L E F A S C I S M E
par Jacques Légaré
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1. LES ANTÉCÉDENTS HISTORIQUES
A) Politico-sociaux:
La démocratie allemande de Weimar, née de la défaite de 1918 est associée à elle et, conséquemment, à l'humiliation allemande. La démocratie italienne (Giolitti) est corrompue.
Les "réussites" anciennes et glorieuses: Napoléon ler, Bismark, Garibaldi, qu'on veut imiter et reproduire. Les insuffisances du traité de Versailles (1918) et les frustrations des anciens combattants. La montée politique des classes moyennes, avec le déclin simultané des aristocraties traditionnelles dans une société déjà très autoritaire. Le peuple se rapproche du pouvoir par le suffrage universel (Italie en 1919) et les média de masse comme la presse et bientôt la radio. L'essor du populisme politique que stimula l'expérience militaire de la mobilisation générale. Tradition des partis factieux, anarchiques et virulents. Aventurisme de certains socialistes déçus (Mussolini); d'où le nom assez opportuniste de "national-socialisme". Radicalisme de la gauche qui boycotte tout centre, toute participation à des gouvernements d'union nationale. La gauche suit ainsi les conseils léninistes de Staline. Attitude cassante de la gauche non communiste qui, en 1914, a appuyé la déclaration de guerre de 1914.
B) Économiques:
L'hyper-inflation en 1920 fait descendre la petite-bourgeoisie au niveau du prolétariat, générant une immense frustration, et la désolidarisant de la république de Weimar, démocratie imposée par les Alliés.
La crise de 1929 qui, en Allemagne, ébranle les élites dirigeantes et lui font perdre le soutien de la majorité.
La dette de guerre allemande et italienne a des effets déflationnistes et dépresseurs, en plus de créer objectivement un argument revanchard. Les fascistes s'opposent aux démocraties libérales de vainqueurs (de 1918) qui sont perçus comme des spoliateurs des peuples allemand et italien. La radio et sa puissance de séduction par sa nouveauté, crée un public politique homogène de masse, facilement excitable, manipulable et médusable.
C) Philosophiques, intellectuels et culturels:
Le rigorisme autoritariste catholique (italien, espagnol, bavarois) et calviniste (Horthy). Le mysticisme chrétien (se fondre dans un chef divinisé): Ignace de Loyola, Sainte Thérèse d'Avila car ces croyants mystiques qui sont des modèles dans cette société traditionnelle, entretiennent une relation "fasciste" avec la divinité, qui est une relation d'obéissance aveugle. Les Jésuites ont comme mot d'ordre pour leurs membres perinde ac cadaver (obéir comme un cadavre). L'Église a éduqué les peuples dans un moule pré-fasciste (autoritaire), mais Pie XI condamne l'hitlérisme jugé comme un néo-paganisme. Certains disent que l'Église s'est fait acheter par les $80millions versés par Mussolini lors des accords du Latran. Face au nazisme, on reprochera à Pie XII un silence compromettant.
Le romantisme européen où le Moi est libéré, gonflé dans une totale "Hybris" (démesure) qui sera à la base du comportement et du psychisme des chefs fascistes. Le système scolaire tout imprégné par les études militaires, la religion qui enseigne la docilité et la soumission aux autorités. L'autoritarisme généralisé, qui va jusqu'à la répression sexuelle, courante à l'époque, de tradition religieuse, mais que les fascistes vont conserver. Ils dénaturent la morale sexuelle traditionnelle en forçant des couples à faire des enfants vigoureux pour la patrie.
L'incapacité de la sensibilité individuelle de vivre sous une direction socio-politique de type libéral après l'effondrement des régimes royal et impérial (après 1918), d'où le recours à un néo-autoritarisme fasciste subsidiaire. Le futurisme italien qui, par la bouche de Marinetti, valorise la violence, le machisme, le modernisme destructif des valeurs traditionnelles et l'exaltation d'un bouleversement impétueux et rageur.
Apologie du bellicisme chez Proudhon, George Sorel et Marinetti; et des conceptions marxistes et léninistes de la violence insurrectionnelle. La violence est vue comme "hygiène du monde" (Marinetti). Le mot "fascisme" vient des bouts de bois assemblés et ficelés (faisceaux) aux bouts desquels sortaient des haches et que portaient les serviteurs du préteur paradant dans l'ancienne Rome. En tant que responsable de l'application des lois, ce préteur détenait sur tous un droit de vie et de mort. Ce symbole représente bien l'idéal fasciste ambigu: ordre et violence.
Le slogan: "Un peuple, un État, un Chef" souligne la volonté fasciste de fondre collectivité et individualité.
II. DÉFINITION
Idéologie politique qui préconise un redressement national dans l'ordre inégalitaire, voire le racisme, et dans la soumission à un parti unique, dans l'agression extérieure par le nationalisme. Elle est anti-libérale, réactionnaire, anti-parlementaire, anti-démocratique, anti-socialiste. Une sorte de royauté sans droit divin et sans dynastie par le sang; une tyrannie populiste.
III. CARACTÉRISTIQUES
A) Politiques:
Principe de la lutte (Mein Kampf, seul livre écrit par Hitler veut dire Mon Combat), de la théorie de l'espace vital; et pour corollaire l'idée de l'inégalité foncière des hommes. "L'histoire est faite par les minorités" dit Hitler. Accent mussolinien sur la primauté de l'État. Accent hitlérien sur la primauté de la Nation. Idée que le sang (des martyrs) est à la base de la réussite de toute cause: Mussolini dit: "Nous avons fait la révolution la plus sanglante de l'histoire" comme si ce sang versé donnait du prix à son entreprise.
Primauté de l'irrationnel: "Croire, obéir, combattre" dit Mussolini. "J'existe en vous, vous existez en moi", dit Hitler. Mépris de l'intellectuel et du spécialiste, surtout chez Hitler. Primauté de l'action sous influence des anarchistes, d'où absence de programme pour annoncer vraiment où ils vont:
"Tous les programmes sont vains, ce qui importe, c'est la volonté humaine" dit Hitler.
"Notre doctrine, c'est le fait" écrit Mussolini.
B) Économiques:
Keynésianisme (utilisation de l'État comme agent puissant dans l'économie) guerrier: Résorption du chômage vers l'armée, course aux armements; Politique nataliste et politique économique autarcique.
Interventionnisme de l'État, voire dirigisme: Charte du Travail en 1924; Grève et lock-out interdits; Monopole syndical ; Arbitrage étatique obligatoire;
Corporatisme (chaque groupe socio-économique important est représenté directement au Parlement qui, en fait, est tout aux ordres du Duce.
Bref, défendre l'Occident contre l'industrialisation; défendre l'homme contre la grande ville et contre la machine. Le signe visible que l'Occident est dégénéré est cet art nouveau (dadaïsme, cubisme, art abstrait, expressionnisme) que les fascistes trouvent juif, décadent, "dégénéré" est leur expression méprisante envers l'art moderne.
C) Philosophiques, intellectuels et culturels:
Rejet du rationalisme, du libéralisme et de la méthode scientifique, et du réalisme historico-économique.
Priorité au pragmatisme, sans a priori, ni but lointain. C'est la volonté de puissance nietzschéenne: se surpasser, se dépasser, aller aux limites des volontés aventurières et violentes de l'homme. Néo-paganisme exalté et brutal.
La supériorité de l'intuition sur la raison. "Une atmosphère particulière d'excitation et de délire" écrit Anglo Tosca; d'où émerge le mythe de l'homme nouveau, viril, sportif, déterminé. L'art fasciste aime le musclé. Et les chefs sont des écrivains, de formation autodidacte... Retour aux mythes antérieurs: puissance romaine, dieux wagnériens. Puritanisation des moeurs par l'héroïsme et le corps en santé, qui est vu comme réservoir d'énergie vitale. Une sombre poésie de la discipline. L'architecture fasciste affectionne le colossal, le théâtral.
IV. LES MOYENS
Action violente: bagarres de rue,. assassinats sélectifs contre les opposants ou les gêneurs: (Dolfuss, Rhom, Matteoti); nuit de Cristal contre les Juifs, Nuit des Longs couteaux contre les SA, anciens acolytes d'Hitler; Matteoti, député socialiste, assassiné par Mussolini; Recherche de la légitimité par la caution d'Hindenburg, par l'élection (Hitler) ou par l'assentiment royal (Mussolini). Parti unique. Police politique parallèle: SA en chemises brunes, puis SS en chemises noires. Dénonciations des adultes par les enfants, encadrement de la jeunesse. Camps de concentrations (Dachau dès juin 1933). Politique antiféministe, nataliste. Corps officiel de doctrine. Concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme et de ses dévoués directs. Pastiches néo-religieux.
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