus archaïque nous nous reconnaissons étrangers, voire hostiles. L'unicité de l'être humain, dans la culture et les choix politiques, implique donc l'abandon des distinctions identitaires non universelles qui fabriquent des maux immenses. Ces distinctions identitaires (religieuses, linguistiques ou autres) font le lit des racistes et des ethnocentristes au profit des régionalistes qui pensent petit et persécutent grand. Elles le font en conséquence au détriment du bonheur commun qui, de nos jours, se pense planétairement.
En résumé, faut-il le dire encore plus brutalement: il y aura une 2e Shoah si les Occidentaux ne mettent pas le christianisme à la poubelle, les Juifs le judaïsme à la poubelle, et les Arabes l'Islam à la poubelle. Objectera-t-on l'existence de croyants pacifiques et d'athées bellicistes ? Mais au Proche-Orient et dans les capitales occidentales qui en disposent, n'existent que des croyants belliqueux qui ignorent ou cachent leur double caractéristique. Si ce ton et ce discours sont insupportables, imaginons plutôt, à la lumière de ce que nous connaissons tous du passé proche-oriental, ce que nous aurons à supporter dans les politiques qui s'inspirent encore du discours contraire. À l'heure où les virus voyagent à la vitesse des avions qui percutent toute tour plus haute que les autres, il est certain que la 2e Shoah est en marche et elle englobera les plus belles villes nord-américaines. À la miniaturisation des armes s'ajoute l'extension géographique, et à l'indigence culturelle butée s'ajoute le nombre grandissant des victimes.
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3. De nouveaux «11 septembre» sont inéluctables
Une tache noire persiste sur la glorieuse histoire des États-Unis d'Amérique: leur politique étrangère au Proche-Orient. Leur histoire, toute tendue vers cet idéal de liberté qui fut le leitmotiv de tous les combats que les Américains menèrent tant pour eux-mêmes que pour les autres nations, en est hypothéquée. La réflexion sur ce que Pierre Trudeau appelait «la tragédie du Proche-Orient» n'a guère progressé depuis ces tristes événements où près de 3000 victimes innocentes payèrent de leur vie la désastreuse politique occidentale conduite depuis 50 ans au Proche-Orient. En vérité, ces morts découlent en droite ligne du rapport pathologique qu'entretient l'Occidental avec le Juif. Il faut savoir regarder les choses en face et rouvrir cette page sombre de notre histoire occidentale pour ne pas tomber dans le simplisme politique véhiculé par nos officiels, qui réduisent tout à une lutte antiterroriste. La formule ou plate-forme de cette myopie consiste à dire: «Il faut combattre le terrorisme». Or le terrorisme islamiste ou plus largement arabo-musulman, et localement palestinien, a une cause bien précise. Reconnaître cette cause, et le conflit du Proche-Orient est résolu. L'espace pour en discourir m'est si court, que je serai bref. N'en concluons pas pour autant que mon propos est réducteur.
Au commencement fut l'antisémitisme occidental, la brutalité nazie en fut le sommet. Mais aujourd'hui encore, il opère d'une façon plus vicieuse, au coeur même des Occidentaux les mieux intentionnés. Pour résumer la cause de 85 ans de tragédies proche-orientales (1917-2002), 6 guerres classiques et des dizaines de milliers de victimes par le terrorisme endémique, il faut dire et redire ceci: les Occidentaux se sont débarrassés des Juifs en les exilant sur une terre qui n'appartenait ni aux uns ni aux autres. Ils ont envoyé la facture aux Arabo-musulmans (la terre de Palestine). C'est aussi clair qu'insupportable à dire. Nous, Occidentaux, avons chassé les Juifs que nous méprisions, persécutions et les avons rejetés sur une terre que nous avons arrachée par la force à des pauvres du Tiers-Monde qu'étaient les peuples arabes du début du Xxe siècle, et qui sont presque aussi pauvres aujourd'hui dans leur grande majorité. Nous, Occidentaux, avons caché sous une bonté factice (un État israélien, refuge pour Juifs persécutés par nous) le refus de les accepter et de les protéger. Ainsi, demeure vicieux et caché notre antisémitisme viscéral et toujours présent.
Incroyable ! Depuis Balfour, ce ministre britannique qui octroya, en 1917, aux Juifs persécutés un «Foyer national» sur une terre qui n'était pas anglaise, jusqu'au président Truman qui leur donna un État reconnu en droit international sur une terre qui n'était pas américaine, nos «bontés» affichées n'était qu'un «Bon débarras !» camouflé. Personne, semble-t-il, n'a vu l'opération de sauvetage des Juifs de cette façon, car les leaders juifs, sionistes dès 1885, croyaient eux-mêmes que cette solution (une patrie nationale en Palestine) était la fin de leur cauchemar deux fois millénaire. Toutes les bonnes âmes occidentales l'ont cru tout aussi sincèrement.
Pourtant, la solution israélienne à un crime occidental avait toutes les caractéristiques des cas hypothétiques et aberrants suivants. Imaginons les Chinois voulant reprendre en masse et par la force l'Amérique découverte par leurs ancêtres Amérindiens d'origine asiatique ? Les Ukrainiens voulant un État indépendant dans les Prairies canadiennes ou américaines ? Des Russes reprenant l'Alaska ? Un peuple d'Europe voulant s'approprier la totalité du New-Jersey, ou des Canadiens-français débarquant et occupant la Nouvelle-Orléans. Personne n'a imaginé pareilles idioties, pourtant analogues, voire identiques, à celle de nos Juifs parachutés en Palestine ottomane ou arabo-musulmane.
Y a-t-il un officiel occidental d'aujourd'hui qui osera dire «Le roi est nu » ? En clair, osera-t-il dire: «Israël est un échec pour nos pauvres Juifs dont nous nous sommes vicieusement débarrassés. Pardon, trois fois pardon, aux Arabo-musulmans, au premier chef les Palestiniens, que nous avons méprisés et volés.» Quel naïf pourra croire que nos cauteleux politiciens, surtout américains qui se nourrissent de farine biblique, s'élèveront à cette lucidité, à cet esprit de justice à la fois pour nos Juifs israéliens que nous avons envoyés dans l'enfer d'une guerre incessante et multiforme et pour nos frères humains arabo-musulmans que nous avons méprisés. Nous voulions, naïfs ou bêtes, redonner à nos Juifs ce qui ne leur appartenait plus depuis 2000 ans. Nous avons opéré cette turpitude aux dépends des Arabo-musulmans que nous avons pris pour des Amérindiens du XVIe siècle qu'il suffisait de pousser et spolier à la baillonnette. Or les Arabo-musulmans ne sont pas des Hurons, et Ben Laden n'est pas un Géronimo avec arc et flèches. Ce que je dis est énorme et pourtant non vu. Remarquons, à nous arracher les cheveux de la tête, que nos dirigeants occidentaux, en 85 ans d'erreurs et d'échecs répétés, n'ont même pas vu cette autre énormité: nous ne pouvions pas réussir cyniquement contre les Arabo-musulmans ce que nos ancêtres ont réussi à la trompette et enterré avec les Amérindiens décimés par la variole.
Voilà pourquoi le terrorisme islamiste continuera, dans un paradoxe affreux: ces actes criminels ont politiquement raison (légitime défense contre un colonialiste accapareur) tandis que la politique occidentale au Proche-Orient, par ses actions civilisées (négociations, conférences de paix), a politiquement tort dans ses principes, et depuis toujours. En effet, il est immoral de voler autrui pour dédommager ceux des nôtres (les Juifs) qu'on a persécutés et dont on s'est débarrassé avec une bonne conscience chrétienne. Chez les humains, les tragédies politiques de grande envergure perdurent quand le bien est sali ou quand il est inextricablement enchevêtré au mal. Voilà pourquoi la crise au Proche-Orient a déconcerté tant de gens sur tant de décennies.
D'un point de vue militaire pratique, tel que nous l'enseigne l'histoire, un plus faible qui a une cause juste ne capitule jamais et sa lutte est sans fin (Kurdes, Arméniens, etc.) Voilà pourquoi les Arabo-Musulmans n'arrêteront jamais leur guerre de décolonisation. Des «11 septembre» dans toutes les variantes terroristes imaginables perdureront. De l'autre côté, l'Amérique qui est la plus forte ne sera jamais vaincue à cause de sa force matérielle même. Il n'est d'espoir que politique: la reconnaissance occidentale que nous nous sommes trompés.
Si nous n'étions pas injustes envers les Arabo-musulmans, nous rapatrierions tous les Juifs israéliens vers l'Amérique, la vraie et immanente Terre promise, celle qui existe et qui a réussi le bonheur public par la philosophie des Lumières qui est sa fondatrice (démocratie, État de droit, libertés publiques garanties et protégées). Les restaurations, les retours en arrière, les refondations, l'éternel retour vers le passé révolu est, et sera toujours, un échec catastrophique. Le curé Labelle qui voulut planter des choux dans la terre froide et minière de l'Abitibi a mieux réussi son entreprise au Nord que les 11 derniers présidents américains en Palestine. Peu de Québécois, complexés de leur petitesse démographique, reconnaîtront la vérité de ce cocasse parallèle.
Concluons la conséquence à cette cause reconnue. Reprenons nos Juifs, redonnons toute la Palestine à ses propriétaires réels palestiniens. Et terminons cette tragédie née de l'obscurantisme religieux occidental et de notre refus d'accueillir tous les Juifs, pour les protéger de notre propre haine, qui a eu tous les modes possibles (de l'extermination au bannissement, en passant par le plus machiavélique qui soit: un État en terre volée et hostile).
Je termine en disant des mots peu entendus ensemble: «Vive les Juifs et Pardon à tous les Arabo-Musulmans.»
Jacques Légaré ph.d.
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4. La seule solution à long terme:
le paradis pour juifs qu'est... l'Amérique !
Dans son très bon article, fruit de l'expérience et du contact direct avec les antagonistes du Proche-Orient, Norman Spector dans le Devoir du 16 août 2001 analyse fort bien la situation actuelle, mais il termine son propos par une solution pour la Palestine qui demeura toujours, -à nous tous de le déplorer- absolument inaccessible. En effet, sa solution est fondée sur l'identité religieuse des protagonistes qui accepteraient deux États bons voisins.
De même l'excellent article d'Annette Paquot «Réaffirmer notre solidarité avec le peuple juif et l'État d'Israël» du 7 décembre 2001. Elle veut assimiler antisémitisme et antisionisme. Accepterait-on d'assimiler le peuple américain avec la droite américaine ? Assimiler un peuple à une politique ? Tout assassin assimile la faute et la vie de sa victime; mais l'ONU, ou l'Occident, doivent-ils accepter cet indéfendable amalgame ?
Palestiniens et Israéliens ont refusé tous deux la création de deux États en 1947. Erreur palestinienne qui leur coûta une sanglante remontée vers cet objectif aujourd'hui proclamé par eux comme une pitance qui, même s'ils l'obtiennent, ne les satisfera jamais. Les Israéliens le savent et ils ne leur accorderont qu'un moignon d'État totalement finlandisé.
Pour imaginer une solution possible, crédible et réaliste à la suite de l'échec malheureux du processus de paix initié par les diplomates d'Oslo, il faut passer outre les causes récentes de cette "tragédie du Proche-Orient", telle que la nommait le regretté Pierre Eliot Trudeau. Mieux encore, les causes historiques identifiables doivent être reconnues ou remémorées, car d'elles découlera la solution. Toute fausse cause, ou cause intermédiaire (le bellicisme d'Ariel Sharon, l'intransigeance du Hamas et du Djihad islamique), nous amènera à une mauvaise solution.
Il faut se le dire: ces deux peuples (Palestiniens musulmans et Israéliens juifs) sont en proie à une haine inextinguible. Dès 1925, les meurtres réciproques débutèrent sans jamais, jamais s'arrêter. Avons-nous une mémoire suffisante pour savoir en conclure ?
Que faisons-nous, à la plus petite échelle concevable, quand un couple en vient aux coups ? On les sépare. Que fait-on quand on ne peut séparer la maison ou l'appartement en deux parties étanches ? L'un doit quitter, quitte, ou on le fait quitter. Voilà la solution. Nous n'avons jamais voulu reconnaître l'impossible: marier de force (partage d'un territoire insécable) des assassins réciproques quasi centenaires. C'est une mission impossible.
Comme les solutions de paix proposées aujourd'hui reposent sur des myopies historiques, il faut aussi les dénoncer et les reconnaître comme sans issue. Entre autres, la position américaine qui promeut un sionisme de bon voisinage. La fabuleuse puissance américaine peut s'asseoir longtemps sur cette utopie avec les moyens dont elle dispose pour se méduser elle-même et tout le monde, selon laquelle Palestiniens et Israéliens feront la paix parce qu'ils ont Abraham comme ancêtre commun. À Stalingrad, Hitler et Staline ne se sont pas dits jamais qu'ils descendaient tous deux de Lucy. Ils nous ont épargné d'éclater de rire quand ce n'était pas le moment. Je le regrette, il faut écrire gros pour ouvrir les yeux de ceux qui rêvent l'impossible.
Voici un autre bel exemple qui illustre comment on échoue en politique: les clercs orthodoxes et catholiques romains ont mis 1500 ans à découvrir qu'ils ne parviennent pas à se réunir sous un même Dieu qui doit les trouver très pécheurs pour leurs querelles et désunion. Ils en sont encore à se disputer (sans armes heureusement) des cambuses d'églises ou sur le sexe des anges. Le recours à une pensée archaïque, identitaire fondatrice, pour faire la paix équivaut à contraindre la NASA à prendre ses directives techniques du Dalaï Lama. "Un chat est un chat", "le roi est nu". Faut-il le crier pour qu'enfin on le reconnaisse ? Voilà identifiée la deuxième cause de leur impossible entente: leur fondement identitaire religieux qui nourrit tous les fanatismes, et en moins pire toutes les rigidités.
Il y a en plus des aveuglements sur soi: si quelqu'un croit à la charte laïque de l'OLP, il doit aussi croire au mot "compassion" dans la bouche du Texan George W. Bush. À Jérusalem, n'existe aucun Jérusalemois ou Jérusalemais, et je crois même qu'aucun mot n'existe pour les réunir dans un même mot. N'existent à Jérusalem que des Juifs, des Musulmans, des Catholiques et des Orthodoxes. Croyons-nous qu'un tel archaïsme identitaire puisse accoucher d'une paix moderne ? Sur cette terre maudite où fut chantée et rêvée l'idée du Paradis ruisselle le sang versé de la plus tenace et la plus archaïque de toutes les haines du Xxe siècle. Il faut le reconnaître et imaginer des solutions radicales et nouvelles.
Si on laisse les forces de la guerre, par une sorte de physique naturelle, déterminer l'ultime vainqueur, elles atteindront le fond de l'horreur qu'est l'anéantissement des Palestiniens par la puissance militaire israélienne. Voilà ce que cache le slogan "Pas d'Arabes, pas de terrorisme". Tout aussi envisageable bien que plus lointain est la mise à genoux d'Israël par le terrorisme nucléaire rendu accessible par la miniaturisation de ce type d'armes. Elle nous viendra de Libye, du Pakistan ou d'Afghanistan. La patience dans l'attente du pire prévisible n'est pas une vertu. Cette horreur, deuxième Shoah pour deux peuples à la fois, est dans la suite logique et prévisible, mais évitable, de la lutte armée en Palestine.
L'envoi de soldats de l'ONU en Palestine, avec l'ambition de séparer Israéliens et Palestiniens un temps pour amener la paix dans un deuxième temps les y laissera pour les prochains mille ans. On se mordra les doigts d'avoir oublié ce qu'ont duré et coûté les soldats canadiens à Chypre, dont le problème moins sanglant demeure lui aussi entier et sans solution.
Elle est évitable cette horreur. Si nous reconnaissons que la toute première cause de ce gâchis désespérant est l'antisémitisme occidental deux fois millénaire; et la deuxième cause est le sionisme qui a mal pensé la quête au bonheur pour tous ces malheureux Juifs d'Occident. Il reste à l'Occident à payer, à sortir ses sous de sa poche pour sortir Palestiniens et Israéliens de cette terre maudite.
On pourrait imaginer une solution qui n'est que celle que tout l'Occident aurait dû mettre en oeuvre dès la fondation de l'Amérique: l'émigration de masse des Juifs et des Palestiniens en Amérique ou dans l'Union européenne avec des primes d'émigration irrésistibles. Imaginons $100 000 US (voire plus si nécessaire) à chaque famille israélienne et palestinienne pour venir en Amérique ou en Europe, et l'importance du flot d'émigrants sera la mesure exacte du succès de cette solution. Plus la prime sera élevée plus l'émigration sera importante. La Palestine vidée de ses habitants qui troquent l'identité et la citoyenneté issues de la Philosophie des Lumières, fondatrice de la moderne Amérique et de la renaissance de l'Europe, deviendra cette terre sans hommes qui ne souffre plus. L'étude du passé nous convainc qu'il n'y a que cette solution qui sera curative. S'il ne reste plus en Palestine que quelques têtes hochantes à la manière des poules pour prier Yaveh ou quelques culs en l'air pour prier Allah, le problème sera résolu. Imaginons leur bonheur public et privé si, aux 19e et 20e siècles toutes les portes des États-Unis et du Canada avaient été ouvertes aux Juifs persécutés, et plus récemment le même privilège aux Palestiniens . Il n'y aurait jamais eu de problèmes en Palestine, et pour personne.
La méthodologie de cette solution peut paraître saugrenue. Par un retour aux vraies causes historiques on aboutit à une solution qui aurait dû être la première de toutes. À défaut, ou par des solutions timides qui nient la nature et l'histoire nous caressons nos plaies au lieu de les guérir, tout comme les sorciers de jadis.
Ceux qui critiqueraient cette solution en la jugeant trop globale, irréaliste, aux coûts impossibles, devraient se rappeler ceci: les malheureux persécutés ou en guerre qui, dans l'Histoire ont bien réfléchi à leur destin personnel et collectif, ont tous connu le succès d'une vie meilleure quand ils ont osé le grand saut de changer d'identité politique et de pays. Ils ont été 40 millions à troquer l'identité européenne pour l'identité américaine. Tout similairement, ils furent 350 millions d'Européens de 1957 à 1999 à troquer leur identité nationale (nationaliste, chauvine, et xénophobe) pour celle de l'Union européenne, le plus grand bonheur collectif d'Occident depuis la fondation des États-Unis d'Amérique en 1776. Voilà la solution pour les Palestiniens et les Israéliens: changer d'identité nationale comme on change de chemise, quand l'Histoire y a mis le feu inextinguible.
En résumé, aux grands maux les grands remèdes. Seules l'Amérique du Nord et l'Union européenne sont capables de payer une telle facture. Elle est colossale, convenons-en. On la paie, ou une peuple disparaîtra par la logique naturelle de la guerre.
Jacques Légaré
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5. LA TERRE D'ABRAHAM
Il est un pays qui n'existe pas encore et qui a toujours existé, dont on parle tous les jours dans les média depuis un siècle et qui n'en finit pas de naître dans la douleur. C'est un pays qui fut toujours dans la mouvance du génie asiatique dont le judaïsme et le christianisme sont les fleurons les plus occidentaux. On aura reconnu le Proche-Orient d'aujourd'hui avec ses cinq États principaux (Égypte, Israël, Jordanie, Syrie, Liban) et ses sept grandes guerres (1936, 1948, 1956, 1967, 1973, 1975, 1980), entremêlées de chassés-croisés diplomatiques, de terrorisme, de coups d'État et d'état de guerre permanent comme l'est une occupation. Une explication possible au drame de cette région troublée réside dans une hypothèse nouvelle, une ébauche de physique géo-historique dont la teneur serait à peu près ceci: une région morcelée en petits États, soumise à des forces de superpuissances rivales, est nécessairement en une instabilité conflictuelle chronique. C'est un espace pacifié en perpétuel avortement de lui-même.
C'est parce qu'il constitue l'échec le plus grand, sinon le plus long de l'effort du XXe siècle, de créer des espaces pacifiés que les problèmes du Proche-Orient méritent une attention particulière, à la fois pour les comprendre et les résoudre. Si l'espace pacifié canadien est un succès, si l'espace pacifié mondial est en formation, l'espace pacifié israélo-arabe, notamment israélo-palestinien et libano-syrien, est un drame, une urgence qui sollicitent la sympathie et la responsabilité intellectuelle de tous les humanistes du monde. C'est une forme d'idéalisme dont on peut sourire en le comparant au réalisme politique des belligérants eux-mêmes, si on juge l'un et l'autre à l'aune de l'ampleur de leurs moyens. Mais l'idéalisme politique est fécond, qu'il soit intellectuel (John Locke, Kant, Rousseau) ou actif (Jeanne d'Arc, Lafayette, Jaurès) parce qu'il est le meilleur de l'homme, celui où dans ses rêves il aime l'Humanité. Car dans les réalités prosaïques de l'argent et du pouvoir, le mépris cynique trône en roi. Pour aider tant soit peu les peuples du Proche-Orient à construire leur espace pacifié comme d'autres peuples le firent avec plus de succès, afin que chacune de ces terres déchirées se rassemblent et se soudent en un espace planifié régional, en relation bénéfique avec leurs voisins européens, africains et asiatiques, il est nécessaire d'imaginer un espace pacifié tout à fait nouveau, soit un pays confédéral, Terre d'Abraham, à l'intérieur d'une Ligue arabe modernisée.
Avant d'élaborer les formes de ce rêve de Jacob pour l'avenir, il faut comprendre le passé et le présent à partir desquels il pourra s'élever. Pour comprendre le conflit du Proche-Orient, il faut le mettre en parallèle avec ses sosies historiques, dégager les caractères qui leur sont communs et les solutions variées qui les firent évoluer vers la paix.
Les sosies historiques du conflit du Proche-Orient sont:
1. La Grèce antique: les petits États grecs en guerre les uns contre les autres, convoités et envahis tour à tour par les Perses, les Macédoniens et les Romains.
2. La Sicile antique et médiévale: elle fut un territoire convoité et un champ de bataille de toutes les hégémonies, carthaginoise, grecque, romaine, byzantine, normande, arabe, puis italienne.
3. Les pays baltes médiévaux: les territoires baltes des actuelles Lituanie, Estonie et Lettonie, en proie à des convoitises russes, polonaises et allemandes.
4. Les États balkaniques: depuis leur naissance, ils furent à la fois en rivalité réciproque et l'objet des appétits allemands, autrichiens, russes, turcs et même anglais puis soviétiques.
5. L'Italie de la Renaissance: vers 1494, la quinzaine de petits États, dont la Papauté, qui se disputaient la péninsule italienne, en proie à des guerres incessantes attisées par les hégémonismes impériaux allemand du Nord et normand du Sud, ballottés par des alliances incertaines, souvent renversées.
6. L'Indochine: fractionnée en petits États, elle subit tour à tour les pressions militaires et économiques de la Chine, du Japon, de l'Occident et, finalement, de l'ancienne URSS.
La liste pourrait s'allonger. Aujourd'hui, sont dans la même situation et pour les mêmes raisons, les États du Moyen Orient, de l'Amérique centrale et des Caraïbes. Et demain pourraient s'aggraver, étant dans la même situation et pour les mêmes raisons, les brisures de la mosaïque africaine (si ce n'est déjà fait) et la mosaïque arabe, s'ils ne parviennent pas à renforcer respectivement l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine, qui se meurt) et la Ligue Arabe, qui perd puis retrouve ses membres à chaque crise.
Pour les mêmes raisons? Cela se démontre. Ces raisons sont les caractéristiques mêmes de ces conflits inévitables et très longs. Ils sont le goulot d'étranglement de l'espace pacifié, comme disent les économistes à propos d'un processus de production gêné par le procédé le plus lent de la chaîne. Ces caractéristiques sont:
1. Le fractionnement d'un territoire homogène (par la géographie ou par la population) en États petits, faibles et rivaux.
2. Un lieu de convergence des forces des superpuissances de l'heure en rivalité ouverte ou larvée qui dans leur expansion naturelle d'espaces pacifiés continentaux coincent entre elles les petits États
3. Le refus de ces petits États de n'être qu'une partie, protégée et docile comme l'Espagne carthagino-romaine, le Canada, l'Europe de l'Est du récent empire soviétique, dans une zone d'influence des puissances de l'heure. Bref, leur effort héroïque, à la polonaise, pour une indépendance dont ils n'ont pas les moyens: de Démosthène à Yasser Arafat, en passant par Abd Al Kader et Sandino.
Mais il y a d'autres États dans la même situation ou avec les mêmes caractéristiques, et qui un jour accédèrent à une paix normale: les six situations décrites plus haut! La raison en est leur nationalisme, quand ils en eurent les moyens (Allemagne, Italie). Mais derrière cette raison qui n'en est guère une, c'est qu'ils se firent submerger par l'une des puissances de l'heure qui était victorieuse: Rome antique, Prusse, URSS. Ou bien les superpuissances de l'heure en lutte s'accordent mutuellement un petit répit de quelques années (Indochine actuelle, Afrique des années 60-70s, l'Israël du temps de David et de Salomon). À l'exception de ces périodes de grâce et de trêve, ces régions inextricablement troublées et menacées ne connurent la vraie paix définitive qu'à l'ombre de la victoire du plus fort.
Les États arabes se feront-ils acculturer par la modernisation venue d'Occident, renforcé aujourd'hui de l'Est en voie d'occidentalisation? Les islamistes le craignent. Ou Israël sera-til submergé par un monde arabe réunifié, radicalisé qui ne serait qu'un nouveau Titus arabe? C'est la peur suprême de tout sioniste. Cette double éventualité ressemble pour les deux camps à une "solution finale" qui constituerait une régression telle que l'idée même de progrès dans l'Histoire en serait ébranlée.
Cependant l'Histoire nous apprend qu'il y eut d'autres solutions qui témoignent de cet authentique progrès dans l'expansion et la cohabitation des espaces pacifiés. Certains petits États, aux chefs politiquement plus talentueux et plus clairvoyants, ou oeuvrant dans des circonstances moins désespérées, transformèrent leurs rivalités réelles en énergie créatrice d'institutions politiques nouvelles, notamment en confédérations solides et victorieuses:
1. Les treize colonies américaines de la Nouvelle-Angleterre au XVIIIe siècle;
2. Les cantons suisses de 1291 à 1593;
3. Les duchés allemands au XIXe siècle;
4. Les provinces canadiennes de 1867.
D'autres États réussirent à moitié; les pays d'Amérique latine de Bolívar au XIXe siècle, la Ligue arabe du XXe siècle, au sein de laquelle certains leaders tentent leur chance d'unification accélérée (Nasser, Assad, Kadhafi) sur les traces des rois de France et des tsars de Russie, rassembleurs de terres françaises et russes, ou sur celles malheureuses de Bélisaire le Byzantin, de Gustave-Adolphe le Suédois, de Napoléon et d'Hitler.
Le Moyen-Orient, du point de vue des intérêts israéliens ou du point de vue des intérêts arabes, était un conflit dans l'état du rapport de forces des superpuissances avant 1989, sans issue. Depuis la fin de la guerre froide, rien ne justifie un optimisme sérieux tant la haine et la peur dominent les adversaires. Dommage pour les peuples de la région, et pour les Juifs eux-mêmes qui fondèrent un pays à la manière des colonisateurs des Temps modernes sans en avoir vraiment les moyens. Le rapport de la puissance relative des colonisateurs/colonisés n'est pas du tout le même que celui qui, dans l'Amérique des XVe et XVle siècles, assura le succès de la colonisation européenne. Les Sionistes qui fondèrent leur pays comme tant d'autres en versant leur sang et celui de leurs voisins, avaient en outre mal lu l'Histoire dont la Bible est pourtant un livre central. Les Palestiniens ne sont pas des Philistins, ni des Amérindiens. Le monde arabe ne se réduit pas à Goliath; et Assad, Arafat et Kadhafi ne dorment pas avec des Judith. Le monde arabe est une grande et puissante civilisation. En longue période, un Titus arabe est dans la logique des choses. Car les Palestiniens et les Syriens, même les Irakiens et les Iraniens, en attendant la volte-face égyptienne, ont pris la relève des sultans et des califes qui ont déjà possédé ce territoire. L'histoire récente de la décolonisation arabe (de 1918 à nos jours) les encourage à ne rien céder d'un territoire qu'ils ont possédé pendant 1200 ans. Ces Arabes pressent de leur 100 millions de citoyens sur 4 millions d'Israéliens. Les Arabes enrichis par le pétrole, armés par l'URSS et l'Occident, fanatisés ou ulcérés par leur antique grandeur aujourd'hui humiliée, ne peuvent oublier que résister est la seule façon de ne pas perdre le couloir syro-palestinien comme ils ont jadis perdu l'Espagne. Du point de vue arabe, Israël en Palestine, c'est comme les Russes au New-Jersey ou les Chinois campant sur les flancs orientaux de l'Oural. David n'a pas fini de faire tournoyer sa fronde s'il veut un jour dormir tranquille sur les rives du Jourdain.
Israël a rêvé son retour à la Terre promise pendant 2000 ans... pour se tromper de Terre ou se tromper de promesse. La Terre promise, la vraie, c'était l'Amérique. Elle fut le premier de tous les États du monde à donner aux Juifs l'égalité civique et la liberté de culte et, à certains d'entre eux, elle donna une éblouissante fortune. C'était en 1776. Si l'Histoire scandaleusement se foue des mérites, du moins l'éthique reconnaît que ce peuple martyr d'Occident méritait enfin sa chance d'aborder au paradis de la liberté et de la dignité. Le Nouveau Monde affirmait la liberté religieuse pour tous, l'égalité civique protégée par la loi. Plus de 40 millions d'Européens en 200 ans tournèrent leurs yeux vers l'Ouest, vers l'Amérique, dont un grand nombre de Juifs. Quelques aveugles archéo-mystiques tournèrent leur pas vers... l'Est. Quelle idée pour ces malheureux sionistes, Theodor Herzl en 1896 en autres, de s'acharner à retrouver ces vieilles pierres mystiques qui leur donnèrent en si peu d'années tant de sueurs et tant de sang! Voulaient-ils imiter Abraham? Mais c'est vers l'Ouest qu'il avança. Leur dieu leur a donné, comme à Moïse, la mort dans un désert. Herzl aurait dû travailler plutôt à convaincre les autorités américaines de hausser les quotas d'immigration juive. Pourquoi choisir au lieu de la Statue de la Liberté le mur des Lamentations? En 1917 ou en 1948, la promesse en Amérique avait été tenue. Elle n'était pas un mirage. Une perspective historique et stratégique de l'aventure juive en Palestine nous démontre que ce mur qui a reçu tant de lamentations n'a rien entendu et n'entendra jamais rien, tant l'avenir est mort-né quand il est perverti par la dictature du passé. Le juif martyr souffre et souffrira encore par une intelligence aveuglée, abîmée dans une identité douloureuse et vaine. Seule la solidarité humaine peut l'aider à trouver des solutions autres que celles qu'improvisent les malades rendus fous par la douleur. Quant aux Arabes menacés et spoliés, ils n'ont pas voulu, pour résoudre la crise, comprendre qu'ils n'étaient pas bousculés par un conquérant ordinaire chassable à coups de fusils; mais par un peuple affolé, rompus à toutes les douleurs et blindés à toutes les menaces.
Voilà comment le Proche-Orient met en évidence la suprême importance d'une compréhension humaniste et progressiste de l'Histoire, qui n'est pas sa dénaturation anachronique ou la projection de ses rêves sur un passé mythique, mais la lucide pénétration de ce qui fut le meilleur en elle. L'échec de cette lecture a déjà conduit à une vision aryenne de l'Histoire, ou raciste, ou eugéniste ou tout simplement xénophobe et ethnocentriste. Pour les malheureux Juifs sionistes, ce fut la lecture du Paradis perdu qui, malgré leur amer et colossal effort, demeure encore inaccessible. Ils se sont trompés de terre.
Il méritait mieux que ça ce peuple si original qui donna à l'Humanité Einstein, Freud, Kafka et Jésus, ce héros si remarquable. Ce peuple qui donna à l'Occident une religion qui le persécuta, aux peuples arabes l'Islam, qui est une création juive. Il donna aussi à l'Est le communisme (Marx et Trotsky sont juifs) qui arma ses ennemis. Ce peuple, accablé de tous les retournements et malchances de l'Histoire, accablé par une névrose collective passéiste, attire en grande partie par ses propres erreurs les haines injustes de ces grosses majorités démographiques ou étatiques où il s'insère. Pourquoi a-t-il préféré les vieilleries de Moïse à la lumineuse clarté du trajet einsteinien qui conduisit le grand savant en Amérique? Pour finir comme Saint Paul, pour finir à Dachau, pour finir dans le grand four arabe du Proche-Orient?
La réponse est douloureusement claire. Parce que des groupes, comme des individus, ont une lecture passéiste et déformée de l'Histoire. Ils ne l'ont jamais vue avec la pénétration visionnaire d'un Marsile de Padoue, d'un Bayle, ou d'un Condorcet. Ils se sont recroquevillés sur eux-mêmes par la pauvreté de la compréhension de leur propre histoire insérée tête-bêche dans celle de la grande Histoire.
Et leur adversaire arabe fait presque la même chose. Au lieu de voir dans Israël un ajout et un atout à la mosaïque arabe, à la façon que les Américains du XVIIIe perçurent les diversités européennes qui immigraient chez eux, il le voit comme un cheval de Troie, à la façon que la majorité des Nord- Américains virent les Indiens et les Noirs malgré leur propre regret et désaveu ultérieurs. Nous reconnaissons là l'impasse née d'une lecture antihumaniste de l'Histoire elle-même, celle qui refuse de percevoir en elle un progrès humaniste, celle qui au contraire n'y appréhende qu'une douleur à conjurer, qu'un désastre à ne pas renouveler. Une lecture humaniste n'est pas incompatible avec une analyse scientifique objective. La première donne sens et direction à un objet (L'Histoire) qui ainsi voit complétée sa nature. Pour parler en termes platoniciens, le Bien lié à l'homme implique nécessairement le Bien lié à son Histoire et l'optimisme confiant et lucide lié à son avenir. Considérons simplement les désastres qu'entraîne une conception contraire dont l'actualité du Moyen-Orient en est le douloureux exemple. L'Histoire ne devient alors qu'une suite de massacres à venger, de violences contre lesquelles se prémunir. Le trajet humain n'est plus qu'une désastreuse aventure qui s'achève dans une fosse aux lions que Joseph, Judith, David, tant elle est grande, n'ont jamais réussi à combler de leur courage.
Mais tous les peuples n'ont pas construit leur espace pacifié par des retours au passé si vigoureux que ceux opérés par les Israéliens. Le passé est d'habitude utilisé comme justification à une entreprise de redressement de l'espace pacifié, et non comme l'acharnement à creuser et entretenir une plaie ancestrale. Qu'on pense à la Renaissance pour briser le monopole féodal chrétien sur la culture, qui commença avec Marsile de Padoue, du retour à la Rome républicaine chez les révolutionnaires français de 93, au réveil amérindien du Canada, au sursaut contemporain des Polynésiens d'Océanie. Mais dans chacun des cas, il n'y eut pas une césure de 1847 années séparant Titus de Balfour. Cet espace de temps énorme, presque géologique, permit sur cette terre l'installation d'un autre peuple d'une autre culture. Des siècles lui donnèrent des droits, que le temps d'occupation accorde, droits tout autant historiques si l'Histoire se définit par le temps. Par ailleurs, la solution pacifique de ce conflit est impossible à envisager si les deux peuples s'enferment dans des revendications historiques, puisqu'à cette échelle l'antériorité ne joue plus. Il leur faut basculer le regard à 160 degrés. Il leur faut s'ouvrir à des rêves d'avenir. Jamais autant qu'en ces contrées l'Histoire récente catastrophique doit être vomie pour permettre à l'avenir de construire la paix du présent. Rêver l'avenir tel que le rêvèrent les Pèlerins du Mayflower Compact, qui troquèrent les douleurs du passé féodal chicanier pour les promesses d'une société égalitaire, laborieuse et solidaire. Ce reniement ne doit pas être assimilé à une trahison de son propre passé puisque les rédacteurs du Mayflower Compact s'élevèrent aux plus hauts principes de leur idéologie du moment, leur foi chrétienne, en se dissociant des querelles religieuses qui l'avaient souillée. Ainsi, les Israéliens et les Arabes peuvent comme le fit le président égyptien Sadate devant la Knesset, le parlement israélien, en référer à Abraham, leur ancêtre mythique commun, pour régénérer leur double espace pacifié juxtaposé. Les sept États et leur vingtaine de peuples pourront construire un nouvel espace pacifié qui se sera arraché à son histoire empoisonnée par une mauvaise lecture, comme l'Europe le fit en 1957 réalisant ainsi un autre empire romain, un peu plus nordique, que 1547 années de guerres intereuropéennes n'ont jamais réussi à construire. Les Européens ont, tout à coup, vu l'Europe différemment, à la lecture humaniste d'une histoire faite de peuples aux caractères communs définis par une culture européenne. La solution aux problèmes du monde arabe si divisé, exacerbé par l'enclave israélienne en qui il redoute une suite probable à la Reconquista espagnole, réside dans l'imitation de ceux qui ont réussi les vraies paix. Si on ne peut plus construire des espaces pacifiés comme César, Cortès, les Tsars, les Mongols, ou les présidents américains du XIXe siècle, on doit imiter ceux qui, comme les Canadiens, les Scandinaves modernes, les Européens de 1957, construisirent un espace pacifié par la négociation, le régime de droit, les institutions communautaires, les échanges économiques, bref par toute la panoplie des moyens qui transforment un adversaire en neutre, un neutre en ami.
Les peuples arabes, aidés des Occidentaux humanistes qui se déclarent leurs amis sur la base de la communauté humaine, doivent comprendre que 4 millions d'Israéliens ne pourront vraiment dominer 100 millions d'Arabophones et 400 millions de Musulmans. Ils doivent reconnaître que la modernité, plus précisément l'occidentalisation partielle que les Israéliens peuvent apporter au monde arabo-musulman, est globalement plus un bien qu'un mal si elle est bien maîtrisée par les sociétés arabes, comme un peu de romanité sur les Gaulois ou d'anglicité sur les Canadiens, ou d'occidentalisation sur les Japonais, n'ont jamais été considérés comme une épaule de Pélops mais bien comme un gain net venu de l'étranger. Ce que les Israéliens apportent au monde arabe, c'est la démocratie, un régime de droit public de loin supérieur à la féodalité familiale, une culture scientifique qu'ils ont déjà certes mais beaucoup moins avancée qu'en Israël et une fenêtre sur l'Occident, une sorte de Hong Kong abrahamique...
Cette idée que l'adversaire sioniste peut devenir un gain arabe nous vient de l'expérience des minorités en sols nationaux. L'information dominante laissait croire qu'elles étaient les points faibles de tout État national qui voulait s'édifier sur la base de l'homogénéité ethnique, religieuse ou linguistique. Or ces minorités constituent au contraire un gain net pour ces États, car elles l'obligent à la tolérance, à l'acceptation de la différence. Elles le protègent de l'inertie et de la sclérose de l'uniformité pesante qu'il voudrait lui-même s'imposer par son fondamentalisme acrimonieux. C'est pour ne pas avoir su profiter de cette diversité, de n'avoir pu s'en accommoder, de ne pas avoir érigé en bien politique les différences ethniques et culturelles que s'effondrèrent les empires turc et austro-hongrois et qu'en fut ébranlé l'empire soviétique niveleur. Acquérir la souplesse en se pliant aux méandres de la diversité constitue pour tout espace pacifié qui veut évoluer à l'image de la vie dynamique un but politique que peu d'États ont reconnu. Les meilleurs s'y sont pliés par obligation. Ce n'est que tout récemment que diversité signifie force par la souplesse. Staline lui-même aurait dû savoir que l'acier de qualité est souple. Sa rigidité vient tout droit de l'analyse marxiste simpliste des phénomènes des minorités nationales. Elles les évacuent au profit de la notion de lutte des classes. Elle laissa donc en suspens, non réglée, une question qui menaça et affaiblit le grand espace pacifié soviétique, qui porte bien ce nom à la lumière que ce qui arriva dans maintes républiques après son éclatemnt. La minorité juive en terre arabe, fût-elle bien armée par le rempart qu'est pour elle l'État israélien, a tous les problèmes de la minorité précaire. Un début de solution consiste à ce qu'elle soit perçue par la majorité arabe comme un gain net pour cette dernière et que les Juifs israéliens acceptent le rôle de devenir un État de droit reconnu par le monde arabe en tant qu'État minoritaire dans le grand espace pacifié que constitue la mosaïque arabe. Israël se comporte comme David devant Goliath. L'exemple témoigne à la fois du courage juif comme aussi de sa touchante témérité. Cette idée de se renforcer par l'ouverture à l'étranger nous est aussi fournie par l'exemple chinois que les événements de la place Tien-An-Men en juin 89 ont affaibli sans en effacer pour autant la réalité profonde. La Chine, même en voulant rester fondamentaliste marxiste, c'est-à-dire stalinienne, s'ouvre à l'Occident, à tout le moins aux capitaux occidentaux et aux formes managériales du travail. La naïveté de cette ouverture consiste à croire, comme les derniers sultans de l'empire turc en firent l'expérience, qu'une porte puisse s'ouvrir qu'à moitié. À l'antique, disons qu'accepter une poterie grecque c'est accepter les dieux qui l'ornent. Les États fondamentalistes arabes, Yémen et Arabie saoudite, Iran khoméniste le savent. Mais les États arabes voisins de l'Europe et contigus d'Israël ne peuvent que s'ouvrir à l'occidentalité que représente la démocratique Israël. Sa démocratie, à terme, en fera un État laïc, c'est-à-dire un État normal. Si les fondamentalismes juif et arabe ne savent pas renoncer à leur idéal d'autarcie culturelle que le temps transforme en asphyxie et déclassement international, ils feront disparaître dans des cataclysmes effroyables et prévisibles les États dont ils veulent conserver la pureté. L'une des plus lumineuse remarque d'Aristote les met en garde contre la recherche de cette pureté qui n'est que la recherche à l'excès de son propre principe. Cet excès est mortel parce qu'il paralyse la vie en la soumettant à une seule dimension, à une seule exigence, à une seule qualité. L'espace pacifié qui veut survivre se nourrit normalement de son environnement international composé de mille diversités. Il gère dans l'harmonie ses composantes sociales, ethniques et culturelles, d'où la pureté est exclue, parce qu'elle n'est pas confondue avec la santé. Les États de cette région troublée doivent donc choisir entre leur fondamentalisme guerrier et mortel, et l'ouverture pacifique et tolérante. Le plus bel exemple de cette ouverture nous fut donné par le président égyptien Anouar-el-Sadate. Il fut tour à tour lié aux Soviétiques puis aux Américains, tout en restant profondément égyptien comme jadis Cléopâtre était restée égyptienne devant César, Antoine et Octave. Les deux trouvèrent la mort pour des raisons bien différentes mais tous deux cherchaient le compromis honorable entre des puissances aux convoitises illimitées, celle de Rome et celle du fondamentalisme musulman. Le fond de l'argumentation est que tout fondamentalisme est une régression car il veut revenir à une pureté originelle que la vie elle-même nie en se diversifiant et se complexifiant, et que l'apport étranger éthiquement valable constitue un gain net pour le pays d'accueil. Autrement dit, comme la judaïté et le judaïsme est un gain net en Occident, ils en sont un en terre arabe, même si le sionisme les a dénaturés tout comme, au demeurant, l'islamisme dénature l'Islam. Les Arabes eux-mêmes le démontrèrent en conservant, pas de gaieté de coeur il est vrai, les États nationaux et leurs frontières issus de la récente colonisation européenne. Il est à remarquer au passage qu'ils ont essayé jusqu'ici sans succès de refaire l'ancien empire des califes et des sultans. Le meilleur emprunt que les Arabes peuvent faire de l'Occident est l'effort national arabe de construire une Confédération arabe sur le modèle occidental, le seul durable car il s'appuie sur le droit institutionnel et non sur la volonté changeante des leaders. Y inclure Israël est parfaitement possible aux yeux d'une politique qui veut le bien du peuple arabe. Il s'agit de reconnaître les Juifs comme peuple historique de Palestine, à égalité de droit avec le peuple arabe. Plus, donner aux Israéliens dans une Confédération arabe le statut des Juifs d'Amérique serait bonifier l'espace pacifié arabe par la pratique de l'ouverture vers autrui. Comme l'Occident donne l'exemple de l'immigration arabe et turque en ses sols nationaux, l'incorporation de l'État israélien dans une Ligue arabe serait, mutatis mutandis, est une ouverture pacifiste et humaniste audacieuse. Que ceux qui ne savent ni rèver ni espérer continuent de manger le pain de la mort servi tous les jours au Proche-Orient!
La réaction d'Israël à de telles propositions serait sans doute qu'Israël préfère la souveraineté d'un État à toute participation minoritaire à une Confédération dont elle ne pourrait définir les politiques générales. Pourquoi ne pas innover et permettre une souveraineté israélienne sur les territoires actuels d'Israël avec, en prime, une participation à la Confédération arabe? Le résultat serait une sécurisation accrue des Juifs, l'échange de biens de toute nature tissant la solidarité économique judéo-arabe à l'intérieur de la Confédération arabe. Le temps, qui jusqu'à maintenant semble avoir tout guéri sauf le problème israélo-arabe, donnera à chacun ce qu'il cherchait dans la confrontation armée: un espace pacifié plus grand, plus sécure et plus prospère. La réaction des éléments les plus durs de la résistance palestinienne s'objecterait en faisant valoir le risque de renforcer Israël et d'affaiblir à jamais l'unité arabe par l'intrusion d'un cheval de Troie qui n'y entrerait pas pour s'y faire dresser. La réponse à cette crainte est le nombre arabe qui sera toujours inassimilable, invincible et inaltérable. Enfin, les relations entre minorité et majorité seront toujours difficiles en l'absence d'une véritable théorie politique universelle des minorités, créatrice d'une politique humaniste et efficace. Mais ces relations ne sont pas pour autant condamnées à la dégradation; elles peuvent être bénéfiques pour l'un comme pour l'autre si la minorité sait que la majorité ne veut pas sa disparition et que la majorité sait que la minorité ne veut pas l'influence hégémonique et méprisante sur tout l'ensemble que le nombre lui refuse.
On pourrait imaginer une Confédération exclusivement arabe, soit la Ligue arabe actuelle fondée en 1945 et regroupant treize pays aux liens renforcés par des structures confédératives, à l'intérieur de laquelle évoluerait une autre Confédération, plus petite, constituée des cinq États limitrophes d'Israël. L'AELE, le Benelux, le Marché Commun et d'autres regroupements d'États sont des exemples de groupes d'États inclus dans un plus large (OCDE, OTAN). L'Humanité elle-même est un ensemble de regroupements concentriques dont le centre géométrique est l'homme individuel. Celui-ci est formé de l'homme idéal des philosophes et de l'homme réel des sociologues et des ethnologues. C'est l'homme d'aujourd'hui.
Il est vrai que la situation politique du Proche-Orient, notamment du Liban depuis 1975, paraît désespérante. Comme ce n'est pas le lieu de raconter ici l'histoire de cette région depuis la fin de l'emprise ottomane, il faut se rappeler que rien n'est plus désastreux qu'un grand espace pacifié qui s'effondre. Aucun ne méritait de s'effondrer s'il s'efforçait sans relâche à se bonifier dans l'ouverture. Ceux qui s'effondrèrent s'étaient murés dans une conception étroite de leur identité, comme le fondamentalisme musulman le ferait s'il considérait tous les préceptes et pratiques de la Charia comme étant consubstantielles à l'arabité. L'Occident lui-même paya cher ses tentatives passées de fonder et river l'identité de l'homme occidental exclusivement sur sa religion, sur sa nation ou sur sa classe, dans cette quête à la pureté qui s'empuantit invariablement. Un espace pacifié effondré doit se reconstituer dans ce vacuum insécure et troublé qui est en proie à toutes les vicissitudes. La Sicile, par cinq fois au moins, connut ces déchirements lors des affrontements romano-puniques, gréco-latins, byzantino-barbares, arabo-normands, franco-espagnols, étalés sur trois mille ans. La paix définitive -bien qu'à cette échelle rien ne l'est absolument- s'instaure quand un État solide s'édifie, en l'occurrence l'Italie moderne qui intelligemment octroya à la Sicile en 1948 un statut autonome. La Grande-Bretagne elle-même permit la sécession de l'Écosse et des Pays de Galles, qui refusèrent. On dit que les régions de la Californie refusèrent pour elles-mêmes des sécessions, tant est puissant les désirs de regroupements des hommes. Savoir reconnaître ces deux forces centrifuges et centripètes est le début de la solution dont ultimement résulte l'équilibre vivant. Il est souvent instable, sans être violent, par ses tensions opposées dont l'une veut la sauvegarde de l'identité du plus petit des groupes identifiables et l'autre la réunion de tous les hommes dans le même grand espace pacifié. Les hommes veulent l'un et l'autre. Il n'y a pas contradiction mais polarisation constituant la réalité politique humaine. La souplesse coordonnant les axes de cette polarisation consolide la paix. Dans le cas du Proche-Orient, l'incurie et la rigidité ottomanes, de même que le cynisme et le manque d'élévation politique du Britannique Balfour, empêchèrent la zone proche-orientale de se construire un espace pacifié normal. En même temps, les Juifs issus de pays européens fort divers n'étaient pas des immigrants ordinaires qui cherchaient à s'intégrer dans la région qu'ils colonisaient. Leur millénaire réflexe du repli sur soi, consolidé par les pogroms, les exactions et le mépris, ne les aidaient guère à entrevoir un pays multiconfessionnel, libéral, que les Arabes de toute façon ne voulaient pas non plus. Les Arabes des IXe et Xe siècles étaient pourtant tolérants, en termes médiévaux, quand on sait la permanence des communautés religieuses persistantes en pays musulmans, notamment les Coptes. Les Arabes auraient pu voir dans l'immigration juive un apport neuf, un gain net si les Juifs accapareurs de terres arabes avaient ouvert les institutions politiques israéliennes à la populeuse minorité arabe. Même sous contrôle israélien, ils auraient entraîné les Palestiniens dans le sillon de la prospérité nouvelle qu'apportait la modernité technique occidentale. À un problème ethnique, religieux et colonial se greffa une crise sociale, mélange détonnant s'il en fût. Le noeud de cette crise n'était pas cependant l'économie basée sur la terre, seule richesse d'une société encore féodale et agraire. Le vrai problème, c'était et c'est encore le mépris et le refus de l'autre que le cycle de la violence (attaques et vengeances) ont transformé tragédie permanente qu'aucune raison ne peut tempérer, relativiser, calmer. Ils sont mutuellement l'un pour l'autre une plaie qu'on gratte dans une démangeaison furieuse. Rien de moins qu'une démence collective. Et pendant des décennies. Pour en sortir, il leur faut un choc qui, s'il vient d'eux-mêmes, doit avoir la puissance d'un rêve. Comme on rêve le Paradis, comme on rêve par delà la réalité traîtresse de tous les idéaux humains, la solution viendra que de l'espérance d'un pays rêvé qui aura pris comme ennemi la violence elle-même. Exactement comme le rêve d'espérance qui accapare l'esprit des réformateurs de toute époque.
Ce rêve qui ruse avec la réalité elle-même pour ne pas être découragée par elle peut déjà prendre assise sur la complémentarité objective des données démographiques du Proche-Orient. Le nombre arabe joint à la modernité israélienne ferait en sorte que par la paix l'un serait la force de l'autre. Le fabuleux trésor historique de la région, dont le climat qui fait rêver les nordiques, peut en faire une région touristique d'une prospérité insurpassable. Politiquement, il faut inventer l'avenir à l'image du demain qu'on rêve et non en référence au passé ensanglanté qu'on craint ou au présent bouché qu'on vit. Les Pères fondateurs américains n'ont pas rêvé d'un Saint-Louis pour remplacer George III. Conséquemment, les Palestiniens doivent renoncer à un projet d'une Palestine dogmatiquement laïque en même temps que tous les procédés de lutte armée de la Djihad du temps de Mahomet. Même la religion a une certaine plasticité qu'il faut utiliser pour permettre à tant de croyants de trois religions de bénéficier eux aussi d'un espace pacifié nouveau dans lequel l'essentiel de leur foi, en cohabitation avec celle des autres, pourrait être sauvegardé. De même, le caractère essentiellement religieux de l'État israélien devrait être modifié pour faire le pont avec les autres confessions. D'ailleurs, les Israéliens sont aux trois quarts incroyants. Ainsi, l'espace pacifié proche-oriental ne peut se définir que dans un projet israélo-arabe où les deux communautés accepteraient non la dissolution mais la mutation, tel qu'un Anglais devint Américain, un Français Québécois, un Espagnol Mexicain. C'est par l'acceptation de ce type de changement que les deux Amériques ont cessé d'être un champ de bataille international comme l'Europe le fut pendant cinq mille ans. L'Europe redevint pacifique, en 1957, quand elle se mit à imiter sa propre fille, l'Amérique, à rêver à devenir aussi prospère et aussi pacifique qu'elle. Le Proche-Orient doit opérer ce même type d'imitation, en s'inspirant de l'Europe dont elle est si proche géographiquement et temporellement. Car le Proche-Orient, c'est mutatis mutandis l'Europe d'avant 1957 ou l'Amérique d'avant 1787.
Peut-on dans ce projet régénérateur sauvegarder le passé, ne serait-ce que pour conserver un minimum de racines historiques quand on sait que les fondations sont, psychologiquement au moins, des éternels retours ou des désirs de renaissance, comme pour refaire sa vie? Le président Sadate, avons-nous dit, trouva la bonne voie lors de son passage à la Knesset le 19 novembre 1977. Il souligna le trait commun historique qui unit Juifs et Arabes, leur "ancêtre commun" tel que le Coran le mentionne et la Genèse le raconte. Bien sûr, pour une conscience rationaliste, la filiation est scientifiquement factice tels ces Gaulois dont les ancêtres étaient troyens et César qui descendait de Vénus. Mais un fétu de paille (le calumet de paix des Indiens d'Amérique, le tabac des premiers Virginiens ou une lanière de cuir pour Carthage) peut donner la paix comme si souvent une étincelle allume les foyers.
On peut imaginer un nouveau pays israélo-arabe plus facilement encore que Herzl, mort en 1904, ne rêva l'État hébreu. Il semble que les conditions à la réalisation de son rêve étaient plus désespérées encore au début du siècle que l'idée actuelle d'un nouveau pays pour les Israélo-arabes. Les Européens de 1938 étaient aussi très loin d'une communauté européenne qui vit le jour en 1957. C'est la bonne voie. Il n'y en a pas d'autre. Imaginons -c'est le maître-mot de toute création humaine- un pays, nommé Terre d'Abraham où Juifs et Arabes, voire Jordaniens, Syriens et Libanais, dans ce pays géographiquement réel du Taurus au Sinaï, plus grand que les 118,000 km2 de l'Israël historique qu'on appela souvent le couloir syro-palestinien, vivraient en paix. Car le mot le plus proche du concept espace pacifié, c'est le mot "pays. Nous avons dû proposer ce nouveau concept d'espace pacifié qui est le développement du concept de Cité défini il y a longtemps déjà, par Aristote; car le mot "pays" à lui seul peut être ambigu quand un pays peut être en paix ou en guerre. Les hommes, quand ils construisent un pays, veulent un espace pacifié, et vice versa. Dans les conditions actuelles, Terre d'Abraham regrouperait la Syrie, la Jordanie, Israël et le Liban avec une constitution qui sans être religieuse reconnaîtrait des droits religieux dans l'éducation et le calendrier. Imaginons ce pays avec un droit économique libéral, un droit social culturel respectueux des traditions locales. Imaginons-le organiser des zones autonomes pour les Maronites, les Chi'ites, les Druzes, les Orthodoxes et pour toute la floraison ethnique et religieuse qui colore le tissu culturel complexe de cette région. Mais surtout imaginons le courant d'unité qui les maintiendrait ensemble. Il ne peut venir que d'une idée neuve, à l'image de celles d'Énée, de Champlain, de Herzl, de Bolívar, des Pères fondateurs américains, de Jean Monnet et de celles de toutes les générations qui construisirent un pays. Comme l'apprentissage est une imitation, les peuples entre eux ont intérêt à imiter sans se sentir en perte d'identité. Même les peuples qui commirent à une époque les fautes les plus graves peuvent, par un redressement spectaculaire et forcé, prendre de l'avance sur les autres peuples dans la consolidation de la paix mondiale, tel que le Japon dont l'arme atomique est interdite sur son territoire et telle que l'Allemagne dont l'envoi de troupes à l'étranger était jusqu'à tout récemment aussi interdite, deux mesures restrictives inscrites dans leur constitution respective, à l'image de la Suisse et de l'Autriche dont la neutralité est constitutionnelle. Imiter les meilleurs d'entre nous fut le moyen le plus simple et le plus utilisé pour le progrès des peuples.
Cette Terre d'Abraham se grefferait à une Ligue arabe muée en Confédération, du Maroc au Pakistan, afin qu'elle s'amarre, tout comme l'Organisation de l'Unité africaine, à l'Organisation des Nations-Unies qui est l'ébauche juridique de l'Humanité réconciliée. Cette réconciliation, rendue possible parce que ses parties ont fondé leur identité nouvelle sur un passé revu et rêvé sur le cheminement profond de l'Humanité vers la paix, s'achèverait dans la construction du dernier espace pacifié qu'il reste à bâtir: une sorte de Maison universelle de la Paix.
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