Texte de Indro Montannelli qui me permit par écrit de diffuser son oeuvre historienne pour le bénéfice de nos vaillants étudiants

Jacques Légaré, ph.d.

HISTOIRE DE ROME

par Indro Montanelli

édition augmentée et adaptée par Jacques Légaré

Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm

CHRONOLOGIE DE L'HISTOIRE DE ROME

Avant J.C. indiqué par le signe - C.

-753 Fondation par Romulus

-509 Chute de la royauté.

-493 Les plébéiens se retirent sur le mont sacré.

-451 Les décemvirs rédigent la loi des 12 tables.

-395 Camille prend Véies aux Étrusques.

-387 Prise de Rome par les Gaulois.

-343-290 Guerre contre les Latins et les Samnites.

-281-279 Guerre contre Pyrrhus.

-264-241 Première guerre punique.

-222 Réduction en province de la Gaule cisalpine.

-218 Début de la 2e guerre punique

-216 Bataille de Cannes.

-202 Bataille de Zama.

-183 Mort d'Hannibal.

-168 Rome conquiert la Macédoine.

-753 Fondation par Romulus

-509 Chute de la royauté.

-493 Les plébéiens se retirent sur le mont sacré.

-451 Les décemvirs rédigent la loi des douze tables.

-395 Camille prend Véies aux Étrusques.

-387 Prise de Rome par les Gaulois.

-343-290 Guerre contre les Latins et les Samnites.

-281-279 Guerre contre Pyrrhus.

-264-241 Première guerre punique.

-222 Réduction en province de la Gaule cisalpine.

-218 Début de la 2e guerre punique

-216 Bataille de Cannes.

-202 Bataille de Zama.

-183 Mort d'Hannibal.

-168 Rome conquiert la Macédoine.

-146 Destruction de Carthage par Scipion Émilien. -146 Destruction de Carthage par Scipion Émilien. Conquête de la Grèce.

-133 Mort de Tiberius Gracchus.

-121 Mort de Caius Gracchus.

-107 Consulat de Marius.

-105 Marius bat Jugurtha.

-101 Victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons.

-90 Triomphe de Sylla dans la guerre sociale.

-133 Mort de Tiberius Gracchus.

-121 Mort de Caius Gracchus.

-107 Consulat de Marius.

-105 Marius bat Jugurtha.

-101 Victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons.

-90 Triomphe de Sylla dans la guerre sociale.

-82 Victoire de Sylla sur Mithridate. -82 Victoire de Sylla sur Mithridate. Sylla dictateur.

-79 Abdication de Sylla.

-67 Pompée chargé de pacifier l'Orient.

-63 Conjuration de Catilina, consulat de Cicéron.

-79 Abdication de Sylla.

-67 Pompée chargé de pacifier l'Orient.

-63 Conjuration de Catilina, consulat de Cicéron.

-60 1er triumvirat: -60 1er triumvirat: Jules César, Pompée et Crassus.

-58 Révolte Révolte d'Arioviste, début de la guerre des Gaules.

-52 Défaite Défaite de Vercingétorix à Alésia.

-49 César César franchit le Rubicon, début de la guerre civile.

-48 Défaite Défaite de Pompée à Pharsale.

-45 Tout Tout le monde romain est soumis à César.

-44 Meurtre Meurtre de César par Brutus.

-43 Second Second triumvirat: Octave, Antoine et Lépide. Mort de Cicéron. Mort de Cicéron.

-42 Brutus Brutus et Cassius écrasés à Philippes.

-31 Victoire Victoire d'Octave sur Antoine à Actium.

-27 Octave Octave nommé Auguste, début de l'empire romain.

-9 Varus Varus battu en Germanie par Arminius.

Après J.C. signifié par le signe + C.

14 Mort d'Auguste.

14-37 Règne de Tibère.

37-41 Règne de Caligula.

41-54 Règne de Claude.

54-68 Règne de Néron.

68-69 Règnes de Galba, Othon, Vitellius.

69 Début de la dynastie des Flaviens.

69-79 Règne de Vespasien.

70 Prise de Jérusalem par Titus.

79 Irruption du Vésuve, destruction d'Herculanum et Pompéi.

79-81 Règne de Titus.

81-96 Règne de Domitien.

96 Début de la dynastie des Antonins.

96-98 Règne de Nerva.

98-117 Règne de Trajan.

117-138 Règne d'Adrien.

138-161 Règne d'Antonin.

161-180 Règne de Marc Aurèle.

180-193 Règne de Commode, fin des Antonins.

193-211 Règne de Septime Sévère.

211-217 Règne de Caracalla.

217-218 Règne de Macrin.

218-222 Règne d'Héliogabale.

222-235 Règne d'Alexandre Sévère.

235-285 Anarchie militaire. Plus de 26 empereurs reconnus par le Sénat. Tous sauf un meurent            de mort violente.

284-305 Règne de Dioclétien. Instauration de la tétrarchie.

306-337 Règne de Constantin.

313 Édit de Milan: libre exercice du culte pour les chrétiens. Byzance devient capitale impériale d'Orient sous le nom de Constantinople.

33-7361 Les 3 fils de Constantin succèdent à leur père.

361-363 L'empereur Julien tente de restaurer le paganisme.

363-375 Règne de Valentinien Ier, Gratien, Valentinien II et Théodose.

395 L'empire romain partagé par Théodose en 2. L'Occ. donné à Honorius, L'Orient à Arcadius.

395 Début des grandes invasions.

351 Défaite d'Attila aux champs catalauniques.

476 Odoacre proclame la fin de l'empire romain en prenant le titre de roi d'Italie.

LA ROME ROYALE (-753 à -509)

I. « Ab urbe condita »depuis la fondation... 1

II. Pauvres Étrusques. 5

III. Les rois agriculteurs. 10

IV. Les rois marchands. 14

V. Porsenna. 18

LA ROME RÉPUBLICAINE (-509 à-27)

+14 Mort d'Auguste.

14-37 Règne de Tibère.

37-41 Règne de Caligula.

41-54 Règne de Claude.

54-68 Règne de Néron.

68-69 Règnes de Galba, Othon, Vitellius.

69 Début de la dynastie des Flaviens.

69-79 Règne de Vespasien.

70 Prise de Jérusalem par Titus.

79 Irruption du Vésuve, destruction d'Herculanum et Pompéi.

79-81 Règne de Titus.

81-96 Règne de Domitien.

96 Début de la dynastie des Antonins.

96-98 Règne de Nerva.

98-117 Règne de Trajan.

117-138 Règne d'Adrien.

138-161 Règne d'Antonin.

161-180 Règne de Marc Aurèle.

180-193 Règne de Commode, fin des Antonins.

193-211 Règne de Septime Sévère.

211-217 Règne de Caracalla.

217-218 Règne de Macrin.

218-222 Règne d'Héliogabale.

222-235 Règne d'Alexandre Sévère.

235-285 Anarchie militaire. Plus de 26 empereurs reconnus par le Sénat. Tous sauf un meurent               de mort violente.

284-305 Règne de Dioclétien. Instauration de la tétrarchie.

306-337 Règne de Constantin.

313 Édit de Milan: libre exercice du culte pour les chrétiens. Byzance devient capitale de        l'empire d'Orient sous le nom de Constantinople.

33-7361 Les 3 fils de Constantin succèdent à leur père.

361-363 L'empereur Julien tente de restaurer le paganisme.

363-375 Règne de Valentinien Ier, Gratien, Valentinien II et Théodose.

395 L'empire romain partagé par Théodose en 2 parties. L'Occident donné à Honorius,        L'Orient à Arcadius.

395 Début des grandes invasions.

351 Défaite d'Attila aux champs catalauniques.

476 Odoacre proclame la fin de l'empire romain en prenant le titre de roi d'Italie.

TABLE DES MATI~RES

Avertissement. 7

À mes lecteurs. 9

I « Ab urbe condita » 13

II.-- Pauvres Etrusques. ' 24

III.--Les rois agriculteurs. 34

IV. --Les rois marchands. 44

V. -- Porsenna. 54

VI. S.VI. --S.P.Q.R.(Senatus Populusque Romanus) 23R. (Senatus Populatusque Romanus)64

VII. Pyrrhus. 28

VIII. L'éducation. 32

IX. La carrière, ou le "cursus honorum" 38

X. Les dieux. 43

XI. La ville, ou l'URBS. 51

XII. Carthage. 61

XIII. Régulus. 69

XIV. Hannibal. 73

XV. Scipion. 77

XVI. « Gracia capta..... ». 81

XVII. Caton. 84

VII. -- Pyrrhus. 74

VIII. -- L éducation. 83

IX. -- La carrière. 92

X. -- Les dieux. 101

XI. -- La ville. 109

XII. -- Carthage. 120

XIII. -- Régulus. 128

XIV. -- Annibal. 137

XV. -- Scipion. 148

XVI. -- « Gracia capta ». 15 7

XVII. -- Caton. 167

XVIII. «....Ferum victorem cepit ». 89-- «Ferum victorem cepit ».175

XIX. Les Gracques. 99

LA GUERRE CIVILE (-107 à -31)

XX. Marius. 105

XXI. Sylla. 109

XXII. Un dîner à Rome. 114

XXIII. Cicéron et Rabirius. 120

XXIV. César. 133

XXV. La conquête de la Gaule 136

XXVI. Le Rubicon. 140

XXVII. Les "ides de mars". 144

XVIII. Mar Antoine et Cléopâtre. 148

XXIX. Cléopâtre et Auguste. 152

LA ROME IMPÉRIALE (-27 à +476)

XXX. Virgile, Horace et Tite-Live.163

XXXI. Tibère et Caligula. 167

XXXII. Claude et Sénèque. 170

XXXIII. Néron. 175

XXXIV. Pompéi. 178

XXXV. Jésus 185

XXXVI. Les Apôtres. 190

XIX. -- Les Gracques. 184

XXXVII. Les Flaviens. XX. -- Marius.194

XXI. -- Sylla. 20

XXII. -- Un dîner à Rome., 212

XXIII. -- Cicéron. 221

XXIV. -- César. 229

XXV. -- La conquête de la Gaule. 239

XXVI. -- Le Rubicon. 249

XXVII. -- Les ides de mars. 257

XVIII.--Antoine et Cléopâtre. 266

XXIX. --Auguste. 275

XXX. -- Horace et Tite-Live. 283

XXXI.-- Tibère et Caligula. 290

XXXII.--Claude et Sénèque. 29

XXXIII. -- Néron. 304

XXXIV. -- Pompéi. 311

XXXV.--Jésus

XXXVI. Les Apôtres. 324

XXXVII. --Les Flaviens. 331

XXXVIII. La douceur de vivre. 197--La Rome épicurienne.339

XXXIX. Une économie florissante.201

XL. Des loisirs innommables. 205 XLI. Nerva et Trajan. 209

XLII. Hadrien. 212

XLIII. Marc Aurèle. 215

XLIV. Les Sévère. 220

XLV. Dioclétien. 223

XLVI. Constantin. 227

XLVII. Le triomphe des chrétiens. 230

XLVIII. L'héritage de Constantin. 234

XLIX. Ambroise et Théodose. 238

L. Alaric s'empare de Rome. 241

LI. Conclusion. 250

PREMIÈRE PARTIE

LA ROME ROYALE

CHAPITRE PREMIER

« AB URBE CONDITA »

(Depuis la fondation de la Ville)

XXXIX. -- Son économie. 347

XL. -- Ses amusements. 354

XLI. -- Nerva et Trajan. 361

XLII. -- Hadrien. 370

XLIII. -- Marc Aurèle. 377

XLIV. -- Les Sévère. 385

XLV. -- Dioclétien. 393

XLVI. -- Constantin. 400

XLVII.-- Le triomphe des chrétiens. 407

XLVIII. -- L'héritage de Constantin 416

XLIX. -- Ambroise et Théodose. 424

L. -- La fin. 431

LI. -- Conclusion., 441

Index des cartes. 445

PREMIÈRE PARTIE LA ROME ROYALE

CHAPITRE PREMIER

« AB URBE CONDITA » (Depuis la fondation de la Ville)

Nous ne savons pas d'une façon précise la date à laquelle on institua à Rome les 1ères écoles c'est-à-dire les écoles publiques. Nous ne savons pas d'une façon précise la date à laquelle on institua à Rome les premières écoles c'est-à-dire les écoles publiques. Plutarque dit qu'elles naquirent vers l'an -250 (le signe - indiquera toujours avant Jésus-Christ), c'est-à-dire environ 500 ans après la fondation de la ville. Jusqu'a ce moment, les enfants romains étaient élevés chez eux: les plus pauvres par leurs parents, les plus riches par des magistri, c'est-à-dire des maîtres, ou précepteurs, habituellement choisis dans la catégorie des liberti, affranchis pris à leur tour parmi les prisonniers de guerre, de préférence ceux qui étaient d'origine grecque parce que c'étaient les plus cultivés.

Une chose que nous savons de façon certaine, c'est qu'ils se donnaient moins de mal que les écoliers d'aujourd'hui. Le latin, ils le savaient déjà. « S'il leur avait fallu l'étudier, disait le poète Henri Heine, jamais ils n'auraient trouvé le temps de conquérir le monde. » Quant à l'histoire de leur patrie, voici, à peu de choses près, comment on la leur racontait.

Lorsque les Grecs de Ménélas, d'Ulysse et d'Achille conquirent Troie, en Asie Mineure, et la mirent à feu et à a sang, un des rares défenseurs de la ville qui purent s'échapper fut Énée, fortement « recommandé » (c'étaient là des choses qu'on pratiquait même en ce temps-là) par sa mère Vénus-Aphrodite, la déesse de l'amour, ni plus ni moins. Portant sur son dos une valise pleine de portraits de ses protecteurs célestes naturellement, c'était son excellente mère qui occupait la place d'honneur, mais sans un sou en poche, le pauvre garçon commença d'arpenter le monde au hasard, en Thrace, en Macédoine, en Épire, en Sicile, puis à Carthage où la reine Didon tombe en amour avec lui pour son plus grand malheur. Énée la quitte, et elle se jette dans le feu du haut des remparts de sa ville. Il aborde en Italie, à Cumes où dans une grotte il rencontre la Sibylle et descend aux Enfers. Puis Énée longe le littoral jusqu'à l'embouchure du Tibre où il affronte les Rutules et leur roi Turnus. Laissant ses compagnons pour chercher de l'aide, Énée remonte le Tibre jusqu'à la ville de Palantée où Rome sera fondée, et il demande l'appui du vieux roi Évande. Sur ces conseils, il se rend chez les Étrusques en ce moment en révolte contre leur propre roi Mézence. Pendant ce temps, Turnus a attaqué les Troyens, mais l'arrivée d'Énée et de ses renforts renverse la situation, qui amène le combat singulier entre Turnus et Énée. Le héros troyen, tel Achille naguère contre Hector, en sort victorieux. C'est là que s'arrête l'Énéide, suite et pastiche de Virgile du poème d'Homère. Énée épouse hasard. Après on ne sait combien d'années d'aventures et de mésaventures, il débarqua en Italie, toujours sa valise sur l'échine, commença à la fille du roi Latinus qui s'appelait Lavinia, fonde Lavinia fonda une ville à laquelle il donne donna le nom de sa femme et il vécut avec celle-ci heureux et content tout le reste de sa vie.

Son fils Ascagne fonda Albe la Longue et fit d'elle la nouvelle capitale. Au bout de 8 générations c'est-à-dire quelque 200 ans après l'arrivée d'Énée, 2 de ses descendants, Numitor et Amulius, étaient encore sur le trône du Latium. Malheureusement, à deux, on est à l'étroit sur les trônes. Alors, un jour, Amulius chassa son frère pour régner tout seul, et tua tous ses enfants, à l'exception d une fille, Rhéa Sylvia. Mais pour éviter que celle-ci ne mît au monde quelque fils auquel l'idée pût venir, plus tard, de venger son grand-père, il l'obligea à devenir prêtresse de la déesse Vesta, c'est-à-dire religieuse. Pour la punir, le "mon oncle" ne pouvait choisir mieux.

Un jour Rhéa qui devait griller de se marier, et se résignait mal à l'idée de ne pas le faire, prenait le frais au bord du fleuve, car l'été était terriblement chaud. Elle s'endormit. Voilà que par hasard passait dans les parages le dieu de la guerre Mars qui descendait souvent sur la terre, un peu pour faire quelque « guéguerre » comme c'est son métier habituel, un peu pour courir les filles comme c'est sa passion favorite. Il vit Rhéa Sylvia. Il s'en éprit comme l'aurait fait tout homme normal, car les dieux adoraient les passions des hommes normaux et on les appelaient les Immortels justement parce que, plus chanceux que nous, elles ne les faisaient pas mourir. Et, sans même la réveiller, il la rendit enceinte. C'est fou comme elle avait le sommeil profond.

Lorsque Amulius l'apprit, il se mit dans une grande colère. Mais il ne la tua pas. Il attendit qu'elle accouchât non pas d'un petit garçon mais de 2 garçons jumeaux. Puis il fit charger ceux-ci sur un radeau microscopique qu'il livra au fleuve pour que, suivant le fil de l'eau, le radeau allât jusqu'à la mer, et les noyât. Mais il n'avait pas pensé au vent qui soufflait assez fort ce jour-là et fit s'ensabler la fragile embarcation à peu de distance de là, en pleine campagne. Les deux abandonnés, qui pleuraient à grand bruit, attirèrent l'attention d'une louve qui courut les allaiter. C'est pour cela que cette bête est devenue le symbole de Rome, fondée plus tard par les deux jumeaux.

Les méchants disent que cette louve n'était pas le moins du monde une louve, mais tout simplement une femme, Acca Larentia, qu'on appelait la Louve à cause de son caractère sauvage et des nombreuses infidélités qu'elle faisait à son mari, un pauvre berger, en allant faire l'amour dans les bois avec tous les garçons du voisinage. Mais peut-être ne sont-ce là que commérages d'historiens qui ne croient jamais les fables qu'on leur raconte. Mais les Romains eux y croyaient dur comme bronze. Cette Acca Larentia, nourrice de Romulus, eut 12 fils, les frères Arvales, qui fondèrent une confrérie d'hommes qui se cooptaient entre eux, afin de perpétuer le culte de Dea Dia, une divinité agraire célébrée en mai avec des chants, des sacrifices, des courses. Des empereurs étaient souvent leur chef (magister). Cette confrérie est l'ancêtre des communautés de frères qui existent encore aujourd'hui.

Les deux jumeaux tétèrent, passèrent aux bouillies firent leurs 1ères dents, reçurent le premières dents, reçurent 1e nom, l'un de Romulus, l'autre de Rémus, grandirent et finirent par savoir leur histoire. Alors ils revinrent à Albe la Longue, organisèrent une révolution, tuèrent Amulius et remirent Numitor sur le trône. Ensuite, impatients comme le sont les 1es jeunes gens de faire quelque chose de 9, au lieu d'attendre d'hériter un royaume tout fait de leur grand-père, qui le leur eût certainement laissé, ils s'en allèrent un peu plus loin s'en construire un nouveau. Ils choisirent le point ou leur radeau s'était ensablé au milieu des collines que traverse le Tibre avant de se jeter dans la mer. Là, comme il est fréquent entre frères, ils se chamaillèrent au sujet du nom à donner à leur ville. Ensuite ils décidèrent que celui qui l'emporterait serait celui qui verrait le plus d'oiseaux. Rémus en vit 6 sur l'Aventin. Romulus en vit 12 douze sur le Palatin. Donc la ville s'appellerait Rome. Ils mirent sous le joug 2 boeufs blancs, creusèrent un sillon et bâtirent les murs de la ville en jurant de tuer quiconque les franchirait. Rémus, que son échec avait mis de mauvaise humeur, déclara que ces murs n'étaient pas solides et, d'un coup de pied en brisa un morceau. Fidèle à son serment, Romulus lui fit sauter la cervelle d'un coup de pelle.

Tout cela s'est produit, à ce qu'on dit, en -753 753 avant le Christ exactement le 21 avril, qu'on fête encore comme le jour anniversaire de la ville, née, on le voit, d'un fratricide. Les habitants de la ville firent de cette date le 1er jour de l'histoire du monde tant que l'Église au pouvoir à Rome n'imposa point une autre datation. Ce sillon avait une importance immense pour les Romains et cela nous aide à comprendre l'extrémisme du geste fratricide de Romulus. Pour les gens de l'antiquité, l'espace n'est pas euclidien comme pour nous, ce n'est pas la pure étendue cartésienne sans signification, sans qualité particulière. L'espace a une double nature, celui qui est sacré et possédé par nos dieux, et celui qui est extérieur, étranger et plein de pouvoirs maléfiques. Dans l'enceinte du sillon, nommé « pomerium», tracé par Romulus, cet espace est désormais sacré, doté d'une enceinte fictive, presque magique. Plus tard et pour cette raison, il sera interdit de paraître en armes à l'intérieur du pomerium, les licteurs devront retirer les armes de leurs faisceaux avant d'y entrer, les auspices pris à l'intérieur ne seront pas valables à l'extérieur, le droit d'intercession des tribuns ne sera valide qu'à l'intérieur du pomerium, les divinités étrangères ne pourront y pénétrer et les inhumations y seront interdites. Ces exemples qui seront expliqués plus loin démontrent le caractère superstitieux et strictement ritualiste du Romain. Avec lui, on ne niaise pas avec la religion.

Peut-être les peuples voisins en faisaient-ils autant, et chacun d'eux faisait remonter l'histoire du monde à la fondation de sa capitale, que ce fût Albe la Longue, Rieti, Tarquinia, Arezzo. Mais ils n'arrivèrent pas à faire reconnaître par les autres cette manière de dater parce qu'ils commirent la petite erreur de perdre la guerre ou plutôt les guerres. Rome, au contraire, les gagna toutes. Cette propriété de quelques hectares que Romulus et Rémus se découpèrent à la charrue au milieu des collines du Tibre devint, en quelques siècles, le centre du Latium, puis de l'Italie, puis de toute la terre alors connue. Et, sur toute la terre alors connue ou parla sa langue, on respecta ses lois, on compta les années ab urbe condita (depuis la fondation de la ville), c'est-à-dire à partir de ce fameux 21 avril -753, début de l'histoire de Rome et de sa civilisation.

Naturellement, les choses ne s'étaient pas passées exactement comme ça. Mais c'est ainsi qu'au cours de nombreux siècles, les papas romains tinrent à ce qu'on les racontât à leurs enfants; un peu parce qu'ils le croyaient eux-mêmes, un peu parce que ces grands patriotes étaient très flattés de pouvoir mêler les (les dieux influents comme Vénus et Mars, et des personnages haut placés comme Énée, Énée à la naissance de leur ville. Ils sentaient obscurément qu'il était très important d'élever leurs enfants dans la conviction qu'ils appartenaient à une patrie construite avec le concours d'êtres surnaturels qui, certainement, ne l'eussent point prêté, ce concours, s'ils n'avaient pas eu l'intention de lui assigner un grand destin. Cela donna une base religieuse, c'est-à-dire idéologique, à à toute la vie de Rome et, en effet, Rome s'écroula quand cette base vint à manquer. Précisément, quand les chrétiens sabotèrent la puissance impériale romaine pour une autre forme de puissance, qui fit régresser la civilisation, idée bien scandaleuse pour certains mais qui se défend bien toute seule si vous prenez la peine de lire la suite. civilisation. L'Urbs fut caput mundi, la capitale du monde, tant que ses habitants ne surent pas grand-chose et furent suffisamment naïfs pour croire aux faits légendaires que leur avaient enseignés leurs papas et leurs magistri, tant qu'ils furent convaincus qu'ils descendaient d'Énée, qu'ils avaient dans leurs veines du sang divin, et qu'ils venaient de la cuisse de Jupiter, car à cette époque-là le Seigneur s'appelait Jupiter. Ce fut quand ils commencèrent à en douter que leur empire vola en éclats et que le caput mundi devint une colonie. Mais n'anticipons pas. Le doute est à la base de la réflexion scientifique, mais non à l'origine des empires.

Dans la belle légende de Romulus et de Rémus tout n'est peut-être pas légende. Peut-être s'y trouve-t-il des éléments vrais. Tâchons de l'analyser sur la base des quelques dates suffisamment sûres que nous ont fournies l'archéologie et l'ethnologie.

30 000 Trente mille ans avant la fondation de Rome, il semble que l'Italie était déjà habitée par des hommes. Les gens compétents disent avoir reconstitué ce genre d'homme grâce à certains petits os de son squelette trouvés par-ci par-là, et remontant à ce qu'on appelle l'« 1'« âge de la pierre » ancien ou paléolithique (paléo = ancien; lithos = pierre). Mais ne nous fions pas trop à ces inductions et sautons à pieds joints jusqu'à l'âge beaucoup plus rapproché, l'âge « néolithique (-10,000à -3000) » quelque chose comme il v a 8000 ans, c'est-à-dire 5000 avant Rome. Il semble que notre péninsule était alors peuplée par certains Ligures au nord, et Sicules au sud, gens au crâne en forme de poire vivant un peu dans les cavernes, un peu dans des huttes rondes faites de boue et d'excréments, domestiquant des animaux (tous les animaux, sauf le dindon venu d'Amérique au XVIe siècle), se nourrissant de gibier et de poisson.

Faisons encore un saut de 4000 ans: nous arrivons à l'an -2000. Voici que, du Septentrion, c'est-à-dire des Alpes, viennent d'autres tribus parties depuis Dieu sait combien de temps de leur patrie d'origine: l'Europe centrale. Ces hommes ne sont guère plus civilisés que les indigènes à tête en poire; toutefois ils ont l'habitude de construire leurs habitations non pas dans les cavernes mais sur des poutres plongées dans l'eau, les « cités lacustres ». On voit bien qu'ils proviennent d'endroits marécageux en effet, arrivés chez nous, la région qu'ils choisissent est celle des lacs: le lac Majeur, le lac de Côme, le lac de Garde, au nord de l'Italie d'où ils reçoivent les eaux des Alpes (ils sont en avance de quelques millénaires sur le goût des touristes modernes qui trouvent l'endroit plus cher que du temps des Romains). Ils introduisent en Italie quelques grandes nouveautés, comme d'élever des troupeaux, de cultiver le sol, de tisser des étoffes, d'entourer leurs villages de bastions de boue et de terre battue pour les défendre tant des attaques des animaux que de celles des hommes.

Tout doucement, ils commencent de descendre vers le sud, s'habituent à construire leurs cabanes même sur du terrain sec tout en continuant de les étayer par des pilotis, apprennent de certains cousins, semble-t-il établis en Germanie, l'emploi du fer avec lequel ils se fabriquent tout un outillage 9: haches, couteaux, rasoirs, etc., et fondent une véritable ville, Villanova, qui devait se trouver aux environs de la Bologne actuelle. Là fut le centre d'une civilisation qu'on a précisément nommée « de Villanova », qui se répandit peu à peu dans toute la péninsule. On croit que c'est de cette civilisation dont proviennent la race, la langue, les moeurs des Ombres, des Sabins et des Latins.

Ce que ces gens de Villanova ont bien pu faire des indigènes ligures et sicules lorsqu'ils vinrent s'établir dans les terres chevauchant le Tibre, on l'ignore. Peut-être bien les ont-ils exterminés, comme c'était l'usage en ces temps qu'on appelle « barbares » pour les distinguer des nôtres où on en fait quelque fois moins ou quelque fois pire, bien qu'on les dise « civilisés »; ou, peut-être, se sont-ils mêlés à eux après les avoir soumis. Le fait est que, vers -1000, entre l'embouchure du Tibre et la baie de Naples, les nouveaux venus fondèrent de nombreux villages qui, bien qu'ils fussent habités par des gens du même sang, se faisaient la guerre entre eux et ne se raccommodaient qu'en face de quelque ennemi commun ou à l'occasion de quelque fête religieuse prévue à date fixe ou variable à leur calendrier.religieuse.

La plus grande et la plus puissante de ces petites villes fut Albe la Longue, capitale du Latium, située au pied du mont Albain; son site correspond probablement à celui de Castel Gandolfo où le pape possède un somptueux château de vacances à faire pâlir de honte Mère Térésa. Et l'on considère que ce fut une poignée d'habitants d'Albe la Longue, des jeunes gens aventureux, qui émigrèrent un beau jour quelques dizaines de kms kilomètres plus au nord, pour fonder Rome. Peut-être étaient-ce des journaliers, en quête d'un peu de terre qu'ils désiraient s'approprier et cultiver. Peut-être étaient-ce des vauriens ayant des comptes à régler avec la police et les tribunaux de leur ville. Peut-être étaient-ce des émissaires expédiés par leur gouvernement pour surveiller ce point limitrophe de la Toscane sur les côtes de laquelle venait précisément de débarquer une nouvelle population, les Étrusques. Étrusques, dont on ne savait pas de quelle partie du monde elle venait, mais dont on disait pis que pendre. Peut-être bien, parmi ces pionniers, y en avait-il deux qui s'appelaient l'un Romulus et l'autre Rémus. Quoiqu'il en soit, ils ne devaient pas être plus d'une centaine.

L emplacement qu'ils choisirent avait beaucoup d'avantages et beaucoup de désavantages. Il ne se trouvait qu'à une vingtaine de kms de la mer et c'était là un élément très favorable parce qu'on pouvait rester ainsi à l'abri des pirates infestant la mer, sans renoncer à avoir un port pour les embarcations de l'époque, le bras du fleuve débouchant dans la mer était facilement navigable. Il ne se trouvait qu'a une vingtaine de kilomètres de la mer et c'était là un élément très favorable parce qu'on pouvait rester ainsi à l'abri des pirates infestant la mer, sans renoncer à avoir un port pour les embarcations de l'époque, le bras du fleuve débouchant dans la mer était facilement navigable. Mais les étangs et les marais entourant ce lieu le condamnait au paludisme qui assiégeait encore les portes de Rome il n'y a pas si longtemps. Il est vrai qu'il y avait les collines qui protégeaient partiellement les habitants des moustiques. Et, de fait, ce fut sur une de ces collines, le Palatin, qu'ils se cantonnèrent tout d'abord, en se réservant de peupler plus tard les 6 autres.

Mais, pour les peupler, il fallait des enfants. Et pour faire des enfants, il fallait des épouses. Or tous ces pionniers étaient célibataires. Et s'ils l'étaient, c'est la preuve qu'ils étaient des immigrants de fraîche date.

Faute d'histoire, force nous est ici de revenir à la légende. La légende nous raconte comment s'arrangea Romulus, Si c'est le nom qu'on doit donner au chef de ces garnements-là, pour se procurer une femme et en procurer une à chacun de ses compagnons. Il institua une grande fête sous prétexte peut-être, de célébrer la naissance de sa ville en invitant ses voisins les Sabins (ou Quirites) avec leur roi Titus Tatius, et particulièrement leurs filles Les Sabins vinrent. Mais, tandis qu'ils étaient très occupés par des courses à pied et à h cheval, leur sport préféré, leurs hôtes, d'une façon pas du tout sportive, s'emparèrent de leurs filles en les chassant, eux, à grands coups de pied.

Nos Anciens étaient très susceptibles en ce qui concernait les femmes. Il n'y avait pas si longtemps que l'enlèvement d'une seule femme, Hélène, avait été payé d'une guerre qui avait duré 10 ans et s'était achevée par la destruction d'un grand royaume: le royaume de Troie. C'est par douzaines que les 1es Romains, eux, enlevèrent les femmes · il est donc naturel que, le lendemain, ils aient dû affronter les frères et les papas de ces femmes, qui revenaient en armes pour les récupérer. Les Romains s'enfermèrent au Capitole. Mais ils commirent l'impardonnable erreur de confier les clefs de la forteresse à une de leurs épouses improvisées, Tarpéia, laquelle, évidemment, n'était pas satisfaite du mari qui lui était échu. Tarpéia ouvrit une des portes aux envahisseurs. Ceux-ci, chevaleresques et, par conséquent, hostiles à toutes les trahisons y compris celles qu'on perpétuait en leur faveur, l'en récompensèrent en l'écrasant sous leurs boucliers. Plus machos que ça, çà, tu meurs! Plus tard, les Romains donnèrent son nom à la roche du haut de laquelle ils précipitaient les traîtres condamnés à mort: la roche Tarpéïenne.mort.

Tout cela finit par un pantagruélique repas de noces au cours duquel les Romains jurèrent de respecter leur femme, la matrone, chose qu'ils ne réussirent à faire qu'en la trompant souvent. À noces. En effet, à un certain moment, les autres femmes au nom desquelles la bataille avait commencé, s'interposèrent entre les deux armées, et déclarèrent qu'elles n'avaient pas l'intention de rester orphelines comme cela fût arrivé si leurs maris romains avaient eu la victoire, ou veuves, comme cela se fût produit si leurs papas sabins eussent été vainqueurs; qu'il était temps d'en finir parce qu'elles se trouvaient très bien avec leurs maris, pour désinvoltes et brutaux qu'ils fussent. Il valait beaucoup mieux régulariser leurs mariages que de continuer à s'entr'égorger.

Et c'est ce qu'on fit. Romulus et Tatius décidèrent de gouverner tous deux, avec le titre de rois, ce nouveau peuple, né de la fusion des 2 tribus dont il porta les 2 noms unis « romani quiriti». romani quiriti. Et comme, tout de suite après, Tatius eut l'amabilité de mourir, cette fois-là, le règne à 2 marcha bien. Certains historiens parlent de 3 tribus: Ramnes, Luceres, Tities qui peuvent correspondre à trois peuples distincts et qui se fusionnèrent, à 3 classes sociales, à 3 divisions territoriales, à la tripartition indo-européenne (prêtres, guerriers, agriculteurs) chère à l'historien Dumézil. Toujours est-il qu'on n'en sait trop rien.

On ne sait trop ce qui se cache sous cette histoire. Peut-être n'est-ce autre chose qu'une version, suggérée par le patriotisme et l'orgueil, d'une conquête de Rome par les Sabins. Il est possible aussi que les 2 peuples se soient volontairement unis et que le fameux enlèvement n'ait été autre chose que la cérémonie normale du mariage telle qu'on la célébrait alors, c'est-à-dire l'époux enlevant l'épouse mais avec le consentement du père de celle-ci, comme cela se fait encore chez certains peuples primitifs. Ou pire, que cette histoire en cache une plus cruelle: un massacre d'une tribu par une autre pour lui voler ses femmes. La légende a toujours un but d'enjolivement.

Si les choses se passèrent selon l'hypothèse de la fusion des 2 peuples, il est probable que cette fusion fut, non pas suggérée mais imposée par le danger d un ennemi commun: ces Étrusques qui, peu à peu, de la côte de la mer Tyrrhénienne, s'étaient éparpillés en Toscane et en Ombrie, usant d'une technique bien plus avancée, et faisaient pression dans la direction du sud. Rome et la Sabine constituaient une étape de cette marche en avant; elles étaient donc directement menacées. En effet, elles n'échappèrent pas au danger.

L'Urbs venait à peine de naître qu'il lui fallait faire face à l'un des rivaux les plus insidieux, les plus difficiles à vaincre de toute son histoire. Elle parvint à l'abattre, mais par des prodiges de diplomatie d'abord, de courage et de ténacité plus tard. Et il fallut des siècles.

CHAPITRE II

PAUVRES ÉTRUSQUES

Contrairement aux Romains d'aujourd'hui qui font tout pour rire, ceux de l'Antiquité faisaient tout sérieusement. Particulièrement quand ils se mettaient en tête d'anéantir un ennemi. Ils ne le laissaient pas souffler tant qu'ils ne l'avaient pas détruit, même s'ils devaient y perdre leur dernière armée et leur dernière chemise. Il leur fallait entrer chez lui et ne pas y laisser une pierre debout.

Ce fut un traitement particulièrement sévère qu'ils réservèrent aux Étrusques lorsque, après avoir subi bon nombre d'humiliations de leur part, ils se sentirent suffisamment forts pour être en mesure de les défier. La lutte fut longue et pleine de coups durs, mais elle ne laissa aux vaincus que leurs yeux pour pleurer. Il est rare qu'on ait vu dans l'Histoire un peuple disparaître de la surface du monde, et un autre en effacer la trace avec une telle férocité, et tant d'obstination. Le résultat, c'est que nous ne possédons presque plus rien de la civilisation étrusque. Il ne nous reste d'elle que quelques oeuvres d'art et quelques milliers d'inscriptions dont certains mots seulement ont été déchiffrés.

Sur ces éléments bien maigres on a reconstitué le monde étrusque, chacun à sa manière.

En attendant, nul ne sait de façon précise d'où ce peuple venait. D'après la façon dont ils se représentent eux-mêmes dans leurs bronzes et dans leurs poteries de terre cuite, il semble que les Étrusques aient eu le corps plus trapu et le crâne plus massif que les gens de Villanova, et des traits rappelant les populations de l'Asie Mineure. Beaucoup en effet, soutiennent qu'ils arrivèrent de ces régions-là, par voie de mer; ce que semblerait confirmer le fait qu'ils furent, parmi les habitants de l'Italie, les 1ers à posséder une flotte. Il est certain que c'est eux qui donnèrent le nom de mer « Tyrrhénienne », c'est-à-dire de mer « étrusque » à la mer qui baigne les côtes de la Toscane. Peut-être sont-ils venus en masse et ont-ils submergé la population indigène; peut-être n'arrivèrent-ils qu'en petit nombre et se bornèrent-ils à la soumettre au moyen d'armes plus avancées et d'une technique plus développée.

moyen d'armes plus avancées et d'une technique plus développée.

Que leur civilisation fût supérieure à celle de Villanova, c'est chose démontrée par les crânes

retrouvés dans les tombes et qui attestent une chirurgie dentaire assez raffinée. Plus encore, on croit que ces Étrusques étaient des immigrants grecs tant leur intelligence et leur style de vie ont des traits grecs. Ce qui prouve que derrière les légendes, comme celle d'Énée, il y a presque toujours un fond de vérité.

Dans la vie des peuples, les dents constituent un signe important. Elles se détériorent en même temps que le progrès se développe, surtout ce dernier siècle par le sucre et les sucreries qui causèrent de véritables ravages dentaires, rendant plus impérieuse la nécessité de soins perfectionnés. Les Étrusques connaissaient déjà le « pont » qui sert à consolider les molaires, et les métaux nécessaires pour le fabriquer. En outre ils savaient travailler non pas seulement le fer, qu'ils allèrent chercher et trouvèrent dans l'île d'Elbe, et dont ils surent faire de l'acier, mais encore le cuivre, l'étain et l'ambre.

Les villes qu'ils commencèrent tout de suite à construire à l'intérieur des terres: Tarquinia,

Arezzo, Pérouse, Véies étaient beaucoup plus modernes que les villages fondés par les Latins, par les Sabins et par les autres populations relevant de la civilisation de Villanova. Toutes avaient des bastions pour les défendre, des rues, et, avant tout, des égouts. En somme, les Étrusques suivaient, bien avant qu'Hippodamos de Milet eût inventé le plan à rues à angle droit, un « plan d'urbanisme » comme on dirait aujourd'hui, et s'en remettaient pour cela à la compétence d'ingénieurs qui étaient, pour leur époque, tout a fait qualifiés, au lieu de se fier au hasard et au caprice individuel. Ils savaient s'organiser, pour les travaux collectifs, d'utilité générale, comme le montrent les canaux grâce auxquels ils assainirent ces régions infestées de malaria. Mais, avant tout, c'étaient des marchands formidables, ne lâchant pas un sou au hasard, mais prêts à n'importe quel sacrifice pour multiplier ces sous. Les Romains en étaient encore à ignorer ce qu'il y avait derrière le Soracte, petite montagne située à peu de distance de leur ville, que les Étrusques étaient déjà arrivés en Piémont, en Lombardie, en Vénétie, avaient déjà passé les Alpes à pied, et, remontant le Rhône et le Rhin, avaient apporté leurs produits sur les marchés français, suisses et allemands pour les échanger avec des produits locaux. C'est eux qui introduisirent en Italie la monnaie comme moyen d'échange, qui avait la forme d'un morceau de bronze plus ou moins bien délimité. d'échange. Les Romains copièrent cette monnaie, à telle enseigne qu'ils continuèrent d'y graver une proue de navire avant d'avoir jamais construit un seul navire.

Les Étrusques étaient des gens gais, prenant joyeusement la vie: c'est bien pour cela qu'ils finirent par être vaincus dans leur guerre contre les mélancoliques Romains qui prenaient la vie d'une façon austère. Les scènes que reproduisent leurs vases et leurs sépulcres nous montrent des hommes bien habillés, de cette toge que les Romains ont copiée d'eux pour en faire leur costume national. Ils s'habillaient hommes comme femmes d'une tunique formée de 2 pièces de laine cousues ensemble et qui laisse un passage pour la tête et pour les bras. Elle descend jusqu'aux mollets pour les hommes et jusqu'aux talons pour les femmes. La tunique est le vêtement de dessous pour les femmes qui le doublent de la robe longue resserrée à la taille, la stola. Mais les humbles et les esclaves ne portaient que la tunique. La toge, c'était pour les grandes sorties, car rectangulaire ou en demi-cercle, elle pouvait faire 6 m de laine blanche et épaisse qu'il fallait savoir bien draper. L'ajuster à sa taille et lui donner des plis et un drapé élégants était une opération longue et délicate, et des cours existaient pour l'apprendre aux orateurs. Les augures la portent jaune, les empereurs et les magistrats rouge. Les généraux vainqueurs, dans les triomphes, la portent pourpre et brodée d'or. Pour l'ordinaire, les Romains préféraient le manteau, le pallium, pièce rectangulaire de laine dont ils se drapaient, ou le lacerna, manteau court d'origine gauloise retenu par une fibule (épingle), complété au besoin par un capuchon. Le soldat portait sur sa tunique un petit manteau court, ouvert sur le devant et rejeté en arrière, que le général par privilège exclusif teignait en rouge écarlate. Le vêtement sert à se protéger du froid, se distinguer socialement, séduire amoureusement ou impressionner politiquement.national, portant les cheveux longs, la barbe bouclée, de nombreux bijoux au poignet, au cou, aux doigts, constamment occupés à boire, à manger et à converser quand ils ne pratiquaient pas l'un de leurs sports.

Ils portaient les cheveux longs, la barbe bouclée, de nombreux bijoux au poignet, au cou, aux doigts, constamment occupés à boire, à manger et à converser quand ils ne pratiquaient pas l'un de leurs sports. Ceux-ci Ceux-ci étaient principalement la boxe, le lancement du disque et du javelot, la lutte et deux autres exhibitions que nous croyons, à tort, essentiellement modernes: le polo et la corrida. Naturellement les règles de ces jeux différaient de celles qu'on suit aujourd'hui. Mais, dès leur époque, le spectacle de la lutte de l'homme et du taureau était apprécié. Cela est si vrai que les gens qui mouraient voulaient emporter dans leur tombe quelque scène de cette lutte peinte sur des vases en guise de souvenir pour jouir encore de ce spectacle dans l'au-delà. Ce qui représentait un grand progrès par rapport aux moeurs romaines, archaïques et patriarcales, c'était la condition des femmes. Celles-ci jouissaient, chez les Étrusques, d'une grande liberté; en effet, on les représente en compagnie des hommes, prenant part à leurs divertissements. Elles étaient semble-t-il, fort belles et de moeurs fort libres, ce qui indique une certaine égalité puisque l'égalité dans les plaisirs implique une certaine égalité juridique et politique. Les peintures, si réalistes et si expressives à Rome, les représentent couvertes de bijoux, ensuite de cosmétiques et sans préoccupations de pudeur excessives. Leurs bijoux variés ( broches, pendentifs, bracelets, bagues, boucles d'oreille, anneaux au chevilles) sont en bronze, même en or et sertis de pierres précieuses, et ils sont d'une exquise finesse. Étendues sur de vastes sofas à côte de leurs hommes, --un peu à l'égyptienne comme nous le montrent les beaux couples affectueusement unis sur des sarcophages-- elles se bourrent de mangeaille et boivent à tire-larigot, ce qui veut dire, en québécois, caisse après caisse. Ou bien elles jouent de la flûte, ou dansent, car les hommes ne dansent pas. Une d'elles, Tanaquil, qui devint fort importante à Rome, était une « intellectuelle » très calée en médecine et en mathématiques. Ce qui veut dire qu'à la différence de leurs collègues latines, condamnées à la plus noire ignorance, elles allaient à l'école et faisaient des études. Les Romains, qui étaient de grands moralistes, appelaient « toscanes », c'est-à-dire étrusques, toutes les femmes de moeurs faciles. Dans une comédie de Plaute on accuse une jeune personne de suivre des « moeurs toscanes » parce qu'elle est prostituée. Il peut aussi y avoir une autre raison. Un peuple conquis, dont les hommes sont morts à la guerre, n'ont plus que ce moyen pour vivre. Et le métier leur colle à la peau comme une vilaine réputation ethnique.

Ce qui représentait un grand progrès par rapport aux moeurs romaines, archaïques et patriarcales, c'était la condition des femmes. Celles-ci jouissaient, chez les Étrusques, d'une grande liberté; en effet, on les représente en compagnie des hommes, prenant part à leurs divertissements. Elles étaient semble-t-il, fort belles et de moeurs fort libres, ce qui indique une certaine égalité puisque l'égalité dans les plaisirs implique une certaine égalité juridique et politique. Les peintures les représentent couvertes de bijoux, ensuite de cosmétiques et sans préoccupations de pudeur excessives. Étendues sur de vastes sofas à côte de leurs hommes, un peu à l'égyptienne comme nous le montrent de super beaux couples affectueusement unis, elles se bourrent de mangeaille et boivent à tire-larigot, ce qui veut dire en québécois caisse après caisse. Ou bien elles jouent de la flûte, ou dansent. Une d'elles, Tanaquil, qui devint fort importante à Rome, était une « intellectuelle » très calée en médecine et en mathématiques. Ce qui veut dire qu'à la différence de leurs collègues latines, condamnées à la plus noire ignorance, elles allaient à l'école et faisaient des études. Les Romains, qui étaient de grands moralistes, appelaient « toscanes », c'est-à-dire étrusques, toutes les femmes de moeurs faciles. Dans une comédie de Plaute on accuse une jeune personne de suivre des « moeurs toscanes » parce qu'elle est prostituée. Il peut aussi y avoir une autre raison. Un peuple conquis, dont les hommes sont morts à la guerre, n'ont plus que ce moyen pour vivre. Et le métier leur colle à la peau comme une vilaine réputation ethnique.

La religion, --qui est la triple projection de la morale, de la 1ère « science » et de la 1ère « technologie » magique et primitive d'un peuple--, était centrée sur un dieu dénommé Tinia exerçant son pouvoir au moyen de la foudre et du tonnerre. Il ne gouvernait pas les hommes directement, mais donnait ses ordres à une sorte de cabinet exécutif composé de 12 grands dieux. |La religion, qui est toujours la projection de la morale, de la première « science » et « technologie » magique et primitive d'un peuple, était centrée sur un dieu dénommé Tinia exerçant son pouvoir au moyen de la foudre et du tonnerre. Il ne gouvernait pas les hommes directement, mais donnait ses ordres à une sorte de cabinet exécutif composé de douze grands dieux. Si grands que prononcer leur nom était un sacrilège. Nous nous en abstiendrons donc nous-mêmes, d'autant plus que nos lecteurs pourraient s'y embrouiller. Nous nous en abstiendrons donc nous-même, d'autant plus que nos lecteurs pourraient s'y embrouiller. Leur réunion formait le grand tribunal de l'Au-delà, où les « génies », sortes de délégués ou d'agents de police, conduisaient les âmes des défunts dès qu'elles avaient abandonné leurs corps respectifs. Là commençait un procès en bonne et due forme. Celui qui ne parvenait pas à démontrer qu'il avait vécu conformément aux préceptes de ses juges était condamné à l'enfer, à moins que les parents et les amis qu'il laissait sur la terre ne fissent en sa faveur suffisamment de prières et de sacrifices pour obtenir son absolution. Auquel cas il montait au paradis pour continuer à savourer les terrestres plaisirs à base de franches lippées, de beuveries, de horions (des coups) et de chansons -- dont il avait fait sculpter sur son sépulcre de joyeuses scènes. Les chrétiens n'ont rien donc inventé. Le paradis très païen, au sens de jouissif, des Romains ressemble plutôt à celui des musulmans.Auquel cas il montait au paradis pour continuer à savourer les terrestres plaisirs à base de franches lippées, de beuveries, de horions (des coups) et de chansons -- dont il avait fait sculpter sur son sépulcre de joyeuses scènes. Les chrétiens n'ont rien donc inventé, sauf ce paradis très païen qui ressemble plutôt à celui des musulmans.

Mais ce paradis, on a l'impression que les Étrusques en parlaient peu et pas souvent. Ils laissaient ce domaine légèrement dans le vague. Sans doute y en avait-il trop peu d'entre eux qui y allaient, pour que l'on sût à son sujet quelque chose de précis. Ce sur quoi ils étaient fort informés, c'était l'enfer; ils connaissaient c était l'enfer; ils connaissaient un à un tous les tourments qu'on y endurait. Leurs prêtres pensaient évidemment que, pour faire marcher droit les gens, les menaces de la damnation avaient plus de poids que l'espoir de l'absolution. Cette manière de voir les choses s'est perpétuée jusqu'à une époque plus récente, jusqu'à l'époque de Dante qui, né lui aussi en Étrurie, a gardé la même opinion et nous a laissé dans La Divine Comédie beaucoup plus d'informations sur l'enfer que sur le paradis. C'est la même chose aujourd'hui. Un téléroman de gens heureux amènerait la télé en faillite et les comédiens en chômage.

Au reste, il ne faudrait pas croire que les Étrusques étaient des miracles de délicatesse. Ils tuaient assez fréquemment; il est vrai que c'était souvent dans la bonne intention d'offrir la victime en sacrifice pour le salut de quelque ami ou de quelque parent. C'est surtout aux prisonniers de guerre qu'était réservé ce sort. À Tarquinia, on tua par lapidation (jet de pierres) 300 Romains capturés au cours d'une des nombreuses batailles que se livrèrent les deux armées. C'est sur leurs foies encore tout palpitants de vie, en les examinant sans loupe, que les devins s'efforcèrent de déterminer les futures vicissitudes de la guerre. Comme leur méthode était aussi bonne que les prévisions économiques modernes, ils n'y parvinrent évidemment pas: autrement, ils l'eussent arrêtée tout de suite. Mais l'usage était fréquent, bien qu'en général on utilisât pour cela les viscères de quelque animal, mouton ou taureau, qui sont un peu les ancêtres de nos sondages. Et les Romains les copièrent. Lors d'un sacrifice, d'un animal ou d'un humain, le sacrificateur a la tête voilée et opère au nom d'une flûte ou, selon le rite grec, la tête sans voile mais couronnée de feuilles de laurier. En -226 et -216, on immola un couple de Gaulois et un couple de Grecs. Les Romains ont connu en outre un rite très curieux: le ver sacrum. En cas de fléau, on consacrait au dieu Mars de la guerre tout ce qui devait naître au printemps suivant (végétaux, animaux, humains). Mais le dieu permettait qu'on remplace le sacrifice humain par l'expulsion hors de la ville des enfants nés dans ce printemps une fois qu'ils seraient adultes. Cette migration serait guidée par un animal de Mars, un taureau ou un pivert. Ce sacrifice très archaïque ne fut célébré qu'en -217 après la terrible défaite de Trasimène contre Hannibal mais il ne fut exécuté, selon le rite, qu'en -194 et -195. En -97, une loi a définitivement interdit les sacrifices humains, dont les mises à mort au Cirque, comme divertissement, prendront en quelque sorte le relais. Chez nous, les corridas, la violence au hockey, à la boxe et dans les courses automobiles, les coups durs au football et autres sports rudes, ont sont les derniers restes.le copièrent.

Si aujourd'hui la médecine préventive, la lutte au tabagisme, au mauvais cholestérol, à la pollution sont les moyens d'atteindre notre pureté corporelle, les Romains avaient le moyen préféré qui s'appelait la lustration. C'était une procession autour des bénéficiaires (armées, villes, champs, armes: avant et après usage) afin de les libérer de toute influence maléfique. Des prières, qui sont toujours de formules invariables dites à haute ou basse voix, et des sacrifices complètent la lustration. On fait tourner autour d'eau les animaux sacrificiels qui délimitent ainsi un cercle magique dans lequel ils vont transmettre lors de leur immolation les vertus qu'ils se voient attribuer. À tous les 5 ans, le cens se termine par une lustration du peuple tout entier assemblé au camp de Mars dans laquelle un cortège de prêtres en fait le tour 3 fois.

Leurs villes, éparpillées, ne parvinrent jamais à une unité politique. Et, malheureusement, il ne s'en trouva aucune assez forte pour tenir les autres en main, comme Rome l'avait fait avec ses rivales latines et sabines. Il y eut bien une fédération dominée par Tarquinia, mais elle ne put venir à bout des tendances séparatistes. Les 12 petits États qui en faisaient partie, au lieu de s'unir contre leur ennemi commun, se laissèrent battre et absorber un à un par lui, exactement comme la Grèce entière, dont on voit bien qu'ils avaient toutes les qualités et tous les défauts. Les douze petits États qui en faisaient partie, au lieu de s'unir contre leur ennemi commun, se laissèrent battre et absorber un à un par lui, exactement comme la Grèce entière, dont on voit bien qu'ils avaient toutes les qualités et tous les défauts. Leur diplomatie était celle de certaines nations européennes, d'avant le Traité de Rome de 1957, qui préfèrent mourir seules plutôt que vivre ensemble.

Tout cela a été reconstruit à grand renfort d'inductions d'après les restes de l'art étrusque conservés jusqu'à nos jours et qui constituent l'unique héritage laissé par ce peuple. Il s'agit particulièrement de vases et de bronzes. Parmi les vases il en existe de beaux, comme l'Apollon de Véies dit aussi « Apollon en marche », en terre cuite polychrome indiquant chez les potiers étrusques une grande expérience technique et un goût raffiné presque tous sont imités des Grecs, et sauf quelques rares spécimens, comme le « bucchero noir », ne semblent pas extraordinaires.

Mais pour maigres que soient ces restes, ils suffisent à nous faire comprendre que les Romains ayant écrasé les Étrusques, après s'être mis longtemps à leur école et avoir subi l'emprise de leur supériorité en matière de technique et d'organisation, non seulement les ont détruits mais se sont efforcés d'effacer jusqu'aux traces de leur civilisation. Ils considéraient cette civilisation comme morbide et destructrice. Ils en copièrent tout ce qui pouvait leur être utile. Ils envoyèrent leurs garçons aux écoles de Véies et de Tarquinia, notamment pour en faire des ingénieurs et des médecins. Ils portèrent la toge. Ils adoptèrent l'emploi de la monnaie. Peut-être empruntèrent-ils aussi aux Étrusques leur organisation politique, bien que celle-ci leur fût commune avec tous les autres peuples de l'Antiquité: elle avait passé, chez eux comme chez les autres, d'un régime monarchique d'abord, qui dérive du pouvoir familial paternel, à un régime républicain, administré par un lucumon, magistrat élu. Puis à une forme de démocratie dominée par les classes riches. Mais Rome voulut préserver ses moeurs, stoïques et saines, fondées sur le sacrifice et sur la discipline sociale, de la mollesse des moeurs étrusques. Instinctivement, elle sentit qu'il ne lui suffisait pas d'avoir triomphé de son ennemi par les armes et d'avoir occupé ses terres si elle lui permettait de contaminer ses maisons au cas où elle eût pris quelqu'un des siens comme esclave ou comme précepteur, ainsi qu'on faisait alors avec les peuples vaincus. Et elle le détruisit. Elle tint à enterrer tous les documents, tous les monuments relatifs à son ennemi.

Cela, toutefois, n'eut lieu que bien longtemps après le 1er contact des deux peuples, qui se rencontrèrent précisément à Rome, lorsqu'y vinrent les gens d'Alba longa (Albe d' Alba longa, Albe la Longue). Ceux-ci y trouvèrent déjà installée, à ce qu'il semble, une petite colonie étrusque, laquelle avait donné à l'endroit un nom de chez elle. Il est probable, en effet, que l'origine du mot « Rome » est « Rumon », mot qui, en étrusque, signifie « fleuve ». Si le fait est exact, il faut en déduire que la 1ère première population de l'Urbs ne fut pas seulement formée de Latins et de Sabins, peuples de même sang et de même souche, comme le ferait croire l'histoire du fameux « enlèvement » des Sabines, mais aussi d'Étrusques, gens d'une tout autre race, d'une tout autre langue et d'une tout autre religion. Bien plus à en croire certains historiens, Romulus lui-même était un Étrusque. Quoi qu'il en soit, c était certainement un rite étrusque que celui selon lequel il fonda sa ville en traçant son sillon avec une charrue traînée par un taureau et une génisse de robe blanche après que douze oiseaux de bon augure eurent tournoyé au-dessus de sa tête.

Bien plus à en croire certains historiens, Romulus lui-même était un Étrusque. Quoi qu'il en soit, c'était certainement un rite étrusque que celui selon lequel il fonda sa ville en traçant son sillon avec une charrue traînée par un taureau et une génisse de robe blanche après que 12 oiseaux de bon augure eurent tournoyé au-dessus de sa tête.

Sans vouloir nous mettre en concurrence avec les gens compétents qui discutent la question depuis des siècles, et ne sont pas arrivés à se mettre d'accord, voici la version qui nous paraît présenter le plus de vraisemblance.

Les Étrusques, qui avaient la passion du tourisme et du commerce, avaient déjà fondé un petit village sur le Tibre lorsque les Latins et les Sabins y arrivèrent. Ce village devait servir de lieu de triage et d'approvisionnement à leurs lignes de navigation allant vers le sud. Dans le Sud, et particulièrement en Campanie, ils avaient déjà établi de riches colonies: Capoue, Nola, Pompéi, Herculanum, où les populations locales, qu'on appelait les Samnites et qui étaient, elles aussi, de la race de Villanova échangeaient leurs produits agricoles avec les produits industriels venant de Toscane. D'Arezzo ou de Tarquinia, il était difficile d arriver jusque-là par voie de terre. Les routes faisaient défaut et la région était infestée de bêtes féroces et de bandits. Étant donné qu'ils étaient les seuls à posséder une flotte, il était beaucoup plus facile pour les Étrusques de venir par voie de mer. Mais le voyage avec des bateaux dotés de voiles et de rames était long; il demandait des jours. Rome-Espagne: 4 jours; Rome-Alexandrie: 9 jours; Alexandrie-Marseille: 30 jours. Mais le voyage était long; il demandait des semaines. Les navires --des coquilles de noix-- ne pouvaient pas embarquer beaucoup de vivres pour l'équipage; ils avaient besoin de ports échelonnés le long de leur route pour faire provision de farine et d'eau. L'embouchure du Tibre, qui se trouvait juste au milieu du parcours, fournissait une baie commode pour remplir les cales vides. De plus, navigable comme elle l'était à cette époque, elle offrait également un moyen facile de remonter à l'intérieur des terres tout en combinant quelques petites affaires avec les Latins et les Sabins habitant ces terres. La contrée était parsemée de bourgades -- 30 ou 70, on ne sait pas trop-- dont chacune représentait un petit marché d'échanges. Non qu'on y pût traiter de grandes affaires, le Latium n'étant riche qu'en bois, en raison de forêts merveilleuses qu'on ne s'y représente guère aujourd'hui, car la déforestation de la planète par l'homme a débuté dès le Néolithique (-10,000 à -3000). La contrée était parsemée de bourgades -- une trentaine ou 70, on ne sait pas trop-- dont chacune représentait un petit marché d'échanges. Non qu'on y pût traiter de grandes affaires, le Latium n'étant riche qu'en bois, en raison de forêts merveilleuses qu'on ne s'y représente guère aujourd'hui, car la déforestration de la planète par l'homme a débuté dès le Néolithique (-10,000 à -3000). Pour le reste, il produisait uniquement de l'engrain (une sorte de froment), et un peu de vin et d'olives. Mais pour peu qu'ils eussent l'occasion de gagner quelques sous, les Étrusques s'en contentaient, et ce défaut leur est resté.

C'est pour cela qu'ils fondèrent Rome, qu'ils l'aient appelée ainsi ou différemment, mais sans lui accorder d'autre importance. Qui sait combien il en existait, de ces Romes, échelonnées tout le long de la mer Tyrrhénienne, entre Livourne et Naples? Pour surveiller cette bourgade, ils y installèrent une garnison de marins et de marchands qui considéraient peut-être cette résidence comme une punition. Ils devaient avant tout entretenir en bon état le chantier destiné aux réparations des navires avaries par les tempêtes, et les entrepôts de réapprovisionnement.

Puis, un beau jour, Latins et Sabins commencèrent à y arriver en nombre, un peu, peut-être, parce que, chez eux, ils commençaient à se sentir légèrement à l'étroit par l'épuisement des terres ou une forte croissance démographique, ou bien parce qu'ils avaient, eux aussi, envie de faire du commerce avec les Étrusques dont les produits leur étaient nécessaires. Qu'ils eussent, dès le début, un plan stratégique de conquête, de l'Italie d'abord, puis du monde, et qu'en conséquence ils considérassent comme indispensable la position de Rome, ce sont là fantaisies des historiens d'aujourd'hui. Les Latins et ces Sabins étaient de braves rustres entièrement paysans pour qui le monde se réduisait à leur jardin. Les Latins et ces Sabins étaient de braves rustres entièrement paysans pour qui le monde se réduisait à leur jardin.

Il est probable que ces nouveaux venus en vinrent aux mains entre eux. Mais il est également probable qu'ensuite, au lieu de s'entre-détruire, ils se sont alliés pour faire face aux Étrusques qui devaient les considérer avec une condescendance méprisante, un peu comme les Anglais considéraient les indigènes dans leurs colonies. En présence de ces étrangers qui les regardaient de haut en bas et parlaient un idiome incompréhensible pour eux, ils durent se rendre compte qu'ils étaient frères, rapprochés par un sang commun, une langue commune, une misère identique. C'est pourquoi ils mirent aussi en commun le peu qu'ils avaient: les femmes. Le fameux « enlèvement » des Sabines est probablement le symbole de cet accord, dont il est naturel que les Étrusques se soient trouvés exclus: mais cela parce qu'ils le voulurent. Ils se sentaient supérieurs à ce ramassis et ne voulaient pas de mélange.

La division ethnique, (car on ne doit jamais parler de races dans l'Antiquité) continua pendant au moins 100 ans, au cours desquels Latins et Sabins désormais fondus dans le type romain durent avaler bien des couleuvres. La division ethnique, (car on ne doit jamais parler de races dans l'Antiquité) continua pendant au moins 100 ans, au cours desquels Latins et Sabins désormais fondus dans le type romain, durent avaler bien des couleuvres. Quand ils prirent le dessus après Tarquin le Superbe qui fut le dernier des rois, leur vengeance ne fit aucune distinction. Il est possible que l'acharnement qu'ils mirent à détruire l'Étrurie non seulement comme État mais comme civilisation leur ait été inspiré précisément par les humiliations qu'ils avaient subies dans leur propre patrie de la part des Étrusques. Cela révèle aussi un tempérament de tueur et de dominateur absolument terrible, mais intelligent et pratique. Tels sont les Romains. Ils voulurent tout épurer, jusqu'à l'Histoire, en donnant un certificat de naissance latin même à Romulus, qui, peut-être bien, en avait un étrusque, et en faisant remonter l'origine de leur ville à leur union avec les Sabins.

Voici ce que ces grands Étrusques donnèrent aux Romains, qui ne l'auraient pas été tout à fait sans eux: roi, assemblée curiate, Sénat, entrée de la plèbe dans la Cité, division de la ville en 4 tribus, haruspices, théologie conservée dans des livres, temple à triple cella pour la triade capitoline (Jupiter-Junon-Minerve), atrium, réalisme du portrait, divination, culte des morts, rites de purification, collèges sacerdotaux, triomphes. Les Romains, pour tant emprunter aux peuples qu'ils conquerraient, étaient les Japonais de l'Antiquité. Avec cette différence que les Romains gagnaient leurs guerres.

CHAPITRE III

LES ROIS AGRICULTEURS

Quand Romulus mourut, en -717, disent ceux qui croient aux chiffres incertains, un bon nombre d'années après avoir enseveli Titus Tatius, les Romains dirent, que c'était le dieu Mars qui l'avait enlevé au ciel, exactement comme les chrétiens pour Jésus et pour la Vierge Marie, pour en faire un dieu: le dieu Quirinus. Et, dès lors, ils le vénérèrent comme les Napolitains vénérèrent saint Janvier.

Son successeur, en qualité de second roi de Rome, fut Numa Pompilius (-717 à -673), Pompilius, que la tradition nous présente un peu comme un philosophe, un peu comme un saint tel que fut l'empereur très moral Marc-Aurèle, bien des siècles plus tard. Ce qui l'intéressait le plus, c'était les questions religieuses. Et comme, en cette matière, il devait régner une grande anarchie parce que chacun des 3 peuples vénérait ses propres dieux sans parvenir à savoir lequel était le plus important, Numa décida d'y mettre bon ordre. Et pour l'imposer a ses sujets récalcitrants, cet ordre-là, il fit répandre la nouvelle que chaque nuit, pendant qu'il dormait la nymphe Égérie descendait lui rendre visite en rêve pour lui transmettre directement les instructions de l'Olympe. Moïse usa du même stratagème pour faire la même opération politique. En ces temps-là, les gens étaient crédules et naïfs, un peu comme ceux d'aujourd'hui qui refusent de s'instruire, victimes de toute sorte de grandes ou petites sectes. sectes grandes ou petites. Mais à l'époque, la religion était la seule science disponible. Quiconque, dit Numa, désobéirait désobéirait à mes instructions détenues de la bouche même de la belle nymphe Égérie, ce ne sera pas avec le roi été avec le roi qu'il aura eu à s'expliquer, mais avec Zeus en personne.

C'est un stratagème qui peut sembler enfantin; il n'en continue pas moins à prendre encore aujourd'hui de temps en temps. En pleine fin du XXe siècle, par exemple, George Bush allait prier à l'église avant d'ordonner le massacre de dizaines de milliers de pauvres bougres d'Iraniens sous la botte de Saddam Hussein qui, lui, faisait la même chose avec Allah, qui est le même dieu unique de l'autre. Le plus beau c'est qu'il semble bien que tous deux crussent fortement être entendus de leurs deux dieux uniques. Et le plus laid, c'était les millions d'idiots qui les suivaient tous deux. C'est à croire... que l'humanité, en la matière, n'a pas fait de grands progrès depuis Numa. Rendons tout de même justice à notre époque en disant que Numa était encore plus superstitieux que Bush. En effet, Numa crut un jour qu'un bouclier était tombé du ciel, en fit faire 11 fois la réplique et mit les 12 dans la demeure du grand Pontife, celui qui surveille l'ensemble du culte public et privé et dont le nom signifie « celui qui ouvre les voies vers les dieux ». En cas de péril, ces boucliers se mettaient eux-mêmes en mouvement.

Qu'est-ce qui, d'après vous, ont remplacé aujourd'hui les boucliers de Numa qui bougent quand ça va mal? Les actions à la Bourse de New-York qui tombent quand ça va mal.

Cependant, peut-être y a-t-il un fond de vérité même dans cette légende, tout au moins une indication permettant de reconstruire ce qui fut. Quel qu'ait été leur nom et quelle qu'ait été leur origine, les rois de la Rome la plus ancienne durent être, bien plutôt que des rois à proprement parler, des papes. Comme l'était du reste l'archonte-basileus à Athènes.Comme l'était du reste 1'archonte-basileus à Athènes.

En ce temps-là, toutes les autorités s'appuyaient, avant tout, sur la religion. Dans le cas du pater familias lui-même, le chef de la maison, son pouvoir sur sa femme, sur ses jeunes frères, sur ses enfants, sur ses petits-enfants, sur ses serviteurs était, plus qu'autre chose, celui d'un prêtre chargé par le bon Dieu de certaines fonctions. C'est pour cela qu'il était si fort. C'est pour cela que les familles romaines étaient si disciplinées. C'est pour cela que tout le monde sentait si profondément son devoir et l'accomplissait en temps de paix et en temps de guerre. Une autre raison aussi: les sanctions étaient terriblement sévères. Le père avait droit de vie et de mort sur eux. Et les claques pouvaient voler assez souvent sans qu'on entende rouspéter.

En établissant un ordre de préséance entre les différents dieux que chacun des peuples dont Rome se composait avait apportés dans la ville, Numa fit peut-être un travail politique fondamental: leur donner une foi de fer qui n'a peur de rien, car les dieux sont avec eux. C'est ce qui permit à a ses successeurs, Tullius Hostilius et Ancus Martius, de conduire leur peuple uni à des guerres victorieuses contre les cités rivales de la contrée. Mais en fait de pouvoirs à proprement parler politiques, il ne devait pas en avoir beaucoup: les plus grands, les plus décisifs restaient entre les mains du peuple qui l'élisait, et devant lequel il restait toujours responsable.

La chose, par elle-même, n'aurait pas grand sens, parce qu'en tout temps et sous n'importe quel régime, ceux qui commandent disent qu'ils commandent au nom du peuple. Mais à Rome il ne s'agissait pas de vains mots, tout au moins jusqu'à la dynastie des Tarquins qui, précisément, perdirent le trône parce qu'ils prétendirent y siéger comme maîtres et non comme délégués. Voici à peu près comment se trouvait réparti le pouvoir.

La ville était divisée en 3 tribus: les Latins les Sabins, les Étrusques. Chaque tribu était divisée en 10 curies ou quartiers. Chaque quartier en 10 gentes, ou « souches ». Chaque « souche » était divisée en familles. Les curies se réunissaient généralement deux fois par an, à cette occasion, on formait le comice des curies qui s'occupait entre autres choses de l'élection d'un nouveau roi quand l'ancien était mort. Tous avaient le même droit de vote, qui n'était pas secret. vote La majorité décidait. Le roi exécutait. Ce type de royauté faisait rêver les révolutionnaires français du XVIIIe siècle!

C'était la démocratie sans le nom, apparemment sans classes sociales; elle fonctionna tant que Rome ne fut qu'un petit village paisible habité seulement par un nombre réduit de gens qui sortaient rarement de ses murs. Ensuite, lorsque le nombre des habitants s'accrut, leurs exigences s'accrurent aussi. Le roi qui, tout d'abord, non seulement faisait toute sorte de rites bizarres qui ressemblent un petit peu à nos messes, c'est-à-dire célébrait les sacrifices et les autres rites de la liturgie, mais devait encore appliquer les lois, c'est-à-dire jouer le rôle de juge, n'eut plus le temps d'accomplir toutes ces tâches et commença de nommer des « fonctionnaires » auxquels il les confia. Ainsi naquit la « bureaucratie ». Celui qui avait été, avant tout, un prêtre, devient évêque et désigne des curés pour l'aider dans ses fonctions religieuses. Ensuite, il a besoin d'hommes qui s'occupent des rues, du recensement, du cadastre, de l'hygiène et nomme des gens compétents pour traiter ces matières. Ainsi naît le 1er « ministère », nommé « conseil des anciens » ou Sénat (de senior, sénior, qui veut dire le vieux) constitue d'une centaine de membres descendant, par droit de primogéniture, des pionniers venus fonder Rome avec Romulus. Voilà pourquoi ils se faisaient appelés Patres, que l'âge minimal requis de 46 ans rendait plausible. Ils n'ont d'abord d'autre tâche que de conseiller le souverain, mais deviennent par la suite de plus en plus influents. Mais jamais ils n'acquièrent la puissance du clergé Amon en Égypte ou celle de l'Église au Moyen Age.

Enfin naît, comme organisation stable, l'armée, fondée elle aussi sur la division en 30 trente curies. Chacune des curies devait fournir une centurie c'est-à-dire 100 fantassins, plus une décurie, c'est-à-dire 10 cavaliers avec leur cheval. Réunies, les 30 centuries et les 30 trente centuries et les trente décuries, c'est-à-dire 3300 hommes, constituaient la légion, le 1er et l'unique corps d'armée de la Rome tout à fait primitive. Sur les soldats, le roi, qui était leur chef suprême, avait droit de vie et de mort. Mais ce pouvoir militaire même, il ne l'exerce pas de façon absolue et sans contrôle. Il dirige les opérations, mais après avoir demandé conseil au comice des centuries, c'est-à-dire à la légion en armes, dont il sollicite également l'approbation pour la nomination des officiers qu'en ces temps-là on appelait préteurs.préteurs,

En somme, les Romains avaient pris toutes les précautions pour que le roi ne se transformât pas en tyran. Le roi devait rester un « délégué » de la volonté populaire, sinon nobiliaire. Quand un vol d'oiseaux traversait l'air ou quand la foudre terrassait un arbre, il était de son devoir de réunir les prêtres, d'étudier avec eux le sens de ces signes; si ceux-ci lui semblaient de mauvais augure, de décider les sacrifices qu'il fallait faire pour apaiser les dieux visiblement irrités de quelque chose.

Quand deux particuliers se querellaient, voire quand l'un des deux volait ou égorgeait l'autre, il n'était pas de son ressort de s'en occuper. Mais si quelqu'un commettait quelque crime contre l'État et la collectivité, alors il se le faisait amener par quelque garde et, au besoin, le condamnait à mort. Pour tout le reste il ne pouvait pas prendre de décisions. En temps de paix, il demandait celles-ci aux comices des curies et en temps de guerre aux comices des centuries. D'ailleurs, ce mot "comice" vient de " cum miles " (avec le soldat, ou les soldats ensemble), ce qui suggère que les comices auraient comme origine l'assemblée des soldats.

S'il était malin le roi parvenait, comme cela se fait aujourd'hui encore, à présenter sa volonté personnelle comme « volonté du peuple ». Autrement il devait subir ou composer avec cette dernière. En fait, si ce n'était pas la volonté du peuple, à tout le moins c'était l'opinion publique. Mais toujours et dans tous les cas, avant d'exécuter la volonté du peuple ou agir dans le sens de la volonté populaire, il devait s'entendre avec le Sénat.

Telle était l'organisation que le 1er roi de Rome donna à l'Urbs, que ce roi ait été Romulus ou non, et quelle que soit celle des 3 races à laquelle il ait appartenu. Et telle fut celle que le sage Numa laissa à son successeur Tullius Hostilius (-762 à -641), Hostilius, lequel était d'un tempérament beaucoup plus costaud.

Il avait la politique, l'aventure et l'avidité dans le sang. Un vrai dur à cuire. Mais le fait que le comice l'ait choisi comme souverain signifie qu'après les 40 ans de paix que lui avait assurés Numa, Rome avait grande envie de se battre. Parmi les bourgades et les villes qui l'entouraient, Albe la Longue était la plus riche et la plus importante. Nous ne savons pas bien quel prétexte trouva Tullius pour lui déclarer la guerre, car il faut toujours un prétexte pour cacher son envie de tuer. Personne n'irait en cette matière avoué candidement son désir nécrophile. Peut-être n'en chercha-t-il pas. Le fait est qu'un beau jour il attaqua Albe la Longue et en fit table rase, bien que la légende ait transformé cet acte de violence en un épisode chevaleresque et presque noble comme feront toujours les hommes avec leurs actes les plus sanglants. On raconte en effet que les deux armées confièrent le sort des armes à un duel entre 3 Romains, les Horaces, et 3 Albains, les Curiaces. Ceux-ci tuèrent d'abord 2 deux des Horaces. Mais, à son tour, le dernier des Horaces usa d'une superbe ruse. Ne pouvant les vaincre tous les 3 en même temps, il s'enfuit; les 3 Curiaces coururent après, se distancèrent et Horace les tua un derrière l'autre, décidant ainsi de la guerre. Il n'en est pas moins vrai qu'Albe fut détruite et qu'on lia les deux jambes de son roi à deux chars qu'on lança dans deux directions opposées, pour l'écarteler. Telle fut la façon dont Rome traita la terre qu'elle considérait comme sa mère patrie, celle d'où étaient venus, disait-elle, ses fondateurs.

Naturellement l'événement dut mettre quelque peu en alarme tous les autres villages de la contrée qui, n'ayant pas subi l'influence étrusque, étaient restés en arrière pour tout ce qui concerne ce qu'on appelle le progrès et, par conséquent, se sentaient plus faibles et moins bien armés. Tullius Hostilius et son successeur Ancus Marcius (-639 à -616), Marcius, qui suivit son exemple, leur cherchèrent querelle un peu à tous.

Pour tout dire, le jour où Tarquin l'Ancien fut élevé au pouvoir et devint le 5e de ses rois, Rome était déjà l'ennemi public n° 1 de cette région dont on ne connaît pas les limites précises, mais qui devait s'étendre à peu près jusqu'à Civitavecchia au nord, jusqu'à Rieti à l'est, jusqu'à Frosinone au sud.

Il est fort probable que cette politique de conquêtes, destinée à devenir encore plus agressive avec les 3 derniers rois de la famille Tarquin, était avant tout d'inspiration étrusque. Cela pour un motif bien simple: alors que les Latins et les Sabins étaient des agriculteurs, les Étrusques étaient des industriels et des marchands. Chaque fois qu'une guerre éclatait, Latins et Sabins devaient abandonner leur domaine et le laisser péricliter pour s'enrôler dans la légion, ils risquaient de le perdre si l'ennemi l'emportait. À la guerre, au contraire, les Étrusques avaient tout à gagner: la consommation augmentait, les « commandes » du gouvernement pleuvaient; en cas de victoire, ils conquéraient de nouveaux marchés. Il en a toujours été de même à toutes les époques et dans toutes les nations: ce sont les habitants des villes, capitalistes, intellectuels ou commerçants qui veulent les guerres contre la volonté des paysans qui n'en doivent pas moins fournir des hommes pour les faire. Plus un État se développe, la ville prenant le dessus sur la campagne, plus sa politique devient aventureuse et agressive si l'éthique est absente ou élémentaire. À cette époque, elle était généralement très élémentaire, comme chez certains individus d'aujourd'hui.

Jusqu'au 4e roi, ce fut l'élément paysan qui l'emporta dans Rome, dont l'économie fut avant tout agricole. Les 3, 300 hommes dont se compose l'armée montrent que la population devait s'élever, dans son ensemble, à 30, 000 âmes, dont probablement la majeure partie se trouvait éparpillée dans la campagne. Dans la ville proprement dite, ne devait résider que la moitié environ des habitants qui, du Palatin s'étaient disséminés sur les autres collines. La majeure partie de ceux-ci vivaient dans des cabanes de pisé construites pêle-mêle et de façon désordonnée, pourvues d'une porte d'entrée mais sans fenêtres, avec une unique pièce où tout le monde dormait: le père, la mère, les enfants, les brus, brus les gendres, les petits-enfants, les esclaves quand on en avait, les poulets, les ânes, les vaches et les cochons. Le matin, les hommes descendaient dans la campagne pour labourer la terre. Parmi eux, les sénateurs, qui attelaient leurs boeufs au joug, faisaient leurs semailles ou fauchaient leurs épis comme tous les autres. Les enfants les aidaient, sinon on leur racontait que la Lamie, monstre mythologique, passerait et les dévorerait, ou que des Lares, esprits infernaux, les poursuivraient sans relâche. Ce aidaient parce que ce travail des champs était leur véritable, leur unique école, leur véritable, leur unique exercice sportif. L'athlétisme est un luxe de Grecs que ne connaissaient pas les premiers Romains. Et les pères profitaient de l'occasion pour leur enseigner que la semence ne donnait une bonne récolte que lorsque le ciel dosait sur la terre l'eau et le soleil, dans de justes proportions, quand les dieux le voulaient bien; que les dieux le voulaient bien quand les hommes avaient rempli tous leurs devoirs envers eux; et que le 1er de ces devoirs, pour les jeunes, c'était d'obéir aux vieux.

C'est ainsi qu'étaient élevés les citoyens romains tout au moins ceux descendant des Latins et des Sabins --qui devaient constituer la majorité d'entre eux. L'hygiène et les soins personnels devaient se réduire au minimum, même pour les femmes. Pas de cosmétiques, pas de coquetteries, peu d'eau ou point; les femmes avaient à descendre la chercher et à la rapporter dans des amphores posées sur leur tête. Pas de cabinets ni d'égouts. On faisait ses besoins devant la porte et tout demeurait là. Les mieux élevés les garochaient le plus loin possible pour se protéger des odeurs. Les barbes et les cheveux restaient tels qu'ils poussaient. Pour ce qui est des vêtements, il ne faut pas se fier aux monuments qui, du reste, appartiennent à des époques beaucoup plus récentes où Rome avait un véritable artisanat textile à elle et des tailleurs civilisés, dont la majeure partie étaient grecs d'école et d'origine . À cette époque lointaine, la toge, qui prit plus tard tant d importance, ou bien n'était pas née ou se réduisait à son expression la plus simple. Peut-être ressemblait-elle à la « futa » que portent actuellement les Abyssins d'Afrique: une étoffe blanche, tissée chez eux par leur femme et par leurs filles avec de la laine de mouton, un trou pratique au milieu permettant le passage de la tête. Il n'y avait pas beaucoup de gens qui en possédassent une de rechange. D'une façon générale c'était la même qu'ils portaient été comme hiver, la nuit comme le jour -- avec les conséquences que chacun peut imaginer même si le climat italien est merveilleux.

Aucun plaisir n'était admis, pas même la gourmandise. Contrairement aux théories des savants modernes des années 50s selon lesquelles la force d'un peuple est proportionnelle à sa consommation de calories et de vitamines, laquelle dépend de la variété de son alimentation, les Romains ont fourni la preuve qu'un peuple peut conquérir le monde en ne mangeant qu'une pâtée d'eau et de farine mal cuite (heureusement d'ailleurs!), deux olives et un peu de fromage, arrosés d'un verre de vin les jours de fête. La bière est peu répandue, mais on en faisait à base de blé, d'orge, de millet ou d'avoine. Il semble bien que l'huile ne soit venue que plus tard: tout d'abord elle paraît n'avoir servi aux Romains que pour s'en enduire la peau afin de se protéger des brûlures du froid et du soleil. Ce qui devait augmenter la puanteur générale dans de notables proportions. À part l'odeur, nos contemporains ont dû inventer une science nouvelle, la diététique, pour retrouver la santé par la frugalité antique. Voilà à quoi servent les études: retrouver ce qu'on a oublié et reconnaître qu'on s'est trompé!

Le roi lui-même n'échappait pas à ce régime. Ce n'est qu'avec la dynastie des Tarquins qu'il fut nanti d'un uniforme, uniforme d'un casque, d'insignes particuliers. Jusqu'à Ancus Martius il fut l'égal de tous. Lui aussi laboura la terre derrière ses boeufs couplés, répandit le grain et faucha l'épi. Il ne semble pas qu'il ait eu de palais ni même de bureau. C'est chose connue, au contraire, qu'il évoluait parmi les gens sans aucune escorte pour le protéger parce que, s'il en avait possédé une, tout le monde l'eût accusé de vouloir régner non pas de par le consentement du peuple, mais par la force. Ses décisions, il les prenait sous un arbre, ou bien assis devant la porte de sa maison, après avoir demandé leur avis aux anciens assis en cercle autour de lui. Il ne montait sur une tribune -- et, dans cette circonstance, peut-être revêtait-il un costume spécial -- que lorsqu'il devait faire quelque sacrifice ou cérémonie religieuse, qui était la seule " technologie" magique dont il disposait pour influencer la nature..

Même pour partir en guerre, les Romains n'avaient rien qui ressemblât à une véritable organisation militaire. Le préteur commandant la centurie ou la décurie n'avait pas d'insignes de son grade. Les armes consistaient avant tout en bâtons, en cailloux, en épées grossières. Il fallut longtemps pour en arriver au casque (qui couvrait jusqu'à la nuque), au bouclier, à la cuirasse; cette dernière était de cuir, de métal ou des deux à la fois, d'un seul tenant ou en 2 ou 3 parties, en cotte de mailles empruntée aux Gaulois ou formée d'écailles. Les cuirasses, de cuir repoussé et musclé, étaient chez les riches et les dignitaires superbement ornées. Ces cuirasse et ces inventions, qui sont plutôt des emprunts aux peuples vaincus, durent faire le même effet que, de notre temps, la mitrailleuse et le char d'assaut. Aussi les grandes campagnes que Rome entreprit du temps de ses premiers rois durent-elles ressembler à des « expéditions punitives » et se ramener à des corps à corps à grands coups de gourdin sans l'ombre d'une tactique ou d'une stratégie. Si les Romains eurent la victoire, ce ne fut pas tant parce qu'ils étaient les plus forts, mais parce qu'ils étaient les plus convaincus que leur patrie avait été fondée par les dieux pour réaliser de grands exploits et que mourir pour elle n'était pas un mérite mais tout bonnement le paiement d'une dette contractée le jour de leur naissance. Sans doute aussi, avaient-ils, mieux que leurs voisins, un régime alimentaire plus riche et plus équilibré, une hygiène meilleure qui, abaissant leur mortalité infantile, leur procuraient une vitalité démographique fertile en bons soldats. Mais voilà une hypothèse crédible mais non encore prouvable.

L'ennemi, une fois battu, cessait d'être un « sujet » de crainte pour n'être plus qu'un « objet » de plaisir ou de profit. Le Romain qui l'avait fait prisonnier le considérait comme une chose à lui, s'il était de mauvaise humeur, il le tuait; s'il était de bonne humeur, il l'emmenait dans sa maison comme esclave et pouvait en faire ce qu'il voulait · le tuer, le vendre, l'obliger à travailler. Ses terres étaient réquisitionnées par l'État qui les louait à ses propres sujets. Souvent, les villes étaient détruites et leurs populations déportées. Mais le Romain, voilà son génie, n'était pas uniquement dur ou cruel envers ses vaincus. Il a su très vite se les associer s'ils consentaient à devenir ses partenaires soumis à Rome. Les anciens vaincus, que Rome ne génocida jamais, acceptèrent avec le temps le droit, les moeurs et les dieux de Rome par les multiples avantages obtenus en échange d'une soumission assez libérale.

C'est grâce à ce système que Rome s'arrondit aux dépens des Sabins et des Èques à l'est, des Étrusques au nord, qui perdirent leur nom d'origine pour celui d'Italiens (gens de la péninsule). Bientôt ils deviendront "Romains" au sens fort et plein du terme, par le droit de cité reconnu à tous les anciens vaincus. La mer dont elle n'était séparée que par quelques kms, kilomètres, elle n'osait pas s'y aventurer parce qu'elle ne possédait pas de flotte et parce que sa population de paysans en avait une méfiance instinctive. Sous Romulus, Titus Tatius, Tullius Hostilius et Ancus Martius, les Romains furent des terriens, et leur politique fut une politique de terriens. C'est l'avènement d'une dynastie étrusque qui transforma radicalement les choses tant en matière de politique intérieure qu'extérieure.

À la différence des Grecs et des Carthaginois qui étaient surtout des marins et des commerçants, cette sensibilité de terriens façonna leur mentalité qui fut tout entière pratique et politique. Ni artistes, ni intellectuels comme les Grecs, ni religieux farouches et intransigeants comme les Hébreux, ni commerçants mercantiles comme les Carthaginois, leur sens de la terre, de ses rythmes et du labeur systématique qu'elle impose aux travaux quotidiens, formèrent chez les Romains une mentalité unique de gestionnaire systématique, prudent et ordonné.

CHAPITRE IV

LES ROIS MARCHANDS

On ne sait avec précision ni quand ni comment mourut Ancus Martius. Mais il dut mourir environ 150 ans après le jour où la légende veut que Rome ait été fondée, c'est-à-dire vers l'an -600. Quoi qu'il en soit, il semble qu'à ce moment un certain Lucius Tarquinius se trouvait dans la ville; et c'était là un personnage bien différent de ceux que les Romains avaient l'habitude de choisir comme magistrats et comme rois.

Il n'était pas de la région. Il venait de Tarquinia et il était fils d'un Grec, Démaratos, qui avait émigré de Corinthe et avait épouse une femme étrusque. Ce croisement avait donné un garçon vif, brillant, dépourvu de vains scrupules et fort ambitieux, que les Romains, lorsqu'il vint s'établir chez eux, durent regarder avec un mélange d'admiration, d'envie et de méfiance. Il était riche et prodigue, au milieu d'un peuple pauvre et ladre. Il était élégant au milieu de rustres. Il était le seul à posséder des connaissances philosophiques, géographiques, mathématiques, dans un monde de pauvres analphabètes. Pour ce qui est de la politique, son sang grec mêlé de sang étrusque devait faire de lui un diplomate connaissant mille ficelles au milieu de concitoyens n'en possédant guère. Tite-Live dit de lui qu'« il fut le qu' « il fut le 1er qui ait intrigué pour se faire élire roi », et qu'« il prononça un qu' « il prononça un discours pour s'assurer l'appui de la plèbe (la partie non-noble de la population . »

Nous doutons qu'il ait été le 1er à intriguer. Mais qu'il ait intrigué, c'est sûr. Il est probable que les familles étrusques, qui constituaient une minorité, mais une minorité riche et puissante virent en lui leur homme; lasses d'être gouvernées par des rois bergers et paysans, de race latine et sabine, qui faisaient la sourde oreille à leurs besoins commerciaux et expansionnistes, elles décidèrent de l'élever au trône. Vraisemblablement, comme dans les cités grecques, des querelles entre familles nobles (patriciennes) auraient provoqué l'avènement de la royauté qui seule pouvait ramener l'ordre dans la Cité.

Mais on ignore la façon dont les choses se sont passées. Cette allusion de Tite-Live à la plèbe nous permet de nous en faire une idée. Elle constitue dans l'histoire romaine un élément nouveau tout au moins un élément qui ne s'était pas fait sentir lors du règne des 4 premiers rois ceux-ci n'avaient aucun besoin de parler à la plèbe pour se faire élire, pour la bonne raison que, de leur temps, la plèbe n'existait politiquement pas. Au sein des comices des curies qui procédaient à l'investiture du souverain, il n'existait pas de différences sociales. Tous étaient citoyens, tous étaient grands ou petits propriétaires de terres, tous avaient donc, théoriquement, des droits identiques, même si par la force des choses, en pratique, c'étaient quelques professionnels de la politique qui prenaient les décisions et les imposaient aux autres. La petitesse des communautés favorise souvent l'égalité des conditions; celles-ci le partage du pouvoir, voire l'égalité ou l'identité des droits politiques. Mais ce n'est pas du tout automatique. Car les sociétés anciennes étaient structurées autour du chef de famille (le pater familias), le chef du génos, dont l'autorité était puissante en tant que le plus ancien. L'ancienneté, l'âge étaient considérés comme des sources de savoir, donc de respect, donc de pouvoir et de puissance.

C'était, dans cette Rome royale juridiquement royale, une sorte de démocratie à la bonne franquette où tout se faisait au grand jour, ou l'on discutait entre citoyens égaux en droits, où ce qui comptait, pour la distribution des charges, c'était l'estime et le prestige dont on jouissait par ses actions connues de tous, ou ceux de ses ancêtres reconnus par tous. Mais cette démocratie-là, s'il n'est pas abusif de l'appeler ainsi, présupposait la petite ville que fut Rome au cours de son 1er siècle d'existence, enfermée qu'elle était dans le cercle étroit de ses masures, où chacun connaissait les autres, savait de qui il était fils, ce qu'il avait fait, la façon dont il traitait sa femme, les frais qu'il faisait pour sa nourriture et le nombre de sacrifices qu'il célébrait en l'honneur des dieux.

À la mort d'Ancus Martius, la situation avait complètement changé. Les nécessités de la guerre avaient stimulé l'artisanat possiblement exportable, favorisant par conséquent l'élément étrusque, celui qui fournissait les charpentiers, les forgerons, les armuriers, les marchands. Il était venu de ces artisans de Tarquinia, d'Arezzo, de Véies; les boutiques s'étaient remplies de garçons et d'apprentis: une fois leur métier bien en main, ceux-ci avaient monté de nouvelles boutiques. Le relèvement des salaires avait fait venir en ville la main-d'oeuvre paysanne. Les soldats, après avoir fait la guerre, ne revenaient aux champs qu'à contrecoeur contre-coeur et préféraient rester à Rome ou l'on trouvait plus facilement des femmes et du vin. Mais, surtout, les victoires avaient fait affluer à Rome des torrents d'esclaves. C'était cette multitude d'étrangers qui constituait le plenum,(le plein) d'ou vient le mot plèbe.

Lucius Tarquinius et ses amis étrusques durent voir tout de suite quel parti on pouvait tirer de cette masse gens, exclus pour la plupart des comices des curies on pouvait les convaincre que, seul, un roi étranger comme eux pourrait faire valoir leurs droits. (C'est pourquoi il les harangua, en leur promettant on ne sait quoi, peut-être bien ce qu'il leur donna réellement par la suite. Il avait derrière lui à la fois les artisans et les chevaliers, ce qu'on appellerait aujourd'hui la bourgeoisie (gens d'affaires et commerçants), tous gens pouvant dépenser n'importe quoi pour une propagande électorale et bien décidés à faire ces frais pour s'assurer un gouvernement mieux disposé que les gouvernements précédents à protéger leurs intérêts et à suivre la politique expansionniste d'où dépendait leur prospérité.

Ils y réussirent certainement parce que Lucius Tarquinius fut élu sous le nom de Tarquinius Priscus --Tarquin l'Ancien -- et resta 38 ans sur le trône (-616 à -578). Pour se débarrasser de lui, les « patriciens », c'est-à-dire les « terriens », ou les nobles vivant de leurs belles et grandes terres, durent le faire assassiner. Mais ce fut inutile. Avant tout parce que la couronne passa d'abord à son fils, puis à son neveu. Ensuite parce que, bien plutôt qu'une cause, l'avènement de la dynastie des Tarquins était l'effet d'un tournant dans l'histoire de Rome qui ne permettait plus à celle-ci de revenir à son organisation primitive, archaïque, et à la politique qui en découlait.

Le roi, qui avait un pied sur la tête des nobles patriciens et l'autre sur celle de la plèbe, fut un roi autoritaire, planificateur et démagogue. Il voulut avoir un palais et s'en fit construire un de style étrusque -- un style beaucoup plus raffiné que le style romain --. Après quoi, dans ce palais, il fit ériger un trône et s'assit sur ce trône, le sceptre en main, la tête coiffée d'un casque empanaché. Il a dû faire cela un peu par vanité exhibitionniste, un peu parce qu'il connaissait son monde, et savait fort bien que la plèbe à qui il devait son élection et dont il entendait conserver la faveur aime le faste, elle aime les vedettes qui se pavanent et les excentriques qui provoquent: elle veut le roi en grand uniforme et entouré de soldats pour sa garde. À la différence de ses prédécesseurs qui passaient la majeure partie de leur temps à faire des sacrifices aux dieux et à établir des horoscopes, lui passa son temps à exercer son pouvoir temporel, c'est-à-dire à la politique et à la guerre. D'abord, il subjugua tout le Latium, cette grande plaine où est Rome. Après quoi, il chercha querelle aux Sabins et leur grignota un autre bout de territoire. Pour ce faire, il eut besoin d'un gros armement que l'artisanat assez sophistiqué lui fournit en faisant là-dessus de grosses affaires, et besoin aussi de nombreuses fournitures que les marchands lui assurèrent en gagnant de gros bénéfices. Les historiens républicains et anti-étrusques, écrivirent par la suite que son règne fut celui du marché noir, de la foire d'empoigne, le triomphe du pot-de-vin pot-devin et du dessous de table. Et que le butin qu'il prit aux peuples vaincus, il le consacra à embellir non pas Rome mais les villes étrusques, en particulier Tarquinia, dont il était originaire.

Nous en doutons, car c'est précisément sous son règne que Rome fit un bond en avant, particulièrement en ce qui concerne les monuments et l'urbanisme. Avant tout, il y fit construire la Cloaca Maxima, c'est-à-dire les égouts qui délivrèrent enfin les citoyens de leurs ordures avec lesquelles ils avaient jusque-là cohabité. Puis enfin, l'Urbs commença à devenir une ville pour de bon, avec des rues bien tracées, des quartiers délimités, des maisons qui n'étaient plus des cabanes mais de vraies constructions avec un toit en pente des deux côtés, des fenêtres et un atrium. Cet atrium est un mini-jardin au centre de la maison, arrosé par les rares pluies recueillies par un toit en pente vers l'intérieur, et percé en son centre d'un grand carré qui laisse pénétrer la lumière et le vent frais. Ce qui fait qu'encore de nos jours les maisons méditerranéennes sont ouvertes, non sur la rue comme nos maisons nord-américaines, mais sur la cour intérieure, lieu de fraîcheur et de somptueuse beauté florale.

Enfin Rome eut un Forum, c'est-à-dire une place centrale et un marché où tous les citoyens se réunissaient. Le Forum devint de plus en plus une place politique et le marché déménagea ses pénates ailleurs. Ce qui prouve bien que politique et économique sont des activités sociales bien distinctes. Ils ont tendance à se séparer quand ils le peuvent. Le forum était une grande place, propice aux rassemblements de masse, tandis que le marché est un établissement couvert constitué d'une place entourée de portiques (allées couvertes avec colonnade), sur lesquels s'ouvrent des boutiques. Nos centres d'achat modernes en ont repris un peu l'idée. À Rome, les portiques étaient rehaussés de jardins et d'oeuvres d'art et devenaient lieux recherchés pour la promenade à l'abri de l'ombre fraîche.

Malheureusement, pour accomplir cette authentique révolution, qui bouleversait non seulement le visage de Rome, mais sa façon de vivre, il lui fallut supporter l'hostilité du Sénat composé uniquement de familles patriciennes, dépositaire des vieilles traditions et peu disposé à renoncer au droit de contrôle qu'il avait sur le roi. À une autre époque, le Sénat l'eût déposé ou contraint à donner sa démission. Mais, dorénavant, il fallait compter avec la plèbe, c'est-à-dire avec une foule ne possédant pas encore de représentation politique adéquate, mais bien convaincue que Tarquin lui en donnerait une et prête à défendre son roi, roi dût-elle élever des barricades. Il était plus simple de le tuer c'est ce que firent les sénateurs. Mais ils commirent l'impardonnable erreur de laisser en vie sa femme et son fils, parce qu'ils croyaient que l'une en raison de son sexe, l'autre en raison de son âge tendre ne pourraient garder le pouvoir.

Ils eussent eu peut-être raison si Tanaquilla eût été Romaine, c'est-à-dire habituée seulement à obéir. Mais elle était Étrusque, avait fait des études et n'avait pas simplement partagé le lit de son époux mais ses travaux, s'intéressant aux problèmes de l'État, à l'administration, à la politique étrangère aux réformes. Sur tous les points, elle en savait plus long que les sénateurs, dont un bon nombre étaient illettrés.

Aussitôt le roi enterré, elle prit sa place sur le trône et le garda tout chaud pour son fils Servius Tulius (-578 à -535) qui grandissait. Servius fut le 1er roi de Rome à hériter de la couronne sans élection et aussi le dernier. C'est avec lui que vers -575 Rome, qui est probablement un nom étrusque, devint une Cité.

De Servius également, les historiens venus plus tard, tous républicains fervents, se sont efforcés de dire du mal. Mais ils n'y ont pas réussi. Bien à contrecoeur, contre-coeur, ils ont dû reconnaître que son gouvernement fut celui d'un homme éclairé et que c'est précisément sous son règne que s'accomplirent quelques-uns des travaux les plus importants. Tout d'abord, il construisit une enceinte (des murs) de 11,5 kms autour de la ville, de murs autour de la ville, donnant ainsi du travail à des maçons, des techniciens, des artisans qui virent en lui leur protecteur. Puis il entama entre -578 à -534 la grande réforme politique et sociale qui servit de base par la suite à toutes les organisations romaines.

Le droit romain distingue 4 catégories d'hommes: les hommes libres, les esclaves, les affranchis et les pérégrins (résidents étrangers qui vivent à Rome selon la loi d'où ils viennent. En -241, un préteur pérégrin s'occupera d'eux.). Mais à l'intérieur des hommes libres, 2 groupes s'affronteront toujours: les riches patriciens et les pauvres plébéiens.

L'ancienne division en 30 curies présupposait une ville de 30 ou 40, 000 habitants ayant tous à peu près les mêmes titres, les mêmes mérites et le même patrimoine. Mais Rome, désormais, s'était considérablement accrue; d'aucuns évaluent à 7 à 8, 000 âmes la population de la ville à l'époque de Servius. L'ancienne division en trente curies présupposait une ville de 30 ou 40, 000 habitants ayant tous à peu près les mêmes titres, les mêmes mérites et le même patrimoine. Mais Rome, désormais, s'était considérablement accrue d'aucuns évaluent à 7 à 8, 000 âmes la population de la ville à l'époque de Servius. Probablement sont-ce là des calculs erronés: ce chiffre devait représenter non pas les habitants de Rome, mais ceux de tout le territoire que Rome avait conquis.

Néanmoins la ville devait dépasser 100, 000 habitants au minimum et ce dut être entre autres motifs une crise aiguë du logement qui imposa à Tarquin et à Servius de grands travaux publics, dont la construction d'un mur entourant la ville, dit mur servien, qui possédait 15 portes, flanquées de tours avec 1 à 4 baies (ouvertures).publics.

Parmi cette masse, il n'y avait que les hommes déjà inscrits aux comices de curies qui pouvaient voter. Les autres continuaient d'être exclus du droit de vote et on comptait parmi eux les plus considérables parmi les industriels, les commerçants et les banquiers : ceux qui fournissaient à l'État de l'argent pour les guerres et pour les grands travaux d'urbanisme. Il était temps qu'ils eussent leur récompense.

La 1ère première chose que fit Servius, ce fut de faire citoyens romains les libertini, c'est-à-dire les fils des esclaves affranchis ou liberti. Cela devait faire des milliers et des milliers d'individus qui devinrent, dès lors, ses plus chauds partisans. En clair, il fit entrer la plèbe dans la Cité politique, il en fit des citoyens, ce qui veut dire qu'il leur donna des droits politiques. Ensuite, il abolit les 30 curies déterminées par les quartiers, et les remplaça par 5 classes établies non plus d'après le domicile, mais d'après le patrimoine. Faisaient partie de la 1ère première classe ceux qui possédaient au moins 100, 000 as, (la monnaie de bronze romaine, de 272 gr à 27,25 gr. du -Ve au -IIIe siècle) , de la dernière ceux qui n'en avaient pas 12, 500. Il est difficile de déterminer à quoi peut bien correspondre un as dans la monnaie d'aujourd'hui. Peut-être à $10, peut-être à davantage. L'unité de poids qu'est l'as se dévalua et passa des origines à la fin de Rome de 273 gr à 2.3 gr.! Quoi qu'il en soit, ce furent ces différences économiques qui déterminèrent également les différences politiques. En effet, alors que dans les curies toutes les composantes étaient égales, tout au moins en principe, et qu'une voix en valait une autre, les classes votaient par centuries, mais elles ne comptaient pas un nombre égal de centuries. La 1ère première en avait 98; la dernière n'en avait qu'une seule. Il y en avait, en tout, 193. De sorte que, en fait, il suffisait des 98 voix de la 1ère première classe pour déterminer la majorité. Quand bien même toutes les autres classes se fussent coalisées, elles ne pouvaient battre la 1ère, première, qui était la plus riche.

Servius Tullius avait travaillé comme un vrai pro. Il avait introduit la plèbe dans l'État et. en échange de cet immense avantage, l'avait astreint au service militaire. Il avait réussi à faire accepté le tout aux patriciens en leur laissant non seulement leur fortune mais la prééminence politique de leur sang, critère désormais remplacé par leur fortune. Tout le monde ou presque était content, et Rome en sortait plus solide encore, car elle disposait désormais d'un instrument de conquête --son armée élargie-- qui allait lui donner le monde. C'est à la puissance la plus conquérante du monde antique que nous devons le concept de guerre juste, qui est encore inscrit en 1994 dans la Charte des Nations Unies. C'est le droit de légitime défense pour un État agressé par un autre. Les Romains, plus agresseurs qu'agressés, transformaient dans leur petite tête leur gros appétit de conquête en légitime défense. Ainsi, ils définirent « la guerre juste » celle 1. qui est, après que tous les autres moyens aient été épuisées, officiellement déclarée 2. qui est conduite par l'État 3. qui revendique un droit, venge une injustice, expulse un ennemi.

C'était un régime politique ploutocratique (le pouvoir aux mains des riches) en règle, qui donnait le monopole du pouvoir législatif à ces nouveaux riches qu'étaient les chevaliers en l'enlevant à la « fédération agraire », ou patricienne c'est-à-dire au Sénat, qui avait beaucoup moins d'argent. Mais que pouvait faire le Sénat? Servius ne lui devait même pas son élection puisqu'il avait hérité sa couronne de son père: il avait pour lui l'argent des riches chevaliers qui tenaient de lui leur puissance nouvelle, et l'appui du petit peuple auquel il avait donné des emplois, des salaires et le titre de citoyen romain. Soutenu par ces forces, il s'entoura d'une garde armée pour protéger sa vie contre les mal-intentionnés, ceignit sa tête d'un diadème d'or et se fit faire un trône d'ivoire sur lequel il siégea majestueusement, tenant en main un sceptre surmonté d'un aigle. Patricien ou non patricien, sénateur ou mendiant, quiconque voulait l'approcher devait s'annoncer et faire patiemment anti-chambre.

U n homme semblable était difficile à éliminer. Ses ennemis, pour y parvenir, durent faire appel à l'un de ses neveux qui circulait librement dans le palais royal.

Avant de tenter le coup, ce second Tarquin essaya de faire déposer son oncle pour abus de pouvoir. Servius se présenta devant les centuries qui le confirmèrent dans son pouvoir royal par une acclamation plébiscitaire (c'est Tite-Live, grand républicain, qui le raconte; ce doit être vrai).

Il ne restait donc que l'épée. Tarquin l'employa sans le poignard. Tarquin l'employa sans trop de scrupules. Mais le soupir de soulagement que poussèrent les sénateurs, avec lesquels il avait fait alliance, s'arrêta dans leur gorge quand ils virent le meurtrier s'asseoir à son tour sur le trône d'ivoire sans leur demander leur agrément comme cela se pratiquait au bon vieux temps qu'ils espéraient ramener.

Le nouveau souverain se montra tout de suite plus tyrannique que celui qu'il venait d'expédier dans l'autre monde. Et, de fait, on le baptisa Tarquin le Superbe (Superbus a le sens d'orgueilleux) (-534 à -509) pour le distinguer du fondateur de la dynastie. Si on lui donna ce surnom, cela ne devait pas être sans raison, même si ce qu'on a raconté par la suite au sujet de sa chute n'est pas vrai. Car les Romains, et pas seulement eux, ont tendance à noircir les traits de ceux dont ils renversent la personne ou le régime. Exactement comme aujourd'hui quand on attaque l'Église, les communistes, les rois, les aristocraties après leur avoir baisé les pieds et les fesses pendant des siècles.

Il semble que Tarquin se soit amusé à tuer les gens sur le Forum. Il fut certainement d'un caractère agressif, car il passa, en tant que roi, la plus grande partie de son temps à guerroyer. Guerres heureuses parce que, sous son commandement, l'armée qui disposait dorénavant de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, conquit non seulement la Sabine mais encore l'Étrurie et ses colonies méridionales, presque jusqu'à l'embouchure de l'Arno. Rome faisait, à cette époque, la pluie et le beau temps. La guerre n'était pas toujours chaude; c'était souvent une simple « guerre froide », comme on disait tout récemment entre Américains et Soviétiques. Mais, en somme, un peu par la force des armes, un peu grâce à sa diplomatie, Tarquin fut le chef de quelque chose qui constituait, pour l'époque, un petit empire. Il n'arrivait pas jusqu'à l'Adriatique, mais dominait, dorénavant, la Tyrrhénienne.

Peut-être Tarquin ne guerroya-t-il tant que pour faire oublier la manière dont il était monté sur le trône en passant sur le cadavre d'un roi généreux et populaire. Il est très fréquent que les succès à l'extérieur servent à masquer la faiblesse intérieure d'un régime, méthode qu'utilisa tout autant George Bush le capitaliste que Brejnev le communiste. Quoi qu'il en soit, ce fut à cette manie de conquêtes que Tarquin paraît devoir sa chute.

Un jour, dit-on, il était en campagne avec ses soldats, son fils Sextus Tarquin et son neveu Lucius Tarquinius Collatin. Les voilà sous la tente qui se mettent à discuter de la vertu de leurs épouses respectives, chacun soutenant, en bon mari, celle de sa propre femme, à l'inverse d'aujourd'hui où les femmes discutent des tâches que les hommes doivent faire à la maison. Il est probable que l'un d'eux dit à l'autre: « Ma femme est une honnête femme. La tienne te fait cocu. » Ils décident de rentrer chez eux la nuit même pour les prendre en flagrant délit, enfourchent leur monture et partent.

À Rome, ils trouvent la femme de Sextus en train de se consoler de son veuvage temporaire en banquetant avec des amis et en se laissant conter fleurette. Lucrèce, celle de Collatin, trompe son attente en tissant un vêtement pour son mari. Collatin, triomphant, empoche l'enjeu et rentre au camp. Sextus, mortifié, et désireux de prendre sa revanche, se met à faire la cour à Lucrèce; un peu par la violence, un peu par l'astuce, il triomphe de sa résistance qui ne devait pas être très grande si on en juge par la bonne santé, physique à tout le moins, qu'elle a trouvée à se défendre par la suite.

Son infidélité commise, ou arrachée selon le point de vue, la pauvre femme était psychologiquement très ébranlée. Son honneur flétri, elle risquait ni plus ni moins la répudiation, donc la déchéance et la prostitution sur le coin de la rue comme moyen pour gagner sa vie. Volontaire, et en cela elle est extraordinairement romaine, elle fait appeler son mari et son père, lequel était un sénateur. Elle leur avoue ce qui s'est passé et se tue d'un coup de poignard au coeur. Lucius Junius Brutus, lui aussi neveu du roi qui lui avait tué son père, réunit le Sénat, raconte l'histoire de cette infamie, propose la déchéance de Tarquin le Superbe et l'expulsion de la ville de toute sa famille (sauf lui, bien entendu). Tarquin, informé du délit, se précipite à Rome en même temps que Brutus galope vers le camp. Sans doute se croisèrent-ils. Alors que le roi s'efforçait de rétablir l'ordre dans la ville, Brutus sema le désordre dans ses légions (1 légion = 3000 fantassins et 300 chevaliers environ à cette époque) qui décidèrent de se rebeller et de marcher sur Rome.

Tarquin s'enfuit vers le nord, se réfugiant dans cette Étrurie dont ses ancêtres étaient descendus et dont il avait humilié l'orgueil en faisant de ses villes des vassales de Rome. Ce dut être une bien amère mortification pour lui, d'avoir à demander l'hospitalité à Porsenna, lucumon, c'est-à-dire 1er magistrat de Chiusi, qui s'appelait en ces temps-là Clusium.

Mais Porsenna, en vrai gentleman, la lui accorda.

À Rome, on proclama la République République. (Res = chose; publica = publique), même si du temps des Romains le mot « res publica » voulait plutôt dire chose publique, État, vie politique, que régime républicain. publique) Comme plus tard pour la monarchie des Plantagnets en Angleterre et celle des Bourbons en France, la monarchie de Rome avait compté 7 rois. Mais le mot était bien choisi, car respublica signifie « une organisation déterminée par des règles de droit » à la différence de la royauté qui fonctionnait plutôt selon les règles du droit familial privé.rois

C'était l'année -508. Il s'était écoulé 245 ans ab urbe condita.

CHAPITRE V

PORSENNA

Ainsi que tous les peuples, quand ils changent de régime, les Romains saluèrent la République avec un grand enthousiasme. Ils mirent en elle tous leurs espoirs y compris la liberté et la justice sociale. On convoqua un grand comice des centuries auquel participèrent tous les citoyens-soldats, qui proclamèrent la monarchie définitivement enterrée, lui attribuèrent toutes les erreurs, toutes les fautes dont s'était entachée l'administration de l'État au cours des deux premiers siècles et demi de vie de Rome, et, à la place du roi, nommèrent 2 consuls qui devaient être les deux héros de la révolution: le pauvre veuf Collatin et le pauvre orphelin Lucius Junius Brutus. Le 1er, ayant décliné cet honneur, fut remplacé par Publius Valérius, lequel est passé à l'Histoire sous le nom de « Publicola », c'est-à-dire « Ami du Peuple », le même surnom dont le peuple français honora le révolutionnaire français Marat en 1789.

Cette amitié, Publicola en donna la preuve en soumettant et en faisant approuver au comice quelques lois qui restèrent fondamentales tant que dura la République. Elles décrétaient la peine de mort contre quiconque tentait de s'emparer d'une charge sans l'approbation du peuple. Elles permettaient au citoyen condamné à mort de faire appel à l'Assemblée, c'est-à-dire au comice des centuries. Elles accordaient à tous le droit de tuer sans autre forme de procès quiconque eût tenté de se faire proclamer roi. Cette dernière loi, toutefois, négligeait de préciser en raison de quels éléments on pouvait attribuer à quelqu'un cette ambition. Cela permit au Sénat, au cours des années qui suivirent, de se débarrasser d'un bon nombre d'ennemis gênants en les désignant, précisément, comme des aspirants à la royauté. Système encore en usage chez bien des peuples: tour à tour les aspirants-rois, contre lesquels le pouvoir en place va s'acharner à la moindre vétille de rébellion ou de critique, s'appellent « déviationnistes », « ennemis de la patrie », « agents à la solde de l'impérialisme étranger », les « hypocrites ». Le langage utilisé ne fait pas changer les crimes; il les maquille.

Dans son zèle démocratique. Publicola introduisit aussi l'usage suivant: quand le consul ou le préteur, entrait dans l'enceinte du comice des centuries, il faisait abaisser par les licteurs (gardes du corps) qui le précédaient les enseignes, ces fameux « faisceaux » que Mussolini remit à la mode en 1922, et qui étaient le symbole du pouvoir. Ces faisceaux, c'était tout simplement des bouts de bois ficelés au bout desquels perçaient des haches. des haches perçaient. La hache symbolisait le pouvoir de vie et de mort. Les licteurs les portaient sur l'épaule gauche car la gauche qui se dit sinistra est le côté néfaste. On On les exhibait régulièrement afin de démontrer d'une façon plastique que ce pouvoir venait du peuple, et que celui-ci, après en avoir chargé le consul, en restait l'arbitre.

C'étaient là de fort belles choses qui, au moment même, firent un grand effet. Mais une fois l'enthousiasme un peu tombé, les gens commencèrent à se demander en quoi consistait, pratiquement, les avantages du nouveau système. Tous les citoyens avaient droit de vote et c'était très bien. Les comices ne pouvaient se réunir que 184 jours par an. Leur compétence judiciaire fut progressivement déplacée vers les jurys permanents. Pour un temps en tout cas, ils avaient en main l'élection des magistrats et, indirectement, le recrutement du Sénat. En effet, une des 1ères décisions qu'ils prirent fut de révoquer les distributions de terres prises dans les pays conquis, que les Tarquins avaient faites aux pauvres. Si bien qu'un bon nombre de petits propriétaires se virent confisquer d'un jour à l'autre leur maison et leur propriété et, ne sachant comment s'en tirer, revinrent à Rome en quête de travail. Derrière cette République, il y avait donc eu un petit coup d'État ploutocratique. On avait voulu émasculer les politiques populaires, voire populistes, des anciens rois. bien, mais au sein des comices on continuait de pratiquer ce droit de vote par classes établies d'après le système servien, selon lequel les millionnaires de la première classe, ayant 98 centuries suffisaient à imposer leur volonté à tous les autres. En effet, une des premières décisions qu'ils prirent fut de révoquer les distributions de terre prises dans les pays conquis, que les Tarquins avaient faites aux pauvres. Si bien qu'un bon nombre de petits propriétaires se virent confisquer d'un jour à l'autre leur maison et leur propriété et, ne sachant comment s'en tirer, revinrent à Rome en quête de travail. Derrière cette République, il y avait donc eu un petit coup d'État ploutocratique. On avait voulu émasculer les politiques populaires, voire populistes, des anciens rois.

Mais il n'existait pas de travail à Rome, parce que les consuls, n'étant nommés que pour un an, ne pouvaient entreprendre aucun de ces grands travaux publics qui avaient été la spécialité des rois, comme leurs contemporains, les tyrans des cités grecques voisines.

Des rois dont les 5 premiers avaient été élus pour toute leur vie, les 2 derniers à titre héréditaire. De plus, dominés par le Sénat qui l'avait faite et qui se composait de propriétaires terriens d'origine sabine et latine, la République, à la différence de la monarchie -- dépensière, dominée par affairistes et des marchands d'origine étrusque et grecque -- la République était ladre, ou séraphine pour parler québécois. Elle voulait « assainir le budget » comme on dirait aujourd'hui, c'est-à-dire pratiquer une politique financière d'économies, ne fût-ce que parce qu'elle n'avait aucun intérêt à multiplier la catégorie des nouveaux riches, ses ennemis naturels.

En somme, la ville subissait une crise, et les pauvres culs-terreux qui s'y rendaient pour échapper à la faim et au chômage des campagnes y trouvaient aussi famine et chômage. Les chantiers étaient fermés, les maisons inachevées, les rues interrompues au beau milieu. Ces audacieux entrepreneurs qui avaient été le meilleur appui des Tarquins et avaient employé des milliers de techniciens et des dizaines de milliers d'ouvriers, étaient en exil ou craignaient de s'y faire envoyer. Les locaux publics fermaient l'un après l'autre, la clientèle étant décimée par manque d'argent liquide et par ce climat puritain que les Républiques nouvelles créent ou s'efforcent de créer pour se donner des airs de bonne moralité. Les propagandistes du nouveau régime haranguaient continuellement la foule pour lui rappeler >es crimes commis par les rois. Leurs auditeurs, regardant autour d'eux, pensaient à part eux qu'au nombre de ces crimes il fallait compter le Forum, sur lequel ils se trouvaient et qu'avaient construit ces rois exécrés.

Un autre point sur lequel insistaient les propagandistes, c'étaient les méfaits perpétrés par la dernière dynastie qui s'était efforcée de faire de Rome une colonie étrusque. Il y avait du vrai là-dedans mais c'était précisément à cause de cela que Rome avait son Circus Maximus sa Cloaca, des ingénieurs, des artisans, des histrions (les acteurs de l'époque, qui racontaient des histoires...), des lutteurs et des gladiateurs, héros des spectacles dont les Romains étaient si friands, des murs d'enceinte, des canaux, des devins, et une liturgie pour adorer les dieux. Tout cela était importé d'Étrurie.

Naturellement, tout le monde ne le savait pas parce que tout le monde n'était pas allé en Étrurie. Ceux qui en avaient le plus conscience, c'étaient les Jeunes intellectuels qui avaient fait leurs études dans les milieux privilégiés de Tarquinia, d'Arezzo, de Chiusi ou leurs papas les avaient envoyés, et dont ils conservaient un profond souvenir. D'une façon générale, ils n'appartenaient pas aux familles patriciennes: celles-ci élevaient leurs fils à domicile et s'efforçaient d'en faire non pas des hommes instruits comme aujourd'hui, mais des hommes de caractère, fiers de leur sexe et de leur rôle. Ils sortaient de familles bourgeoises; leur sort était lié au sort des trafics, des industries (à ne pas confondre avec la grande industrie moderne) et des professions libérales, les plus frappées, naturellement, par la nouvelle tournure des choses.

En raison de tous ces motifs, le mécontentement eut vite fait de naître. Malheureusement, il coïncida avec la déclaration de guerre lancée par Porsenna à Rome, à l'instigation de Tarquin.

Comment les choses se sont passées on ne le sait pas d'une façon certaine. Pourtant, étant donné la situation, il n'est pas difficile d'imaginer quels durent être les arguments employés par le monarque déposé pour pousser le lucumon à venir à son aide. Celui-ci dut sûrement faire observer à l'ex-roi que les Tarquins, en dépit de leur sang étrusque ne s'étaient guère conduits en bons fils à l'égard de l'Étrurie qu'ils avaient harcelée sans cesse de guerres et d'expéditions punitives tant qu'ils ne l'eurent pas presque entièrement soumise. Mais il est probable que Tarquin le Superbe lui répondit qu'en même temps que ses deux prédécesseurs et lui-même romanisaient l'Étrurie, ils rendaient Rome étrusque, la conquérant, pour ainsi dire, de l'intérieur aux dépens de l'élément latin et sabin qui l'avait dominée tout d'abord. La lutte ne s'était pas produite entre des puissances étrangères mais entre des villes rivales, filles de la même civilisation. Ce que Rome, bien qu'elle fût la dernière née, avait cherché à faire, ç'avait été non pas de les détruire, mais de les réunir sous un commandement unique pour les amener à dominer l'Italie. Peut-être s'était-elle trompée, peut-être avait-elle eu de temps en temps, la main lourde et n'avait-elle pas assez respecté les autonomies municipales. Mais les Tarquins n'avaient infligé à aucune ville le sort que les Romains avaient fait subir à Albe la Longue, par exemple, ainsi qu'à tant d'autres bourgs et villages du Latium et de la Sabine, rasés jusqu'à leurs fondations. Aucune ville étrusque n'avait jamais été mise à sac. Dès qu'ils émigraient à Rome, les marchands, les artisans, les ingénieurs, les acteurs, les pugilistes de Tarquinies, de Chiusi de Volterra, d'Arezzo n'y trouvaient pas une condition d'esclaves mais devenaient prééminents. Toute l'économie, toute la culture, toute l'industrie, tout le commerce de la ville étaient pratiquement dans leurs mains.

Ou plutôt: ils l'avaient été tant que les Tarquins furent sur le trône, pour les protéger. Maintenant, avec la république, qu'allait-il advenir? La République, cela voulait dire le retour au pouvoir de ces rustres de Latins et de Sabins: avares, méfiants, réactionnaires, instinctivement racistes avant la lettre, qui avaient toujours couvé une sourde haine contre la bourgeoisie étrusque libérale et progressiste, culturellement plus avancée que ces lourdauds de Romains. Il ne fallait pas se faire d'illusions sur la façon dont celle-ci allait être traitée par eux. Or, la disparition de cette classe signifiait l'affirmation, à l'embouchure du Tibre, d'une puissance étrangère ennemie remplaçant une puissance consanguine et amie -- lors même qu'elle se montrait un peu chamailleuse et brutale. Cette puissance étrangère était susceptible de s'unir demain aux autres ennemis de l'Étrurie pour contribuer à son déclin.

Porsenna aurait-il le courage de se désintéresser d'une semblable rupture d'équilibre? Ne trouverait-il pas plus expédient de sauter sur Rome en ce moment où le marasme régnait à l'intérieur et à l'extérieur, particulièrement dans le Latium et en Sabine où les gens avaient encore les os rompus des coups infligés par les soldats romains? Il suffirait d'un signe du puissant lucumon de Chiusi: toutes ces villes se dresseraient contre leurs maigres garnisons: Rome se trouverait face à l'ennemi seule et remplie de discordes.

Au sujet de Porsenna, nous ne savons presque rien. Mais sa conduite nous fait juger qu'aux qualités d'un bon général il devait allier celle d'un homme politique sagace. Il se rendit compte de la vérité qu'il y avait dans l'argumentation de Tarquin. Mais il voulut, avant de s'engager, s'assurer de deux choses: d'une part que le Latium et la Sabine étaient réellement prêts à se ranger à ses cotés, d'autre part qu'à l'intérieur même de Rome, il existait une « 5e colonne » (un groupe d'espions à l'intérieur) monarchiste prête à faciliter sa tâche en suscitant une insurrection.

En effet, l'insurrection éclata. On y vit même participer les 2 deux fils du consul Lucius Junius Brutus oublieux, semble-t-il, de la fin que Tarquin le Superbe avait réservée à leur grand-père. Ils furent arrêtés et condamnés à mort après que la révolte eut été énergiquement domptée. On dit que leur père voulut assister personnellement à leur décapitation .

Mais cette guerre de -507 marcha mal. Les la guerre marcha mal. Les différentes villes latines et sabines massacrèrent leurs garnisons romaines et unirent leurs forces à celles de Porsenna qui descendait du Nord à la tête d'une armée confédérée à laquelle toute l'Étrurie avait envoyé des contingents. Contre cette invasion, Rome, à en croire ses historiens, fit des miracles. Mucius Scavola, pénétrant sous la tente de Porsenna pour le tuer et se trompant d'homme, punit lui-même sa main de son erreur en la tenant sur un brasier ardent. Horatius Coclès bloqua à lui seul toute l'armée ennemie à l'entrée du pont du Tibre tandis que ses camarades détruisaient sur son ordre le pont derrière lui, lui interdisant toute retraite. Mais la guerre fut perdue; ces légendes mêmes le prouvent. Leur caractère exalté constitue un des premiers exemples de « propagande de guerre ». Quand un pays subit une défaite, il invente ou exagère par compensation des « épisodes glorieux » comme Madeleine de Verchères ou Dollard des Ormeaux sur lesquels attirer l'attention de ses contemporains et de la postérité en la détournant du résultat final d'ensemble, qui est la défaite et l'insupportable humiliation. Voila la raison pour laquelle les « héros » naissent principalement dans les armées battues, comme Vercingétorix, Rommel, Annibal ou Napoléon, tous finalement vaincus. Ceux qui vainquent n'en ont pas besoin. César, par exemple, dans ses Commentaires de la guerre des Gaules, n'en cite pas un seul.

La capitulation de l'Urbs (Rome) se fit, comme on dit aujourd'hui, sans conditions. Il lui fallut restituer à Porsenna tous ses territoires étrusques. Les Latins profitèrent de l'occasion pour attaquer Rome à leur tour, mais celle-ci réussit à se sauver par la bataille du lac Régille en -496 où les Dioscures Castor et Pollux, fils de Jupiter, vinrent à son secours. Les Latins profitèrent de l'occasion pour attaquer Rome à leur tour, mais celle-ci réussit à se sauver par la bataille du lac Régille où les Dioscures Castor et Pollux, fils de Jupiter, vinrent à son secours. Quoi qu'il en soit, après toutes ces mésaventures, ce qui avait été sous les rois la capitale d'un petit empire se retrouvait n'ayant plus autour d'elle qu'à peu près l'équivalent de la région 03 de Québec; au nord, cela n'atteignait pas Fregenae, au sud cela s'arrêtait avant Antium. Grosse catastrophe: il lui fallut un siècle pour s'en relever.

Mais la guerre fit une autre victime encore plus nette: Tarquin. Il avait déjà fait ses valises pour s'en retourner à Rome quand Porsenna l'arrêta en lui communiquant qu'il n'avait pas l'intention de le rétablir sur le trône. S'était-il aperçu de l'impossibilité d'une restauration monarchique? Se méfiait-il de cet intrigant qui, une fois revenu à la tête de son peuple et de son armée, eût peut-être oublié le bienfait qu'il avait reçu et recommencé de tourmenter l'Étrurie?

Nous penchons pour la seconde hypothèse. L'Étrurie était un pays anarchique ou chaque État voulait rester indépendant et n'admettait aucune limite à son autonomie. Tarquin eût fait de Rome une ville définitivement étrusque, mais de l'Étrurie une province définitivement romaine. L'Étrurie ne voulut pas de cela -- et elle le paya cher. La ligue que Porsenna avait laborieusement mise sur pied à cette occasion se dissocia avant que son armée confédérée eût pu rétablir des communications avec les colonies étrusques du sud de l'Italie, grignotées par les Grecs. Le lucumon rentra à Chiusi et s'y enferma tandis que les Grecs avançaient au sud et que se profilait au nord une autre terrible menace: celle des Gaulois qui descendaient des Alpes et submergeaient les colonies étrusques de la vallée du Pô. Même en face d'un danger semblable, l'Étrurie ne sut pas trouver son unité, cette unité que Tarquin voulait lui donner sous le signe et sous le nom de Rome. Le vieux roi continua d'intriguer, mais vainement. Les villes victorieuses du Latium, Véies en tête, s'employèrent à empêcher son retour. Elles préféraient avoir affaire à une Rome républicaine, dont elles connaissaient toutes les difficultés intérieures et par conséquent l'impossibilité où elle se trouvait de tenter une revanche. En effet, il fallut à cette revanche plus d'un siècle pour se profiler.

Les « libérations » (après une occupation ou une défaite) coûtent toujours cher. Rome paya de son empire le renvoi de son roi. Elle avait mis 2½ siècles et demi à conquérir son hégémonie en Italie centrale sous la conduite de 7 souverains. La République, pour rester telle, dut renoncer à tout ce patrimoine, comme la restauration en France en 1830 dut renoncer aux conquêtes napoléoniennes, comme la Russie pour se démocratiser en 1990 dut renoncer à l'empire soviétique.

Qu'est-ce donc qui ne fonctionnait pas pendant la monarchie pour avoir poussé les Romains à préférer une renonciation semblable plutôt que de la conserver?

Ce qui n'avait pas fonctionné, c'était le creuset c'est-à-dire la fusion des ethnies et des classes constituant le peuple romain. Les 4 premiers rois avaient humilié l'élément étrusque qui constituait ceux que nous appellerions aujourd'hui la Bourgeoisie, la Richesse, le Progrès, la Technique, l'Industrie, le Commerce, ou qui leur ressemblaient vaguement. Les 3 derniers avaient humilié les éléments latin et sabin, qui constituaient l'Aristocratie, l'Agriculture, la Tradition et l'Armée, c'est-à-dire les patriciens, la classe nobiliaire et terrienne et dont l'expression politique était le Sénat. Voilà que le Sénat se vengeait. Il se vengeait par la République, qui fut son oeuvre exclusive. Il honorait ses membres du droit exclusif à la tunique à larges bandes de pourpre et à des chaussures ornées d'un croissant. On ne peut pas dire que ses membres se croisaient les bras, car la politique c'est exténuant. Les charges considérables que s'étaient appropriées le Sénat étaient: maintien du culte traditionnel, police des moeurs, participation aux tribunaux permanents, vote des crédits pour la guerre, administration des provinces, négociations et traités de paix avec l'étranger, répartition des commandements militaires, avis donné aux magistrats dits sénatus-consultes, ratification des lois votées par les comices, contrôle des magistrats sortant de charge, et pouvoirs d'exception tels suspension d'un magistrat ou octroi de pouvoirs exceptionnels à l'un d'entre eux, annulation des lois et mise hors la loi de citoyens dangereux. Toutes ces compétences assurent la majesté du Sénat romain.

Dorénavant, à Rome, tout fut républicain, en particulier l'histoire qu'on commença à raconter et à déformer de manière à discréditer de plus en plus la période monarchique et les succès grandioses obtenus par le pays au cours de cette période. La démocratie grecque fit la même chose à l'endroit des Pisistrates et les républiques modernes conspuèrent l'oeuvre des rois qui, pourtant, ont construit les territoires nationaux. C'est chose qu'il ne faut pas oublier, lorsqu'on lit les livres d histoire romaine, tous d'accord pour faire coïncider le début de la grandeur romaine avec l'expulsion du dernier Tarquin.

Ce n'est pas vrai. Rome était déjà une puissante capitale au temps des rois: et c'est en bonne partie grâce à eux, comme la France construite par ses rois, que Rome redeviendra Rome. Les austères magistrats qui les remplacèrent pour exercer le pouvoir « au nom du peuple » (tous les décrets étaient signés SPQR "Le Sénat et le peuple romain", Q pour que, qui veut dire et) trouvèrent tout établies les prémices de leurs futurs triomphes: une ville bien organisée du point de vue de l'urbanisme et de l'administration, une population cosmopolite pleine de ressources, une élite d'excellents techniciens, une armée bien entraînée, une religion bien rodée pour maintenir le peuple dans l'obéissance et une langue désormais codifiée, une diplomatie qui avait fait son apprentissage en concluant et en brisant des alliances un peu avec tous les voisins.et c'est en bonne partie grâce à eux qu'elle redeviendra telle. Les austères magistrats qui les remplacèrent pour exercer le pouvoir « au nom du peuple » (tous les décrets étaient signés SPQR "Le Sénat et le peuple romain") trouvèrent tout établies les prémices de leurs futurs triomphes: une ville bien organisée du point de vue de l'urbanisme et de l'administration, une population cosmopolite pleine de ressources, une élite d'excellents techniciens, une armée bien entraînée, une religion bien rodée pour maintenir le peuple dans l'obéissance et une langue désormais codifiées, une diplomatie qui avait fait son apprentissage en concluant et en brisant des alliances un peu avec tous les voisins.

Cette diplomatie fut habile même au moment des catastrophes. Elle se hâta de stipuler deux traités: l'un avec Carthage pour garantir sa tranquillité du côté de la mer, l'autre avec la Ligue latine, fondée avec les Romains en -493, pour se l'assurer du côté de la terre. l'un avec Carthage pour garantir sa tranquillité du côté de la mer, l'autre avec la Ligue latine pour se l'assurer du côté de la terre. Ces 2 traités comportaient des renonciations radicales. Sur mer, Rome abandonnait toute prétention sur la Corse, la Sardaigne et la Sicile qu'elle s'engageait à ne pas faire dépasser par ses navires: elle pouvait s'y réapprovisionner, mais sans y mettre pied. C'était une renonciation qui ne lui coûtait pas beaucoup, puisqu'elle n'avait pas encore de flotte digne de porter ce nom.

Plus douloureuses étaient celles que Rome faisait en matière de territoires, et que dut sanctionner le consul Spurius Cassius au terme des hostilités avec Véies et ses alliés. Rome ne restait maîtresse que de 500 km² et devait accepter de ne pas être plus que les autres villes de la Ligue latine. Le foedus, (d'où vient notre mot fédéral) fidélité) c'est-à-dire le pacte conclu en -493, débute par ces mots: « Que la paix règne entre les Romains et toutes les villes latines tant que la position du ciel et de la terre restera la même... » Rarement n'écrivit-on plus grande fourberie!.

La position du ciel et de la terre n'avait pas changé le moins du monde quand, moins d'un siècle plus tard, la République romaine reprit ses guerres là où s'étaient arrêtés ses anciens rois et ne laissa aux villes latines que leurs yeux pour pleurer.

Dorénavant, toutes les alliances entre les États ont continué de stipuler qu'elles dureraient tant que la position du ciel et de la terre n'aurait pas changé. Et quelques années plus tard ou un bon nombre d'années plus tard, Camille prit Véies en -395 après un siège de 10 ans. Mais les diplomates, impassibles, s'obstinent à employer cette formule ou quelque autre équivalente, et les peuples à y croire.

DEUXIÈME PARTIE

LA ROME RÉPUBLICAINE

CHAPITRE VI

S. P. Q. R.

Depuis l'année -509, qui est celle de la fondation de la République, tous les monuments que les Romains ont érigés un peu partout, ont toujours porté les initiales S.P.Q.R., ce qui veut dire « Senatus Populus Que Romanus », c'est-à-dire « Le Sénat et le Peuple romain ».

Distinguons bien: la population (patriciens + chevaliers + plébéiens + étrangers + esclaves) et le peuple (patriciens + chevaliers) qui seul a des droits politiques. Ni la plèbe qui est libre et sans droits, ni l'esclave qui est non-libre et sans droits, n'ont de droits politiques.

Ce qu'était le Sénat, nous l'avons dit. En revanche, nous n'avons pas encore dit ce qu'était le peuple, lequel ne correspondait pas du tout à ce que nous entendons par ce mot. À cette époque lointaine, le peuple de Rome ne comprenait pas « tous » les citoyens comme aujourd'hui, mais seulement 2 deux « ordres » de citoyens, c'est-à-dire 2 classes sociales: celle des « patriciens » et celle des « equites ou « chevaliers

Précisons cependant qu'un ordre diffère d'une classe, en ceci qu'un ordre est un classement vertical des citoyens à richesses inégales mais qui ont en commun des ancêtres illustres, un nom, une fonction, voire un sang commun. Les nobles par exemple forment un ordre. La classe est un classement horizontal de gens qui n'ont rien en commun, sauf le même niveau de leurs richesses. Ainsi, les bourgeois forment une classe par leur niveau de richesse assez voisin, mais les avocats forment un ordre par le métier légiféré, même s'ils sont entre eux de richesse fort inégale. Autre exemple, les étudiants formeraient un ordre; et les professeurs un autre ordre. Mais les professeurs font en plus partie de la classe moyenne en raison de leur revenu assez moyen. D'habitude, ordre et classe ont tendance à se superposer parce que tous veulent bénéficier des avantages et de l'ordre (plutôt juridiques et sociaux) et de la classe (plutôt économiques).

Les « patriciens » étaient ceux qui descendaient des « patres », c'est-à-dire des fondateurs de la ville. D'après Tite-Live, Romulus avait choisi une centaine de pères de famille pour l'aider à construire Rome. Naturellement, ces hommes avaient accaparé les meilleures terres et se considéraient un peu comme les maîtres de la maison par rapport à ceux qui étaient venus après eux. Et, en effet, les premiers rois n'avaient pas eu le moindre problème social à résoudre parce que tous leurs sujets étaient relativement égaux entre eux; le souverain lui-même n'était que l'un d'entre eux chargé par tous les autres de remplir des fonctions déterminées, avant tout religieuses.

Avec Tarquin l'Ancien, Rome avait commencé de voir pleuvoir sur elle toutes sortes d'autres gens, venant principalement d'Étrurie. Les descendants des « patres » maintenaient soigneusement les distances entre eux et ces nouveaux venus: leur château fort était le Sénat, accessible uniquement aux membres de leurs familles. Chacune de ces familles portait le nom de l'ancêtre qui l'avait fondée: Manlius, Julius, Valérius, Amilius, Cornélius, Claudius, Horatius, Fabius.

C'est à partir du moment où commencèrent de cohabiter dans l'enceinte de la ville ces 2 populations différentes: les descendants des anciens pionniers et les nouveaux venus, que les classes commencèrent à se différencier: d'une part les « patriciens », de l'autre les « plébéiens ».

Les « patriciens » furent vite écrasés par le nombre, comme cela arrive toujours dans tous les pays nouveaux, comme cela s'est produit, par exemple, en Amérique du Nord, à la différence qu'ici le vrai pouvoir, la métropole, était à 5000 km. Les patriciens d'Amérique s'appelaient les « pilgrim fathers », les « pères pèlerins » mais ils n'étaient pas nobles par la richesse et par le sang, mais nobles par l'histoire et l'héroïsme de la fondation. Ils étaient représentés par les 350 colonisateurs qui étaient venus s'y établir les premiers à bord d'un navire appelé le Mayflower, en 1620. Leurs descendants continuent, eux aussi, aujourd'hui encore, à se considérer un peu comme les « patriciens » d'Amérique; Mais ce n'est qu'une métaphore. Ils n'ont rien en commun avec les patriciens romains. Ils n'ont gardé aucun privilège parce que l'Amérique n'est pas une terre de privilèges, mais d'égalité des chances pour tous dans une société de droit démocratique. Même à l'époque coloniale, la dureté de la colonisation passa à la meule les nez qui voulait voulaient s'élever au-dessus des autres. Descendre d'un des pères pèlerins du Mayflower est simplement, ici en Amérique, un titre d'honneur. Et au Québec, cet honneur n'existe même pas, car la devise "Je me souviens" n'est guère appliquée.

Les patriciens romains résistèrent au mélange des peuplades diverses issues des conquêtes des alentour beaucoup plus longtemps. Et, pour mieux défendre leurs prérogatives, ils firent ce que font toutes les classes sociales quand elles sont avisées et se trouvent en minorité numérique: ils appelèrent des plébéiens à partager leurs privilèges, les poussant de la sorte à les défendre aussi. Aujourd'hui, c'est la même chose. Les grands bourgeois capitalistes, très riches et peu nombreux, appellent à partager une partie de leurs privilèges économiques une petite bourgeoisie professionnelle (médecins, avocats, ingénieurs, universitaires pendus aux contrats de compagnies, petits politiciens démagogues, riches universitaires, petits politiciens démagogues, vedettes du sport et du show bizz, professeurs étroits d'esprit et conservateurs, etc.), à défendre et à promouvoir les intérêts et l'idéologie de leur groupe. Et l'affaire est dans le sac.

Sous le roi Servius Tullius, il y avait déjà plus de 2 classes . Parmi les plébéiens, il s'était formé une grosse bourgeoisie, c'est-à-dire une classe moyenne assez nombreuse et surtout très forte du point de vue financier. Lorsque le roi organisa les nouveaux comices de centuries en divisant les gens en 5 classes d'après leur patrimoine, et en donnant à la 1ère, première, celle des millionnaires, assez de voix pour battre les 4 autres, les patriciens ne furent pas du tout contents, parce qu'ils se virent subjugués en tant que puissance politique par des gens « sans naissance », c'est-à-dire sans ancêtres, mais ayant plus d'argent qu'eux. Cela était très important, car la mentalité superstitieuse de l'époque donnait à la naissance, souvent d'origine divine, une qualité de chance et de bonheur, d'où l'expression "bénie des dieux". Cependant, lorsque Tarquin le Superbe fut chassé et qu'on instaura la République, ils comprirent qu'ils ne pouvaient rester seuls contre tous les autres et eurent l'idée de prendre pour alliés ces richards qui, au fond, comme tous les bourgeois de toutes les époques, ne demandaient pas mieux que d'entrer dans l'aristocratie, c'est-à-dire au Sénat. Si les nobles français du XVIIIe siècle en avaient fait autant, ils eurent évité la guillotine. C'est là qu'on peut le mieux apprécier la souplesse pratique du noble romain qui n'était ni prétentieux ni borné. Il sut ainsi conquérir l'univers.

Ces gens riches s'appelaient, comme nous l'avons dit, « equites, » « chevaliers » sans doute parce qu'ils pouvaient jadis se payer un cheval. Ils sortaient tous du commerce et du gros artisanat, et leur grand rêve était de devenir sénateurs. Pour y parvenir, non seulement ils votaient toujours, dans les comices des centuries d'accord avec les patriciens, qui avaient en main le Sénat, mais n'hésitaient pas à dépenser leur argent quand on leur confiait un office ou une charge. En effet, les patriciens se faisaient bien payer le grand honneur qu'ils leur faisaient. Et quand ils épousaient la fille d'un chevalier, ils échangeaient une dot royale, c'est-à-dire que le père du marié payait très cher le nouvel époux pour qu'il marie sa fille. C'est tout l'inverse d'aujourd'hui où le mari paye très cher son divorce. Le jour où le chevalier réussissait enfin à devenir sénateur, il n'était pas accueilli comme pater, c'est-à-dire comme patricien, mais comme conscriptus, dans cette assemblée qui se composait de « pères et de conscrits » (patres et conscripti) .

Le peuple était donc uniquement formé de ces 2 ordres (groupe social juridiquement constitué juridique avec des privilèges): patriciens et doté de privilèges): patriciens et chevaliers. Tout le reste était plèbe, et ne comptait pas. La plèbe comprenait un peu tout: artisans, petits boutiquiers, petits employés, affranchis. Naturellement, elle n'était pas contente de sa condition. Aussi tout le 1er siècle de la nouvelle histoire de Rome fut-il rempli des luttes sociales opposant ceux qui voulaient élargir l'idée du peuple à ceux qui voulaient la limiter aux 2 aristocraties: celle du sang (l'ordre sénatorial des patriciens) et celle de l'argent (l'ordre équestre des chevaliers).et celle de l'argent.

Cette lutte commença en -494, c'est-à-dire 14 ans après la proclamation de la République, alors que Rome, attaquée de toutes parts, avait perdu tout ce qu'elle avait conquis sous les rois, et, réduite aux dimensions approximatives d'un chef-lieu de département, avait dû accepter de ne plus jouer d'autre rôle que celui de membre de la Ligue latine sur un pied d'égalité avec toutes les autres villes. Cette lutte commença en -494, c'est-à-dire quatorze ans après la proclamation de la République, alors que Rome, attaquée de toutes parts, avait perdu tout ce qu'elle avait conquis sous les rois, et, réduite aux dimensions approximatives d'un chef-lieu de département, avait dû accepter de ne plus jouer d'autre rôle que celui de membre de la Ligue latine sur un pied d'égalité avec toutes les autres villes. À la fin de cette guerre désastreuse la plèbe, qui en avait fourni les combattants, se trouva dans une situation désespérée. Beaucoup avaient perdu leur propriété, englobée dans des territoires occupés par l'ennemi. Et tous, pour faire vivre leur famille tandis qu'ils étaient sous les armes, s'étaient couverts de dettes, histoire qui n'était pas, comme à présent, de tout repos; car celui qui ne payait pas ses dettes devenait automatiquement l'esclave de son créancier, qui pouvait l'emprisonner dans sa cave, le vendre, le tuer.

S'il existait plusieurs créanciers, ils étaient même autorisés à se partager le corps de leur malheureux débiteur, après l'avoir tué. Bien qu'il ne semble pas qu'on en est jamais venu à cette extrémité, il est certain que la situation d'un débiteur était plus que désagréable, dangereuse.

Que pouvaient-ils faire, ces plébéiens, pour réclamer un peu de justice? Dans les comices des centuries, ils n'avaient pas de voix parce qu'ils appartenaient aux dernières classes, celles qui n'avaient que trop peu de centuries, c'est-à-dire trop peu de voix pour imposer leur volonté. Ils commencèrent à s'agiter dans les rues et sur les places et à faire demander par les plus débrouillards d'entre eux, ou les plus démagogues selon le point de vue, ceux qui savaient parler, l'annulation des dettes, une nouvelle répartition des terres leur permettant de remplacer leur propriété perdue et le droit d'élire des magistrats à eux.

À ces requêtes, les « ordres » et le Sénat firent la sourde oreille. Alors la plèbe, ou, tout au moins, de vastes zones de peuple commencèrent à se croiser les bras, se retirèrent sur le mont Sacré à 5 kms de la ville et dirent que, dorénavant, ils ne donneraient plus un journalier à la terre, ni un ouvrier aux industries, ni un soldat à l'armée. La grève sociale, quoi.

Cette dernière menace était la plus grave et la plus immédiate, parce que, juste à ce moment, après que Rome eut rétabli tant bien que mal la paix avec ses voisins latins et sabins, une nouvelle menace se dessinait du côté de l'Apennin du haut duquel descendaient, en quête de terres plus fertiles, les tribus barbares des Èques et des Volsques qui, déjà, submergeaient les villes de la Ligue.

Le Sénat, pris à la gorge, dépêcha ambassade sur ambassade aux plébéiens pour les décider à rentrer en ville et à collaborer à la défense commune. Pour les convaincre, Ménénius Agrippa leur conta le fameux apologue de l'homme dont les membres, pour faire échec à l'estomac, s'étaient refusés à l'alimenter, après quoi, privés de nourriture, ils avaient fini par mourir tout comme l'organe dont ils avaient voulu se venger. Mais les plébéiens s'entêtèrent. Ils répondirent qu'il n'y avait pas 2 solutions. Ou le Sénat abolissait les dettes, libérait ceux qui étaient devenus esclaves parce qu'ils n'avaient pu les payer, et permettait à la plèbe d'élire des magistrats à elle pour sa défense, ou elle restait sur le mont Sacré lors même que tous les Èques et tous les Volsques viendraient détruire Rome.

Le Sénat, un peu comme un employeur qui veut éviter la faillite devant un bon syndicat solide, finit par se rendre et acheta la paix paix. Il abolit les dettes, rendit la liberté à ceux qui étaient tombés dans l'esclavage en -490. Il abolit les dettes, rendit la liberté à ceux qui étaient tombés dans l'esclavage en raison de ces dettes, et mit la plèbe sous la protection de 2, puis de 10 2 tribuns et de 3 édiles qu'elle devait élire chaque année. Cette dernière mesure fut la 1ère première grande conquête de la plèbe romaine romaine, dont une partie était un véritable prolétariat, celle qui lui donna l'instrument légal lui permettant d'en faire d'autres dans le sens de la justice sociale. L'an -491 -494 est une année très importante dans l'histoire sociale de l'Urbs et dans celle de la démocratie. Quand le peuple se tient debout et que les riches paient ou cèdent, la guerre civile est évitée et le pays se renforce. Cependant, les Romains n'aboutirent jamais au mode électoral 1 homme = 1 vote, ce qui empêcha leur République d'être une démocratie. Ils paieront cher cette incomplétude.

Le retour des plébéiens permit de mettre sur pied une armée pour parer à la menace des Volsques et des Èques. Au cours de cette guerre, qui dura environ 60 ans et dont l'enjeu était sa vie, Rome ne fut pas seule. Le danger commun lui garda fidèles non seulement ses alliés latins et voisins, mais encore un autre peuple limitrophe, celui des Herniques. Au cours des combats qui s'engagèrent aussitôt avec un succès incertain, on raconte qu'un jeune patricien, surnommé Coriolan du nom d'une ville qu'il avait prise, se distingua. C'était un conservateur intransigeant qui ne voulait pas que le gouvernement fît une distribution de blé au peuple affamé. Les tribuns de la plèbe, crées justement cette année-là, demandèrent et obtinrent son exil en -491. élus entre-temps, demandèrent et obtinrent son exil. Coriolan passa alors à l'ennemi, se fit donner un commandement et, en brillant stratège qu'il était, conduisit ses armées de victoire en victoire jusqu'aux portes de Rome.

Les sénateurs lui envoyèrent alors, à lui aussi ambassade sur ambassade pour qu'il se désistât. En vain. Ce n'est que lorsqu'il vit venir à lui, en suppliantes, sa mère et sa femme qu'il commanda le repli à ses soldats volsques. soldats. Lesquels, pour toute réponse, le tuèrent. Mais, restés sans guide, ils furent défaits et obligés de battre en retraite. Depuis ce temps, on dit qu'il est déconseillé de mêler l'amour et les affaires.

Tandis qu'ils se repliaient, voici qu'apparurent les Èques qui venaient de mettre à sac Frascati. Ils parvinrent à couper les liaisons des Romains et de leurs alliés. Le danger devint tellement grave que le Sénat dut accorder titre et pouvoirs de dictateur à T. Quinctus Cincinnatus qui se mit à la tête d'une nouvelle armée, délivra les légions encerclées et les conduisit en -417 à une victoire définitive. Après quoi, renonçant au commandement qu'il n'avait exercé que pendant 16 seize jours, il retourna labourer la terre d'ou il était venu. Voilà l'idéal de l'homme républicain: ferme dans l'adversité, modeste dans les honneurs, docile devant la loi.

Mais avant cette heureuse conclusion, une nouvelle guerre avait été engagée au nord par la cité étrusque de Véies qui ne voulait pas manquer une occasion aussi favorable d'abattre définitivement Rome. Elle lui avait déjà fait subir bon nombre d'avanies, tandis que celle-ci était occupée à se défendre contre les Èques et contre les Volsques. Rome avait tout avalé « à l'anglaise », c'est-à-dire comme la mule du pape. Dès qu'elle eut les mains libres, elle s'employa à régler les comptes. Ce fut une dure guerre, et qui nécessita, elle aussi, à un certain moment, la nomination d'un dictateur. La dictature était une magistrature régulière pour des circonstances exceptionnelles. Au Canda, le premier ministre met en force la loi « des mesures de guerre », et s'arroge ainsi un pouvoir et une liberté d'action comparables, comme P.E.Trudeau les obtint en octobre 1970. À Rome, la dictature devait durer que 6 mois et les autres magistrats lui devaient obéissance. Le dictateur est omnipotent, indépendant et irresponsable. Ce dictateur, choisi par un consul sur décision du Sénat, fut Marcus Furius Camillus, grand soldat et, par-dessus tout, parfait honnête homme qui introduisit dans l'armée une nouveauté: Ce dictateur fut Marcus Furius Camillus, grand soldat et, par-dessus tout, parfait honnête homme qui introduisit dans l'armée une nouveauté: le stipendium, c'est-à-dire la solde. Jusqu'alors, les soldats avaient dû servir gratis, pour se défendre; s'ils étaient mariés leur famille restée au pays mourait de faim. C'était un beau prétexte, parce qu'avant c'est curieux, elle ne mourait pas de faim. Camille en bon politicien trouva la chose injuste et y porta remède. La troupe, satisfaite, redoubla de zèle, conquit Véies d'un seul élan, la détruisit méticuleusement et déporta tous ses habitants dont elle fit des esclaves. La machine de guerre romaine décuplait par les gains de la conquête pour payer les soldats pour la faire, qui la feraient pour la solde, qui...

Cette grande victoire et le châtiment exemplaire qui la suivit comblèrent d'orgueil les Romains, quadruplèrent leurs territoires en les portant à 2000 km² et les remplirent de méfiance et de jalousie à l'endroit de celui qui leur avait donné ces avantages. Tandis que Camille continuait à conquérir ville sur ville en Étrurie, à Rome on commença à dire que c'était un ambitieux et que c'était lui qui empochait le butin pris aux peuples vaincus, au lieu de le remettre au Sénat. Camille en fut tellement aigri qu'il renonça au commandement et, plutôt que de rentrer dans son pays pour se disculper préféra s'exiler volontairement à Ardéa. Il craignait la politique ou la justice..?

Il y serait peut-être mort en ne laissant qu'un nom sali par la calomnie si les ingrats Romains n'eussent eu à nouveau besoin de lui. Il leur fallait échapper aux Gaulois, qui constituèrent le dernier et le plus grave danger dont ils aient eu à se défendre avant de commencer leurs grandes conquêtes. Les Gaulois étaient un peuple barbare, venu de France... (seul un historien italien peut écrire une phrase pareille!) , et qui avait déjà submergé la plaine du Pô, merveilleux fleuve du Nord de l'Italie. Ils partagèrent ce fertile territoire entre leurs tribus: les Insubres, les Boïes, les Cénomanes, les Sénonais. Mais l'une de ces tribus, sous les ordres de Brennus, avança vers le sud, conquit Chiusi, bouscula les légions romaines sur le fleuve Allia, et marcha sur Rome.

Les historiens qui l'ont raconté après coup ont entouré de nombreuses légendes cet épisode qui dut être pour l'Urbs, infiniment pénible. Ils prétendent qu'alors que les Gaulois se préparaient à escalader le Capitole, les oies consacrées à Junon commencèrent à pousser des clameurs, réveillant de la sorte Manlius Capitolinus qui, il la tête des défenseurs de la ville, repoussa l'attaque. C'est possible. N'empêche que des Gaulois en -390 pénétrèrent dans le Capitole comme dans tout le reste de la ville dont la population s'était enfuie en masse pour se réfugier sur les montagnes avoisinantes. Ils racontent aussi que les sénateurs, eux, étaient restés au complet, solennellement assis sur les grossiers tabourets de bois de leur curie; et qu'un d'entre eux, Papirius, sentant un Gaulois tirer par dérision sur sa barbe qu'il supposait peut-être fausse, lui assena en pleine figure un coup de son sceptre d'ivoire. Les sénateurs, par leur grand sang-froid devant la mort probable, en retirèrent un grand prestige. Ils racontent enfin que Brennus, après avoir mis le feu partout dans Rome, demanda, pour prix de son départ, je ne sais combien de kilos d'or en imposant, pour les peser, une balance fausse et que les sénateurs ayant protesté, Brennus ajouta son glaive en surcharge dans le plateau de la balance en prononçant la phrase fameuse: « Vae victis! » qui veut dire « Malheur aux vaincus! » À quoi Camille réapparaissant par miracle, aurait répondu: « C'est par le fer qu'on rachète la patrie, non par de l'or », se serait remis à la tête d'une armée --dont on ne comprend guère où il avait bien pu la tenir cachée jusqu'à ce moment -- et aurait mis l'ennemi en fuite 3 ans plus tard sans manquer de reprendre le fameux butin. pénétrèrent dans le Capitole comme dans tout le reste de la ville dont la population s'était enfuie en masse pour se réfugier sur les montagnes avoisinantes. Ils racontent aussi que les sénateurs, eux, étaient restés au complet, solennellement assis sur les grossiers tabourets de bois de leur curie; et qu'un d'entre eux, Papirius, sentant un Gaulois tirer par dérision sur sa barbe qu'il supposait peut-être fausse, lui assena en pleine figure un coup de son sceptre d'ivoire. Les sénateurs, par leur grand sang-froid devant la mort probable, en retirèrent un grand prestige. Ils racontent enfin que Brennus, après avoir mis le feu partout dans Rome, demanda, pour prix de son départ, je ne sais combien de kilos d'or en imposant, pour les peser, une balance fausse et que les sénateurs ayant protesté, Brennus ajouta son glaive en surcharge dans le plateau de la balance en prononçant la phrase fameuse: « Vae victis! » qui veut dire « Malheur aux vaincus! » À quoi Camille réapparaissant par miracle, aurait répondu: « C'est par le fer qu'on rachète la patrie, non par de l'or », se serait remis à la tête d'une armée --dont on ne comprend guère où il avait bien pu la tenir cachée jusqu'à ce moment -- et aurait mis l'ennemi en fuite.

La vérité, c'est que les Gaulois prirent Rome, la saccagèrent et ne s'en allèrent pas talonnés par les légions, mais chargés d'argent. C'étaient de robustes et grossiers pillards qui ne suivaient, dans leurs conquêtes, aucune ligne politique et stratégique. Ils attaquaient, pillaient, et se retiraient sans se soucier le moins du monde du lendemain. C'est la différence entre Rome et la plupart des peuples des alentours. Ils avaient en tête, presque programmé dans leur tempérament, un empire, moins à conquérir, qu'à construire. Si les Gaulois avaient pu imaginer la vengeance que Rome allait tirer de cette humiliation, ils n'y eussent pas laissé subsister pierre sur pierre. En fait ils la dévastèrent, mais sans la détruire. Et ils rebroussèrent chemin vers l'Émilie et vers la Lombardie, permettant ainsi à Camille qu'on avait rappelé d'urgence d'Ardéa, de réparer le mal. Il est probable qu'il n'y eut pas la moindre escarmouche entre lui et les Gaulois. Ils étaient déjà partis quand Camille arriva, oublia ses rancunes, reprit son titre de dictateur, retroussa ses manches et se mit à reconstituer et la ville et l'armée.

Ceux-là mêmes qui l'avaient traité d'ambitieux et de voleur l'appelèrent alors « le second fondateur de Rome». Quelle différence entre lui et Alcibiade!Rome ». Quelle différence entre lui et Alcibiade!

Mais pendant que tous ces événements avaient lieu à l'extérieur, à l'intérieur l'Urbs franchit une étape importante en -451 avec la « Loi des 12 Tables ».avec la « Loi des douze Tables ».

Ce fut un succès des plébéiens. Depuis que ceux-ci étaient revenus, ils n'avaient cessé de réclamer que les lois cessassent d'être le monopole du Collège des Pontifes, une sorte d'Église d'État --laquelle était le monopole des patriciens-- mais fussent rendues publiques afin que chacun connût ses devoirs et les peines auxquelles il s'exposait en cas d'infraction. Le Collège des Pontifes était une sorte d'Église d'État monopolisée par les patriciens. Jusqu'alors, les normes selon lesquelles le magistrat jugeait étaient secrètes, rassemblées dans des textes que les prêtres gardaient jalousement. En plus elles étaient mêlées de rites religieux qui sont toujours fondés sur des raisons discutables qu'on refuse de discuter, au moyen desquels on prétendait sonder la volonté des dieux. Si le dieu était de bonne humeur, un assassin pouvait s'en tirer, si le dieu était d'humeur noire, un pauvre maraudeur de poulets pouvait finir décapité avant même d'avoir fini de manger son poulet. Comme ceux qui interprétaient la volonté des dieux, prêtres et magistrats, étaient des patriciens, les plébéiens se sentaient sans défense.

Sous la pression du danger extérieur: des Volsques, des Èques, des Véiens, des Gaulois et devant la menace d'une seconde sécession sur le mont Sacré, après bien des résistances le Sénat se rendit; il envoya en Grèce 3 de ses membres étudier ce qu'avait fait Solon dans ce domaine. Quand les envoyés revinrent, il nomma une commission de 10 législateurs qu'on appela en raison de leur nombre les décemvirs (decem = dix; vir = homme). Présidés par Appius Claudius Sabinus de -451 à -449, Claudius, ils rédigèrent le code des Douze Tables, qui constitua la base, écrite et publique, du droit romain.

Cette grande conquête de -451 correspond à peu près au 300e anniversaire de la fondation de l'Urbs.

Cette grande conquête porte la date de l'an -451 date qui correspond à peu près au 300e anniversaire de la fondation de l'Urbs.

Mais les choses ne se passèrent pas tout simplement. Car les pleins pouvoirs conférés par le Sénat aux décemvirs avaient fait tant de plaisir à ceux-ci qu'à la fin de la seconde année, lorsqu'il leur fallut les abandonner, ils refusèrent de les rendre à l'organe qui les leur avait donnés. On raconte que ce fut la faute d'Appius Claudius, qui voulut continuer de les exercer pour réduire en esclavage une belle et appétissante plébéienne, Virginia, dont il ne pouvait vaincre la résistance. Le père de la jeune fille, Lucius Virginius, éleva une tonitruante protestation, car il arrive souvent que les pères sont amoureux de leur fille et les mères de leur garçon. Et comme Appius ne voulait rien savoir, plutôt que de laisser sa fille au pouvoir de ce triste sire, il la poignarda, ce qui prouve bien qu'il était amoureux, si on accepte bien sûr l'idée que les jaloux sont des amoureux tordus. Et comme Appius ne voulait rien savoir, plutôt que de laisser sa fille au pouvoir de ce triste sire, il la poignarda, ce qui prouve bien qu'il était amoureux, si on accepte bien sûr que les jaloux sont des amoureux tordus. Après quoi, comme l'avait déjà fait Collatin après l'histoire de Lucrèce, il courut à la caserne, raconta aux soldats ce qui s'était passé, et les exhorta à se soulever contre le despote. La plèbe, indignée. se retira encore une fois sur le mont Sacré (maintenant, elle en connaissait le chemin), et l'armée menaça de la suivre. Le Sénat, réuni d'urgence, dit aux décemvirs (et non sans une profonde satisfaction, probablement) qu'il ne pouvait les maintenir en charge. Ils furent donc démissionnés d'office, Appius Claudius fut banni, et le pouvoir exécutif fut rendu aux consuls.

Ce n'était pas encore le triomphe complet de la République qui n'aura lieu qu'un siècle plus tard, avec les lois de Sextius Latéranus et surtout Licinius Stolon qui en -367 ouvrira le consulat aux plébéiens. Ce n'était pas encore le triomphe complet de la République qui n'aura lieu qu'un siècle plus tard, avec les lois de Sextius Latéranus et Licinius Stolon. Mais c'était déjà un grand pas en avant. Le P. de ces initiales S.P.Q.R. commençait d'être le peuple, tel que nous le comprenons aujourd'hui. Les gens, les grandes familles patriciennes, s'opposaient à la naissance de l'État, qui faisait régresser le pouvoir privé familial au profit du pouvoir public nouveau, car ce dernier ouvrait, à terme, le pouvoir aux plébéiens. D'abord, il fallait les formules sacrées des procédures pour utiliser les 12 Tables. Un autre Appius Claudius, dit Caecus (l'Aveugle), les donna au peuple. Cet Appius Claudius était un patricien remarquable et éclairé. Deux fois consul, dictateur, censeur en -312, on le disait pythagoricien, il mena une politique favorable aux affranchis et aux plébéiens qu'il fit rentrer au Sénat. En plus, il rendit plus équitable et plus efficace leur droit de vote aux assemblées centuriates. Mais son oeuvre de démocratisation, que reprendront les Gracques, demeure inachevée. Cette République ne sera jamais une démocratie qui est la totale égalité de droits politiques entre les citoyens par le mode électoral 1 homme = 1 vote. Ensuite, l'initiative de la loi revenait au magistrat (consul, tribun ou préteur) qui dès -339 devait recevoir l'assentiment du Sénat. Les comices centuriates, puis tributes, étaient les véritables assemblées législatives. Avant le vote, le projet de loi était publié par affiches 1 mois à l'avance et pouvait être discuté, voire modifié, voire retiré si le magistrat ne convoque pas --c'est l'obnonciation-- les comices pour mauvais présage envoyé par les dieux . La loi votée, par classes et non par la somme des votes individuels, est affichée au forum et conservée aux archives par les questeurs. Toute loi comprend un préambule, le texte principal et les sanctions prévues. Une loi peut annuler ou non un acte illégal, punir ou non le contrevenant, insérer ou non une sanction. Une loi porte le nom du magistrat qui l'introduit, n'est jamais rétroactive, ni abrogeable en principe. Cependant, le Sénat peut abroger une loi votée en période de troubles. commençait d'être le peuple, tel que nous le comprenons aujourd'hui.

Mais au sein des comices centuriates on continuait de pratiquer ce droit de vote par classes (5 classes totalisant 193 centuries) établies d'après le système servien. On votait successivement par classe, en commençant par la 1ère classe (équestre), puis la 2e, ainsi de suite jusqu'à la 5e. La majorité qui se dégageait dans la centurie engageait toute la centurie. On était donc élu non par la majorité universelle de voix, mais par la majorité de 193 centuries, soit 97. Le magistrat en charge de l'élection arrêtait la votation dès que la majorité de 97 voix ou centuries était assurée, c'est-à-dire dès qu'un candidat avait fait voter pour lui 97 centuries. Dans les comices tributes, c'était la même chose tordue. Chacune de 35 tribus dispose d'une voix. Le résultat n'était donc pas décidé par la majorité des citoyens, mais la majorité des sections (curies, centuries, ou tribus). Pire encore, les 4 tribus urbaines sont les plus peuplées et les riches, privilégiés et gens de la classe moyenne occupent les 31 tribus rustiques. Les clients votaient non où ils habitaient mais selon les voeux de leur patron. Plus tard tout dégénéra. Des hommes de main filtraient les entrées des votants ou pouvaient les intimider lors de la votation. Les censeurs chargés de la liste des tribus tripotaient la qualité des votants. Des gorilles accompagnaient les candidats, mal protégés par les autorités légales. Des hommes de main, voire des troupes, vinrent influencer le vote.

La République romaine, c'était un mélange de royauté partagée (par les 2 consuls), d'aristocratie ploutocratique (par le Sénat), et de démocratie défectueuse (par les Comices).

Chapitre VII

Cette République ne sera jamais pour autant une démocratie qui est la totale égalité de droits politiques entre les citoyens. La République romaine, c'était un mélange de royauté partagée (par les 2 consuls), d'aristocratie (par le Sénat), et de démocratie (par les Comices).

Chapitre VII

PYRRHUS

De l'humiliation qu'elle avait reçue des Gaulois et des convulsions de la lutte intestine des patriciens et des plébéiens, Rome sortit avec 2 gros atouts en main: la suprématie au sein de la Ligue, car ses rivales latines et sabines, beaucoup plus dévastées qu'elle, n'avaient pas trouvé de Camille pour se reconstruire, et un ordre social mieux équilibré garantissant une trêve entre les classes. Si bien qu'à peine éclaircies les fumées de l'incendie laissé derrière lui par Brennus dans sa retraite vers le nord, l'Urbs, I'Urbs, toute neuve, équipée de façon plus récente se mit à regarder autour d'elle en quête de butin.

Parmi les terres limitrophes, la Campanie était la plus riche et la plus fertile. Elle était habitée par des Samnites, dont une partie étaient restés dans les montagnes des Abruzzes d'où le froid et la faim les chassaient souvent: alors ils descendaient ravager les troupeaux et les récoltes de leurs confrères de la plaine. C'est sous la menace d'une de ces incursions que les Samnites de Capoue demandèrent aide et protection à Rome, qui les leur accorda de bon coeur; en effet, c'était la meilleure façon de couper définitivement ce peuple en 2 et de mettre le nez dans ses affaires intérieures. Ainsi commença la 1ère des 3 guerres samnites, celle qui opposa Rome aux Samnites des Abruzzes; dans l'ensemble ces 3 guerres devaient durer une cinquantaine d'années.

Cette 1ère première guerre ne dura pas longtemps: de -343 à -341. l'an -343 à -341. Certains disent qu'elle n'eut même pas lieu, parce que les populations des Abruzzes ne se montrèrent pas, et parce que les Romains n'eurent pas le courage d'aller les débusquer de leurs montagnes. Elle eut pourtant une conséquence: la « protection » de Rome sur Capoue. Capoue se sentit tellement protéger qu'elle invita les Latins à constituer un front unique contre leur protectrice commune. Les Latins l'écoutèrent, et Rome, d'alliés qu'ils étaient, les trouva brusquement ennemis. Avec les Latins, les choses étaient pourtant calmes depuis un petit bout de temps. Le traité de -493 avaient fait des des Romains et des Latins des peuples égaux. Les Latins avaient droit de mariage avec les Romains, celui d'acquérir des biens, de voter à Rome, devenir citoyen romain s'ils s'installaient à Rome, mais ils étaient exclus des légions et des magistratures. Ces limitations les frustraient et allaient enclencher leur révolte prochaine en -340-338. Ce fut un vilain moment: pour triompher des difficultés qu'il présentait, il fallut de nouveaux épisodes héroïques. C'est ainsi que, pour donner un exemple de discipline, le consul Titus Manlius Torquatus condamna son propre fils à mort parce que celui-ci, enfreignant l'ordre reçu de ne pas bouger était sorti des rangs pour répondre à l'outrage d'un officier latin. Et que son collègue Publius Décius Mus, quand les augures (prêtres interprètes de la volonté des dieux) lui dirent que, seul, le sacrifice de sa vie sauverait sa patrie, s'avança isolement au-devant de l'ennemi, heureux de se faire tuer.tuer

Que ces épisodes soient vrais ou qu'ils soient inventés, Rome triompha et dissocia en -338 la Ligue latine qui l'avait trahie. Que ces épisodes soient vrais ou qu'ils soient inventés, Rome triompha et dissocia la Ligue latine qui l'avait trahie. C'est ainsi que prit fin la politique « fédéraliste » qu'elle avait pratiquée jusqu'alors et que commença la politique « unitaire », la politique du bloc unique. Rome donna aux différentes villes qui avaient composé la Ligue des formes différentes d'autonomie, de manière à empêcher une communauté d'intérêts entre elles. C'était la politique de « divide et impera » (Diviser pour régner) qui faisait son apparition. Entre les villes sujettes, il ne devait point exister de rapports politiques, au sens de liens de communauté à communauté. Chacune d'elles n'en conservait qu'avec l'Urbs. On expédia en Campanie des colons, qui reçurent en cadeau des terres conquises et constituèrent l'avant-garde de Rome dans le Sud. L'Empire naissait.

La 2e guerre samnite commença, sans aucun prétexte, une quinzaine d'années plus tard, en -327. en--327. Les Romains, que la guerre précédente avait amenés aux portes de Naples, capitale des colonies grecques jetèrent les yeux sur elle; ils furent frappés par ses longs murs helléniques, ses gymnases, ses théâtres, ses commerces, sa vie intense. Et, un beau jour, ils l'occupèrent.

Les Samnites, tant ceux de la plaine que ceux de la montagne, comprenant que, si on laissait agir ces gens-là, ils allaient dévorer toute l'Italie, firent la paix entre eux, et attaquèrent par-derrière les légions qui avaient avancé si loin dans le Sud. Tout d'abord, leur armée, faite plutôt de guérilleros que de soldats, se fit battre. Ensuite, comme elle connaissait le terrain mieux que les Romains, elle attira ceux-ci dans les gorges de Caudium, près de Bénévent et les y enserra. Après des tentatives aussi vaines que répétées de se soustraire à l'encerclement, les 2 consuls durent capituler, et subir l'humiliation de passer sous le joug des lances samnites; ce furent, en -321, les fameuses « fourches caudines ». Un joug, c'est le carcan qu'on passe au cou d'un boeuf de trait. Les Samnites plantèrent 2 lances qui en portait une 3e, et sous laquelle on fit passer tous les Romains vaincus. Ce rituel humiliant, très publicitaire, alla droit au coeur de la fierté romaine, qui ne l'oublia jamais.furent les fameuses « fourches caudines ».

Rome fit comme d'habitude: elle encaissa, mais ne demanda pas la paix. Profitant de cette expérience, elle réorganisa ses légions de manière à ne plus les exposer à de semblables mésaventures, et à les rendre plus légères et plus maniables. Puis, en -311, elle reprit la lutte. Une fois de plus, elle se trouva en danger, quand les Étrusques au nord et les Herniques au sud-est s'efforcèrent de l'attaquer par surprise. Elle les battit séparément. Après quoi, elle tourna toutes ses forces contre les Samnites isolés et s'empara de leur capitale, Bovianum, en -304. Pour la 1ère première fois ses légions traversèrent les Apennins et atteignirent le littoral adriatique des Pouilles.

Ces succès causèrent de graves préoccupations aux autres peuples de la péninsule. La crainte leur donna le courage de se coaliser pour défier Rome. Cette fois-ci, ce ne furent pas seulement Les Étrusques qui s'unirent aux Samnites, mais les Lucaniens, les Ombres et les Sabins décidés à défendre, en même temps que leur indépendance, leur anarchie. Ils réunirent une armée qui attaqua les Romains à Sentinum dans l'Apennin ombrien. Ils étaient supérieurs en nombre, mais les généraux qui commandaient les différents contingents tirant chacun la couverture à soi, ils furent naturellement battus. Décius Mus, fils du consul qui s'était volontairement sacrifié pour sa patrie au cours de la campagne précédente, répéta le geste de son père, fixant héroïquement dans l'Histoire le nom de sa famille. C'était çà, le fondement de l'éthique romaine: courage et gloire.

Les historiens modernes soutiennent que, si Rome affronta ce cycle de guerres, c'est qu'elle avait en vue un objectif stratégique précis : l'Adriatique. Nous, nous croyons que ses légions se sont trouvées sur l'Adriatique sans savoir ni comment ni pourquoi, à la poursuite de leur ennemi en fuite. Les Romains de l'époque n'avaient pas de cartes géographiques: ils ignoraient que l'Italie constituait ce qu'on appellerait aujourd'hui « une unité naturelle géopolitique », qu'elle avait la forme d'une botte, que, pour la tenir en main, il fallait dominer les mers. Ils pratiquaient tout simplement, sans en connaître et sans en formuler la théorie, le principe du « Lebensraum », de « l'espace vital », si cher aux nazis de notre époque, selon lequel, pour vivre et respirer, un peuple a besoin d'annexer les territoires contigus de ses voisins. C'est ainsi que pour protéger la sécurité de Capoue, ils conquirent Naples; pour garantir la sécurité de Naples, ils conquirent Bénévent. Jusqu'à ce qu'ils arrivassent à Tarente, où ils s'arrêtèrent, parce qu'au-delà il n'y avait plus que la mer.

Tarente, en ce temps-là, était une grande métropole grecque, et qui a fait de grands progrès, particulièrement dans le domaine de l'industrie, du commerce et de l'art, sous la direction d'Archytas, un des plus grands hommes d'État de l'Antiquité, moitié philosophe, moitié ingénieur. Ce n'était pas une ville belliqueuse. En -303, elle avait sollicité et obtenu de l'Urbs la promesse que les navires romains ne dépasseraient jamais le cap des Colonnes, c'est-à-dire que les Romains la laisseraient, en paix du côté de la mer, sûrs qu'ils étaient que, par voie de terre, ils n'arriveraient jamais jusqu'à eux. Et ce fut précisément du côté de la terre qu'elle les vit s'abattre sur elle.

Le prétexte de la guerre fut offert à Rome, comme d'habitude, par une demande de protection que les habitants de Thurium, menacés par les Lucaniens, lui adressèrent. Rome, comme toujours, accueillit aussitôt cette requête et envoya une garnison défendre Thurium. Mais par voie de mer; sans doute tout exprès pour chercher querelle à Tarente, parce que, pour arriver à Thurium, les navires durent dépasser le cap des Colonnes. Les Tarentins fermèrent les yeux sur cette infraction aux traités. Mais quand les 10 trirèmes de Rome prétendirent s'ancrer dans leur port, ils considérèrent la chose comme une provocation, les attaquèrent et en coulèrent 4.

Une fois le geste accompli, ils se rendirent compte que c'était un geste entraînant la guerre et que s'ils ne recevaient pas de l'extérieur quelque aide puissante, cette guerre ne pouvait finir que très mal pour eux. Mais quelle aide? En Italie, il ne restait plus un seul État capable de s'opposer à Rome Alors ils allèrent demander secours à l'étranger, inaugurant des moeurs qui subsistent encore en Italie. Ils trouvèrent cette aide de l'autre côte de la mer, en la personne de Pyrrhus, roi d'Épire.

Pyrrhus était un curieux personnage qui, s'il se fût contenté de son petit royaume montagnard, eût pu vivre longtemps bien à son aise. Mais il avait lu dans l'Iliade les exploits d'Achille; il avait dans les veines du sang macédonien: le sang d'Alexandre. Tout concourait à faire de lui un personnage très proche des condottieri italiens du XVe siècle. C'était, en somme, comme on dirait aujourd'hui, « un type toujours prêt à casser la gueule à quelqu'un ». C'est ainsi que les historiens latins dont nous tenons ces traits dépeignaient les nationalistes qui s'opposaient à leurs conquêtes. Toujours est-il que, l'occasion faisant le larron, celle que lui offraient les Tarentins était de taille et il la saisit au vol. Il embarqua toute son armée sur leurs navires et affronta les Romains à Héraclée.

Les Romains se trouvèrent pour la 1ère fois face à face avec une nouvelle arme dont ils n'imaginaient pas l'existence et qui leur fit autant d'impression que sur les Allemands les premiers chars d'assaut anglais dans les Flandres en 1916: Les Romains se trouvèrent pour la première fois face à face avec une nouvelle arme dont ils n'imaginaient pas l'existence et qui leur fit autant d'impression que sur les Allemands les premiers chars d'assaut anglais dans les Flandres en 1916: les éléphants. Tout d'abord, ils les prirent pour des boeufs, sans doute à cause de leur barrissement qui partage quelques notes avec le beuglement...; c'est ainsi qu'ils les appelèrent: « les boeufs lucaniens » . Mais en les voyant lancer sur eux ils furent terrifiés et perdirent la bataille, tout en infligeant à leur ennemi des pertes suffisantes pour lui ôter toute satisfaction de sa victoire. C'est depuis lors qu'on appelle « victoires à la Pyrrhus » les victoires qui coûtent trop cher.

Le roi d'Épire bissa son numéro l'année suivante (-279) à Asculum en Apulie. Mais là encore ses pertes furent telles qu'en voyant le champ de bataille couvert de morts, il fut saisi de la même épouvante qui devait prendre 2 millénaires plus tard Napoléon III à la vue du champ de bataille de Solférino. Il envoya à Rome son secrétaire Cinéas faire des propositions de paix en lui donnant pour compagnons 2000 prisonniers romains qui avaient pris l'engagement de revenir si la paix n'était pas conclue. On dit que le Sénat fut sur le point d'accepter ces offres quand le censeur Appius Claudius l'Aveugle demanda la parole et fit noter à l'assemblée qu'il n'était pas digne de traiter avec un étranger tant que l'armée des envahisseurs bivouaquait encore en Italie.

Nous ne croyons pas que le fait soit vrai, parce qu'à cette époque l'Italie, pour Rome, c'était exclusivement Rome. Il n'en est pas moins certain que le Sénat repoussa ces propositions de paix et que Cinéas, revenant avec les 2000 prisonniers dont aucun n'avait manqué à sa parole, fit à Pyrrhus un tel compte rendu de ce qu'il avait vu à Rome que le roi d'Épire préféra abandonner l'entreprise pour écouter une invite des Syracusains à venir les délivrer des Carthaginois. Il fit donc voile vers la Sicile. Mais là non plus les choses n'allèrent pas bien pour lui; car les cités grecques qu'il était venu défendre n'arrivèrent jamais à se mettre d'accord et à lui fournir les contingents promis. Découragé, Pyrrhus traversa de nouveau le détroit pour prêter main forte à Tarente que les légions romaines étaient en train d'attaquer. Mais, cette fois les légions avaient pris l'habitude des éléphants et ne se laissèrent pas épouvanter. Pyrrhus fut battu à Malévent que les Romains, à cette occasion, renommèrent Bénévent en -275. Décidément, l'Italie ne lui portait pas bonheur. Rempli d'amertume, il rentra dans sa patrie, s'en fut chercher une revanche en Grèce, mais n'y trouva que la mort.

Il s'était écoulé exactement 70 ans (-343 à -273) depuis que Rome, après s'être rétablie tant bien que mal à l'intérieur après l'ébranlement consécutif à la chute de la monarchie et la lutte qu'il lui avait fallu soutenir pour vivre, s'était mise sur le pied des vraies conquêtes. Et voilà qu'elle était devenue l'arbitre de toute la péninsule, depuis l'Apennin toscan et émilien jusqu'au détroit de Messine. L'un après l'autre, les domaines de tous les petits potentats dont la péninsule était constellée tombèrent entre ses mains, y compris ceux de la Grande Grèce continentale, restés sans défenseurs après la mort de Pyrrhus. Tarente se rendit en -272, Reggio en -270. Mais après son expérience de la Ligue latine, Rome avait compris qu'il ne fallait pas se fier à des «protégés », à des « alliés par force ». C'est un peu à cause de cela et un peu parce qu'ils y étaient poussés par la pression démographique de l'Urbs, que les Romains commencèrent une véritable romanisation de l'Italie au moyen des « colonies », moyen qu'ils avaient déjà employé après la 1ère première guerre samnite. Les terres ennemies étaient confisquées et distribuées à des citoyens romains dépourvus de propriétés, en particulier pour récompenser ce qu'on appellerait aujourd'hui des « mérites de guerre ». C'était surtout à des vétérans qu'on assignait ces terres, c'est-à-dire à des gens sûrs qui n'hésiteraient pas à cogner pour se défendre et défendre Rome. Naturellement, les indigènes ou les gens de la région colonisée les accueillaient sans sympathie, comme des voleurs et comme des oppresseurs. C'est sur le nom d'un d'entre eux, Capho, caporal dans l'armée de César, qu'ils forgèrent plus tard le mot « cafone », expression méprisante indiquant un homme fruste et vulgaire. Les Québécois usent des mots « colon » et « habitant » pour exprimer la même chose qui, dans leur cas, qui dans leur cas illustre le mépris qu'ils ont de leur origine paysanne. Et l'usage, qui naquit alors, de la « pernacchia » imitation d'un pet fait avec la bouche, bruit dérisoire et irrespectueux par lequel les peuples vaincus saluaient les Romains pénétrant dans leurs villes, et qui semble avoir été pris par eux, tout d'abord, pour un salut de bienvenue!, bienvenue, fut inspiré par cette hostilité. Aujourd'hui, les gens tendent le bras et le frappent de l'autre pour le replier d'un coup sec... Autre temps, autre signe, mais les sentiments sont toujours les mêmes.

Naturellement, on ne saurait espérer augmenter un territoire de manière à le faire passer de 500 à 25,000 km² --comme --comme le fit Rome au cours de cette période-- sans écraser les période -- sans écraser les pieds à personne. Mais, par compensation, toute l'Italie centrale et toute l'Italie méridionale se mirent à ne plus parler qu'une seule langue et à penser en termes non plus de village et de tribu mais de peuples devenant un seul peuple, l'Urbs devenant l'Orbis.

Les colonies sont soit romaines, latines ou de vétérans. Elles ont pour but d'assurer la domination romaine sur les régions nouvellement conquises. On y envoie 300 citoyens romains, avec plein droit et privilège d'exemption d'impôt. Les colonies sont des images de la grande Rome, et elles reproduisent en terre conquise ses institutions et son style de vie. Elles sont donc à l'origine un instrument de romanisation pour ces populations qui seront soumises, fédérées, ou assimilées, et une étape vers l'acquisition pour tous les sujets de l'empire du droit de cité romain.

Dans le même temps qu'avaient lieu ces guerres longues et sanguinaires, et sous leur pression, les plébéiens atteignaient les uns après les autres tous leurs objectifs. D'abord en -449, leur plébiscite (leur vote en assemblée) fut reconnu comme loi s'il était ratifié par le Sénat. Puis en -339, si elle avait reçue son approbation préalable. Finalement en -287, par la loi Hortensia ainsi nommée du nom du dictateur qui l'imposa, le plébiscite devenait automatiquement une loi, d'origine plébéienne, sans qu'il fût besoin de la faire ratifier par le Sénat. Jusqu'au dernier, qui était fondamental comme les autres, garanti par la loi Hortensia ainsi nommée du nom du dictateur qui l'imposa: celle selon laquelle un plébiscite devenait automatiquement une loi sans qu'il fût besoin de le faire ratifier par le Sénat. Depuis que la « loi Canuleia » avait aboli, tout au moins sur le papier en -445, l'ancienne interdiction du mariage entre patriciens et plébéiens, ces derniers n'étaient plus, légalement, exclus d'aucun droit, d'aucune magistrature. Et comme la préture qui leur était librement ouverte donnait, à celui qui l'avait exercée, libre entrée au Sénat, même cette citadelle de l'aristocratie leur fut accessible, bien qu'avec mille précautions et limitations.

Tout cela ne fut atteint qu'après une infinité de luttes qui mirent en danger, à différentes reprises l'existence de l'Urbs. Mais le fait que, tant bien que mal, on y soit arrivé, montre bien que, pour conservatrices que fussent les classes supérieures de Rome, elles n'étaient pas le moins du monde dépourvues d'intelligence. Elles savaient plier juste avant la cassure, ce qui est la qualité suprême en politique. Elles ne rougissaient pas de défendre ouvertement leurs intérêts de quasi-caste et n'affectaient pas de flirter avec les « gauches » comme le font tant de chefs d'État conservateurs et d'industriels capitalistes d'aujourd'hui. Mais elles payaient leurs impôts au moins celles-là, étaient tenues au service militaire de 17 à 46 ans, dont 10 ans très actif, mouraient à la tête des soldats. Et, quand il s'agissait de choisir entre leurs privilèges et l'intérêt de la patrie, elles n'hésitaient pas à choisir celui de la patrie. C'est pour cela que, même ayant accepté le complet alignement de leurs droits avec les plébéiens, elles restèrent au pouvoir, comme arrive à le faire, aujourd'hui encore, au sein de notre monde libéral les bourgeois capitalistes qui créèrent l'État-Providence pour éviter de perdre le pouvoir ou subir des guerres sociales qui font la ruine des États. Aujourd'hui comme hier, on se renforce en acceptant en partie le contraire de ce qu'on est.

Dans la période de repos qu'elle s'accorda après sa victoire sur Pyrrhus, et qui lui permit de digérer son énorme festin, Rome donna les dernières retouches à cet équilibre intérieur et organisa ce gros morceau de péninsule dont elle était devenue la maîtresse. La via Appia, qu'Appius Claudius avait déjà fait construire pour unir Rome à Capoue, fut prolongée jusqu'à Brindes et Tarente. C'est le long de cette voie qu'avec les soldats on achemina également les colons qu'on envoyait romaniser Bénévent, Isernia, Brindes, Fermo, Adria et tant d'autres villes. Appius Claudius, célèbre censeur de -312, épris d'hellénisme, voire de pythagorisme, construisit l'aqueduc Aqua Appia, long de 16,5 km pour amener l'eau à Rome. Il fit aussi une politique favorable aux affranchis et aux plébéiens qu'il fit rentrer au Sénat. Rome, par contre, ne reconnut aux vaincus d'Italie que bien peu d'autonomie et en respecta moins encore: elle fut la 1ère et la principale responsable de l'absence, en Italie, de ces libertés communales et cantonales qui se développèrent si vigoureusement dans le monde germanique. Rome ne reconnut aux vaincus que bien peu d'autonomie et en respecta moins encore: elle fut la première et la principale responsable de l'absence, en Italie, de ces libertés communales et cantonales qui se développèrent si vigoureusement dans le monde germanique. En revanche, elle porta à sa plus haute expression l'idée de l'État en tant qu'entité distincte de l'individu, même royal: pratiquement, on peut dire que c'est elle qui l'inventa, en l'asseyant sur les 5 colonnes sur lesquelles il repose encore: le Préfet, le Juge, le Gendarme, le Code et le Percepteur d'impôts.le Préfet, le Juge, le Gendarme, le Code et le Percepteur.

C'est avec cet attirail, institutionnel, moral et militaire, qu'elle partit à la conquête du monde. Et maintenant, voyons d'un peu plus près pourquoi elle réussit à la réaliser.

Chapitre VIII

L'Éducation

Dans la Rome de ces temps-là, qu'on a coutume de qualifier de « stoïque », tout le monde « vivait dangereusement ». Les dangers commençaient le jour de la naissance. Aussitôt né, on le baignait, et on ne sait si l'eau était tiède, chaude ou froide. On le déposait aux pieds du père. Si Car si l'enfant naissait avec quelque difformité, infériorité, le père avait le droit de le jeter dehors pour le laisser mourir devant sa porte, ou on les tuait tout simplement. porte. Et c'est souvent ce qu'il faisait. C'était de l'eugénisme familial, mais un peu bête; ce sexisme effroyable affaiblissait Rome. Les filles sont de futures mères. Les parents voyaient dans leur enfant sa force de travail qui leur permettrait de les entretenir durant leur vieux jours et qui prendrait soin de leur tombe et y célébrerait les sacrifices de rigueur pour que leur âme entrât au paradis.

Au contraire, un enfant de sexe masculin était généralement bien accueilli non seulement parce que, plus tard, son travail lui permettrait de venir en aide à ses parents, mais encore parce que ceux-ci croyaient que, s'ils ne laissaient pas quelqu'un pour prendre soin de leur tombe et y célébrer les sacrifices de rigueur, leur âme n'entrerait pas au paradis.

Au contraire, un enfant de sexe masculin était généralement bien accueilli et le père le prend dans ses bras et le soulève. Si tout marchait bien, c'est-à-dire s'il était bien tombé quant au sexe et quant à l'intégrité physique le 8e jour pour les filles et le 9e pour les garçons, le nouveau venu est l'objet d'une cérémonie de purification où sont invoquées les Parques qui décident de la longueur de notre vie. On lui passe autour du cou une petite bulle d'or ou de cuir, signe d'une naissance libre et de protection contre les forces mauvaises, car cette bulle contient des formules magiques qui préserveront l'enfant jusqu'à son mariage si c'est une fille et jusqu'à la prise de la toge virile si c'est un garçon. En même temps, il était officiellement reçu par sa gens. Si tout marchait bien, c'est-à-dire s'il était bien tombé quant au sexe et quant à l'intégrité physique 8 jours après sa naissance, le nouveau venu était officiellement reçu par la gens au cours d'une cérémonie solennelle. La gens était un groupe de familles, remontant à un ancêtre commun qui lui avait donné son nom. Car l'enfant recevait habituellement 3 noms: le nom individuel ou « prénom » (par exemple Marius, Antonius, etc. ), le nom de la gens ou « nom » véritable (Marinas, Julius Aemilius), et le cognomen ou surnom (Babus, Cicero, Maximus) qui devient celui de sa famille propre, subdivision de la gens. On pouvait même avoir plusieurs surnoms pour mettre en évidence une caractéristique mémorable. Ainsi, Guy Lafleur se serait fait appeler Guius Lafleurus Patinus Hockeyus! Mais son fils qui aime les foules au point de devenir bibliothécaire s'appellera aussi Patinus Hockeyus. ), le nom de la gens ou « nom » véritable, et le cognomen celui de sa famille propre. Cela en ce qui concernait les hommes. Les femmes ne portaient que le nom c'est-à-dire celui de la gens. Et, de fait, elles s appelaient Tullia, Julia, Cornélia, etc., alors que leurs frères étaient, par exemple, Marcus Tullius Aemilius, puis Publius Julius Antonius, et ensuite Caïus Cornélius Gracchus. Leur mère qui leur criait après n'en prononçait qu'un: « Mon petit Vèrus! »

Cette bizarre coutume a été cause d'une masse de confusions; en effet, les ancêtres fondateurs de la ville n'ayant été, comme nous l'avons dit, qu'une centaine en tout , et pour tout il n'y avait pas d'avantage de noms pour les gentes si bien que les noms se répétaient forcément, rendant obligatoire l'adjonction d'un 4e ou d'un 5e surnom. Par exemple, le Publius Cornélius Scipion qui détruisit Carthage adjoignit à son nom sur sa carte de visite un « Amilius Africanus Minor » pour se distinguer du Publius Cornélius Scipion qui avait vaincu Annibal, et qui avait ajouté sur sa carte à lui: « Africanus Major ». Les esclaves quant à eux n'ont qu'un nom désignant souvent leur lieu d'origine, et les affranchis prennent le nom et le prénom de leur maître, et leur ancien nom d'esclave leur sert de surnom.

C'étaient, comme on le voit, des noms longs, lourds et imposants qui, par eux-mêmes, faisaient déjà peser un bon nombre de devoirs sur le dos d'un nouveau-né. Un Marcus Tullius Cornélius ne pouvait pas se passer les caprices et les fantaisies d'un fils à papa ou d'un Tintin qu'on reconnaît à ces derniers comme un droit de jeunesse mal élevée. De fait, il n'était pas gâté le moins du monde. Dès leur âge le plus tendre, on enseignait aux enfants que la famille dont ils étaient membres constituait une véritable unité militaire, où tous les pouvoirs étaient concentrés sur le chef, qui était le pater familias. Il n'était pas question, comme aujourd'hui, de l'amener devant un tribunal pour lui retirer ses enfants ou lui extorquer une pension alimentaire. Il était un chef incontesté. Lui seul pouvait acheter et vendre, parce que lui seul était le propriétaire de tout, y compris de la dot de sa femme. Si celle-ci le trompait, ou lui volait du vin dans son tonneau, il pouvait la tuer sans autre forme de procès. Il avait les mêmes droits sur ses fils qu'il pouvait vendre comme esclaves. Tout ce que ses fils achetaient était automatiquement à lui. Les femmes n'échappaient à cette autorité de leur père que lorsque celui-ci les donnait en mariage à quelqu'un cum manu, c'est-à-dire en renonçant explicitement à tout droit sur elles. Mais dans ce cas-là, les mêmes droits passaient au mari. De sorte que la femme dépendait constamment d'un homme: d'un tuteur, de son père ou de son époux, de son fils quand elle devenait veuve. Une veuve mariée cum manu devenait à la mort de son père relativement libre, situation assez rare tout de même. Mariée, elle devenait matrone (femme mariée et mère), la seule femme respectée dans Rome, la seule qui ait des droits. Les autres femmes sont en dehors de la morale et de la loi. La femme romaine, bien que soumise en droit à son mari, est plus libre de ses mouvements et des ses actions que la femme grecque. Elles participent à la vie mondaine de leur mari lors des réunions, repas ou conversations importantes. Elles ont même manifesté leur indépendance dans la rue quand on a voulu limiter le luxe de leur toilette. Si le vote et les magistratures leur sont interdites, certaines femmes cultivées, poétesses, savantes firent de la politique comme Terentia la femme de Cicéron, Sempronia lors de la conjuration de Catilina et Clodia la soeur du tribun Clodius. Sans compter les multiples maîtresses que se partageaient les hommes pour servir d'agents de liaisons, voire de monnaie d'échange.

La vie familiale était une dure discipline, qui ne s'adoucit que lentement, au cours des siècles, par l'enrichissement sans doute, et qui trouvait une limite dans la pietas, c'est-à-dire dans l'affection que les époux avaient l'un pour l'autre, et qu'ils avaient pour leurs enfants. Mais cette affection n'arrivait jamais --ou presque jamais-- à attaquer l'unité granitique de la famille romaine, qui comprenait les petits-enfants, les arrière-petits-enfants et les esclaves, ceux-ci considérés toutefois comme de simples objets. Cette dure discipline familiale, qui ne s'adoucit que lentement, au cours des siècles, par l'enrichissement sans doute, trouvait une limite dans la pietas, c'est-à-dire dans l'affection que les époux avaient l'un pour l'autre, et qu'ils avaient pour leurs enfants. Mais cette affection n'arrivait jamais-- ou presque jamais -- à attaquer l'unité granitique de la famille romaine, qui comprenait les petits-enfants, les arrière-petits-enfants et les esclaves, ceux-ci considérés toutefois comme de simples objets. La mère était appelée domina, c'est-à-dire maîtresse, et n'était pas reléguée au gynécée, comme les femmes grecques. Elle prenait ses repas avec son mari, mais assise sur le triclinium (sorte de divan rustique) et non pas étendue comme lui. En général, elle ne travaillait pas beaucoup, parce qu'on ne connaissait pas de crise des gens de maison, avec tous les esclaves capturés sur les champs de bataille: chaque famille en avait plus d'un. La domina les dirigeait et les surveillait. chaque famille en avait plus d'un La domina les dirigeait et les surveillait. Pour se distraire, elle tissait la laine destinée aux vêtements de son mari et de ses enfants. Pas de livres, pas de jeux de cartes, pas de théâtre, pas de cirque: rien. Les visites étaient rares et strictement officielles. Un cérémonial scrupuleux les rendait difficiles et compliquées. La matrone ou domina portait une robe longue (stola), resserrée à la taille, par dessus sa tunique, agrémentée d'une broderie tout en bas pour distinguer celles qui avaient de nombreux enfants. D'ailleurs, la loi accordait des privilèges aux mères de plus de 3 enfants. En public, elle revêt un manteau (palla) qui lui couvre la tête.La domus, c'est-à-dire la maison, était, plus encore qu'une caserne, un véritable fortin. C'est là que se formaient les enfants dans une stricte obédience.

La domus, c'est-à-dire la maison, était, plus encore qu'une caserne, un véritable fortin. La porte ne donnait pas directement sur la rue, mais en était espacée par un vestibule, sorte de couloir tenant lieu de salle d'attente. D'abord cette domus fut une cabane ovale; elle adopta vite sous l'influence étrusque un plan rectangulaire avec un atrium, couvert d'un toit à double pente, ouvert en son milieu en carré. Sur le sol et sous cette ouverture, l'impluvium est un bassin destiné à recevoir les eaux de pluie. Puis une autre influence, l'hellénisme, la dédouble en lui adjoignant un péristyle (cour entourée d'un portique à colonnade, agrémentée de plantes, de statues, de mosaïques, de fontaines et de jets d'eau) sur lequel se greffe des pièces spécialisées. La maison romaine n'est pas orientée vers l'extérieur comme nos maisons nord-américaines, mais vers l'intérieur que termine, tout au fond, un beau jardin. L'ameublement est réduit: lits, sièges, tables et armoires, tentures et tapis, et c'était tout. Plutôt en métal ou en pierre qu'en bois, ces meubles étaient relevés par une ébénisterie développée qui connaissait le contre-plaqué, la marqueterie. Les meubles les plus luxueux portaient des incrustations d'écailles de tortue, de corne, de métal précieux. Clous, chevilles, collage, queue-d'aronde liaient les morceaux de bois travaillés avec des outils presque identiques aux nôtres. Les tables sont très variées de forme et leurs pieds sculptés frappaient l'oeil de leur éclat particulier, surtout ceux en pattes de lion. Les sièges sont tantôt chaises (cathedra), tantôt bancs (sella), tantôt fauteuils (solium). On s'éclairait, à l'extérieur, avec des torches, mais à l'intérieur avec des chandelles, des bougies, des lampes à l'huile et des lanternes très variées de formes, de poids et de motifs très expressifs. Les pièces n'étaient pas fermées par des portes, mais par des tentures. S'il y avait la domus pour les gens aisés (2000 domi à Rome vers +330), les moins riches vivaient dans des édifices jusqu'à 7 étages, appelés « insulae », dans des appartements loués, souvent de près de 20 m de hauteur, avec balcons. Les plus riches occupent les 1ers étages, les pauvres sous le toit, car c'est plus chaud et... les ascenseurs n'existent pas. Les loyers annuels, variaient de 3 000 à 30 000 sesterces. 46 000 insulae formaient la Rome vers +330. Comme le prix des loyers augmentèrent au fil des siècles, on peut croire qu'il y avait crise du logement à Rome et appauvrissement de la plèbe, ce qui créa les désordres politiques de la fin de la République.

C'est dans ces demeures que se formaient les enfants dans une stricte obédience. On leur enseignait que la flamme du foyer, qui sert d'autel et de fourneau dans l'atrium, ne devait jamais s'éteindre parce qu'elle représentait Vesta, la déesse de la vie. On leur enseignait que la flamme du foyer ne devait jamais s'éteindre parce qu'elle représentait Vesta, la déesse de la vie. Que de forêts italiennes ont dû faire les frais de ce culte! Il fallait la nourrir en mettant constamment du bois sur le feu et en y jetant des miettes de pain pendant les repas. Si par malheur le feu s'éteignait, on le rallumait en frappant une pierre ou un fer sur un silex, en frottant deux bouts de bois très secs, ou avec des mèches soufrées qui annoncent nos allumettes modernes. Aux murs de pisé (terre argileuse mêlée de cailloux, de pailles, et comprimée) ou de briques étaient suspendues de petites icônes dans chacune desquelles l'enfant voyait un Lare ou un Pénate, petits esprits domestiques qui protégeaient la prospérité de la maison et des champs. Aux murs de pisé ou de briques étaient suspendues de petites icônes dans chacune desquelles l'enfant voyait un Lare ou un Pénate, petits esprits domestiques qui protégeaient la prospérité de la maison et des champs. Sur la porte avec ses 2 faces tournées l'une en avant, l'autre en arrière, Janus surveillait ceux qui entraient; montant la garde, il y avait les Mânes, âmes des ancêtres ou esprits des morts, qui restaient dans les parages après leur mort. Les vivants réussissent à se les concilier en leur donnant une sépulture convenable, en les honorant lors de fêtes officielles par l'accomplissement impeccable du culte domestique devant le foyer. Attention! Les morts sans sépulture ou qui furent criminels de leur vivant, appelés lémures ou larves, reviennent alors sur terre sous forme de spectres (apparition effrayante d'un mort). Pour les apaiser, on leur jetait des fèves noires dans les ténèbres et on leur ordonne de quitter la maison. Comme un mort pour un Romain n'est jamais tout à fait mort comme pour nous les modernes, sa sépulture est une demeure qu'on va meubler, pas autant qu'en Égypte cependant. Vêtements, armes, outils professionnels, lampes, vases, monnaies, accessoires de toilette, voire nourriture, accompagnaient le très respecté défunt. Le monument funéraire aux formes variées a une partie supérieure et visible qui peut être un autel, une stèle ou un mausolée, et une partie inférieure et enfouie, qui contient le corps ou les cendres. montant la garde, il y avait les Mânes, âmes des ancêtres, qui restaient dans les parages après leur mort. Ainsi, personne ne pouvait faire un mouvement sans donner la tête contre quelque gardien surnaturel faisant partie de la famille: une famille composée non seulement des membres vivants, mais des personnages qui les avaient précédés et de ceux qui les suivraient. Tous ensemble formaient un microcosme non seulement économique et moral, mais encore religieux, dont le Pater était l'infaillible Pape. C'est lui qui faisait les sacrifices sur l'autel de la maison. Et c'était au nom des dieux qu'il donnait des ordres et infligeait des punitions.

Ainsi, personne ne pouvait faire un mouvement sans donner la tête contre quelque gardien surnaturel faisant partie de la famille: une famille composée non seulement des membres vivants, mais des personnages qui les avaient précédés et de ceux qui les suivraient. Tous ensemble formaient un microcosme non seulement économique et moral, mais encore religieux, dont le Paterfamilias (le papa de la famille) était l'infaillible Pape. C'est lui qui faisait les sacrifices sur l'autel de la maison. Et c'était au nom des dieux qu'il donnait des ordres et infligeait des punitions. Tout dans la maison, choses et personnes, lui appartenait et il pouvait en faire ce qu'il voulait. La seule façon d'échapper au pouvoir du paterfamilias était qu'il vous vende 3 fois si vous étiez son fils, 1 fois si vous étiez sa fille, ou bien s'il venait lui-même à perdre le droit de cité (la citoyenneté romaine).

La religiosité, exempte de totémisme ou de zoolâtrie (culte rendu à des animaux), au milieu de laquelle grandissait le garçon romain, plutôt qu'à l'améliorer dans le sens que nous donnons actuellement à ce mot, tendait à le discipliner et non, comme aujourd'hui, à le rendre capable de s'insérer sur le marché du travail. La religiosité au milieu de laquelle grandissait le garçon romain, plutôt qu'à l'améliorer dans le sens que nous donnons actuellement à ce mot, tendait à le discipliner. En fait, la défense de la patrie, et son instrument l'armée étaient les formes, les modèles où l'éducation prenait son inspiration et son contenu. En effet, cette éducation ne le poussait pas à de nobles idéaux de bonté et de générosité, mais à l'acceptation des règles qui faisaient de toute sa vie un rite. C'est ainsi qu'on ne lui demandait pas d'être désintéressé, par exemple; on lui demandait ou, plutôt, on lui imposait de respecter certaines formules et de prendre part aux cérémonies. Ses prières tendaient toutes à des fins immédiates et pratiques. Cunina protège son berceau. Statulinus le fait se tenir debout. Il s'adressait à Abeona pour qu'elle lui apprît à faire ses premiers pas, à Fabulina pour qu'elle lui enseignât à prononcer les premiers mots, à Pomona pour qu'elle fît bien pousser les poires du jardin, à Saturne pour qu'il l'aidât à semer, à Terminus qui délimite son champ, à la source (Fons) et à la forêt (Silvanus) qu'il y a dessus, à Cérès pour qu'elle lui permît de moissonner, à Sterculus pour que les vaches de l'étable fissent suffisamment de fumier. Comme l'univers est considéré tout entier comme un réseau de dynamismes sacrés et que cette force au coeur du dieu s'appelle le numen, il faut que très tôt le jeune apprenne à se rendre favorable la volonté, la puissance agissante et efficace de tout dieu qui occupait une partie de cet univers. Il s'adressait à Abeona pour qu'elle lui apprît à faire ses premiers pas, à Fabulina pour qu'elle lui enseignât à prononcer les premiers mots, à Pomona pour qu'elle fît bien pousser les poires du jardin, à Saturne pour qu'il l'aidât à semer, à Cérès pour qu'elle lui permît de moissonner, à Sterculus pour que les vaches de l'étable fissent suffisamment de fumier.

Tous ces dieux, tous ces esprits étaient des personnages sans préoccupations morales, mais absolument maniaques en ce qui concernait les formes. Évidemment, ils ne se faisaient pas d'illusions sur l'âme humaine. Ne la considérant pas susceptible d'une véritable amélioration, ils l'abandonnaient à elle-même. Ils ne voulaient que tremper le caractère. Ce qui les intéressait, ce n'étaient pas les intentions, mais les gestes de leurs fidèles, qu'ils voulaient maintenir bien organisés entre les digues de ces grandes institutions: la famille et l'État, dont ils constituaient le ciment. C'est pourquoi ils exigeaient l'obéissance au père, la fidélité au mari, la fécondité aux femmes, l'acceptation de la loi, le respect de l'autorité, le courage à la guerre poussé jusqu'au sacrifice, la fermeté devant la mort, le tout drapé d'une solennité sacerdotale.d une solennité sacerdotale.

Cette soigneuse, pointilleuse formation du caractère était suivie, vers 6 ou 7 ans, de celle de l'esprit, c'est-à-dire de l'instruction pure et simple. L'État ne s'en chargeait pas, comme aujourd'hui au moyen de l'école publique. Elle était confiée à la famille; il était rare, même dans les maisons aisées, que le papa s'en déchargeât sur quelque esclave ou quelque affranchi. Cet usage ne naquit que bien plus tard, quand Rome fut plus grande et plus forte, mais non plus stoïque. Jusqu'a la fin des guerres puniques, c'était le père qui servait de maître à son fils, pour lui donner ce qu'on appelle aujourd'hui la culture et qu'on nommait alors la « discipline », appellation qui révèle le sens profond de cette éducation. Elle ne vise pas à faire des savants créatifs, ni des développeurs, ni des gestionnaires, ni des artistes, mais des gens à caractère trempé dans un courage de fer.» afin de mieux mettre en relief son caractère d'obéissance absolue.

Puis vint l'usage d'envoyer le gamin de 7 ans à un litterator installé dans une boutique près du forum pour lui apprendre à lire, à écrire et à compter. À 11 ans, on l'envoie chez le grammaticus qui lui explique, en plus des rudiments du grec, les auteurs classiques (vers + 100, Térence, Salluste, Cicéron, Virgile) d'une façon plus littéraire que scientifique. À 17, le jeune homme contacte un rhetor pour apprendre, en plus du droit, le vrai outil de la puissance politique, l'art de bien parler en public. S'ajoutaient à cet enseignement général des cours spécialisés en architecture, arpentage, médecine, et surtout en droit pour lequel existait un enseignement très pratique fait de consultations publiques auprès de professionnels et inaugurées en -280. Le tout était couronné par un beau voyage en Grèce, à Athènes ou à Rhodes, auprès des maîtres les plus fameux.

Pour écrire, les Romains connaissaient une espèce d'encre tirée du suc de certaines baies, et sur les papyrus, leur encre était faite de gomme et de suie. Ils avaient même une encre rouge pour la mise en relief des titres, qu'on appelait rubica, (de ruber = rouge), d'où notre mot « rubrique ». Ils avaient aussi une autre encre, blanche celle-là, faite de lait frais qu'il suffisait de saupoudrer de poudre de charbon. Cela suffit à nous convaincre que, pour le plus grand malheur des historiens, 2000 ans de dégradation les ont effacées depuis longtemps. Les Romains lettrés trempaient dans ce suc une petite tige de métal, voire un roseau ou une plume d'oiseau taillée et fendue en deux, avec lesquelles ils inscrivaient les mots sur des tablettes de bois lisse (ce n'est que plus tard qu'ils parvinrent à fabriquer du papier de lin et du parchemin). Sur des tablettes de cire, ils utilisaient un stylet de métal, d'os ou d'ivoire dont une extrémité servait pour écrire et l'autre, aplatie, servait pour effacer les marques sur la cire. Ils tracèrent d'abord des lettres rectangulaires, genre de capitale gravée. Puis vint la minuscule primitive ou onciale, puis la cursive. Les mots furent d'abord séparés par des points, puis on les enleva de telle sorte qu'il n'y avait plus d'espace entre les mots, ce qui obligeait à une prélecture pour les séparer. Leur langue à cas avait une syntaxe sévère et très stricte, mais peu de mots et point de nuances; Les matières d'enseignement étaient peu nombreuses et simples: lecture, écriture, grammaire arithmétique. Les Romains connaissaient une espèce d'encre tirée du suc de certaines baies. Ils trempaient dans ce suc une petite tige de métal avec laquelle ils inscrivaient les mots sur des tablettes de bois lisse (ce n'est que plus tard qu'ils parvinrent à fabriquer du papier de lin et du parchemin). Leur langue avait une syntaxe sévère et très stricte, mais peu de mots et point de nuances; elle se prêtait mieux à la compilation de lois et de codes qu'aux romans et à la poésie. Il y a 5 cas: nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif. Par exemple, « tabula magna est » (la table est grande), mais « video tabulam » (je vois la table); tabula est nominatif (sujet) et tabulam est accusatif (compl. d'objet. direct). Le fait que les voyelles sont brèves ou longues, et les mots portent un accent haut ou bas ajoutait des subtilités au sens et à l'expression. Les Romains empruntèrent aux Grecs, via les Étrusques, leur alphabet, auquel ils ajoutèrent le Y et Z pour transcrire des termes grecs. Mais I et J sont notés par I; et U et V par U. Ils empruntèrent aux Grecs, via les Étrusques, leur alphabet, auquel ils ajoutèrent le Y et Z pour transcrire des termes grecs. Mais I et J sont notés par I, et U et V par U. Articles dont les Romains, d'autre part, n'éprouvaient nullement le besoin; ceux qui voulaient en lire n'avaient qu'à apprendre le grec, langue beaucoup plus riche, plus souple et capable des plus fines nuances. Et, de fait, c'est en grec qu'est rédigé leur 1er texte d'Histoire: l'histoire de Quintus Fabius Pictor. Mais ce texte date de -202, c'est-à-dire d'une époque avancée.

Jusqu'à ce moment-là, l'histoire était transmise oralement de père en fils au moyen de récits fabuleux propres à frapper l'imagination des petits enfants. C'était l'histoire d'Énée, d'Amulius et de Numitor, des Horaces et des Curiaces, de Lucrèce et de Collatin. Ces légendes arbitraires, mais corroborantes, étaient renforcées par une poésie exclusivement commémorative et sacrée. Cette poésie était condensée dans des volumes qu'on appelait « fastes consulaires », « livres des magistrats », « grandes annales », etc., et célébrait les grands événements nationaux: élections, victoires, fêtes et miracles.

Le 1er qui sortit de ces sujets absolument rituels fut un esclave. Fait prisonnier au cours du pillage de Tarente, il fut conduit à Rome où il commença de raconter l'Odyssée aux amis de son maître, qui y prirent plaisir. Comme c'étaient des gens haut placés, ils chargèrent Livius de tirer de l'Odyssée un spectacle pour les grands ludi (jeux) de -240. l'an--240. Livius, pour traduire les vers grecs, en créa, en latin, d'autres semblables, d'un rythme irrégulier et grossier. De ces vers, il fit une tragédie dont lui-même récita et chanta tous les rôles tant qu'il lui resta un filet de voix. Les Romains qui n'avaient jamais vu ni entendu rien de semblable en furent tellement charmés que le gouvernement reconnut les poètes comme une catégorie de citoyens et leur permit de s'associer en une « corporation » ayant son siège dans le temple de Minerve sur l'Aventin.

Mais cela aussi, répétons-le, n'eut lieu que beaucoup plus tard. Pour l'instant, les enfants romains n'ont pas de littérature à lire. Une fois qu'ils savaient épeler et avaient appris par coeur ces légendes (autrement moins drôle que lire ce sublime bouquin, pas vrai!), ils passaient aux mathématiques et à la géométrie. Les 1ères premières consistaient en opérations de pure comptabilité exécutées sur les doigts, et dont les chiffres écrits n'étaient que l'imitation. I, c'est la représentation graphique d'un doigt levé, V, c'est une main ouverte, X, 2 mains ouvertes et croisées. C'est au moyen de ces symboles, de préfixes (IV) et de suffixes (VI) que les Romains comptaient. En partant de cette arithmétique manuelle, ils développèrent un système décimal, sur des parties et des multiples de 10, c'est-à-dire des 10 doigts. Pour ce qui est de la géométrie, elle resta archaïque tant que les Grecs ne vinrent pas l'enseigner: elle se réduisait au strict nécessaire pour les constructions rudimentaires de l'époque.

En fait de gymnastique: rien. Les exercices militaires devaient suffire! Les « palestres » et les « gymnases » sont très postérieurs et, eux aussi, d'importation grecque. Les pères romains préféraient endurcir les muscles de leurs fils en leur faisant bêcher et labourer la terre, puis en les confiant à l'armée qui, lorsqu'elle les laissait vivants, les leur rendait, bien des années plus tard, capables de résister à n'importe quelle épreuve. Aussi n'enseignait-on même pas la médecine. Les Romains considéraient que ce n'étaient pas les virus qui provoquaient les maladies mais les dieux. Alors, de deux choses l'une: ou bien les dieux voulaient faire comprendre à l'homme, au moyen de ce signe, qu'il fallait déblayer le terrain, et, dans ce cas, rien à faire: ou bien ils voulaient simplement lui infliger un châtiment momentané; dans ce cas-là il n'y avait qu'à attendre. Et en effet, pour chaque maladie il existait une prière à telle ou telle divinité spéciale. La « Madone de la Fièvre » vers qui, aujourd'hui encore mais de moins, en moins se tourne le petit peuple romain n'est qu'une version mise à jour des déesses Fièvre et Méphite auxquelles il s'adressait alors. Ils avaient sans doute autant que succès que les sidéens qui s'adressent aujourd'hui au gouvernement. Mais à la différence près que les prières aux dieux et déesses ne coûtaient pas 30% de leur revenu.

Quant aux heures de récréation après l'étude, elles-mêmes ne dépendaient pas du libre arbitre des gamins et ne devaient pas être gâchées. Après de nombreuses heures de défrichage à la pioche et quelques heures de grammaire, les papas sénateurs prenaient leurs garçons par la main et les conduisaient à la Curie (édifice où siège le Sénat), Curie, devant le Forum, où leur assemblée faisait ses réunions pour édicter leurs sénatus-consultes, portes toutes grandes ouvertes. ou sénatus-consultes. Là, sur ces bancs, silencieux, des l'âge de 7 ou 8 ans, les enfants romains écoutaient discuter les grands problèmes de l'État, l'administration, les alliances, les guerres; et ils se modelaient sur le style grave et solennel de ces discussions, qui constitua leur principale caractéristique (et les rendit si ennuyeux). Y avait pas un cours magistral qui pouvait les battre!

Toutefois, la retouche définitive à leur formation, c'était l'armée qui la donnait. Plus un citoyen était riche, plus il avait d'impôts à payer et plus il devait passer d'années sous les drapeaux. Pour quiconque voulait se préparer à une carrière publique, le minimum était de 10. Par conséquent, il n'y avait pratiquement que les riches qui pussent entrer dans ces carrières, parce qu'eux seuls pouvaient rester si longtemps éloignés de leur boutique ou de leur terre. Mais même le citoyen qui se contentait d'exercer ses droits politiques, c'est-à-dire le droit de vote, devait avoir été soldat. En effet, c'était en tant que tel, c'est-à-dire en tant que membre de la centurie, (composée de 100 hommes) qu'il prenait part à l'Assemblée centuriate, le plus grand corps législatif de l'État divisé, comme nous l'avons déjà vu, en 5 classes.

La 1ère classe avait 98 centuries, dont 19 de cavalerie, et le reste d'infanterie lourde. Chacun s'y enrôlait, armé à ses propres frais de 2 lances, d'un poignard de 20 cm par 5 cm et porté à gauche, poignard, d'un sabre, d'un casque de bronze (cuivre mêlé d'étain), d'une cuirasse et d'un bouclier; ce dernier est de 2 sortes: rond, en bronze coûteux et lourd, et le 2e est en osier ou en bois de forme ovale ou rectangulaire, orné d'emblèmes et de motifs de reconnaissance mutuelle et à valeur magique. Le bouclier faisait défaut dans la 2e classe, identique à la 1ère première pour tout le reste de l'armement. La 3e et la 4e classes, les plus pauvres, étaient privées de toute arme défensive sans doute trop chère pour eux. Ils devaient rêver de ce casque orné de panaches, de pennes verticales ou d'une crinière, enfin, de cette cuirasse et de ce bouclier souvent de bronze dont s'enorgueillaient les riches. eux (casque, cuirasse et bouclier). Les hommes de la 5e classe n'étaient armés que de bâtons et de pierres. Tous ne sont pas égaux devant le danger et la mort. L'unité fondamentale de cette armée était la légion, constituée par 4200 fantassins, 300 cavaliers et différents groupes auxiliaires. Le consul en commandait 2, c'est-à-dire environ 10,000 hommes, bien qu'en cas de grand danger Rome pût en lever 10. hommes. Chaque légion avait un étendard à elle quasiment sacré et l'honneur de chaque soldat était engagé à empêcher qu'il ne tombât aux mains de l'ennemi, car les chefs savaient que cet étendard pris par l'ennemi signalait une défaite prochaine et déclenchait la panique chez ses soldats. Les officiers, quand ils voyaient le moment difficile, le prenaient en main et s'élançaient en avant. Pour le défendre, les troupes le suivaient. Nombre de batailles, qui tournaient mal, furent reprises de la sorte, au dernier moment. César entre autres utilisa ce courageux stratagème. Il prit le bouclier lâchement abandonné par un de ses soldats fuyards pour foncer seul sur l'ennemi, et gagna une bataille qui semblait perdue. Ainsi, les riches et les privilégiés sociaux payaient sur le champ de bataille le prix de leur statut social. C'était une véritable méritocratie, renforcée par le système électoral. méritocratie. C'est d'ailleurs le sens étymologique du mot aristocratie (ariston signifie les meilleurs, et cratein, commander). Le jour où les privilégiés ne sont pas moralement les meilleurs, la société court de graves dangers.

Dans les tout premiers rangs, la légion était divisée en phalanges: 6 lignes solides de chacune 500 hommes. Ensuite, pour la rendre plus maniable, on la répartit en manipules de 2 centuries. Mais ce qui faisait la force de cette armée, ce n'était pas seulement son organisation ordonnée et flexible, c'était aussi sa discipline. Le poltron était fustigé (fouetté) à mort. Pour la moindre désobéissance, le général pouvait décapiter n'importe qui, officier ou soldat. Pour les déserteurs et pour les voleurs, on leur coupait la main droite, comme dans les républiques islamistes d'aujourd'hui. La ration ne consistait qu'en pain et en légumes. D'un point de vue diététique, c'était excellent pour la santé. Ils étaient tellement habitués à ce régime qu'une année où le blé fut rare, les vétérans de César se plaignirent d'être obligés de manger de la viande!

On était conscrit (envoyé à l'armée) à 16 ans au moment où, de notre temps, on commence à penser aux filles. Apprendre à être rude avec l'ennemi ne les rendaient guère, de retour à la maison, doux et romantique avec les filles. Dommage! elles ne nous ont pas laissé d'écrits pour savoir ce qu'elles en pensaient. Eux, les Romains de 16 ans, devaient penser au régiment où on les prenait pour les perfectionner. La discipline y était tellement lourde et le travail si accablant que tous préféraient la bataille, pour en finir au plus vite. La mort pour ces garçons-là, n'était pas un bien grand sacrifice. C'est pour cela qu'ils l'affrontaient avec tant de désinvolture.

CHAPITRE IX

LA COURSE AUX HONNEURS

Le jeune homme qui avait survécu à 10 ans de vie militaire pouvait, rentré chez lui, entreprendre une carrière politique, qui consistait à briguer pour exercer une ou diverses magistratures. Celles-ci étaient échelonnées, entièrement électives, collégiales, annuelles, gratuites et hiérarchisées. On les avaient entourées politique. Celle-ci était échelonnée, entièrement élective, et on l'avait entourée de toutes sortes de précautions et de contrôles. L'ambitieux qui voulait entreprendre le cursus honorum posait sa candidature en lisant publiquement une déclaration au Forum, centre politique de la ville. Le magistrat qui devait présider 27 jours plus tard les Comices qui allaient l'élire inscrivait son nom sur la liste. Notre candidat, et ses clients mobilisés pour la cause, faisaient leur petite publicité de bouche à oreille ou sur les places publiques. Le candidat accompagnait ses discours de cadeaux, de distribution d'argent et de banquets. Les lois tentèrent de réprimer la brique, la corruption et l'usage de la force entre candidats.

C'était le rôle de l'Assemblée centuriate, dite Comice centuriate, que de passer au crible les candidatures aux différentes fonctions, lesquelles étaient toutes confiées à plusieurs individus. Puis venait l'élection, que pouvaient d'ailleurs annuler les magistrats (consul, préteur ou tribun) qui présidaient l'élection. C'est leur droit d'intercessio, droit d'annulation qu'a tout magistrat envers un autre magistrat égal ou supérieur, s'il est requis par un citoyen qui l'exige. L'heureux élu en juillet ne prend sa charge qu'en janvier. Une loi spéciale, la loi curiate, lui confère l'investiture civile par laquelle il détient les 3 pouvoirs suivants: l'imperium (militaire), la compétence judiciaire et le droit d'auspices. Après être confirmé par les dieux en prenant les auspices et lors d'une procession solennelle devant Jupiter Capitolin, il prête serment de respecter les lois.individus Le 1er échelon était la Questure. Le questeur était une sorte d'assistant de magistrats plus élevés s'occupant des finances et de la justice. Il aidait à contrôler les dépenses de l'État et collaborait aux enquêtes sur les crimes. De son nom dérive notre mot "question"... Il ne pouvait rester en charge plus d'une année; mais, s'il s'était bien acquitté de ses fonctions, il pouvait se présenter de nouveau à l'Assemblée centuriate pour être promu en grade.

On peut classer les magistratures selon 3 points de vue: Les magistratures curules (consulat, préture, édilité) donnent accès à la noblesse, et les non curules (questure, édilité, tribunat). Avec imperium (consulat, préture, dictature) ou sans imperium (édilité, questure, censure, tribunat); majeures élues par les comices centuriates (consulat, préture, censure) et mineures élue par les comices tributes (questure, édilité, tribunat). Pour clarifier, commençons par leur ordre naturel, celui qu'imposèrent les Romains eux-mêmes aux candidats qui les briguaient.

Le 1er échelon de ce cursus honorum était la Questure. Les 20 questeurs étaient les comptables et les secrétaires de magistrats plus élevés s'occupant des finances et de la justice. Ils ont la garde des finances publiques; ils encaissent donc impôts (en nature et en argent sur la propriété), redevances, douanes, péages, amendes, taxes de vente, taxes sur les mutations, sur les monopoles et sur les affranchissements, tribut, butin, confiscations et produits des ventes publiques. Ils versent l'argent de la solde des troupes, conservent les originaux des rôles des censeurs et les contrats passés par les autres magistrats et collaborent aux enquêtes sur les crimes. De son nom dérive notre mot "question"... Le questeur ne pouvait rester en charge plus d'une année; mais, s'il s'était bien acquitté de ses fonctions, il pouvait se présenter de nouveau à l'Assemblée centuriate pour être promu en grade.

S'il n'avait pas donné satisfaction à ses électeurs, il était évincé, et pendant 10 ans ne pouvait plus être candidat à aucune charge. S'il leur avait donné satisfaction, il était élu édile (il y avait 4 édiles) et, en tant que tel, toujours pour une année, avait la police des marchés, la surveillance des approvisionnements, l'entretien de la police, l'organisation et la surveillance des jeux publics, la surintendance des bâtiments, des théâtres, des aqueducs, des rues, en somme de tous les édifices publics ou d'intérêt public, y compris les maisons de prostitution. Leurs édits étaient si vitaux et si pratiques qu'ils ont formé un véritable code de commerce. Le droit romain s'est formé par l'addition et la codification des édits des magistrats et de leur réflexion en vue d'en extraire des principes généraux applicables à la multiplicité des circonstances.S'il leur avait donné satisfaction, il était élu édile (il y avait 4 édiles) et, en tant que tel, toujours pour une année, avait la surintendance des bâtiments, des théâtres, des aqueducs, des rues, en somme de tous les édifices publics ou d'intérêt public, y compris les maisons de prostitution.

S'il se tirait à son honneur de ces nouvelles fonctions pratiquement, celles d'un conseiller municipal --alors, toujours conformément au même système d'élection et toujours pour un an, il pouvait se présenter à l'un des 4 postes de préteur, charge républicaine très élevée créée en -367, très élevée, à la fois civile et militaire. À l'époque royale, les préteurs avaient une certaine époque, les préteurs avaient été des généraux en chef de l'armée. Ils étaient devenus plutôt des présidents de tribunal et des interprètes de la loi. Dans une certaine mesure, les préteurs créent la loi en édictant, dès leur entrée de charge, les principes selon lesquels ils recevront les actions. Ils organisent les procès et les envoient à leur tribunal particulier. Ils peuvent convoquer le Sénat, les comices, proposer des lois, gouverner des provinces. Leur somme de travail fut telle qu'ils passèrent de 4 à 16, vers -50. Élus par les comices centuriates, ils possèdent l'imperium et les auspices. Leur magistrature n'est pas collégiale et leur compétence est tirée au sort. Mais quand la guerre éclatait, ils reprenaient, sous les ordres des consuls, le commandement des grandes unités.

Arrivé au sommet de cette carrière, carrière qu'on appelait « cursus honorum» (la carrières des honneurs ou l'ordre des magistratures), on pouvait aspirer à honorum», (le cours des honneurs), on pouvait aspirer à l'un des 2 postes de censeur. Le censeur était élu pour 5 années. années. Le censeur comptait les citoyens ainsi que leur fortune qu'on nommait le cens. La longueur de cette période était une nécessité parce que ce n'était que tous les 5 ans qu'on recensait les citoyens et qu'on enregistrait ce recensement.

Le recensement était la principale attribution du censeur qui devait, pour 5 ans, d'après ce recensement, établir combien d'impôts devait payer chaque citoyen et combien d'années il était tenu de passer sous les drapeaux. Il fallait 400 000 sesterces pour appartenir à l'ordre équestre, et 1 000 000 pour être classé dans l'ordre sénatorial, la crème de la nobilitas qui comprend toutes les familles qui ont obtenu au moins 1 magistrature. Donc, la société est composée de 3 groupes héréditaires: la nobilitas (patricienne), l'ordre équestre et la plèbe.

L'ordre équestre était formé de ces gens riches. Des 193 centuries instaurées par Servius, 18 ont un cens supérieur à la 1ère classe et reçoivent de l'État un cheval gratuit pour servir dans la cavalerie, d'où leur nom d'ordre équestre (equus = cheval), bien qu'il y ait d'autres chevaliers dans la cavalerie qui s'équipaient à leurs frais. Mais 400 000 sesterces ne suffisent pas. Il faut en plus que le censeur vous désigne pour être admis dans l'ordre équestre. C'est donc une dignité, qui s'ouvrira aux patriciens et aux plébéiens, mais déserteront très vite les patriciens car ils veulent se réserver à l'ordre sénatorial, donc pour eux seuls, la course aux honneurs (les hautes magistratures). Ainsi, l'ordre équestre se composa presqu'uniquement d'hommes d'affaires, de riches propriétaires, des juristes, des avocats, (tel Cicéron). Caïus Gracchus leur confie les tribunaux que Sylla leur enlève. Leur argent est capital dans les luttes politiques, mais l'ordre équestre ne sera jamais un parti politique, comme les patriciens sénatoriaux en seront un à toutes fins pratiques. Aristocratie en second après les patriciens de l'ordre sénatorial, les chevaliers de l'ordre équestre ont droit à l'anneau d'or, à la toge blanche à bande de pourpre et à leur parade du 15 juillet. En fait, ces hommes de l'ordre équestre aimaient mieux l'argent que le pouvoir, sans doute deux passions rarement également présentes dans la sensibilité de hommes, c'est un ou l'autre, et toujours un plus que l'autre. Il est symptomatique que la société romaine l'est si bien reconnu qu'elle fit deux ordres distincts, l'un pour le pouvoir avec l'ordre sénatorial, l'autre pour l'argent avec l'ordre équestre.

Mais ses fonctions ne se bornaient pas à cela. Il en avait de plus délicates, en raison desquelles cette charge, surtout lorsqu'elle était exercée par des citoyens de grande envergure comme Appius Claudius l'Aveugle, arrière-petit-fils du fameux décemvir, et Caton, concurrençait le consulat lui-même. Le censeur devait s'enquérir secrètement des précédents de tous les candidats à toutes les fonctions publiques. Il devait surveiller l'honneur des femmes, l'éducation des enfants, la façon dont on traitait les esclaves. Ce qui l'autorisait à fourrer son nez dans la vie privée de tout le monde, à faire descendre ou monter les gens, voire à chasser du Sénat les membres qui ne se montraient pas dignes d'en faire partie. Enfin c'étaient les censeurs qui --véritables ministres des finances-- établissaient le budget de l'État et autorisaient ses dépenses (cultes, travaux publics, distribution gratuite du blé, assistance publique, jeux du cirque, poste, paye des magistrats et des fonctionnaires). Enfin c'étaient les censeurs qui établissaient le budget de l'État et autorisaient ses dépenses. Il s'agissait donc de pouvoirs extrêmement étendus exigeant, chez celui qui les exerçait, beaucoup de discernement et une grande conscience. En général à l'époque républicaine, ceux qui en furent chargés s'en montrèrent dignes. Le plus célèbre de tous les censeurs fut Caton. Au sommet de la hiérarchie républicaine romaine venaient les 2 consuls, c'est-à-dire les 2 chefs du pouvoir exécutif.En général à l'époque républicaine, ceux qui en furent chargés s'en montrèrent dignes.

En théorie, l'un des deux au moins devait être un plébéien. En fait, les plébéiens eux-mêmes préférèrent toujours un patricien parce que, seuls, des hommes d'une profonde éducation et ayant fait un long apprentissage leur offraient des garanties d'être capables de conduire l'État au milieu de problèmes de plus en plus complexes et difficiles. Une quinzaine de consuls seulement de -300 à - 50 ne vinrent pas des patriciens. De plus, il y avait l'élection. Selon les époques, on ne pouvait pas briguer le consulat avant d'avoir atteint l'âge de 37, 43, puis 33 ans.

Le plus célèbre de tous les censeurs fut Caton. Sa spécialité était de protéger les moeurs traditionnelles romaines contre la corruption grecque, surtout celle inoculée par ces philosophes grecs qui posaient des questions impertinentes sur la loi, l'autorité, la liberté, la justice et les dieux. Sa tâche fut un peu celle de nos curés du XIX et XXe siècles qui s'étaient donnés la tâche d'empêcher que nos bons vieux Québécois nouvellement urbanisés ne succombent aux péchés du libéralisme. Dans les 2 cas, ils ont perdu. Mais il y a des Catons à toute époque. L'un deux, en 1994, a décrit la jeunesse d'aujourd'hui, bien sûr, pour s'en plaindre: « Depuis que le monde est monde, les fils se veulent différents des pères. Mais rarement a-t-on vu dans l'histoire, une jeunesse, en si grande rupture avec ses ainés. La faille culturelle donne le vertige: césure brutale d'une tradition par l'anémie des hiérarchies parentales (il veut dire par là que vous rentezz à la maison à n'importe qu'elle heure...), scolaire (vous envoyez promener vos professeurs), civiques (vous arrachez les arrêts-stop), et qui fait que la jeunesse ne trouve même plus quoi à désobéir; énorme conversion de l'écrit à l'image; perte des repères nationaux par l'imprégnation cosmopolite de la culture rock et de ses dérivés; affaissement des tabous chrétiens; désarroi des enfants du divorce; changements profonds des modes de vie adolescents depuis la pilule contraceptive et l'extension de l'union libre juvénile. En ¼ de siècle, c'est un séisme! » C'est ça, un Caton. Il a oublié de dire que les jeunes d'aujourd'hui, sondés, se sont dits heureux. Qu'est-ce qu'un Caton? Lui va comme un gant la définition qu'a donnée un auteur récent du Puritain américain du XVIIe siècle: Quelque qui est malheureux de voir que les autres sont heureux.

Au sommet de la hiérarchie républicaine romaine venaient les 2 consuls, c'est-à-dire les 2 chefs du pouvoir exécutif.

Elle se déroulait toujours selon des modalités permettant à l'aristocratie toutes les fraudes. Le jour du vote à l'Assemblée centuriate, qui ne devint secret qu'au -II siècle, le magistrat en charge observait les astres pour découvrir les candidats qui étaient persona grata aux dieux. En théorie, l'un des deux au moins devait être un plébéien. En fait, les plébéiens eux-mêmes préférèrent toujours un patricien parce que, seuls, des hommes d'une profonde éducation et ayant fait un long apprentissage leur offraient des garanties d'être capables de conduire l'État au milieu de problèmes de plus en plus complexes et difficiles. De plus, il y avait l'élection. Elle se déroulait toujours selon des modalités permettant à l'aristocratie toutes les fraudes. Le jour du vote à l'Assemblée centuriate, le magistrat en charge observait les astres pour découvrir les candidats qui étaient persona grata aux dieux. Comme lui seul prétendait connaître le langage des astres, il pouvait lire en eux ce qu'il voulait. Comme il nous faut en Histoire pénétrer la mentalité d'une époque et non pas y projeter la nôtre, disons que le magistrat se croyait sincère en interprétant les dieux. Comme il nous faut pénétrer la mentalité de cette époque, disons que le magistrat se croyait sincère en interprétant les dieux... L'Assemblée, intimidée, acceptait son verdict et ornait son choix aux seuls concurrents plaisant aux Pères conscrits, c'est-à-dire au Sénat.

Les candidats se présentaient vêtus d'une toge blanchie à la craie (craie se dit candida, d'où notre mot " candidat"), sans ornements pour montrer la simplicité de leur vie et l'austérité de leur morale. Souvent ils soulevaient un pan de cette toge pour exhiber aux électeurs leurs blessures de guerre. S'ils étaient élus, ils restaient en charge une année, avec des pouvoirs égaux, mais ils exerçaient le pouvoir qu'à tour de rôle, un mois chacun. Ils entraient en fonction le 15 mars, et assumaient leurs attributions aussi variées que: politiques, administratives, religieuses, judiciaires, militaires. Cette grande charge, qui alla déclinant jusqu'à la fin de l'histoire romaine, donnait des honneurs très concrets. Le consul se fait escorter par 12 licteurs porteurs de faisceaux. Les licteurs sont des gardes du corps, citoyens ou affranchis, chargés d'écarter la foule et de l'inviter à manifester son respect. Autrefois, les licteurs exécutaient les peines capitales prononcées par le roi ou les consuls. Leur nombre est réglementé et en fonction de l'importance du personnage: 12 pour un consul, le préteur 2 à 6, le dictateur à 24, l'empereur de 12 à 24; le flamine (prêtre) et la vestale, 1 seulement. L'autre honneur, les consuls donnaient leur nom à l'année, système encombrant pour garder ses souvenirs en ordre, mais très efficace pour la publicité des familles, souvent les mêmes, dont un des membres accédait au consulat. Finalement, les consuls avaient le droit exclusif à la chaise curule et à la toge prétexte (avec bordure rouge). Une fois qu'ils avaient déposé leur charge, le Sénat les accueillait en qualité de membres, à vie, naturellement, en plus de bénéficier par rapport aux autres sénateurs d'un rang spécial dans les délibérations du Sénat, d'être nommés maîtres de la cavalerie ou gouverneurs de provinces (très payant...)S'ils étaient élus, ils restaient en charge une année, avec des pouvoirs égaux. Ils entraient en fonction le 15 mars; une fois qu'ils avaient déposé leur charge, le Sénat les accueillait en qualité de membres, à vie, naturellement.

Comme le titre de sénateur restait malgré tout celui que tous ambitionnaient le plus, il était naturel que le consul cherchât à ne jamais déplaire à ceux qui pouvaient le lui conférer. Le consul représentait, dans un certain sens, le bras séculier, ou le bras actif, de la haute Assemblée qu'était le Sénat. Laquelle, du point de vue constitutionnel, ne comptait gère; mais dans la pratique, au moyen des astres et d'une infinité d'autres subterfuges, décidait toujours de tout.

Les consuls étaient, en 1er lieu, comme les rois primitifs, les chefs du pouvoir religieux dont ils dirigeaient les rites les plus importants. En temps de paix, ils présidaient les réunions tant du Sénat que de l'Assemblée des Comices; ayant pris connaissance de leurs décisions, ils les exécutaient en faisant des lois pour leur application. Comme tous les autres magistrats, ils pouvaient consulter ou informer le peuple par des réunions publiques, sans pouvoir législatif, les « contii », où tout citoyen pouvait prendre la parole et où même les non-citoyens étaient admis.ayant pris connaissance de leurs décisions, ils les exécutaient en faisant des lois pour leur application.

En temps de guerre, les consuls se transformaient en généraux et conduisaient l'armée dont le commandement était divisé entre eux 2 en parties égales: chacun la ½. En temps de guerre, ils se transformaient en généraux et conduisaient l'armée dont le commandement était divisé entre eux 2 en parties égales: chacun la moitié. Si l'un des 2 montrait, ou bien était fait prisonnier, c'est l'autre qui concentrait tous les pouvoirs; si tous deux mouraient ou si tous deux étaient faits prisonniers, le Sénat proclamait un interrègne de 10 jours, nommait un interrex (roi pendant l'interrègne) pour expédier les affaires et procédait à de nouvelles élections. Ces mots signifient bien, par eux-mêmes, que le consul exerçait, pendant un an, les mêmes pouvoirs qu'avaient exercés les anciens rois, ceux qui n'étaient pas des rois absolus, ceux d'avant les Tarquins.

Les fonctions de consul étaient naturellement les plus ambitionnées mais c'étaient aussi les plus difficiles à exercer. Elles exigeaient non seulement beaucoup d'énergie, mais beaucoup de diplomatie, parce qu'elles forçaient à louvoyer continuellement entre le Sénat et les Assemblées populaires qui élisaient ce magistrat et devant lesquelles il avait à rendre des comptes. Ces Assemblées populaires étaient au nombre de 3 : les comices de curies (ou curiates) , les comices de centuries (centuriates) et les comices tribunitiens (tributes).Elles exigeaient non seulement beaucoup d'énergie, mais beaucoup de diplomatie, parce qu'elles forçaient à louvoyer continuellement entre le Sénat et les Assemblées populaires qui élisaient ce magistrat et devant lesquelles il avait à rendre des comptes.

Ces Assemblées populaires étaient au nombre de 3 : les comices de curies (ou curiates) , les comices de centuries(centuriates) et les comices tribunitiens (tributes).

Les comices de curies étaient les plus anciens, car ils remontaient à Romulus, à l'époque où Rome était composée de patres. Et, en effet, les seuls Patriciens en faisaient partie. Dans les tout Premiers temps de la République, ils eurent des fonctions importantes, comme celle d'élire les consuls, voire de décider de la paix ou de la guerre. Par la suite, petit à petit, ils durent abandonner presque tous leurs pouvoirs à l'Assemblée des centuries (comices centuriates) qui fut la véritable Chambre des citoyens rassemblés de la Rome républicaine. Lentement elle se transforma en une sorte de Chambre sénile, pour ne pas dire débile, qui décidait surtout des questions généalogiques, c'est-à-dire l'appartenance d'un citoyen à telle ou telle gens.Dans les tout Premiers temps de la République, ils eurent des fonctions importantes, comme celle d'élire les consuls. Par la suite, petit à petit, ils durent abandonner presque tous leurs pouvoirs à l'Assemblée des centuries qui fut la véritable Chambre des citoyens rassemblés de la Rome républicaine. Lentement elle se transforma en une sorte de Chambre sénile pour ne pas dire débile qui décidait surtout des questions généalogiques, c'est-à-dire l'appartenance d'un citoyen à telle ou telle gens.

L'Assemblée par centuries (comices centuriates) était, pratiquement, le peuple en armes. En faisaient partie tous les citoyens qui s'étaient acquittés du service militaire. En étaient donc exclus: les étrangers, les esclaves, et ceux que la loi dispensait d'être soldats et de payer des impôts parce qu'ils étaient trop pauvres. Rome n'accordait que parcimonieusement et très politiquement le titre de citoyen romain. Ce titre comportait des privilèges tels que l'exemption de la torture (en cas de punition ou de témoignage) et la possibilité de faire appel devant l'Assemblée contre les décisions de n'importe quel fonctionnaire.

L'Assemblée par centuries était, pratiquement, le peuple en armes. En faisaient partie tous les citoyens qui s'étaient acquittés du service militaire. En étaient donc exclus: les étrangers, les esclaves, et ceux que la loi dispensait d'être soldats et de payer des impôts parce qu'ils étaient trop pauvres. Rome n'accordait que parcimonieusement et très politiquement le titre de citoyen romain. Ce titre comportait des privilèges tels que l'exemption de la torture (en cas de punition ou de témoignage) et la possibilité de faire appel devant l'Assemblée contre les décisions de n'importe quel fonctionnaire.

L'Assemblée n'était pas permanente. Elle se réunissait sur la convocation d'un consul ou d'un tribun. Elle ne pouvait pas faire de lois ou d'ordonnances de son propre chef. Elle ne pouvait que voter à la majorité oui ou non au sujet des propositions qu'un magistrat lui faisait. Son caractère conservateur était garanti, comme nous l'avons déjà vu, par sa répartition en 5 classes. Il faut toujours garder à l'esprit le fait que la 1ère, composée de 80 centuries de patriciens, d'équites (tous deux riches), suffisait à constituer la majorité sur un total de 193 classes. Car elle votait la 1ère et son vote était immédiatement proclamé. Il faut toujours garder à l'esprit le fait que la première, composée de 80 centuries de patriciens, d'équites (tous deux riches), suffisait à constituer la majorité sur un total de 193 classes. Car elle votait la première et son vote était immédiatement proclamé. Les autres n'avaient qu'à baisser la tête.

Dans cette manière de procéder, il y avait un principe de justice. Les Romains considéraient que les droits devaient équilibrer les devoirs, et vice versa. Plus on était riche, plus on devait payer d'impôts, mais plus aussi on devait rester d'années sous les armes. Les Romains considéraient que les droits devaient équilibrer les devoirs et vice versa. Plus on était riche, plus on devait payer d'impôts et plus on devait rester d'années sous les armes. Par compensation, on avait d'autant plus de pouvoirs politiques. C'est rarissime dans l'Histoire que les riches font plus d'efforts... fiscal. En revanche, il n'y a pas le moindre doute que ce pauvre diable de Romain, s'il avait l'avantage de payer peu d'impôts et de rester peu de temps aux armées, ne comptait pour rien politiquement et se trouvait dans l'obligation de toujours suivre la volonté de ceux qui comptaient beaucoup.C'est rarissime dans l'Histoire que les riches font plus d'efforts...

En revanche, il n'y a pas le moindre doute que le pauvre diable, s'il avait l'avantage de payer peu d'impôts et de rester peu de temps aux armées, ne comptait pour rien politiquement et se trouvait dans l'obligation de toujours suivre la volonté de ceux qui comptaient beaucoup.

C'est alors que ces déshérités commencèrent à se réunir en ce qu'on appela les « conciles de la plèbe» dont la constitution ne reconnaissait pas l'autorité, mais qui se développèrent avec les années pour donner les comices tribunitiens, organe à l'aide duquel le prolétariat romain, qui s'appelait la plèbe, mena son long combat pour conquérir une plus grande justice sociale et surtout politique. Social veut surtout dire son rang et son statut parmi les autres citoyens; dit autrement: C'est alors que ces déshérités commencèrent à se réunir en ce qu'on appela les « conciles de la plèbe» dont la constitution ne reconnaissait pas l'autorité, mais qui se développèrent avec les années pour donner les comices tribunitiens organe à l'aide duquel le prolétariat romain, qui s'appelait la plèbe, mena son long combat pour conquérir une plus grande justice sociale et surtout politique. Social veut dire surtout son rang et son statut parmi les autres citoyens, dit autrement: qui par rapport à qui; politique veut dire son pouvoir, dit autrement: qui commande à qui.

Ces comices tributes naquirent aussitôt après la sécession de la plèbe sur le mont Sacré, alors qu'il fut consenti à celle-ci d'élire des magistrats à elle, les fameux tribuns, ayant droit de veto (droit de s'opposer) contre toute loi, toute ordonnance, considérée comme portant atteinte aux intérêts des prolétaires. Ces comices naquirent aussitôt après la sécession de la plèbe sur le mont Sacré, alors qu'il fut consenti à celle-ci d'élire des magistrats à elle, les fameux tribuns, ayant droit de veto (droit de s'opposer) contre toute loi, toute ordonnance, considérée comme portant atteinte aux intérêts des prolétaires. Ce furent précisément les comices tribunitiens qu'on chargea d'élire ces magistrats. Ensuite, petit à petit, ils demandèrent et obtinrent le droit d'en nommer également d'autres: les questeurs, les édiles de la plèbe, enfin les tribuns militaires ayant les pouvoirs du consul.

Elle aussi, cette assemblée, comme celle des comices centuriates, centuries, n'avait d'autre pouvoir que de voter oui ou non au sujet des propositions du magistrat qui la convoquait. Mais le vote était fait individuellement; celui de l'un valait celui de l'autre sans considérations financières. C'était donc un organe bien plus démocratique. La multiplication de ses attributions à travers des luttes incessantes marque la lente ascension du prolétariat romain par rapport aux autres classes. Jusqu'au moment ou ses décisions, appelées plébiscites, cessèrent de n'avoir de valeur que pour la plèbe et devinrent obligatoires pour tous les citoyens, se transformant ainsi en véritables lois. Mais le même vice qui avait saboté les 2 premières comices (curiates et centuriates) paralysa les comices tributes. Le principe selon lequel les classes riches disposaient de 31 voix et les classes pauvres de 4 seulement fit en sorte que la République romaine ne fut jamais une démocratie.

Avec ces 2 assemblées, celle des centuries et celle des curies, fatalement portées à se combattre, la 1ère première au nom du conservatisme, la seconde au nom du progrès social, et avec des magistrats comme les tribuns élus tout exprès par la plèbe pour les entraver, on peut comprendre à quel point les 2 consuls avaient un métier difficile.

Chacun des deux avait, nominalement, l'imperium, le commandement militaire (d'où viennent nos mots empire et impérialisme), qu'il étalait en se faisant précéder, où qu'il allât, de 12 douze licteurs (gardes) dont chacun portait un faisceau de verges surmonté d'une hache, qui symbolisait son pouvoir de vie et de mort en tant que justicier.

Ils donnaient leurs noms réunis à l'année de leur charge, noms enregistrés dans la liste des fastes consulaires. Choses bien faites pour flatter l'ambition de chacun. Mais pour ce qui était du pouvoir exécutif, c'était une autre paire de manches. Tout d'abord, pour l'exercer, il leur fallait se trouver d'accord entre eux, chacun des deux ayant droit de veto sur les décisions de l'autre. Puis il leur fallait l'assentiment des 2 assemblées.

En outre, les magistrats étaient en relative concurrence et subordination hiérarchique. Le magistrat supérieur pouvait par la procédure dite « prohibitio » interdire à un magistrat inférieur d'user de son pouvoir dans un acte déterminé, mais ce magistrat inférieur pouvait passé outre sous risque d'être ultérieurement puni. C'était précisément cette paralysie du pouvoir exécutif qui permettait au Sénat d'exercer le sien. Le Sénat était composé de 300 membres; et les censeurs veillaient à combler les vides produits par la mort en nommant à la place du sénateur disparu un ex-consul ou un ex-censeur qui s'était particulièrement distingué. Le censeur -- ou le Sénat lui-même -- pouvait également expulser les sénateurs qui ne se montraient pas dignes du grand honneur qui leur était fait.

Elle aussi, cette vénérable Assemblée, se réunissait dans la Curie, en face du Forum, sur la demande du consul qui la présidait. Ses décisions, prises à la majorité, n'avaient pas, théoriquement, force de loi: c'étaient seulement des conseils donnés au magistrat. Mais celui-ci n'osait presque jamais porter devant les Comices -- qui, seuls, pouvaient lui conférer le pouvoir exécutif -- une proposition qui n'eût pas été préalablement approuvée par le Sénat. En pratique, l'avis du Sénat était décisif dans toutes les grandes questions de l'État: la guerre et la paix, le gouvernement des colonies et des provinces. Quand une crise se déclarait, le Sénat recourait à un décret spécial de salut public, le jure consultum ultimum, (l'avis légal ultime) qui décidait irrévocablement.

Toutefois, son pouvoir venait --bien plutôt que de la Constitution qui ne lui en reconnaissait pas beaucoup -- de son prestige. Le tribun lui-même qui, en raison de son origine électorale, ne pouvait être favorable au Sénat, lorsqu'il y siégeait, comme c'était son droit, en qualité d'observateur silencieux, en sortait généralement avec des idées plus conciliantes qu'à son entrée. À telles enseignes qu'avec le temps, de nombreux tribuns devinrent sénateurs en raison de l'attitude amicale qu'ils avaient montrée au cours de leur charge envers ce qui eût dû être pour eux le camp ennemi. Enfin, le Sénat réservait, pour les grandes occasions, une arme qu'il avait en main et qui lui permettait de résoudre les situations les plus embrouillées lorsqu'il était impossible de mettre les magistrats d'accord entre eux et avec les citoyens. Il pouvait nommer un dictateur pour 6 mois ou pour un an, en lui conférant pleins pouvoirs --sauf celui de disposer des fonds de l'État. La proposition était faite par l'un des 2 consuls, sans qu'il fût possible à l'autre de s'y opposer. Et la personne était choisie parmi les consulares , c'est-à-dire parmi ceux qui avaient été consuls et, par conséquent, étaient déjà sénateurs. Tous les dictateurs de la Rome républicaine -- à part un seul-- furent des patriciens. Tous --sauf deux -- respectèrent les limites de temps et de pouvoir qui leur avaient été imposées. L'un d'entre eux, Cincinnatus, qui n'exerça cette charge suprême que pendant 16 jours en -458 et -439 pour pour revenir à ses boeufs et à son labour, a passé à l'Histoire avec des couleurs légendaires. Imaginez la modestie de cet homme qui, dictateur 16 jours, se remet à traire ses vaches le 17e! C'était çà l'idéal éthique de tout républicain romain.

Le Sénat ne recourut à ce droit que rarement. On ne sait jamais, il pourrait s'en trouvé un qui n'aurait plus le goût de retrouver ses vaches... Le Sénat donc n'usa pas trop souvent de cette institution exceptionnelle, bien que n'ayant pas toujours été à la hauteur de son nom. De temps en temps, le Sénat bourré de patriciens se laissait tenter par la cupidité, en particulier dans l'exploitation des pays conquis. De temps en temps, il se montrait sourd et aveugle pour défendre les privilèges de sa caste contre les nécessités d'une justice supérieure. Ceux qui la composaient n'étaient pas des surhommes, seulement des conquérants à l'ambition dévorante; ils commirent des erreurs, parfois ils hésitèrent, parfois ils se trompèrent. Mais, dans l'ensemble, leur assemblée représente, pour l'Histoire de tous les temps et de tous les peuples, un exemple de sagesse politique qui n'a été dépassée que par les Pères fondateurs américains. Tous sortaient de familles d'hommes d'État; chacun d'entre eux avait une vaste expérience de l'armée, de la justice et de l'administration. Ils étaient moins bons dans la victoire, lorsque se déchaînaient leur orgueil et leur cupidité, meilleurs dans les défaites quand la situation exigeait du courage et de la ténacité. Cinéas, l'ambassadeur qui Pyrrhus envoya traiter avec eux, une fois qu'il les eut vus et entendus parler, déclara, rempli d'admiration, à son souverain: « Ce n'est pas étonnant qu'il n'y ait pas de roi à Rome. Chacun de ces 300 sénateurs est un roi! ». C'était une belle flatterie, qui devait avoir une parcelle de vérité.

CHAPITRE X

LES DIEUX

Cicéron disait: « C'est par la religion que nous avons vaincu l'univers » . Cette phrase est très pesante de sens. Dans l'esprit de Cicéron, elle voulait dire deux choses: les dieux nous ont appuyés dans notre entreprise. Ensuite, la qualité de nos moeurs a fait de nous des soldats invincibles. Il faudrait ajouter aux causes du succès romain sa forte démographie, sa volonté de puissance insatiable, son réel amour de la guerre, la désunion des peuples qu'ils soumirent, ses qualités de gestionnaire bien étayées par sa créativité juridique. Entre les Anciens et nous, il y a cette différence qu'ils disent vrai, et nous autrement et autre chose. Les Juifs soutinrent leur identité tri-millénaire de leur fidélité à leur religion. Les islamistes résistent à l'Occident par la leur. Mais là s'arrête la comparaison. Les Romains n'étaient pas des théologiens et des prêtres qui voulaient, comme les chrétiens et les islamiques plus tard, étendre leur religion sur toute la terre pour conquérir l'intelligence humaine. Les Romains se servaient de leur religion pour conquérir des territoires. Leur religion est un ensemble de rites en vue de la sauvegarde de la cité et en vue de l'efficacité de l'action, non en vue de la pureté de leur âme ou en vue du salut éternel. Il ne s'agit pas pour le Romain d'imiter le dieu pour être « céleste et parfait » comme lui, mais de faire plier les dieux à sa volonté et se les concilier. Voilà ce qu'étaient les deux objectifs de leurs rites religieux. Des cultes, aux recettes invariables et très précises, furent institués pour cet objectif.

Il y avaient d'abord les cultes domestiques. Fondés sur la croyance à l'immortalité de l'âme, le culte du premier ancêtre, comme la gens Julia qui vénérait Vénus, la grand-mère d'Iule. Un feu sacré brûlait en permanence dans le haut de l'autel, au sacrarium, chapelle domestique située dans l'atrium. Une niche renfermait de petites statues de cire qui représentaient le dieu du foyer et les deux Pénates.

Le culte des morts (le mânes) visait à se prémunir contre eux. Le 15 mai, aux 6 jours des fêtes Lémuria, on cherche à conjurer les maléfices des spectres, surtout les âmes des criminels (larvae) et de leurs victimes. Les Vestales jettent 30 mannequins d'osier dans le Tibre, comme pour s'en défaire une fois pour toutes. On offre aux âmes des morts des fleurs et des petits pains aux anniversaires. La fêtes des Féralia de février leur rend hommage pendant 9 jours.

Le culte du Génie vise à célébrer ce qui dans tout homme forme son identité. On lui offre vin, fleurs, gâteaux. Le génie d'un homme est représenté sous la forme d'un serpent tandis que les femmes possèdent une Junon individuelle. Le lit nuptial lui est consacré. Il arrive même que des dieux aient aussi un génie, qui représente alors sa puissance créatrice. Le génie des grands hommes se rapproche de la divinité, ainsi rendra-t-on plus tard un culte au génie de l'empereur. On parle aussi du Génie du peuple romain. Comme tout ce qui existe a son génie (quartiers, villes, corporations, armée, monuments), le génie est donc une identité chargée de vitalité et de puissance, à tel point qu'il devient un double de la chose.

Le père de famille (paterfamilias) est le ministre du culte domestique. Il enseigne à son fils, qui lui succédera dans ce culte, les prières, les hymnes et tous les rites, pour lesquels il s'aide d'un esclave qui sera ainsi honoré par rapport aux autres esclaves. Si le père d'enfant mâle, il en adopte un pour perpétuer le culte familial.

Polybe, historien grec, disait que « les Romains sont plus religieux que les dieux eux-mêmes ». Comme les Grecs, leur culte public était très élaboré, plus méticuleux en tout cas. Prières, voeux, sacrifices devaient se plier à une rigoureuse ordonnance. Toute omission, toute négligence oblige à tout recommencer. Le temple a une curieuse origine: un carré dans le ciel que l'augure trace dans le ciel avec son bateau, à l'intérieur duquel il observera les oiseaux; ceux qui passeront à sa gauche sont dits défavorables ou fastes, à sa droite favorables ou néfastes. Puis ce carré, dit templum, s'applique à la partie du ciel ainsi observé, et plus tard, ce même mot désignera l'édifice, le temple. Tête couverte tournée vers l'Est (tourné vers le lever du soleil, puissance de vie), le fidèle touche l'autel ou les genoux de la statue, répète à haute voix les formules lues par le prêtre afin d'éviter toute erreur. La prière se termine par le baiser envoyé de la main gauche, dit adoratio, ou par la prosternation, dite supplicatio. Parfois, on rédige le voeu sur une tablette ce cire attachée aux genoux de la statue. Puis, on fait un sacrifice en s'habillant d'une robe blanche et après s'être baigné. Les animaux à sacrifier sont ornés de bandelettes, leurs cornes sont dorées. Des serviteurs sacrés, dits popae (d'où notre mot pape), les tiennent par une corde sans les tirer pour qu'ils donnent l'impression d'aller eux-mêmes au sacrifice. On place sur la tête un gâteau spécial, fabriqué par les Vestales, de miel et de farine salée. On l'arrose d'un vin préalablement goûté par un prêtre et par l'assistance; c'est la libatio. Puis le prêtre frappe la bête d'un coup de hache ou de couteau. La bête est promptement dépecée et ses entailles sont examinées par les haruspices. La bonne viande est partagée et on festoie. Quelque fois, il s'agit de purifier un lieu ou un objet chargé de maléfices. On en fait 3 fois le tour, puis on sacrifie un porc, une brebis ou un taureau. La même cérémonie existe pour déclarer sacré (sacer) un individu ou, le contraire, le condamner à l'exil, à la mort ou à la confiscation de ses biens lors d'une procédure judiciaire régulière.

Religion non personnaliste ou intériorisée, mais civique et productiviste, la religion romaine était aussi active, et non contemplative. Des jeux (course de char, combat de gladiateurs, naumachie ou combat naval, chasse, pièce de théâtre) et des fêtes comme chez les Grecs la rehaussaient au niveau d'un spectacle permanent. Un dizaine de jeux publics occupaient un bon 60 jours par an et une centaine sous l'empire, et une vingtaine de fêtes en prenaient 45.

Cette organisation de l'État et des magistratures n'a été rendue possible que grâce à la publication des douze Tables des Décemvirs qui en ont été à la fois la cause, la conséquence et l'instrument.

Cette organisation de l'État et des magistratures n'a été rendue possible que grâce à la publication en -451-449 des Douze Tables des Décemvirs . Jusqu'alors, Rome avait vécu, pratiquement, sous un régime qui de loin représenterait une théocratie, dans laquelle le roi était également pape. Jusqu'alors, Rome avait vécu, pratiquement, sous un régime qui de loin représenterait une théocratie, dans laquelle le roi était également pape. Lui seul avait, en tant que tel le droit de régler les rapports entre les hommes, non pas seulement une loi écrite mais selon la volonté des dieux, qui ne la communiquaient qu'à lui seul dans les cérémonies religieuses. Le pape, tout d'abord, faisait tout à lui seul. Puis, avec l'accroissement de la population, la multiplication et la complication des problèmes encore insolubles pour des intelligences encore à demi rationnelles, il eut tout un clergé pour l'aider. Ce sont précisément les prêtres qui furent les premiers avocats de Rome. Mais là s'arrête la comparaison avec le pape et la théocratie. Car dans une théocratie, comme chez les Lévites du royaume de David, au Moyen Age occidental ou en Iran khoméniste de 1993, ce sont des religieux qui font de la politique. Mais dans la Rome républicaine, ce sont des politiciens qui font de la religion. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Dans le 1er cas, les religieux se servent du pouvoir pour mousser leur religion. Dans le 2e, les politiciens se servent de la religion pour mousser leur pouvoir. Un cynique lucide dirait qu'il n'y a pas de différence, mais il y en a une très grande qui consiste en ceci: si le sentiment religieux s'affaiblit ou disparaît dans la mentalité du peuple, le politicien change son discours mais le religieux perd le pouvoir. À Rome, aucune des deux alternatives ne s'est produite, car le peuple romain n'a pas changé de culture, une religieuse pour une laïque, il a changé de religion, une chrétienne pour une païenne. Un cynique lucide dirait qu'il n'y a pas de différence...

Quand on dit qu'une religion est une ancienne technologie, Le pauvre diable à qui on avait fait, ou qui croyait qu'on lui avait fait une injustice allait chez l'un d'eux demander conseil. Le prêtre le conseillait en consultant des textes tout à fait secrets ou eux seuls, les prêtres, avaient le droit de fourrer le nez. En plus, ces textes étaient obscurs comme charabia. Aucun homme ne savait donc avec précision quels étaient ses droits, quels étaient ses devoirs. Le prêtre le disait pour chaque cas séparément. Et les procès étaient célébrés d'après une liturgie dont lui seul connaissait les rites. Comme le clergé, à l'origine, fut entièrement aristocratique, ou asservi à l'aristocratie, il est facile de s'en convaincre par notre vieux paysan romain qui priait Sterculius pour l'engrais du sol, Vervactor lors du 1er défrichement, Redarator pour le 2e, Sator pour l'ensemencement et Occator pour le hersage, et de nombreux autre encore du même genre. Pour une récolte abondante, il lui fallait absolument se ménager ces diverses volontés divines. Puis parmi eux, -- la rationalisation, ça existait aussi à cette époque-- se détacha des dieux principaux, majeurs, qui remplirent ces mêmes fonctions d'agents agricoles divins: Saturne aux semailles, Janus à la lumière, Mars à la végétation, puis à la guerre, Jupiter au ciel et aux phénomènes atmosphériques. Le pauvre diable à qui on avait fait, ou qui croyait qu'on lui avait fait une injustice allait chez l'un des dieux demander conseil. Le prêtre le conseillait en consultant des textes tout à fait secrets ou eux seuls, les prêtres, avaient le droit de fourrer le nez. En plus, ces textes étaient obscurs comme charabia. Aucun homme ne savait donc avec précision quels étaient ses droits, quels étaient ses devoirs. Le prêtre le disait pour chaque cas séparément. Et les procès étaient célébrés d'après une liturgie dont lui seul connaissait les rites. Comme le clergé, à l'origine patricien, fut entièrement aristocratique, ou asservi à l'aristocratie, il est facile de comprendre comprendre quels étaient les verdicts lorsqu'il y avait procès entre patriciens et plébéiens. Ce peuple de pouvoir n'était ni artiste, ni poète. Ses dieux, à la différence des Grecs, n'ont ni cosmogonie, ni mythologie, ni théologie proprement romaines. Mais ils ont cru beaucoup plus fortement à leurs dieux que les Grecs, un peu comme les Québécois, qui parlent plus mal leur langue que les Français, la défendent plus farouchement, ou que les Coptes sont plus chrétiens que tous les Italiens réunis. C'est la différence entre des gens de création et des gens de conviction. Le 1er effet des Douze Tables fut de séparer, sous l'effet d'une mentalité qui s'affranchit tant soit peu de la pensée magique, le droit civil du droit divin, c'est-à-dire de dégager les rapports entre citoyens de la changeante volonté des dieux, ou plutôt de ceux qui déclaraient représenter les dieux. Car les plus intelligents s'aperçoivent avant les autres que ceux qui parlent de Dieu ou des dieux parlent d'eux-mêmes en se cachant derrière des dieux fumeux. À partir de ce moment-là, Rome cessa d'être cette sorte de théocratie pour incultes et naïfs. Tout doucement, le monopole ecclésiastique de la loi commença de s'émietter. Appius Claudius l'Aveugle publia un calendrier de dii fasti (jours fastes) qui indiquait les jours où les causes pouvaient être discutées et les procédures selon lesquelles elles pouvaient l'être -- chose que, jusqu'à ce moment, les prêtres déclaraient être les seuls à savoir. Plus tard, Coruncanius fonda une véritable école d'avocats qui finirent par devenir les techniciens de la loi à l'exclusion des prêtres. Les Douze Tables, qui ont fourni les principes de base de toute la législation qui a suivi à Rome et dans le monde, devinrent matières d'enseignement obligatoire pour les enfants des écoles. Ces étudiants devaient négocier durement leurs notes avec leur professeur. Les élèves apprenaient par coeur ces lois et elles contribuèrent à former le caractère romain, ordonné et sévère, attaché à la loi et chicanier.

Les Romains pratiquaient la divination, qui est l'art de connaître la pensée des dieux et qui repose sur l'idée que les dieux communiquent dans certaines circonstances très spéciales avec les humains, comme Ulysse avec Athéna dans l'Odyssée d'Homère. Les dieux peuvent faire connaître leur pensée par des signes comme les présages, l'eau, le feu, les songes, les délires et les prodiges. Un présage est un signe envoyé par les dieux qu'ils confirment ou non votre entreprise; mais un prodige (éclipses, pluies de pierres, tremblements de terres, naissances monstrueuses, etc.) manifeste la colère des dieux qu'il faut absolument apaisée par un sacrifice confié aux consuls, aux pontifes ou aux haruspices. Cette suppression du prodige se faisait par un simulacre d'enterrement de la foudre ou par la noyade de l'enfant ou de l'animal monstrueux. Même les philosophes stoïciens croyaient aux présages et aux prodiges, car ils étaient selon eux le fait d'une organisation divine du monde et d'une sympathie universelle. Même si l'étude de ces signes est réservée aux augures, aux magistrats et aux haruspices, certains empereurs s'attachaient un astrologue mésopotamien pour lire ces signes et se faire conseiller, au grand dam des protecteurs de la religion nationale romaine. Les plus malins essayaient même de faire dévier sur leurs ennemis les mauvais présages qui leur étaient envoyés. Cependant, les Romains prenaient leurs distances; pour eux, l'avenir peut être annoncé sans pour autant être déterminé.

Le 1er effet des Douze Tables fut de séparer, sous l'effet d'une mentalité qui s'affranchit tant soit peu de la pensée magique, le droit civil du droit divin, c'est-à-dire de dégager les rapports entre citoyens de la changeante volonté des dieux, ou plutôt de ceux qui déclaraient représenter les dieux. Car les plus intelligents s'aperçoivent avant les autres que ceux qui parlent de Dieu ou des dieux parlent d'eux-mêmes en se cachant derrière des dieux fumeux. À partir de ce moment-là, Rome cessa d'être cette sorte de théocratie pour incultes et naïfs. Tout doucement, le monopole ecclésiastique de la loi commença de s'émietter. Appius Claudius l'Aveugle publia en -304 un calendrier de dii fasti (jours fastes) qui indiquait les jours où les causes pouvaient être discutées et les procédures selon lesquelles elles pouvaient l'être -- chose que, jusqu'à ce moment, les prêtres déclaraient être les seuls à savoir. En effet, notion religieuse et juridique, le fas pour un Romain est ce qui agrée aux dieux et le néfaste ce qui leur déplaît. Le jus, c'est ce qu'ordonne les hommes par la loi, mais le fas c'est l'approbation qu'accordent les dieux aux actes des hommes conformes à l'ordre de l'univers, la consécration divine donnée à ce qui « normal ». Ainsi, la publication de ce calendrier jusque là secret permit aux Romains de ne rien entreprendre les 109 jours néfastes de l'année et d'aborder avec confiance et courage les projets fixés aux 235 jours fastes. La mentalité romaine n'est pas scientifique, ou rationaliste, elle est paysanne et religieuse.

Plus tard, Coruncanius fonda une véritable école d'avocats qui finirent par devenir les techniciens de la loi à l'exclusion des prêtres. La profession d'avocat est aux yeux des Romains la plus brillante qui soit, car c'est elle qui ouvre à la carrière politique et aux échelons les plus élevés. Caton, les Gracques, Cicéron furent tous avocats. Il y avait, à la différence d'aujourd'hui, l'avocat conseil et l'avocat plaideur. Les plaidoiries étaient si longues que Pompée les limita à 3 heures. Le public y assistait au Forum ou dans une basilique et courait ces véritables spectacles oratoires et polémiques qui faisaient, dès lors, la réputation des futurs politiciens avocats. Avocat se disait « patronus », car il patronnait son client devant les juges, et le mot « advocatus » qui nous donna « avocat » désignait la personne, parente ou amie, qui accompagnait l'une des parties. Cicéron éleva ce métier d'avocat au niveau de l'orateur, du penseur et du chef d'État. Les Douze Tables, qui ont fourni les principes de base de toute la législation romaine et dans le monde, devinrent matières d'enseignement obligatoire pour les enfants des écoles. Ces étudiants romains devaient négocier durement leurs notes avec leur professeur (un vrai Légaré...). Les élèves apprenaient par coeur ces lois et elles contribuèrent à former le caractère romain, ordonné et sévère, attaché à la loi et procédurier.

C'est à partir de ce moment que les prêtres, obligés de ne plus s'occuper que de questions religieuses, cherchèrent à y mettre un peu d'ordre, sans d'ailleurs y réussir complètement, car qui peut ordonner et classer l'irrationnel, l'arbitraire et l'obscur. Les prêtres pouvaient participer à la vie politique tout en étant exemptés de l'impôt et du service militaire; ils ont toujours eu ce genre d'habiletés. Ces prêtres (3, puis 16 membres) étaient organisés en collèges, dont chacun avait à sa tête un pontife suprême (Pontifex Maximus), élu par l'Assemblée des Centuries. Le grand Pontife avait un rôle très important. Il consacre les édifices, distingue les jours fastes des jours néfastes, réglemente les jeux, garde les livres sacrés, les lois et les procédures. Il nomme les 15 flamines, les 7 Vestales, et il assiste aux mariages. Son prestige est donc considérable, car il est en relation via sa personne avec l'immense pouvoir qu'on attribue aux dieux. Pas besoin de dire que cette prestigieuse magistrature était réservée aux patriciens, mais en -300 le collège des pontifes fut ouvert à la plèbe. Ces prêtres étaient organisés en collèges, dont chacun avait à sa tête un pontife suprême, élu par l'Assemblée des Centuries. Point n'était besoin, pour y entrer, d'un apprentissage spécial; ils ne formaient pas une caste séparée et n'avaient heureusement aucun pouvoir politique. C'était des fonctionnaires de l'État et voilà tout: il leur fallait collaborer avec l'État, qui les payait. Et bien payés, ils se tenaient tranquilles. Leur rôle était essentiel à ces superstitieux de Romains. Les Pontifes procédaient aux consécrations, qui consistent à faire d'une chose profane une chose sacrée, c'est-à-dire qui appartient aux dieux. Les villes, les bois sacrés, les sanctuaires et les temples étaient donc inaugurés, rendus sacrés par ces prêtres qu'étaient les augures. Cette consécration peut aussi s'opérer, à l'inverse, dans le cas des criminels qu'on va châtier ou exiler. Dans ce cas, l'individu est déclaré « sacer » (maudit) comme ses biens. À l'opposé, la consécration peut être une devotio et, dans son sommet, une « apothéose » (élévation au rang des dieux; apo = au-dessus; theos = dieu). Cette apothéose est réservée aux seuls empereurs. Vouloir faire partie du livre Guinness des records en serait le reliquat... C'est l'anthropologie moderne qui nous a conviés à faire ces rapprochements inattendus. Cette discipline croit, avec raison, à des modes comportementaux permanents chez les humains. Par exemple, tout ce côté procédurier que les Romains mirent dans la religion, les modernes l'instillèrent dans leur administration et leur bureaucratie, toutes deux juridiques et réglementaires. Constatez toute la bureaucratie méticuleuse qui entoure votre cours d'Histoire: plan de cours, horaire, votre diplôme et ses exigences très nombreuses et très pointues. Il y a eu un évident transfert de la religion à la bureaucratie, d'où le déclin de la religion qui a perdu une partie de ses fonctions, celle de satisfaire chez l'homme sa manie du rituel avec ses détails impératifs. À Rome, ceux qui s'en chargeaient étaient les prêtres. Ceux qui se consacraient au service de la cité étaient les 15 Flamines, les 5 Pontifes, les 4 à 7 Vestales, les 12 Saliens et les 20 Féciaux. Ceux qui se consacrent au services de la nature sont les 12 Luperques, les 12 Arvales, les 6 Augures et les Haruspices. Et bien payés, ils se tenaient tranquilles.

Le plus important de ces collegia (d'où notre mot collège) était celui des 6 Augures 9 augures dont la tâche était de rechercher les intentions des dieux relativement aux décisions graves que le gouvernement avait à prendre. Vêtu de ses ornements sacrés et précédé des de 15 flamines, le Grand Pontife, les premiers temps, prenait les auspices ( de avis = oiseau, et de specio = je vois) qui sont des présages que lui donne l'observation du en observant le vol des oiseaux, comme l'avait fait Romulus pour fonder Rome. Plus tard, il observa foudre, tonnerre, appétit des poulets sacrés, viscères des animaux offerts en sacrifice (les Romains avaient appris des Étrusques les 2 systèmes). Les Pontifes, qui tirent leur nom d'un pont sacré qu'ils avaient charge d'entretenir, surveillent les pratiques générales de la religion, déterminent les devoirs du peuple, dressent le calendrier des jours fastes (ouvrables, car favorables) et néfastes (fériés, car défavorables). Et chose surprenante pour nous qui sommes habitués à une religion monothéiste fermée, les pontifes tenaient à jour le bottin des dieux à honorer, sans cesse revu et augmenté. Rome; plus tard, il observa les viscères des animaux offerts en sacrifice (les Romains avaient appris des Étrusques les 2 systèmes). Lors des crises graves, on expédiait à Cumes une délégation pour interroger la Sibylle qui était la prêtresse du dieu Apollon. Cette délégation était formée des féciaux, ces 20 prêtres formant un collège, spécialistes du droit international, qui donnaient leur accord obligatoire à tout traité de paix ou à toute déclaration de guerre qui se faisait ainsi: Une délégation de féciaux emporte une motte de gazon prise au Capitole et une pierre symbolisant Jupiter. Elle se rend à la frontière du peuple adverse. Elle y réclame réparation aux ennemis et leur donne 30 jours pour répondre. En cas de refus, elle envoie en territoire ennemi une lance trempée dans le sang, acte signifiant la déclaration de guerre. Ainsi, la guerre est déclarée juste, et elle n'a plus le caractère impie du simple brigandage. Et, pour des crises encore plus graves, on envoyait consulter l'oracle de Delphes, dont la renommée était arrivée jusqu'en Italie. Or, comme les prêtres n'avaient d'autres devoirs que ceux qui les liaient à l'État, il était naturel qu'ils fussent sensibles aux sollicitations que leur faisait l'État en leur promettant quelque promotion ou quelque augmentation de salaire. Ils déclaraient sacré le service, ils purifiaient les armes en mars et en octobre, ils attribuaient un caractère divin au consul honoré d'un triomphe.

Les 12 Saliens célèbrent le dieu de la guerre Mars en exécutant publiquement une danse guerrière. C'est ainsi qu'ils se désennuyaient de leur unique fonction qui consistait à garder le bouclier sacré tombé du ciel, et les 11 autres absolument identiques que Numa le 2e roi de Rome avait fait fabriquer pour confondre d'éventuels voleurs du bouclier sacré, qui pouvait au combat rendre invincible son propriétaire. Vêtus d'une courte tunique, d'une cuirasse et d'un bonnet conique, les Saliens parcouraient la ville en exhibant les boucliers sacrés, en chantant et en dansant selon un rythme grave, qui était le leur. Ils ouvraient et fermaient la saison de la guerre (de mars à octobre), purifiaient les armes et les trompettes de guerre, organisaient des courses de chevaux et présidaient un sacrifice de cheval.

Les 12 Luperques exécutent des rites magiques pour défendre les bergeries contre les loups. Ils parcourent les rues de Rome, presque nus, recouverts de la peau des victimes, et frappent de lanières de cuir du bouc sacrifié ceux et celles qui désirent des enfants, des troupeaux et des bonnes récoltes. La fête était prétexte à des orgies ou à des libertinages. On constate ici l'assimilation primitive entre la fertilité et la fécondité, autant animale qu'humaine.

Le rite consistait en jeux, en don ou en un sacrifice aux dieux pour gagner leur protection ou détourner leur courroux dans la grotte de Lupercal où, dit-on, la louve avait allaité Rémus et Romulus. Deux jeunes gens étaient amenés devant le prêtre qui touchait leur front avec le couteau rougi du sang des victimes et essuyait aussitôt la tache avec un flocon de laine trempé dans du lait. Après quoi, les jeunes étaient tenus de rire. Le rite consistait en un don ou en un sacrifice aux dieux pour gagner leur protection ou détourner leur courroux. Son accomplissement était méticuleux: une petite erreur suffisait à mettre dans l'obligation de le répéter jusqu'à 30 fois. une petite erreur suffisait à mettre dans l'obligation de le répéter jusqu'à trente fois. Le mot religion en latin (religio) a un sens tout extérieur et procédurier. Faire un sacrifice signifie littéralement "rendre sacré quelque chose", précisément la chose qu'on offre à la divinité. Naturellement, les offrandes variaient selon les possibilités de celui qui les faisait et l'importance des bienfaits auxquels on aspirait. Le pauvre père de famille faisant, dans sa maison, fonction de Grand Pontife, sacrifiait sur le foyer un morceau de pain et de fromage et un verre de vin. Si la sécheresse se prolongeait, il arrivait avec un jeune coq. S'il était menacé d'une inondation, il était capable d'égorger son porc ou un mouton. Mais quand c'était l'État qui célébrait le sacrifice pour rendre les dieux propices à quelque grande entreprise nationale, le Forum, où se passait généralement la cérémonie, se transformait en un véritable abattoir. Des troupeaux entiers étaient égorgés tandis que les prêtres prononçaient des formules d'une précision rigoureuse. Comme les dieux avaient le goût fin, on leur réservait l'intérieur des bêtes et particulièrement le foie. Le reste était mangé par la population réunie en cercle. Ce choix fut si profond et si durable que, durant les années 1950, à l'île d'Orléans, incroyable mais vrai, de nombreux cultivateurs jetaient le foie de leurs bêtes et ne le mangeaient pas. Il a fallu des citadins de Québec pour les convaincre d'en manger! Ce choix fut si profond et si durable que durant les années 1950, à l'île d'Orléans, incroyable mais vrai, de nombreux cultivateurs jetaient le foie de leurs bêtes et ne le mangeaient pas. Il a fallu que des citadins de Québec pour les convaincre d'en manger! Si bien que ces cérémonies à Rome se transformaient en banquets pantagruéliques intercalés de prières, car il fallait bien digérer. Une loi de -97 interdit le sacrifice de victimes humaines. Signe que, dans des cas exceptionnels, on y avait recours en envoyant en l'air -- au sens spirituel du mot-- des esclaves ou des prisonniers de guerre. Octave, en -40 aurait sacrifié --vengeance déguisée en sacrifice religieux-- 40 notables romains. Mais il y eut aussi des citoyens qui offrirent volontairement leur vie pour le salut de la nation, comme ce Marcus Curtius qui, pour apaiser les dieux des Enfers à l'occasion d'un tremblement de terre, se précipita dans une crevasse qui se referma aussitôt. Moins effroyables et plus raffinées étaient les cérémonies dites de purification et célébrées, par exemple, en faveur d'une propriété, d'un troupeau, d'une armée partant en guerre, voire d'une ville entière. On faisait une procession tout autour, en chantant les carmina, hymnes pleins de formules magiques. C'était une procédure tout à fait semblable à celle des vota faits pour obtenir quelque faveur des dieux. Signe que, dans des cas exceptionnels, on y avait recours, au détriment des esclaves, ou des prisonniers de guerre. Mais il y eut aussi des citoyens qui offrirent volontairement leur vie pour le salut de la nation, comme ce Marcus Curtius qui, pour apaiser les dieux des Enfers à l'occasion d'un tremblement de terre, se précipita dans une crevasse qui se referma aussitôt.

Moins truculentes et plus raffinées étaient les cérémonies dites de purification et célébrées, par exemple, en faveur d'une propriété, d'un troupeau, d'une armée partant en guerre, voire d'une ville entière. On faisait une procession tout autour, en chantant les carmina, hymnes pleins de formules magiques. C'était une procédure tout à fait semblable à celle des vota faits pour obtenir quelque faveur des dieux.

Mais quels dieux?

L'État romain, qui était leur imprésario, ne réussit jamais à mettre quelque ordre en la matière; peut-être ne le voulut-il point. Les dieux, en tant que créations de l'imaginaire des hommes, sont le lieu du fantasque. Les Romains sentaient sans doute qu'à vouloir ordonner cet univers imaginatif, comme on le tentera plus tard chez les chrétiens, c'était museler l'imagination humaine, chose impossible, ou persécuter la société, chose insupportable.

Jupiter était considéré comme le plus important de tous les locataires de l'Olympe; mais non pas comme leur roi, ainsi que l'était le Zeus de la Grèce antique. Il resta toujours dans le vague, comme un père absent, comme une force impersonnelle se confondant tantôt avec le ciel, tantôt avec le soleil, tantôt avec la lune, tantôt avec la foudre --selon les goûts. Peut-être, à une époque très reculée ne fit-il qu'un avec Janus, le dieu des portes. Ce n'est que par la suite qu'ils se différencièrent. Les riches matrones romaines faisaient des processions pieds nus au temple de Jupiter Tonnant sur le Capitole, le premier que les Romains ont construit, Capitole pour implorer la pluie lors des périodes de sécheresse. En temps de guerre, on ouvrait les grandes portes du temple de Janus pour permettre au dieu de rejoindre l'armée et de la conduire dans la bataille. On fermait le temple en temps de paix. Le flamine de Jupiter, l'un des 15 flamines prêtres responsables d'un dieu chacun, avait la prééminence, reconnaissable en public à son bonnet pointu et à son vêtement particulier tissé par sa femme, et qu'il doit porter en permanence pour être toujours prêt à offrir un sacrifice. Il est entouré de toutes sortes d'interdits: il ne peut avoir une arme, toucher un cheval, émonder une vigne, tabous que les Romains eux-mêmes ne comprenaient plus.

Mars, dieu de la guerre dont Vénus déesse de l'amour était amoureuse, était d'un rang égal: on lui dédiait un mois de l'année (le mois de mars; qui l'eut pu contester...); un lien de famille l'unissait à Rome puisqu'il était le père naturel de Romulus. Saturne aussi, dieu des semailles, que la légende peignait comme un roi préhistorique, professeur d'agronomie, vaguement communiste.

Après ce quadrumvirat, (quadrum (4) viri (hommes), il y avait les déesses. Junon était la déesse de la fertilité tant des champs que des arbres, tant des animaux que des hommes; et on avait baptisé de son nom un mois, le mois de Juin, considéré comme le plus favorable aux mariages, dont elle était aussi la déesse même si elle était continuellement trompée par son volage mari Jupiter qui courait toutes les minettes qu'il rencontrait. Minerve, importée de Grèce, sur le dos d'Énée, protégeait la sagesse et la science. Vénus s'occupait de la beauté et de l'amour. Diane déesse de la Lune, était surintendante de la chasse et des bois; c'est dans un bois, près de Némi, que s'élevait un majestueux temple de Diane où on disait qu'elle avait épousé Virbius, le 1er roi de la forêt. Diane tuait tout jeune homme qui essayait de la voir se baigner nue dans les rivières. Elle était donc plus terrible encore qu'une mante religieuse, dont au moins les maris meurent satisfaits.

Puis venait toute une équipe de dieux moins grands; les sous-officiers, pourrions-nous dire, de cette armée céleste. Hercule, dieu du vin et de la gaieté, était tout à fait capable de jouer une courtisane aux dés avec le bedeau de son temple. En ce qui concerne Mercure, on lui attribuait un faible pour les marchands, les orateurs et les voleurs, 3 catégories de gens en qui, évidemment, les Romains voyaient de nombreuses ressemblances. Bellone avait la spécialité de la guerre. Céres, déesse de la fécondité, Neptune dieu de la mer, Vesta déesse du foyer, Vulcain dieu du feu complétait la liste des principaux dieux. Il est même possible que les plus intellectuels de ces Romains pieux aient inventé ces dieux curieux que sont les abstractions personnifiées telles Fides, Victoria, Libertas, et même Concordia, ce nom pas très efficace d'une université québécoise où un prof de sciences pures en a descendu 4 autres.

Mais il est impossible de les nommer tous. Ils se multiplièrent démesurément avec l'accroissement de la ville, l'extension de sa domination et l'esprit assez libéral des Romains en matière religieuse. Ils ont compris d'instinct qu'il était idiot de pour se quereller pour des niaiseries théologiques. En effet, quels que fussent l'État ou la province qu'ils conquissent, le 1er souci des soldats romains c'était de faire main basse sur les dieux locaux qu'ils emportaient dans leur valise, patrie, convaincus qu'ils étaient qu'une fois sans dieux, les vaincus ne pourraient pas tenter de revanche. Rendus à la maison, pas chauvins pour 2 sesterces, ils leur rendaient un culte, pas parce qu'ils les aimaient mais, tout le contraire, pour ne pas que ces dieux étrangers ne se vengent sur eux des cruautés qu'ils avaient commis chez ceux qui les avaient priés avant eux.culte.

Mais outre ces dieux-là, qui, bien que mis à un régime privilégié, n'en étaient pas moins des dieux prisonniers, il y avait les novensiles, c'est-à-dire ceux que, de leur propre initiative, de nombreux étrangers, lorsqu'ils se transportaient à Rome et s'y installaient, emmenaient avec eux pour se sentir moins en exil et moins, dépaysés. Ils les logeaient dans des temples construits avec des fonds privés. Non seulement les Romains ne contestèrent jamais ce droit à personne, mais ils se montrèrent extraordinairement hospitaliers avec tous, surtout avec les déesses étrangères comme les Québécois avec Brigitte Bardot, Marylin Monroe et Madona, notamment l'égyptienne Isis, l'anatolienne Cybèle et la syrienne Mithra. tous. L'État et ses prêtres considéraient les dieux, les considéraient, dans un certain sens, comme des policiers collaborant au bon ordre de leurs fidèles sans solliciter la moindre rétribution, car la religion s'est souvent donnée ce rôle de chien de garde des bonnes moeurs. Le prêtre y trouvait une justification sociale à son travail et les autorités politiques le laissaient propager sa religion ou ses dieux sans l'inquiéter, voire le payaient pour ce travail de rendre les citoyens vertueux et dociles, la docilité étant la vertu la plus appréciée. dociles.

À beaucoup de ces dieux nouveaux, ils allèrent jusqu'à assigner un poste dans l'Olympe officiel. C'est ainsi qu'en --496, par exemple, les dieux grecs Déméter et Dionysos furent engagés comme collègues et collaborateurs de Cérès et de Liber. Quelques années plus tard, Castor et Pollux, eux aussi tout fraîchement consacrés, payèrent leur dette de gratitude en descendant aider les Romains à résister lors de la bataille du lac Régille. Vers -300, Esculape fut déménagé d'autorité d'Épidaure à Rome pour y enseigner la médecine. Car pour les Anciens, les dieux sont utiles, très nécessaires à la santé, la prospérité et la victoire. Plus on les courtise nombreux, plus c'est payant. Il n'y a pas comme chez les Hébreux de faux dieux, il n'y en a que de plus utiles que d'autres, comme les vêtements de votre armoire à linge. Petit à petit, ces nouveaux venus, d'hôtes qu'ils étaient devinrent les maîtres de la maison, en particulier les dieux grecs, plus affables et plus cordiaux, moins froids, moins formalistes et moins lointains que les dieux romains. C'est une influence hellénique qui fit se constituer peu à peu une hiérarchie (ordre sacré) hiéros = sacré; archè = commandement) entre eux, à la tête de laquelle on reconnut Jupiter comme chef, avec les mêmes attributs qu'avait le Zeus grec à Athènes. Premier pas vers les religions monothéistes (monos = un seul; théos = dieu) qui triomphèrent d'abord avec le stoïcisme, puis avec le judaïsme, enfin avec le christianisme. Ce ne fut pas un progrès, car on perdit à travers cette simplification jusqu'à un, la diversité de l'humain qu'on retrouvait dans les religions polythéistes. Avec un seul Dieu, on est obligé devant un seul modèle de se conformer tous et chacun devant un seul type de vie, de vision du monde et de perception de la condition humaine. La culture s'appauvrit d'autant (imaginez que tous les cours du Cégep soient donnés par un seul professeur!) et on tombe sous la coupe de ceux qui prétendent connaître l'unique dieu mieux que les autres.

d'autorité d'Épidaure à Rome pour y enseigner la médecine. Car pour les Anciens, les dieux sont utiles, très nécessaires à la santé, la prospérité et la victoire. Plus on les courtise nombreux, plus c'est payant. Il n'y a pas comme chez les Hébreux de faux dieux, il n'y en a que de plus utiles que d'autres, comme les vêtements de votre armoire à linge. Petit à petit, ces nouveaux venus, d'hôtes qu'ils étaient devinrent les maîtres de la maison, en particulier les dieux grecs, plus affables et plus cordiaux, moins froids, moins formalistes et moins lointains que les dieux romains. C'est une influence hellénique qui fit se constituer peu à peu une hiérarchie (ordre sacré) hiéros = sacré; archè = commandement) entre eux, à la tête de laquelle on reconnut Jupiter comme chef, avec les mêmes attributs qu'avait le Zeus grec à Athènes. Premier pas vers les religions monothéistes (monos = un seul; théos = dieu) qui triomphèrent d'abord avec le stoïcisme, puis avec le judaïsme, enfin avec le christianisme. Ce ne fut pas un progrès, car on perdit à travers cette simplification jusqu'à un, la diversité de l'humain qu'on retrouvait dans les religions polythéistes. Avec un seul Dieu, on est obligé devant un seul modèle de se conformer tous et chacun devant un seul type de vie et de vision du monde et de perception de la condition humaine. La culture s'appauvrit d'autant (imaginez que tous les cours du Cégep soient donnés par un seul professeur!) et on tombe sous la coupe de ceux qui prétendent connaître l'unique dieu mieux que les autres.

Mais ce processus ne se développa que beaucoup plus tard, à la fin de l'empire romain, au -IVe siècle. Les Romains de la période républicaine (-590 à -27) cohabitèrent harmonieusement avec une foule de dieux au lieu de s'entre-tuer plus tard avec un seul. Pétrone disait que, dans certaines villes, leurs dieux étaient plus nombreux que les habitants. Tarron les évalue à près de 30,000. Leur activité et leurs interférences rendaient la vie compliqués aux fidèles qui ne savaient comment se débrouiller au milieu de leurs rivalités, commerciales dirait-on aujourd'hui. L'Office de la protection du consommateur n'existait pas encore. Partout, on s'exposait à trébucher sur quelque objet consacré à l'un ou à l'autre. Si on les offensait, ils se montraient sous forme de sorciers qui passaient en volant la nuit, mangeaient des serpents, tuaient des enfants et faisaient disparaître les cadavres. Chez Horace et chez Tibulle, chez Virgile et chez Lucain, on en rencontre à chaque pas. Les dieux étaient d'autant plus dangereux en un certains sens qu'à la différence de presque toutes les autres religions, la religion romaine ne considérait pas qu'ils restaient confinés dans le ciel, bien qu'admettant que, là aussi, il y en avait. Elle pensait qu'ils préféraient rester sur terre, en proie à des besoins et passions bien terrestres: faim, luxure, cupidité, ambition, envie, avarice. À la différence des religions monothéistes (christianisme, islam), c'était les dieux qui persécutaient les hommes, et non les hommes entre eux pour des questions de religion. À la différence des religions monothéistes (christianisme, islam), c'était les dieux qui persécutaient les hommes, et non les hommes entre eux pour des questions de religion.

Pour mettre les hommes à l'abri de leurs méfaits, les collèges, ou ordres religieux, se multiplièrent. Parmi ces ordres, il y en eut un féminin, celui des Vestales. Prises entre l'âge de 6 et 10 ans, elles devaient faire un service de 30 ans dans une chasteté absolue. Ce sont les devancières de nos religieuses. Le grand Ponfife les recrutaient en 6 et 10 ans chez leurs parents. 10 ans de formation, 10 ans de sacerdoce et 10 ans d'enseignement constituaient leur carrière trentenaire. On ne sait trop ce qu'elles devaient apprendre ou enseigner si longtemps. Vêtues et Vêtues de blanc, voilées de blanc, leur fonction consistait surtout à arroser la terre avec de l'eau puisée à la fontaine consacrée à la nymphe Égérie, d'entretenir le feu sacré de Rome qui brûlait dans le temple de Vesta, de garder les Pénates du peuple romain, de conserver des objets mystérieux, dits fétiches, que personne d'autre qu'elles ne devaient regarder et qui assuraient la continuité de la race romaine. Un grand voile blanc et des bandelettes sur la tête les faisaient reconnaître des Romains lors des fêtes et processions publiques. Jouissant de privilèges particuliers, elles avaient entre autre celui de gracier un condamné à mort si elles le croisaient sur la route qui le menait au supplice. Égérie. Si elles étaient surprises transgressant leur voeu de virginité, elles étaient battues de de verges et enterrées vives. Les historiens romains nous rapportent 12 cas de ce supplice. Une fois fini leur service trentenaire (de 30 ans), trentenaire, elles étaient réadmises au sein de la société avec beaucoup d'honneurs et beaucoup de privilèges et avaient même le droit de se marier, avec beaucoup d'affection en retard, ce qui compensait leur âge avancé pour un mari qui cherchait une aubaine sur le marché de l'amour. Mais à l'âge qu'elles avaient, il ne leur était pas facile de trouver un mari, car d'habitude il cherchait ni l'amour qu'il trouvait chez les prostituées ni la bonne compagnie qu'il trouvait avec ses compagnons militaires et ses compatriotes, mais une descendance.

C'était la religion qui donnait aux Romains des jours de fête et de repos qui remplaçaient le dimanche et les fins de semaine qu'ils ne connaissaient pas. Il y avait une centaine de ces jours-là par an: donc à peu près autant de jours de congé qu'à présent. Mais on les célébrait plus sérieusement, plus religieusement, car la religion faisait partie de l'économie, si on peut dire, l'économie si on peut dire en attirant la faveur des dieux sur la Cité. Un jour sur deux étaient consacrés à des fêtes ou à des jeux. Certains de ces jours fériés étaient austères et commémoratifs: tels les « lémures » (notre jour des Morts) au mois de mai, que chaque père de famille célébrait chez lui en se remplissant la bouche de haricots blancs et en recrachant ces haricots tout autour de lui au cri de: « Par ces haricots, je me rachète moi-même et je rachète les miens! Allez, âmes de nos ancêtres! » On constate par cette formule la culpabilisation qui travaillait le coeur du Romain et que manipulent toutes les religions. En février, il y avait les parentales ou les fera les et les lupercales, au cours desquelles on jetait dans le Tibre de petites poupées de bois pour tromper le dieu qui réclamait des hommes. Puis il y avait les floralies, les liberales, les ambarvales, les saturnales.

Même dans ce domaine-là, il régnait une telle anarchie que la 1ère première raison qui poussa les Romains à faire un calendrier fut la nécessité d'établir une liste de ces fêtes. Dans les tout premiers temps, c'étaient les prêtres qui se chargeaient de cela, en indiquant, pour chaque mois, quand et comment célébrer telle ou telle fête. La tradition attribue à Numa Pompilius le mérite d'avoir mis de l'ordre en ces matières par l'établissement d'un calendrier fixe qui resta en vigueur jusqu'à César. Il divisait l'année en 12 mois lunaires, mais laissait aux prêtres le droit d'allonger ou de raccourcir le mois à leur idée pourvu qu'à la fin du 12e on arrivât au total de 366 jours. Les prêtres abusèrent tellement de cette liberté, pour favoriser ou, au contraire, gêner tel ou tel magistrat qu'à la fin de la République (-27), le calendrier de Numa Pompilius était devenu complètement fantaisiste et n'avait d'autre utilité que d'alimenter les controverses stériles. Et la fantaisie, ce n'est pas un trait romain. L'année commençait le 15 mars (les ides de Mars) comportait 12 mois de 29 ou 31 jours, plus un mois intercalaire de 22 ou 23 jours tous les 2 ans. Ça faisait 366½ jours, que les pontifes devaient ajuster de temps en temps. Chaque mois, 3 jours correspondait à 3 phases de la lune: les calendes à la nouvelle lune, les nones au 1er quartier de lune, les ides à la pleine lune. Et on comptait les jours par anticipation. Ainsi, le 9 août se disait « le 5e jour avant les Ides »; le 29 septembre « le 3e jour avant les calendes d'octobre ».

Au cours de la journée, on comptait les heures au jugé d'après la position du soleil dans le ciel et l'heure pour eux n'est pas la 24e partie de la journée, mais la 12e parce qu'il y avait 12 heures diurnes et 12 heures nocturnes, qui sont restées chez nous par les fameux AM (avant-midi) et PM (après midi). ciel. Le 1er cadran solaire fut de fabrication grecque. C'est un cercle sur un mur, exposé au soleil, avec un bâton au centre et dont l'ombre du bâton qui se déplace par le soleil donne l'heure graduée sur le cercle. Il fallait y penser! On l'importa de Catane en Sicile grecque en -263 pour le placer dans le Forum, moitié colline parlementaire, moitié place d'Youville. la place d'Youville de Rome. Mais, comme Catane se trouve de 4 degrés plus au sud que Rome, l'ombre est différente puisque le soleil dans le ciel n'est pas à la même hauteur; en conséquence, l'heure n'était pas exacte et les Romains se mettaient en colère; pendant un siècle, le désordre régna parce que personne ne put arranger cette erreur diabolique. On pestait aussi contre les horloges à eau, ces clepsydres d'où l'eau s'écoulait lentement et régulièrement pour ainsi mesurer le temps par le volume d'eau écoulé. Sénéque disait d'elles, découragé: « Il est plus facile d'accorder deux philosophes que deux horloges ». En 1994, c'est l'inverse: on accorde plus facilement nos horloges que nos philosophes.

Les jours du mois étaient divisés selon les calendes ( le 1er jour), les nones (le 5 ou 5ou le 7) et les ides (le 13 ou le 15). L'année qu'on appelait annus, mot que voulait dire également: anneau, (d'où son autre sens anatomique) commençait en mars. Ensuite venaient avril, mai, juin, quintile (qui deviendra juillet en l'honneur de Jules César), sextile (qui deviendra août en l'honneur de l'empereur Auguste), septembre, octobre, novembre, décembre, janvier (en l'honneur du saint chrétien) et février. Il existait une manière de préfiguration du dimanche: la nundina, qui revenait tous les de 9 en 9 jours; c'était comme le jour du marché dans les villages italiens et les travaux quotidiens ordinaires cessaient. italiens. Les paysans laissaient leur champ pour venir au pays vendre leurs oeufs et leurs fruits; mais ce n'était pas une fête à proprement parler. On peut dire en forçant que la semaine des Romains, c'était cette nundina de 9 jours.

Pour les intellectuels, et les matheux en particulier, c'était encore plus ardu. Les Romains ne disaient pas 1/12, ¼, ½, mais uncia, quadrans, semis. C'était encore des quantités pensées comme des mots, et non comme nous quand treize n'est qu'un chiffre traduit en mot. Comme tout était encore basé sur le système duodécimal (12), l'arithmétique était compliqué, et le demeura en Occident jusqu'à l'apparition du génial et fort simple système métrique que nous donna la Révolution française de 1789. S'ils S'ils voulaient s'amuser pour de bon, les Romains devaient attendre les liberales et les saturnales. C'était là le moment ou, comme le dit un personnage du poète comique Plaute, chacun peut manger ce qu'il veut, aller où il lui plaît, et faire l'amour avec la personne de son choix, pourvu qu'il laisse tranquilles les épouses, les veuves, les jeunes filles et les jeunes garçons. Une façon de dire qu'il ne restait plus grand monde à draguer même les jours de fêtes.

Les Romains ont souvent cru que leur malheur venait de la baisse de leur ferveur religieuse, comme nos traditionnels aujourd'hui croient que l'épidémie du sida et la montée des divorces viennent tous deux du discrédit et de l'abandon de la religion chez leurs contemporains. Comme l'avenir est inconnu, comme l'imagination créatrice est plus rare que le souvenir, les hommes ont toujours cherché quelque régénération par un désir de retour en arrière. Dès la fin de la Républicains, les vieux Romains constatent que les jeunes pillent les biens des dieux, beaucoup de fêtes religieuses anciennes ne sont plus célébrées, les temples tombent en ruine. Juvénal s'exclame: « Qu'il existe des mânes, un royaume souterrain, que Charron ou Jupiter soit réel, les enfants mêmes ont cessé d'y croire! »

CHAPITRE XI

LA VILLE ou L'URBS

On ne sait pas de façon précise combien Rome pouvait avoir d'habitants à la veille des guerres puniques (-264). Les chiffres fournis par les historiens sur la base de recensements incertains sont contradictoires; et peut-être des historiens ne tiennent-ils pas compte du fait que la majeure partie des individus recensés devaient habiter non pas à l'intérieur de la ville, ce qu'on appelait le pomerium, pomoerium, (l'espace libre à l'intérieur de l'enceinte) mais à l'extérieur, la campagne, les villages dont cette campagne était parsemée. Dans la ville proprement dite, il ne devait pas avoir plus de 100,000 âmes, population qui nous paraît modeste aujourd'hui mais qui, pour l'époque, était énorme, car les villages importants se composaient de 5000 à 10,000 habitants. Sa composition ethnique devait déjà faire de Rome un centre international même si cet adjectif est ici anachronique; mais moins pourtant qu'elle ne l'avait été sous les Tarquins qui, avec leur passion d'Étrusques pour le commerce, pour la mer, y avaient appelé beaucoup d'étrangers, dont certains étaient difficiles à assimiler sans doute parce qu'ils résistaient à la romanisation surtout s'ils étaient partiellement hellénisés. On assimile politiquement et socialement sans trop de peine ce qu'on domine culturellement et économiquement. Avec la République, l'élément indigène, latin et sabin, avait pris sa revanche; il s'était renforcé et, peut-être même, avait réglementé plus parcimonieusement l'immigration. Cette immigration venait en majeure partie des provinces limitrophes dont les originaires étaient aptes à se fondre plus facilement avec les maîtres de la maison.

La ville n'avait pas beaucoup avancé, du point de vue de l'urbanisme, sous les magistrats républicains frustes, avares et dénués de toute prétention, étroitement formés par l'idée de survie dans un monde hostile et violent. Deux rues principales s'y croisaient, divisant la ville en 4 quartiers, dont chacun avait ses dieux tutélaires, les lares compitales (des carrefours) dont les statues se dressaient dans tous les coins. Deux rues principales s'y croisaient, divisant la ville en 4 quartiers, dont chacun avait ses dieux tutélaires, les lares compitales(des carrefours) dont les statues se dressaient dans tous les coins. C'étaient des rues étroites, au sol de terre battue: ce ne fut que plus tard qu'on les pava de pierres tirées du bord du fleuve. La Cloaca Maxima, c'est-à-dire les égouts, semble avoir existé déjà à l'époque des Tarquins. Elle amenait les détritus de Rome dans le Tibre, infectant ainsi l'eau destinée aussi à être bue. En -312, Appius Claudius l'Aveugle affronta et résolut ce problème en construisant le 1er aqueduc, (aqua = eau; ducere =ducere = conduire) qui approvisionna Rome d'eau fraîche et pure puisée directement dans les puits. Et, pour la première fois, les Romains, tout au moins ceux qui appartenaient à une certaine catégorie, en eurent suffisamment pour pouvoir se laver. Pourtant, les premiers thermes ou bains publics) ne furent construits qu'après la défaite du Carthaginois Hannibal (à Zama en -202).

conduire) qui approvisionna Rome d'eau fraîche et pure puisée directement dans les puits. Et, pour la 1ère fois, les Romains, tout au moins ceux qui appartenaient à une certaine catégorie, en eurent suffisamment pour pouvoir se laver. Pourtant, les premiers thermes ou bains publics) ne furent construits qu'après la défaite du Carthaginois Hannibal (à Zama en -202).

Les maisons étaient restées à peu près telles que les avaient construites les architectes étrusques. On n'en avait embelli que l'extérieur, en l'ornant de stuc et en le décorant de graffiti. À la différence de nos maisons québécoises, ouvertes sur la rue par une façade agréable et ouverte sur l'arrière pour bénéficier du calme d'un patio ou du gazon, les Romains avaient une maison typique: un carré avec en son centre une cour ouverte, appelée atrium, lieu central de la maison, qui recevait parfois l'eau courante. un carré avec en son centre une cour ouverte, appelée atrium, lieu central de la maison. La maison est donc repliée sur elle-même. Elle servira de modèle aux monastères médiévaux avec leur cour intérieure carrée ornée d'une colonnade qui s'ouvre sur un quadrilatère central converti en merveilleux jardin arrosé d'une fontaine, dont certaines sont de véritables châteaux d'eau magnifiquement décorées. Elle servira de modèle aux monastères médiévaux avec leur cour intérieure carrée ornée d'une colonnade qui s'ouvre sur un quadrilatère central converti en merveilleux jardin arrosé d'une fontaine. On imite un peu la chose aujourd'hui dans les centres d'achat, comme à Place Laurier, où les boutiques donnent sur une immense place centrale couverte. Le même modèle existe au pavillon de Konninck de l'université Laval. Mais il est complètement raté celui-là parce que l'hiver trop dur rend inutilisable la cour intérieure sans toit. L'architecte avait oublié qu'il fait "fret" au Québec! La maison romaine offre, en plus petit bien sûr, le même principe de disposition des espaces. Mais le merveilleux climat italien en fait une maison superbement fleurie et ensoleillée.

Les dangers qu'ils avaient traversés avaient poussé les Romains à construire avant tout des temples pour se concilier la sympathie des dieux. Sur le Capitole, l'une des 7 collines de Rome, ils en avaient élevé 3 de bois, mais revêtus de marbre: un à Jupiter, un à Junon sa femme mille fois trompée, un à Minerve. Le temple romain, rectangulaire et orienté est-ouest, est d'inspiration grecque et étrusque, est de 4 formes selon qu'il est plus ou moins doté de colonnes, en avant ou en son pourtour et de 4 parties. De l'avant vers l'arrière: escalier, colonnade, pronaos (vestibule, où est installé un autel), cella (rectangle où est la demeure et la statue du dieu).un à Jupiter, un à Junon sa femme mille fois trompée, un à Minerve.

La ville vivait encore surtout d'agriculture et d'élevage. Cette agriculture de subsistance est fondée sur la petite propriété privée appartenant non à l'individu, mais à la gens tout entière. La ville vivait encore surtout d'agriculture, une agriculture fondée sur la petite propriété privée appartenant non à l'individu, mais à la gens tout entière. Une bonne partie de la population, même de celle du centre, après avoir dormi sur la paille, se levait à l'aube, chargeait une pioche et une bêche sur un char traîné par des boeufs, et partait cultiver un petit champ qui ne dépassait généralement pas 2 hectares. Ils cultivaient légumineuses, plantes textiles et arbres fruitiers. Paysans tenaces au travail mais guère évolués, ils ne connaissaient d'autres engrais que le fumier de leurs bêtes, ni d'autre alternance de culture que celle du blé aux légumes, et vice versa. L'élevage, --Romulus était berger--, comprenait celui des bovins pour le trait, les travaux agricoles, la brebis et la chèvre pour le lait, les chevaux pour les transports, les voyages et la cavalerie, les ovins pour la laine et le lait, l'âne et le mulet pour le portage, et le lait d'ânesse comme crème de beauté. On faisait du fromage, du lait caillé et aromatisé, mais non du beurre. Cet élevage était complété par les poules, les pigeons, les abeilles. Plus tard, les riches villas introduiront des viviers d'eau de mer et d'eau douce et l'ostréiculture (culture des huîtres).Il cultivait légumineuses et plantes textile, et des arbres fruitiers. Paysans tenaces au travail mais guère évolués, ne connaissant d'autres engrais que le fumier de leurs bêtes, ni d'autre alternance de culture que celle du blé aux légumes et vice versa. Les Romains n'ont jamais été des bolés en techniques. Contre les maladies des plantes, ils recouraient au vin, à l'eau résiduelle des olives et au carbonate de soude. Ils se spécialisèrent dans la vigne et l'olivier dès qu'ils purent importer du blé des provinces conquises. C'est de l'agriculture que nombre de familles nobles ont tiré leur nom: les Lentuli étaient spécialisés dans les lentilles, les Coepiones dans les oignons, les Fabii dans les haricots, un peu comme nos Dufour et nos Couillard. Les autres produits étaient les figues, les raisins et l'huile. Chaque famille avait ses poulets, ses cochons, et surtout ses moutons pour tirer d'eux la laine permettant de tisser les vêtements à la maison.

Sauf en architecture, les Romains n'ont jamais été des bolés en techniques. Contre les maladies des plantes, ils recouraient au vin, à l'eau résiduelle des olives et au carbonate de soude. Ils se spécialisèrent dans la vigne et l'olivier dès qu'ils purent importer du blé des provinces conquises. C'est de l'agriculture que nombre de familles nobles ont tiré leur nom: les Lentuli étaient spécialisés dans les lentilles, les Coepiones dans les oignons, les Fabii dans les haricots, un peu comme nos Dufour et nos Couillard. Les autres produits étaient les figues, les raisins et l'huile. Chaque famille avait ses poulets, ses cochons, et surtout ses moutons pour tirer d'eux la laine permettant de tisser les vêtements à la maison.

À la veille de la guerre punique, cette vie rustique, idyllique, avait quelque peu changé. Les expéditions faites contre les populations limitrophes avaient dépeuplé la campagne. Les hameaux, abandonnés, tombaient en ruine, les mauvaises herbes et les broussailles avaient envahi les champs des soldats partis pour la guerre: pour vivre, il leur avait fallu rentrer en ville. Les nouveaux territoires acquis aux dépens des vaincus étaient déclarés « ager publicus » (champ public) par l'État qui les revendait à des capitalistes de l'ordre équestre engraissés par les commandes de guerre. L'État romain prenait du 1/3 à ½ des terres aux populations vaincues. Une part, comme les mines et les forêts, était exploitée par Rome directement; Une part comme les mines et les forêts était exploitée par Rome directement; une 2e était distribuée à des colons moyennant une redevance; et une 3e non cultivée servait aux pâturages publics moyennant une taxe. et une 3e non cultivée servait aux paturages publics moyennennant une taxe. C'est ainsi que naquirent de grandes propriétés (latifundia) que les propriétaires exploitèrent grâce au travail des esclaves, qui ne coûtaient rien, cependant qu'en ville il se formait un prolétariat (étymologiquement, qui n'a que ses enfants) d'ex-paysans dénués de tout, en quête de travail.

Mais le travail était difficile à trouver parce qu'après la chute des Tarquins, l'industrie artisanale, loin de progresser, n'avait fait que régresser. Le sous-sol, pauvre en minéraux, était la propriété de l'État qui le louait à des gens qui l'exploitaient sans grande conscience et sans grande compétence. On appelle ce système l'affermage. La métallurgie n'avait que fort peu avancé; on continuait à employer plus de bronze que de fer. Comme combustible, on ne connaissait que le bois; c'est pour s'en procurer qu'on rasa au sol les belles forêts du Latium. Seule, l'industrie artisanale du textile avait un peu prospéré: il y avait dorénavant de véritables entreprises qui avaient commencé à produire en série.

Il existait 4 obstacles à l'expansion artisanale et commerciale de Rome. Le 1er, d'ordre psychologique, était la méfiance de la classe dirigeante romaine, toute terrienne, pour ces activités propres à renforcer les classes moyennes non paysannes, qui faisaient surtout partie de l'ordre équestre et qui aussi pouvaient être étrangères, comme les métèques à Athènes. La mentalité économique de l'époque se méfiait du commerce et de sa richesse, comme si elle était artificielle et fragile, dépendante du bon vouloir d'autrui, à la différence de la fortune agricole et terrienne plus solide et agréée des dieux et propre à vous donner l'autarcie (se suffire à soi-même), l'idéal économique antique. Le second était le manque de routes, qui ne permettait le transport ni des matières premières ni des produits; et comme en plus les Romains n'avaient pas le pied marin, pour compenser. La 1ère de ces routes, la « Via latina , ne fut construite qu'en -370, presque 1½ siècle après l'instauration de la République (-590): La première de ces routes, la « Via latina , ne fut construite qu'en -370, presque un siècle et demi après l'instauration de la République (-590): et elle ne faisait qu'unir la Ville aux monts Albains. Seul, Appius Claudius, auteur de l'aqueduc, sentit la nécessité, 50 ans plus tard, d'en construire une qui porta son nom, pour aller à Capoue plus au sud. Les Romains, dans les routes, manifestèrent leur génie. Ils traçaient deux sillons parallèles qui délimitaient la route, et la construisaient avec 4 couches de matériaux divers. ciment, blocage de cailloux et de ciment, mélange de chaux, de sable et de brique, puis pavement de cailloux ou de pierres. Bombées pour l'évacuation de la pluie, elles pouvaient atteindre 10 m de large. Des bornes indiquaient le kilométrage et le lieu, des dégagements étaient prévus aux croisements et aucun système de points de démérite. Les sénateurs n'approuvèrent ses projets grandioses qu'à leur corps défendant, et uniquement parce que les consuls, pour accomplir leur tâche quand ils détenaient l'imperium (le commandement militaire), demandaient aussi un réseau routier. Le 3e obstacle était l'absence d'une flotte: la flotte avait disparu depuis la fin de la domination étrusque à Rome. De petits armateurs privés avaient bien continué de construire quelques navires; mais leurs équipages étaient timides et inexpérimentés. De novembre à mars, mois de forts vents tempêteux, impossible de faire sortir leurs barques du port d'Ostie où, du reste, la boue du Tibre les bloquait. Il arriva au fleuve d'en avaler 200 d'un seul coup. D'ailleurs, ils ne dépassaient pas le petit cabotage en raison des pirates grecs à l'est et des Carthaginois à l'ouest qui infestaient les parages. Cela n'en rend que plus admirable le miracle accompli par Rome quelques années plus tard, lorsqu'elle affronta avec ses flottes improvisées les flottes carthaginoises d'Hannon et d'Hannibal.

Les sénateurs n'approuvèrent les projets grandioses d'Appuius Claudius qu'à leur corps défendant, et uniquement parce que les consuls, pour accomplir leur tâche quand ils détenaient l'imperium (le commandement militaire), demandaient aussi un réseau routier. Le 3e obstacle était l'absence d'une flotte: la flotte avait disparu depuis la fin de la domination étrusque à Rome. De petits armateurs privés avaient bien continué de construire quelques navires; mais leurs équipages étaient timides et inexpérimentés. De novembre à mars, mois de forts vents tempêteux, impossible de faire sortir leurs barques du port d'Ostie, ce port de Rome distant de 30 kms de la ville, où, du reste, la boue du Tibre les bloquait. Il arriva au fleuve d'en avaler 200 d'un seul coup. D'ailleurs, ils ne dépassaient pas le petit cabotage en raison des pirates grecs à l'est et des Carthaginois à l'ouest qui infestaient les parages. Cela n'en rend que plus admirable le miracle accompli par Rome quelques années plus tard, lorsqu'elle affronta avec ses flottes improvisées les flottes carthaginoises d'Hannon et d'Hannibal.

Une 4e entrave du commerce fut aussi, les premiers temps, l'absence d'un système monétaire. Celui-ci est déterminé par le système des poids et mesures. Celui des Romains était fort compliqué parce que jamais mis en bon ordre, comme les Français le firent si bien avec le système métrique durant la révolution française de 1789. Au cours du 1er siècle de la République romaine, la monnaie d'échange fut le bétail. On commerçait sur une base de poulets, de cochons, de moutons, d'ânes, de vaches. En effet, les 1ères pièces de monnaie portent l'image de ces animaux; En effet, les premières pièces de monnaie portent l'image de ces animaux; et on les appela pecunia de pecus » qui veut dire « bétail », et qui a donné notre beau mot "pécuniaire" qui veut dire " qui a rapport à l'argent". La 1ère unité frappée fut « l'as », morceau de cuivre d'une livre (327 gr.La première unité frappée fut « l'as », morceau de cuivre d'une livre (327 gr.); on le voit donc, la monnaie, à l'époque, c'est un poids de métal précieux, à la différence d'aujourd'hui où la monnaie ne représente rien du tout sauf la confiance que les citoyens ont en elle; elle est dite monnaie fiduciaire, et non comme du temps des Romains qui avait une monnaie métallique dont la valeur repose sur un poids de métal précis, comme si notre petite cent noire canadienne ¢ valait le poids de cuivre qu'elle contient. L'as était à peine né que, déjà, l'État romain le dévaluait de 5/6 pour faire face aux frais de la 1ère guerre punique. L'as était à peine né que, déjà, l'État romain le dévaluait de 5/6 pour faire face aux frais de la première guerre punique. L'as passa de 272 gr. au -Ve siècle; 136 gr. en -89 à 109; puis à 27, puis à 13.6 gr. Il vaudra 9 gr en -15 du temps de l'empereur Auguste; 2.26 gr. vers +250. C'était une façon de multiplier la monnaie quand le métal pour la fabriquer manquait. L'effet pervers (non désiré) était la dépréciation (on avait besoin de plus de monnaie pour acheter le même produit). Même chose aujourd'hui: un $ déprécié vous oblige à payer 2$ un pain que vous payiez naguère $1. D'où l'on voit que cette escroquerie de l'inflation volontairement provoquée a toujours existé et qu'elle se répète avec les mêmes ou différents systèmes monétaires, depuis que le monde est monde. Cependant, elle est plus l'effet d'une ignorance des mécanismes monétaires par les autorités émettrices de la monnaie que d'une véritable escroquerie. L'État déprécie ou émet trop de monnaie parce qu'il en a un urgent et dramatique besoin, lors d'une guerre par exemple. Il se retrouve quelques années, voire quelques mois plus tard, avec une inflation (qui est une perte de pouvoir d'achat de la monnaie). L'État déprécie ou émet trop de monnaie parce qu'il en a un urgent et dramatique besoin, lors d'une guerre par exemple, et il se retrouve quelques années, voire quelques mois plus tard, avec une inflation (qui est une perte de pouvoir d'achat de la monnaie). Déjà, de ce temps-là, l'État lança un emprunt parmi les citoyens. Ceux-ci, pour l'aider à équiper l'armée, lui apportèrent tous leurs as d'une livre (327 gr) en cuivre. Ceux-ci, pour l'aider à équiper l'armée, lui apportèrent tous leurs as d'une livre en cuivre. L'État les encaissa, divisa chacun d'eux par 6 et, pour chaque as reçu, rendit 1/6 d'as à son créancier. Stratagème fort habile qui enrichit l'État au détriment du pauvre déposant qui s'était fait rouler. Morale de l'histoire: étudiez bien vos cours d'Économique, sinon vous allez vous faire rouler vous aussi. Vous vous faites déjà rouler et vous l'ignorez, car quel citoyen connaît bien son Économique pour voter correctement et contrôler son gouvernement?Vous vous faites déjà rouler et vous l'ignorer, car quel citoyen connaît bien son Économique pour voter correctement et contrôler son gouvernement?

Pendant longtemps, cet as dévalué resta l'unique monnaie romaine. Son pouvoir d'achat était égal de combien? Dit autrement, que pouvait-on acheter avec un as dans sa poche? On se figure la chose en se remémorant qu'un simple soldat était payé de 15 à 50 as par an et il recevait à la retraite une somme forfaitaire de 300 as.

Ensuite, un système plus complexe se développa; on fit des subdivisions à l'as, comme nos cents ¢ le sont pour notre $ dollar: il y eut le sesterce d'argent, qui valut 2½ as, puis le denier, également d'argent, égal 4 sesterces; enfin le talent d'or, qui devait être un vrai lingot, car il pesait de 20 à 27 kg, donc il ne servait que de monnaie de compte c'est-à-dire qu'elle ne circulait pas, comme notre million de $ qui compte les énormes richesses mais n'est pas imprimé et ne circule donc pas dans nos poches.enfin le talent d'or, qui devait être un vrai lingot, car il pesait de 20 à 27 kg, donc il ne servait que de monnaie de compte c'est-à-dire qu'elle ne circulait pas, comme notre million de dollars qui compte les énormes richesses mais ne circule pas dans nos poches.

Contrairement à nous qui considérons les banques comme des églises, (d'ailleurs, les 1ères banques furent les temples mésopotamiens... Contrairement à nous qui considérons les banques comme des églises, (d'ailleurs, les premières banques furent les temples mésopotamiens...) les Romains considéraient les églises comme des banques; c'est là qu'ils déposaient leur argent liquide (les pièces de monnaie) parce qu'ils considéraient ces lieux comme les plus à l'abri des voleurs, sans doute parce que les voleurs étaient aussi superstitieux que les honnêtes citoyens et qu'ils craignaient la vengeance des dieux qui châtient ceux qui les arnaquent. Il n'y avait pas d'instituts gouvernementaux de crédit ou comme de nos jours des banques contrôlées de très près par la banque centrale et le ministère des Finances. Les prêts, c'étaient les argentarii (l'équivalent de nos banquiers des banques privées) qui les faisaient: des agents de change privés, très contrôlés mais aussi très respectés, ayant leurs petites boutiques dans une ruelle proche du Forum. Ils contrôlaient et changeaient la monnaie, prêtaient à intérêt, recevaient des dépôts, tiraient des lettres de change (chèques). Les prêts, c'étaient les argenti (l'équivalent de nos banquiers des banques privées) qui les faisaient: des agents de change privés ayant leurs petites boutiques dans une ruelle proche du Forum. Une des lois des Douze Tables interdisait les prêts usuraires (prêts à taux trop élevés) et fixait le taux de l'intérêt à un maximum de 8 %. L'usure ne s'en épanouit pas moins sur la misère et les besoins des pauvres diables, qui étaient nombreux dans l'artisanat à tirer le diable par la queue pour tenir les deux bouts... Ce n'était, en fait, qu'une fourmilière de petites boutiques artisanales s'efforçant, pour vaincre la concurrence, d'abaisser le coût de leurs produits en lésinant surtout sur les salaires limités au coût de la nourriture d'une main-d'oeuvre servile que ne protégeait aucun syndicat. Ce n'était, en fait, qu' une fourmilière de petites boutiques artisanales s'efforçant, pour vaincre la concurrence, d'abaisser le coût de leurs produits en lésinant surtout sur les salaires limités au coût de la nourriture d'une main-d'oeuvre servile que ne protégeait aucun syndicat. Désorganisée et sans chefs, cette main-d'oeuvre ne déclenchait pas de grèves contre ses patrons, comme le font aujourd'hui les employés assez intelligents pour veiller à leurs intérêts salariaux. Ce qu'elle faisait, de temps en temps, c'étaient de véritables guerres, qu'on appela précisément « guerres serviles » (de servus = esclave) et qui mirent en danger l'existence de l'État. En revanche, elle avait des sortes d'associations, mi-clubs, mi-chambres de commerces, précisément des « corporations de métiers » reconnues, elles aussi, sous le nom des 9 « collegia » dès l'époque de Numa, semble-t-il. D'où notre mot « collège ». Il y avait celle des potiers, des forgerons, orfèvres, cordonniers, charpentiers, flûtistes, tanneurs, teinturiers, cuisiniers, maçons, cordiers, boulangers, bouchers, fondeurs de bronze, tisserands et des artistes de Dionysos (le dieu du vin et des dérangés...En revanche, elle avait des sortes d'associations, mi-clubs, mi-chambres de commerces, précisément des « corporations de métiers » reconnues, elles aussi, sous le nom de « collèges » dès l' époque de Numa, semble-t-il. Il y avait celle des potiers, des forgerons, des cordonniers, des charpentiers, des joueurs de flûte, des tanneurs, des cuisiniers, des maçons, des cordiers, des fondeurs de bronze, des tisserands et des artistes de Dionysos (le dieu du vin et des dérangés...), comme on appelait les acteurs dont l'art comique est né en Grèce du culte de Dionysos. De ces corporations, nous déduisons quels étaient les métiers des Romains de la ville. De ces corporations, nous déduisons quels étaient les métiers des Romains de la ville. Mais elles étaient contrôlées par les fonctionnaires de l'État qui ne permettaient pas qu'on y discutât des salaires ou des rétributions; lorsqu'ils sentaient le mécontentement augmenter au point de devenir dangereux, ils procédaient à quelque distribution de blé gratuite , comme fait tout pouvoir devant une contestation bien organisée: lorsqu'ils sentaient le mécontentement augmenter au point de devenir dangereux, ils procédaient à quelque distribution de blé gratuite, comme fait tout pouvoir devant une contestation bien organisée; il envoie un morceau de viande aux chiens les plus enragés, et la paix revient. Les membres de ces corporations se réunissaient pour offrir un sacrifice à la divinité patronne de leur corporation, ce qui donnait lieu à un banquet. Aussi, ils avaient le souci d'assurer des funérailles dignes à leurs membres, ainsi qu'un support de sécurité sociale sous forme de retraites et d'assistance. Bien sûr, ils pouvaient parler métier, jouer aux dés, boire une goutte de vin et s'aimer entre eux. Les membres de ces corporations se réunissaient pour parler métier, jouer aux dés, boire une goutte de vin et s'aimer entre eux. L'homosexualité était assez généralisée chez les Romains bien que moins que chez les Grecs. Les Romains conservateurs la désapprouvaient, non par puritanisme, mais parce que deux homosexuels n'enfantent pas des citoyens et des soldats très nombreux. Ensuite, le Romain beaucoup plus que le Grec, a une sainte horreur de l'indiscipline, que le petit Éros lanceur de flèches symbolise si bien. Même ceux qui étaient libres et jouissaient de droits politiques étaient de pauvres diables. Ils ne payaient pas d'impôts et ne faisaient pas beaucoup de service militaire en temps de paix, c'est vrai. Mais en temps de guerre, ils mouraient comme les autres.

Même ceux qui étaient libres et jouissaient de droits politiques étaient de pauvres diables. Ils ne payaient pas d'impôts et ne faisaient pas beaucoup de service militaire en temps de paix, c'est vrai. Mais en temps de guerre, ils mouraient comme les autres.

Les écrivains romains dont les oeuvres sont parvenues jusqu'à nous ont fleuri bien longtemps après cette période de la Rome républicaine et stoïque: ils l'ont considérablement embellie, tout pleins qu'ils étaient d'une nostalgie bien naturelle, comme nous avec nos années 30s pleines de gangsters et nos années 50s pleines du sourire sensuel de Marylin et des chansons d'Elvis. Les écrivains romains ont fait cela pour des motifs politiques: pour opposer les vertus antiques aux vices de leur époque, comme nous on oppose la pureté du jeune Elvis à la cochonnerie du heavy métal. La République n'a pas été exempte de graves défauts. Si c'est sous ce régime que fut fondé le droit, on ne peut pas dire pour autant que la justice triomphât. C'est justement quand elle a de graves problèmes que le droit se développe pour mieux l'acquérir.

Il n'en est pas moins vrai que si les citoyens vivaient à cette époque avec moins de commodités et plus de sacrifices, leur existence était mieux ordonnée et plus saine qu'elle ne le fut sous l'Empire. Les Romains travaillaient la terre au lieu de se faire entretenir par l'État par un BS perpétuel, et ils se battaient pour conquérir un empire au lieu de s'écraser devant les spectacles de l'amphithéâtre. Même alors, la moralité n'était pas très stricte; mais les mauvaises moeurs étaient « localisées » au bordel; elles ne contaminaient pas la vie de famille, fondée sur la chasteté des jeunes filles et la fidélité des femmes mariées. Les hommes, après quelques apprentissages et polissonneries avec les prostituées, se mariaient tôt: à 20 ans. Ensuite, ils étaient bien trop occupés à faire vivre femme et enfants pour s'abandonner à des passe-temps dangereux et coûteux.

Le mariage était précédé de fiançailles, généralement décidées entre les 2 pères, souvent sans que les intéressés fussent même consultés. Le mariage unit 2 familles, et secondairement 2 époux. C'était un véritable contrat définissant principalement le patrimoine et la dot qu'apportait le père de la mariée au mari, souvent très importante; en ce temps-là, le mariage était payant pour les hommes. On le scellait au moyen d'une bague que le garçon passait à l'annulaire gauche de la fille, où l'on croyait que passait un nerf aboutissant au coeur.

L'esprit juridique classificateur des Romains s'est ici révélé subtil dans cette question des relations hommes/femmes où l'affectivité est si forte. En réalité, il y avait plusieurs sortes de mariages. Le « cum manu » dans lequel la femme restait sous la domination du mari, le père de la jeune fille renonçait à tous ses droits sur elle en faveur de son gendre, qui devenait, pratiquement, le maître incontesté et incontestable de sa femme. Les mariages étaient de 2 espèces: « avec la main » ou « sans la main ». Par le 1er, le plus courant et le plus complet, le père de la jeune fille renonçait à tous ses droits sur elle en faveur de son gendre, qui devenait, pratiquement, le maître incontesté et incontestable de sa femme. La femme romaine était une éternelle mineure. Puis il y avait le « sine manu » où la femme n'était pas juridiquement soumise à son mari, sans doute parce qu'elle venait d'une famille plus puissante que celle du mari et que son père avait pu lui conserver cette forme de prééminence sociale par une espèce d'égalité avec son futur époux. Le père de la mariée gardait ses droits sur elle. Le mariage «cum manu» se divise à son tour en 3: le mariage très officiellement religieux en présence du grand pontife, du flamine et de 10 témoins; le mariage par achat de la jeune fille en présence de 5 témoins; le 3e, le mariage de fait, les unions de fait comme on dit aujourd'hui, qui légitimait l'union d'une année. Puis une évolution se produisit. Le mariage «sine manu» remplaça progressivement le «cum manu» au profit de l'émancipation féminine. En -445, la loi Canuleia permit les mariages entre patriciens et plébéiens. Quant aux pérégrins (étrangers habitant Rome) et aux esclaves, leur mariage n'était pas reconnu. Par le second, qui dispensait de la cérémonie religieuse, le père de la mariée gardait ses droits sur elle, dans le cas sans doute où la famille de la mariée était beaucoup plus riche ou influent que celle de l'époux. Le mariage « avec la main » se faisait par usus, c'est-à-dire après un an de cohabitation des époux, par coemptio, c'est-à-dire par achat, ou par confarreatio lorsqu'on mangeait ensemble un gâteau. Ce dernier mariage était réservé aux patriciens et exigeait une cérémonie religieuse solennelle accompagnée de cortèges et de chants. Les 2 familles se réunissaient avec leurs amis, leurs serviteurs, leurs clients, dans la maison de la mariée et, de là, se rendaient en procession à la maison de l'époux, avec accompagnement de flûtes, de chants d'amour et d'apostrophes pleines d'allusions grossières, facilement imaginables. Une fois le cortège arrivé, le marié, de derrière la porte, demandait: « Qui es-tu? » La mariée répondait: « Si toi tu es un tel, moi je suis une telle. » Ce qui nous démontre que cette mise en scène comportait un rite identitaire, comme pour permettre par cette formule aux époux de se détacher de leur famille respective pour débuter la leur qui naissait par ces mots . Alors le marié la soulevait dans ses bras et lui donnait les clefs de la maison, pour lui signifier qu'elle devenait la reine du foyer, au sens strict de l'expression. Puis tous deux, tête basse, passaient sous un joug pour montrer qu'ils se soumettaient à un lien commun. Par cette gestuelle et ces signes, on perçoit la mentalité pointilleuse et rituelle si typique du caractère romain.

La cérémonie du mariage était très belle parce qu'elle célèbre la beauté et la puissance de la vie.

Le mariage était précédé de fiançailles, généralement décidées entre les 2 pères, souvent sans que les intéressés fussent même consultés. Le mariage unit 2 familles, et secondairement 2 époux. C'était un véritable contrat définissant principalement le patrimoine et la dot qu'apportait le père de la mariée au mari, souvent très importante; en ce temps-là, le mariage était payant pour les hommes.

La veille du mariage, la fiancée revêt une tunique droite, ses cheveux sont divisés en 6 tresses ramenés autour de la tête. Le matin du mariage, tous les parents, les serviteurs, les clients, les amis se réunissent dans la maison de la fiancée qui porte un voile orangée sur la tête. Après le sacrifice, les contrats sont échangés devant les témoins, les époux échangent leur consentement et se joignent les mains (on n'échange pas de baiser comme aujourd'hui). On scelle le mariage --cette pratique nous est restée-- au moyen d'une bague que le garçon passe à l'annulaire gauche de la fille, où l'on croyait que passait un nerf aboutissant au coeur. On appelle la bénédiction de 5 divinités: Junon déesse du mariage, Vénus déesse de l'amour, Fides déesse de la bonne foi et de la loyauté, Diane déesse de la maternité. On offre un gâteau à Jupiter. Puis, un beau banquet clôture la cérémonie. Ensuite, quand l'étoile de Vesper paraît dans le ciel (le soir), les invités se rendent en procession à la maison de l'époux, avec accompagnement de flûtes, de chants d'amour et d'apostrophes pleines d'allusions grossières, facilement imaginables. Les invités arrachent la mariée aux bras de sa mère. Elle quitte le domicile paternel, en feignant de redouter son départ, comme si elle voulait signifier publiquement soit sa virginité par la crainte de ce qui l'attendait, soit pour témoigner une dernière fois l'attachement à sa famille qu'elle quittait. Le cortège joyeux entonne des chants d'hyménée et lance toutes sortes de lazzi (grosses blagues à double sens), jusqu'à ce qu'elle arrive au seuil de la demeure de son époux qui l'y attend.

Une fois le cortège arrivé, le marié, de derrière la porte, demandait: « Qui es-tu? » La mariée répondait: « Si toi tu es un tel, moi je suis une telle. » Ce qui nous démontre que cette mise en scène comportait un rite identitaire, comme pour permettre par cette formule aux époux de se détacher de leur famille respective pour débuter la leur qui naissait par ces mots. Alors le marié la soulève dans ses bras pour ne pas qu'elle touche le seuil de la maison, et lui donne les clefs de la maison, pour lui signifier qu'elle devient la reine du foyer, au sens strict de l'expression. Puis tous deux, tête basse, passent sous un joug pour montrer qu'ils se soumettaient à un lien commun. Par cette gestuelle et ces signes, on perçoit la mentalité pointilleuse et rituelle si typique du caractère romain.

Dans l'atrium, son époux lui présente l'eau et le feu, éléments vitaux et symboliques de la sexualité et de la vie. L'épouse prononce alors ces paroles célèbres qui indiquent sa bonne disposition: « Où tu seras Gaïus, je serai Gaïa », Gaïa était la terre-mère chez les Grecs. Enfin, elle offre 3 pièces de monnaie, la 1ère à son mari, la 2e au lare (le dieu domestique) et la 3e au dieu du carrefour le plus proche. Pour le reste, on ne peut en parler, il n'y a plus de témoins.

Comme toute bonne chose a une fin, il faut parler du divorce. Théoriquement, le divorce existait chez les Romains. Théoriquement, le divorce existait. Mais le 1er dont on ait connaissance ne se produisit que 2½ siècles après la fondation de la République (-509), bien qu'une règle d'honneur le rendît obligatoire en cas d'adultère de la femme (le mari, lui, pouvait faire ce qu'il lui plaisait). Même si ce privilège masculin paraît être du machisme sexiste le plus flagrant, il révèle aussi sa contrepartie: la femme, et non pas l'homme, portait la responsabilité de la perpétuation de la Cité. C'est de son ventre que naissaient les puissants soldats. On lui rendait donc difficile le divorce qui, aux yeux des Romains, rendait infécond la matrice pourvoyeuse des vraies forces de Rome. Rares au début de la République, les divorces allèrent en se multipliant, sous l'effet de la puissance et de la richesse aussi. Le mariage était rompu sans formalités, par consentement mutuel ou par la volonté d'un seul, par une formule usitée: « Prends tes affaires ». Un historien d'un humour caustique a proposé cette autre explication: les femmes de ce temps-là étaient plutôt des laiderons, frustes, avec des jambes courtes et de grosses « attaches ». On lui rendait donc impossible le divorce qui, aux yeux des Romains, rendait infécond la matrice pourvoyeuse des vraies forces de Rome. Un historien a proposé cette autre explication: les femmes de ce temps-là étaient plutôt des laiderons, frustes, avec des jambes courtes et de grosses « attaches » . Les blondes, extrêmement rares car elles viennent du nord, étaient préférées aux brunes. Cela est sans doute faux, car les Italiennes d'aujourd'hui sont en général très belles. En outre, les conquêtes militaires font en sorte que les vainqueurs s'approprient les plus belles femmes du peuple vaincu par la force ou par l'attrait qu'exercent sur elles le pouvoir, l'argent et le statut social plus élevé du prétendant. Ce qui fait qu'avec le temps les peuples victorieux ont des femmes très belles en plus grand nombre. Le même phénomène de transfert se remarque aussi dans un même peuple entre classes riches et classes pauvres. Dans leur maison, les femmes romaines portaient la stola, sorte de « futa » abyssine de laine blanche, grand châle tombant jusqu'aux pieds ou aux genoux, fermée sur la poitrine par une épingle appelée fibule. Quand elles sortaient, elles mettaient par dessus une palla ou manteau plus luxueux et elle se couvrait la tête. Durant les cérémonies religieuses, elles se voilaient avec un foulard de couleur. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les religions mettent les femmes à l'écart ou cherchent à cacher ce qui représente leur sexe.Dans leur maison, elles portaient la stola, sorte de « futa » abyssine de laine blanche tombant jusqu'aux pieds, fermée sur la poitrine par une épingle appelée fibule. Quand elles sortaient, elles mettaient par dessus une palla ou manteau.

La gynécologie existaient du temps des Romains, tout au moins dans un aspect rudimentaire. Étonnamment, les médecins romains utilisaient des instruments très semblables à ceux d'aujourd'hui.

Les médecins romains étaient des gynécologues accomplis qui disposaient d'instruments semblables aux nôtres, dit Lawrence Bliquez, professeur à l'Université de Washington.

Depuis 10 ans, le professeur d'études classiques analyse les instruments médicaux qui furent ensevelis sous 6 mètres de cendres volcaniques à Pompéi et à Herculanum lors de l'éruption du Vésuve, en +79. « Ces instruments sont fascinants, non seulement à cause de leur forme, de leur fabrication et de leurs motifs décoratifs, mais aussi par ce qu'ils révèlent sur la médecine et la vie dans l'Empire romain ».

Le Dr Bliquez est un des rares Nord-Américains autorisés à étudier la collection d'objets de Pompéi au Musée national d'archéologie à Naples. Il a catalogué tous les instruments médicaux et chirurgicaux retrouvés dans les deux villes ensevelies.

Les instruments ressemblent étrangement à ceux qu'on utilise aujourd'hui. Ils sont faits d'un alliage de cuivre et debronze, ou de cuivre et de laiton, et sont ornés de serpents ou d'une tête de bélier.

La gynécologie existait du temps des Romains, tout au moins dans un aspect rudimentaire. Étonnamment, les médecins romains utilisaient des instruments très semblables à ceux d'aujourd'hui. Les médecins romains étaient des gynécologues accomplis qui disposaient d'instruments semblables aux nôtres, dit Lawrence Bliquez, professeur à l'Université de Washington. Depuis 10 ans, le professeur d'études classiques analyse les instruments médicaux qui furent ensevelis sous 6 mètres de cendres volcaniques à Pompéi et à Herculanum lors de l'éruption du Vésuve, en +79. « Ces instruments sont fascinants, non seulement à cause de leur forme, de leur fabrication et de leurs motifs décoratifs, mais aussi par ce qu'ils révèlent sur la médecine et la vie dans l'Empire romain ». Le Dr Bliquez est un des rares Nord-Américains autorisés à étudier la collection d'objets de Pompéi au Musée national d'archéologie à Naples. Il a catalogué tous les instruments médicaux et chirurgicaux retrouvés dans les deux villes ensevelies. Les instruments ressemblent étrangement à ceux qu'on utilise aujourd'hui. Ils sont faits d'un alliage de cuivre et de bronze, ou de cuivre et de laiton, et sont ornés de serpents ou d'une tête de bélier. Les Romaines accouchaient à la maison, entourées de sages-femmes et d'amies, comme le veulent les sages femmes québécoises qui veulent les sortir de l'hôpital et des médecins trop coûteux. Les Romaines accouchaient à la maison, entourées de sages-femmes et d'amies, comme le veulent les sages femmes québécoises qui veulent les sortir de l'hopital et des médecins trop coûteux. Le médecin n'était appelé que lorsque des complications survenaient.

Les médecins à l'époque des Romains étaient souvent des esclaves grecs. Ils avaient le statut d'artisans. « Ils n'étaient certainement pas riches », dit le Dr Bliquez. Ils habitaient des maisons modestes, souvent de 2 étages, avec un atrium donnant accès à plusieurs petites pièces. À l'étage, on trouvait probablement des lits pour les convalescents.

Les médecins à l'époque des Romains étaient souvent des esclaves grecs. Ils avaient le statut d'artisans. « Ils n'étaient certainement pas riches », dit le Dr Bliquez. Ils habitaient des maisons modestes, souvent de 2 étages, avec un atrium donnant accès à plusieurs petites pièces. À l'étage, on trouvait probablement des lits pour les convalescents. Dans une des maisons, la Casa del Medico Nuovo (II), on a découvert une des plus vastes collections d'instruments: Dans une des maisons, la Casa del Medico Nuovo (II), on a découvert une des plus vastes collections d'instruments: 40 outils, dont plusieurs servant à des examens ou à des opérations gynécologiques.

En plus d'un spéculum vaginal, on a recensé une série de crochets en fer avec des poignées en bronze, ainsi qu'un cylindre contenant des aiguilles et des curettes, presque pareilles aux curettes modernes avec leurs longues poignées minces et leurs lames en forme de cuillère. Comme les instruments modernes, ils servaient aux avortements, aux dilatations et curetages, à l'ablation de polypes et de tumeurs, et à l'expulsion du placenta.

En plus d'un spéculum vaginal, on a recensé une série de crochets en fer avec des poignées en bronze, ainsi qu'un cylindre contenant des aiguilles et des curettes, presque pareilles aux curettes modernes avec leurs longues poignées minces et leurs lames en forme de cuillère. Comme les instruments modernes, ils servaient aux avortements, aux dilatations et curetages, à l'ablation de polypes et de tumeurs, et à l'expulsion du placenta. Malgré cet arsenal assez élaboré, les traitements ne devaient pas être de tout repos chez les Romains. Malgré cet arsenal assez élaboré, les traitements ne devaient pas être de tout repos chez les Romains. On donnait de l'opium au malade pour calmer la douleur après une intervention, mais l'opération elle-même était faite à froid ! Ça devait être atroce. Le chloroforme ne fut connu qu'au XIXe siècle. Ainsi, c'est à froid que les médecins réparaient les dents. Carie, pyorrhée alvéatoire, dentiers, bridges en or étaient leur lot quotidien et leur travail, disent les dentistes modernes, était étonnant. Les oculistes aussi étaient relativement compétents. Ils pratiquaient des interventions pour guérir cataracte et exophtalmie ( quand un type te regarde avec des yeux de poisson...) Cependant, il n'ont pu aider Néron à corriger sa myopie, car il suivait les jeux de l'arène avec une émeraude concave en guise de correcteur. Ça devait être atroce.

Le médecin romain Celsus, dans la préface d'un livre sur la chirurgie, disait qu'un chirurgien devait avoir des nerfs d'acier ! « Qu'est-ce qu'un bon chirurgien ? C'est celui qui opère vite et jusqu'au bout. Un mauvais chirurgien est celui qui se laisse dissuader par les hurlements du malade. » Au début, les seuls médecins existant étaient des charlatans connaisseurs de « la science des herbes ». Ils sont revenus dans le Québec de 1994... La médecine, sinon scientifique du moins pratique et dénuée de rites religieux aberrants, arrive à Rome par quelque philosophe grec, tel ce Archagatos en -219. Puis un autre fonde au -1er siècle une école de médecine privée qu'Auguste officialisa en +14. Puis vint le grand Galien qui fut le médecin personnel de l'empereur Comode. Peu de Romains devenaient médecins même si la profession était payante aussi à cette époque. Il faut dire que la méconnaissance de la transmission des maladies la rendait risquée pour le médecin lui-même. Les riches avaient leur médecin à domicile, d'autres allaient voir le leur à son cabinet, d'autres fois les médecins ambulants faisaient « la tournée des bobos » des quartiers ou du village. Événement extraordinaire, sous l'empire on créa un système d'assistance et de prévoyance sociale: 14 médecins payés par l'État donnaient des soins gratuits aux plus pauvres, chose qui n'existe même pas aux États-Unis en 1994! Des médecins attachés au palais impérial voyaient augmenter leur prestige au point de faire de la politique. Ils étaient les seuls à devoir faire la preuve de leur science et de leur compétence devant des experts. De fortes sanctions pénales guettaient les amateurs sans diplômes. À la fin, des médecins spécialisés firent leur apparition: chirurgiens, ophtalmologistes, dentistes, et... vétérinaires. »

Les hommes, plus solides que beaux, le visage cuit par le soleil et le nez droit, portaient, jeunes garçons, la « toge prétexte »: , bordée de pourpre (un beau rouge), et après leur service militaire. La « toge virile » était entièrement blanche et couvrait tout le corps, avec un pan remontant par-devant sur l'épaule gauche, descendant de là sous le bras droit --qui, de la sorte, restait libre -- et revenant par-derrière sur l'épaule gauche. Les plis de la toge servaient de poche. Jusqu'en -200, -300, les hommes portèrent barbe et moustaches. Puis l'usage prévalut de se raser: à beaucoup cette mode parut audacieuse, en contraste avec une gravité à laquelle les Romains tenaient autant que nous tenons, nous, à l'aisance. Puis la barbe revint à la mode, longtemps plus tard, avec l'empereur Hadrien qui, dit-on, avait quelque défaut au visage à cacher. Jusqu'au jour où un autre empereur, Constantin, décida de se la raser. La barbe portée par les philosophes, était un signe de négligence ou de deuil.sous l'empire.

Même dans les maisons des grands seigneurs, il régnait une sobriété spartiate. Le Sénat lui-même se réunissait sur des bancs de bois grossiers, à l'intérieur de la Curie qui n'était pas chauffée, même en hiver. Les ambassadeurs carthaginois qui vinrent demander la paix après la 1ère guerre punique, vers -241, amusèrent beaucoup leurs compatriotes, sybarites et gâcheurs, en leur racontant que, lors des repas que leur avaient offerts les sénateurs romains, ils avaient toujours vu passer le même plat d'argent qu'ils se prêtaient évidemment les uns aux autres.Les ambassadeurs carthaginois qui vinrent demander la paix après la première guerre punique, vers -241, amusèrent beaucoup leurs compatriotes, sybarites et gâcheurs, en leur racontant que, lors des repas que leur avaient offerts les sénateurs romains, ils avaient toujours vu passer le même plat d'argent qu'ils se prêtaient évidemment les uns aux autres.

Les enfants sous toutes les latitudes jouent un peu les mêmes jeux. La poupée, la toupie, le cerceau, les dés et la balançoire agrémentaient leurs insouciantes années. Ils rêvaient à leur âge adulte en imitant les grands avec leurs petits chars tirés par des souris, des poneys ou des chiens. Les adultes, entre deux cirques, se délassaient en jouant à la balle, aux dés, aux osselets C'est avec la première guerre punique qu'on vit apparaître les premiers signes de luxe. Aussitôt, une loi fut promulguée pour interdire les bijoux, les vêtements fantaisistes et à un mélange de jeu de dames et d'échecs qu'on appelait jeu de soldats (latrunculi). Ils disposaient de nombreuses tables de jeux, dont nous ignorons encore les règles. Les jeux de hasard n'étaient tolérées par la loi que lors des Saturnales en décembre, et les dettes de jeux n'étaient pas reconnues par la loi. Pour les Romains, le hasard appartient aux dieux et ils ont la vague conscience que le gain doit être le fruit du mérite et de l'effort.miel, d'olives et de fromage, un dîner à base de légumes, de pain et de fruits, un souper où, seuls, les riches mangeaient de la viande ou du poisson. On buvait du vin, mais presque toujours coupé d'eau, car le vin antique était très épais, un vrai sirop.

C'est avec la 1ère guerre punique qu'on vit apparaître les premiers signes de luxe. Aussitôt, une loi fut promulguée pour interdire les bijoux, les vêtements fantaisistes et les repas trop copieux. C'est le censeur qui était chargé de veiller à ce que cette loi, vite violée, fut appliquée. Ce que le Sénat tenait à préserver avant tout, c'était un régime sobre et sain fondé sur un petit déjeuner de pain, de miel, d'olives et de fromage, un dîner à base de légumes, de pain et de fruits, un souper où, seuls, les riches mangeaient de la viande ou du poisson. Le pain arrive chez les Romains au -III siècle pour remplacer leur galette et leur bouillie. Cuits dans une tourtière, dans un four ou sous la cendre, le pain de fleur de farine, le pain de farine moyenne, le pain noir, complet ou de pur son, aromatisés de graines de pavot, d'anis ou de céleri s'offraient en variété sous la présentation de miches rondes ou fendues en 4. De la pêche les Romains connaissaient déjà tous les secrets. L'hameçon, le filet, la nasse, le trident amenaient à la surface turbot, mulet, daurade, huîtres, moules, palourdes. Vivriers et parcs à huîtres existaient aussi, de même que la pêche sportive. Puis venaient les pâtisseries que les Romains nommaient « douceurs » (dulcia). Ils étaient friands des gâteaux au fromage, cuits sur des feuilles de plantes ou d'arbres aromatiques, présentés enduits de miel et saupoudrés de graines de pavot ou de sésame. Ils raffolaient des crèmes, des beignets et des omelettes sucrées. Les Romains mangeaient beaucoup mieux que nos premiers colons « canayens » sous le régime français. Cela tient à notre terrible climat et la saison trop courte pour les fruits et légumes frais. Les Romains cultivaient le figuier, le pommier, le prunier, le grenadier, la vigne, le pêcher, l'abricotier, le néflier. Ils buvaient du vin, mais presque toujours coupé d'eau, car le vin antique était très épais, un vrai sirop. Il y avait le vin de paille, le vin miellé, le vin à l'absinthe, à la rose, à la violette, au poivre, au fruits, au vinaigre. Les vins fermentés étaient interdits aux femmes... En plus, ils savouraient châtaignes, noix, amandes, noisettes. Ils savaient les conserver soit en les séchant au soleil, soit en les mettant à l'abri de l'air, dans le miel, voire dans le sable. Dans des ruches de liège ou d'osier tressé, on cultivait le miel avec une telle ferveur qu'on y consacrait des traités. Même Virgile y consacra un chant dans ses Géorgiques. 2, voire 3, récoltes annuelles, par enfumage des ruches, faisaient couler le miel sur leurs gâteaux et leurs très variés desserts. Quant à la cire, elle servait comme vernis et comme enduit pour les navires, pour les tablettes d'écriture, pour les bougies, pour des médicaments!, et dans la confection de statuettes, de poupées et de bustes. Au réveil, les Romains prenaient un petit déjeuner très sobre (galettes, pain, ail, biscuits), à midi un dîner rapide, sur le pouce (poissons, légumes, fruits), et vers 15 00h le repas principal, la cena. Les esclaves se contentaient du kilo de céréales et des olives, sel, huile et vin qu'on leur distribuait selon le travail fourni.

Les jeunes respectaient les vieux parce que les vieux étaient eux-mêmes respectables et savaient avec fermeté, voire dureté, se faire respecter. Peut-être aussi dans le cercle de la famille et entre amis y usait-on d'expressions d'amour et de tendresse. Mais, en général, les rapports entre les hommes étaient rudes, même si l'amitié existait et était exigée entre citoyens. Aristote distingue 3 sortes d'amitiés, et parmi elles l'amitié politique dont le sens serait plutôt « bon voisinage ». Mais, en général, les rapports entre les hommes étaient rudes, même si l'amitié existait et était exigée même entre citoyens. Aristote distingue 3 sortes d'amitiés, dont l'amitié politique. On mourait facilement, et non pas seulement à la guerre. Les prisonniers et les esclaves étaient traités sans pitié. L'État était dur avec les citoyens, féroce avec l'ennemi. Certains de ses gestes n'en furent pas moins d'une authentique grandeur morale. Quand, par exemple, un sicaire (au dictionnaire...) vint leur proposer d'empoisonner Pyrrhus, dont les armées menaçaient Rome, non seulement les sénateurs refusèrent de s'associer à ce crime, mais ils firent avertir le roi ennemi de ce complot qui le menaçait. L'idée n'était pas bête du tout; on pouvait impression Pyrrhus pour l'amadouer et réussir par la diplomatie moins péniblement ce qu'on aurait dû obtenir par le sang sur le champ de bataille. En outre, les sénateurs savaient qu'en politique la totale immoralité amène la faillite, car on ne peut rien construire de solide sur elle. Un autre exemple: Quand, après avoir battu les Romains à Cannes en -216, Annibal envoya 10 prisonniers de guerre à Rome pour traiter au rachat de 8000 autres après avoir fait prendre l'engagement à ces 10 hommes de revenir en cas d'échec et que l'un d'eux manqua à sa parole, pour rester dans sa patrie, le Sénat le fit mettre aux fers et le rendit, menottes aux mains, au général carthaginois pour qui la joie de sa victoire, raconte Polybe, fut offusquée par ce geste qui lui montrait bien à quel genre d'hommes il avait affaire.

Une curieuse institution sociale liait les gens puissants aux gens faibles et désireux de protection: le clientélisme. Un riche patricien --le patron-- pouvait avoir pour clients d'anciens parents, des familles pauvres, des étrangers et des affranchis. Le patron aide son client qui lui doit en retour dévouement sous forme de travaux domestiques ou personnels. En justice, le patron est l'avocat du client et lui prête l'appui de sa parole. Tous les matins, les clients viennent saluer leur patron qui leur remet la sportule, sorte de paiement en nature (aliments, repas, provisions, petite somme d'argent). Une nombreuse clientèle permet au patricien patron d'exhiber sa puissance sociale. Le patron hérite même des biens du client affranchi si celui-ci meurt sans héritier. La ville sujette ou associée à Rome avait dans la capitale un patron qui la représentait pour veiller à ses intérêts. Ce système de clientèle dégénéra, car les clients n'étaient plus à la fin de la République que des parasites, voire des hommes de mains pour les combats de rues et les fraudes électorales.

Tout bien considéré, le Romain de cette époque ressemblait assez au type idéalisé par les historiens à la Tacite et à la Plutarque. Il lui manquait bien des choses: le sens des libertés individuelles, le goût de l'art et de la science, la conversation élevée, le plaisir que donne la spéculation philosophique (au contraire, il s'en méfiait), et, par-dessus tout, l'humour. Mais il avait pour lui la loyauté, la sobriété, la ténacité, l'obéissance, le sens pratique, qualités qu'on se donne pour construire un empire et qu'on perd pour en jouir.

Il n'était pas fait pour comprendre le monde et jouir de lui. Il n'était fait que pour le conquérir et le gouverner.

À part les fêtes religieuses, il n'avait guère de passe-temps. Jusqu'en -221, époque où fut construit le cirque Flaminius, Rome ne posséda qu'un seul cirque, le cirque Maximus, attribué à Tarquin l'Ancien, où on allait admirer les luttes entre esclaves, qui se terminaient presque toujours par la mort du vaincu. Jusqu'à l'an -221, époque où fut construit le cirque Flaminius, Rome ne posséda qu'un seul cirque, le cirque Maximus, attribué à Tarquin l'Ancien, où on allait admirer les luttes entre esclaves, qui se terminaient presque toujours par la mort du vaincu. Les femmes pouvaient assister au spectacle. L'entrée était gratuite. Ce fut d'abord l'État qui subvint aux frais; puis les édiles, à titre de propagande électorale. Les cirques sont des quadrilatères très allongés; ils sont les ancêtres de nos hippodromes. En son centre, un mur allongé sépare une arène ovale qui forme ainsi un tour à parcourir non seulement pour les courses de char, mais pour les processions, défilés, cortèges des triomphateurs. Le grand cirque, le Circus Maximus à Rome pourra contenir 400,000 spectateurs! Une procession solennelle précédait la célébration des jeux. Du Capitole au cirque, la procession commençait par le magistrat organisateur, les prêtres, la jeunesse, les concurrents, les danseurs et les musiciens qui se livraient à toutes sortes de pitreries et adressaient quolibets et grossièretés au public. Tout ça pour créer de l'ambiance. Les courses de char étaient de merveilleux spectacles. Non seulement des chevaux, mais même des chameaux, des éléphants et des tigres tiraient la char. 4 factions s'affrontaient: les rouges, bleus, verts, blancs. Les meilleurs auriges, comme nos athlètes, jouissaient d'un prestige immense. Comme on craignait les débordements de joie ou de frustration trop intense des gagnants et des perdants, on distribuait des billets de consolation donnant droit à une somme d'argent ou à une faveur quelconque. Cette pratique, qui ne viendra sûrement jamais à l'esprit de nos politiciens, aurait peut-être coûté moins cher que les $30 millions de dommages du saccage de la rue Sainte Catherine de Montréal en 1993...puis les édiles, à titre de propagande électorale.

Certains édiles, à force de financer des spectacles de qualité, finissaient par arriver au consulat, comme le gouverneur de New-York, F. Certains d'entre eux, à force de financer des spectacles de qualité, finissaient par arriver au consulat, comme, aujourd'hui, comme le gouverneur de New-York, F.D. Roosevelt, qui organise si bien les secours durant la crise de 1929 qu'il devient président des États-Unis en 1933, ou comme certains présidents du carnaval de Québec deviennent maire de la ville de Québec, ou ceux qui sont derrière Québec 2002.Roosevelt, qui organise si bien les secours durant la crise de 1929 qu'il devient président des États-Unis en 1933, ou comme certains présidents du carnaval de Québec deviennent maire de la ville de Québec.

En dehors de ces divertissements, pour ainsi dire normaux, il avait aussi, pour égayer la vie austère et laborieuse des Romains, le « triomphe » que le Sénat accordait au général victorieux lorsqu'il avait rempli ces 5 conditions: avoir tué au moins 5000 soldats ennemis, fait une guerre juste, agrandi le territoire, combattu sous ses propres auspices, avoir été magistrat supérieur. S'il n'avait pu en tuer que 4999, il lui allait se contenter d'une ovation, ainsi appelée parce qu'elle consistait à sacrifier une brebis ( vis) en son honneur. Un cortège se formait au camp de Mars, hors de la ville, aux portes de laquelle le général et ses troupes devaient déposer leurs armes et passer sous un arc de bois et de feuillages qui servit de modèle à ceux qu'on construisit plus tard en travertin (roches calcaires crevassées de cavités). Les guerriers passent sous cet arc pour déposer leur matériel destructeur. Cet arc en vint à symboliser et manifester la transcendance du vainqueur sur le reste de l'humanité. Une colonne de trompettes ouvrait le cortège qui entrait dans la ville par le forum Boarium. Il longeait le grand Cirque, contournait le Palatin, prenait la voie Sacrée et montait au Capitole. Il comprenait en tête les sénateurs et les magistrats, des musiciens, les dépouilles prises à l'ennemi, des statues et des images du pays soumis, les chariots chargés du butin de guerre, des troupeaux entiers de boeufs et de moutons destinés à être égorgés, les chefs ennemis enchaînés, les prisonniers et, précédé de licteurs et de joueurs de flûte, le vainqueur debout sur son quadrige (un beau char tiré par 4 chevaux) peint de couleurs vives suivi de ses soldats. Couronné de myrte ou d'une couronne d'or, vêtu de la toge et de la tunique brodées d'or, un sceptre d'ivoire et une branche de laurier à la main, entouré de ses fils, suivi de ses parents, de ses secrétaires, de ses conseillers, de ses amis, tous à cheval, le vainqueur montait aux temples de Jupiter, de Junon et de Minerve sur le Capitole, déposait le butin aux pieds des dieux, faisait rassembler les bêtes à égorger et, comme offrande supplémentaire, faisait d'un coup de hache voler en l'air la tête des chefs ennemis prisonniers.

En dehors de ces divertissements, pour ainsi dire normaux, il avait aussi, pour égayer la vie austère et laborieuse des Romains, le « triomphe » qu'on accordait au général victorieux lorsqu'il avait tué au moins 5000 soldats ennemis. S il n'avait pu en tuer que 4999, il lui allait se contenter d'une ovation, ainsi appelée parce qu'elle consistait à sacrifier une brebis ( vis) en son honneur.

Pour le triomphe, en revanche, c'était une imposante procession qui se formait hors de la ville, aux portes de laquelle et le général et ses troupes devaient déposer leurs armes et passer sous un arc de bois et de feuillages qui servit de modèle à ceux qu'on construisit plus tard en travertin (roches calcaires crevassées de cavités). Une colonne de trompettes ouvrait le cortège. Derrière, venaient les chariots chargés du butin de guerre, puis des troupeaux entiers de boeufs et de moutons destinés à être égorgés, puis les chefs ennemis enchaînés. Enfin, précédé de licteurs (des gardes) et de joueurs de flûte, le général debout sur un quadrige (un beau char tiré par 4 chevaux) peint de couleurs vives, une couronne d'or sur la tête, un sceptre d'ivoire et une branche de laurier à la main. Il était entouré de ses fils, suivi de ses parents, de ses secrétaires, de ses conseillers, de ses amis, tous à cheval. Il montait aux temples de Jupiter, de Junon et de Minerve sur le Capitole, déposait le butin aux pieds des dieux, faisait rassembler les bêtes à égorger et, comme offrande supplémentaire, on donnait la décapitation des chefs ennemis prisonniers.

Tout au long du parcours, les gens, --curieux rite--, le raillaient et lui chantaient des refrains satyriques afin de le protéger à la fois des forces du mal et de l'orgueil. Le peuple applaudissait et jubilait. Mais c'était une coutume des soldats que de lancer à l'adresse de leur général des railleries mordantes et des lazzi proclamant ses défauts, ses faiblesses et ses ridicules pour qu'il ne devînt pas orgueilleux et ne se prît pas pour un Père Éternel. Le peuple applaudissait et jubilait. Mais c'était une coutume des soldats que de lancer à l'adresse de leur général des railleries mordantes et des lazzi proclamant ses défauts, ses faiblesses et ses ridicules pour qu'il ne devînt pas orgueilleux et ne se prît pas pour un Père Éternel. C'est ainsi qu'ils criaient à César: « Cesse de regarder les femmes mariées, tête chauve! Contente-toi des putes!Contente-toi des putes! »

Si on avait pu en faire autant avec les dictateurs de notre époque, la démocratie n'aurait peut-être pas été si souvent bafouée. Quant aux Romains qui donnèrent le triomphe aux 2 Scipions, à Marius, à Sylla, à Pompée, à César et à presque tous les empereurs, ils auraient Romains, ils eurent bien de la peine à crier la même phrase à leur 1er vrai empereur, Auguste. Il Auguste, qui leur faisait croire que la République existait toujours: il n'aimait pas les femmes...

Un banquet terminait la fête qui pouvait durer plusieurs jours. Le vainqueur était assimilé à Jupiter, du moins à un être surhumain. Assez curieusement, ce genre d'éloges dans les rues n'est plus accordé aujourd'hui au Canada qu'aux équipes de hockey victorieuses; seuls les Américains, à New-York, en font d'analogues à leurs héros, tels Charles Lindbergh ou Neil Armstrong. Les Romains cherchaient à immortaliser le triomphe en élevant un monument commémoratif appelé trophée, nom que l'on donne maintenant aux vases d'argent commémoratifs.

Suite à 409-Histoire-de-Rome-2.htm

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