1. Hamlet est-il moral ?

Hamlet agit-il moralement en tuant son oncle, assassin de son père cocu et de sa mère adultère ? Selon la loi oui, selon une conscience morale élevée, non. Voilà pourquoi son cas est difficile.

A: Selon la loi, qui lui vient de son père, du fantôme de son père, il lui est ordonné par la bouche de son père de le venger. Il ne lui est pas demandé de faire justice. Le mot «justice» n'apparaît pas dans la pièce et le mot «vengeance» plusieurs fois, et le mot même est prononcé plusieurs fois. Or les lois dans un royaume émanent de la volonté royale, de rien d'autre. Le roi dit la loi, et elle est indiscutable. Tout sujet, a fortiori le fils du roi, doit obtempérer à tout désir, à tout souhait exprimé par le souverain. Selon la loi donc, Hamlet devait obéir à l'ordre impérieux de son défunt père, c'est-à-dire le venger en tuant son oncle.

Plus même, cet oncle avait tué sa propre mère en la laissant boire le vin empoisonné. Ce double meurtre appelait un double châtiment.

En plus, Hamlet pouvait s'appuyer sur le concept de légitime défense quand il fit main basse sur le courrier royal qui ordonnait son assassinat. En effet, son oncle décida de le faire tuer quand il apprit, par le scénario inséré par Hamlet dans le mini spectacle offert aux membres de la cour, que ce neveu loin d'être fou avait découvert son crime. Par ailleurs, l'oncle pervers savait qu'Hamlet l'avait souhaité derrière le rideau qui en cachait un autre que lui promis à la mort. Mais à ce stade, les protagonistes n'étaient déjà plus en quête de justice, mais en guerre. Et en guerre, droit et justice n'existent généralement plus. Il n'y a plus que des clans qui vont triompher ou périr.

B: D'un autre point de vue, celui de la conscience morale élevée, Hamlet eut dû en causer aux autres grands du royaume, lancer une procédure en destitution ou, si impossible, renverser son oncle usurpateur par une rébellion avec un appui populaire, instituer un procès à son oncle, et laisser la justice officielle faire son travail. Son ébranlement psychologique le fit mauvais analyste de la situation politique. Hamlet la victime s'est fait le juge et le bourreau. Il est le représentant parfait d'une justice pré-étatique, clanique, celle de la vengeance familiale. Hamlet reproduit ce type de justice, à peine moins développée que le code mésopotamien d'Hammourabi, qui officialisa la loi du talion, dite «oeil pour oeil, dent pour dent». Il ne fait pas progresser le droit, ni la justice, car ils exigent une sérénité que les victimes, percluses de douleurs et de déraison, ne possèdent généralement pas. La justice exige pour sa propre mise en forme, efficace, crédible et humaine, la distanciation et la séparation des rôles (législateur, juge, justiciables, accusés, victimes). Plus encore, Kant dans le sublime ouvrage, «Fondements de la métaphysique des moeurs», la bonne volonté préside, tel un principe, à l'acte moral. Enfin, selon le plus grand de tous, Aristote, dont vous lisâtes vaillamment en entier l'oeuvre forte «Éthique à Nicomaque», autre sommet de la pensée occidentale, Hamlet eût dû se tenir entre deux écueils (manque et excès) que sont la capitulation lâche et l'assassinat vengeur. Le juste milieu entre les deux est d'exiger justice par une voie forte et pacifique. S'il eût été chrétien il eût fallu, selon la charité, qu'il pardonnât, ce qui n'est donné qu'aux véritables héros, rarissimes, de la conscience éthique.

Hamlet est l'une des pièces les plus fortes de l'art dramatique occidental; mais en éthique, l'une des plus pauvres. Par ailleurs, cette histoire incroyable est rehaussée par des tirades philosophiques sur la mort, l'amour, le temps et le pouvoir, dont la qualité stylistique et la profonde vérité sont d'une sublime grandeur.

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En guise de conclusion, je vous suggère, chers étudiants, de louer au vidéo-club les autres pièces de Shakespeare «Roméo et Juliette», «Richard III», le «Songe d'une nuit d'été», enfin «Othello» avec Kenneth Branagh dans le rôle du personnage le plus noir de la dramaturgie occidentale, Iago.

L'éducation consiste à se nourrir des grandes oeuvres, secouer sa paresse et se hausser sur les épaules des plus grands pour grandir soi-même en science, en sagesse, en courage et en compétence.

Jacques Légaré, ph.d. Jjlegare@excite.com http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm

2. «Faites l'amour, non la guerre»

Est-il moralement acceptable et scientifiquement éthique ?

Par Jacques Légaré, ph.d.

Faire l'amour est à la fois un besoin naturel et devient assez vite une passion. La guerre est une activité nécessaire si la guerre est juste et une passion déraisonnable si le combattant est belliciste. En plus, deux passions ne se remplacent, ni ne s'éteignent l'une par l'autre; elles sont parallèles, comme se nourrir goulûment et écouter de la musique.

Dans les années 1960s, deux désirs étaient donc parallèles, le désir de paix et le désir sexuel ou amoureux. La société démocratique, mais autoritaire de l'Amérique de ces années, réprimait les très naturels désirs sexuels et pacifiques. Ainsi, les jeunes de cette époque pensèrent que la satisfaction des désirs amoureux allaient apporter la paix, si en faisant l'amour on n'a ni le temps, ni l'idée, ni le besoin de faire la guerre.

Or comme les deux désirs, faire l'amour et faire la guerre, sont parallèles tout comme leur contraire l'abstinence puritaine et vivre en paix, ils poursuivaient deux buts différents croyant obtenir l'un par l'autre. En effet, de grands belliqueux furent libidineux et très sexuels: Napoléon Ier, Catherine de Russie, César, Gengis Khan, Charlemagne, etc. En réalité, la très grande majorité des belliqueux furent libidineux, sauf quelques rares exceptions: Xénophon, Elisabeth Ière, Saint-Louis, Washington, Hitler, Lénine. Bref, le sexe et la guerre ne sont pas des vases communicants, ni des substituts l'un de l'autre. Ils sont accidentellement liés ou détachés. En conclusion, «Faites l'amour, non la guerre» est moralement sublime, et scientifiquement inepte.

3. La guerre du Kosovo est-elle juste ?

Le concept de guerre juste nous vient des Grecs, que nous a transmis Cicéron. Il faut 3 conditions pour qu'une guerre soit dite juste: 1. Seul le Prince (la force publique) la conduit. 2. Elle doit être uniquement défensive ou restauratrice d'un tort. 3. Elle doit s'arrêter dès que le tort est redressé et le coupable puni.

La guerre du Kosovo ne répond pas parfaitement à ces trois critères. Le Prince aujourd'hui est le Conseil de Sécurité de l'ONU. L'Otan n'est qu'un club privé d'États-membres. Elle n'est pas la force publique pour des États qui n'en font pas partie; sa charte est uniquement défensive, non offensive, ni punitive Ensuite, la Serbie (partie largement dominante de la Yougoslavie) n'a agressé aucun État hors des frontières yougoslaves, et n'a agressé aucun pays membre de l'Otan.

Par ailleurs, ce concept de guerre juste est dépassé parce qu'incomplet. Le droit n'existe que par la force qui le défend. La Charte des Nations-Unies, que les peuples ont signée, et non les États, affirme le droit à la vie et à la sécurité personnelle de tout homme sur cette terre. Ainsi, tout État violeur de ces droits, telle la Yougoslavie contre ses propres citoyens (les Kosovars), est en rupture de ban de la communauté internationale. Toute organisation ou privée ou publique est autorisée de facto à faire prévaloir le droit par ses propres forces, si l'ONU elle-même était dans l'impossibilité de remplir sa mission de faire respecter ses propres principes et protéger les peuples signataires de sa Charte. Ainsi, l'Otan était autorisée moralement, légitimement, --bien que non légalement-, à protéger les Kosovars signataires de la Charte de l'Onu, puisque cette dernière était inopérante par son Conseil de Sécurité paralysé par les veto potentiels de la Chine et de la Russie.

Ainsi cette guerre préventive et protectrice de l'Otan contre la Serbie est juste. Par ailleurs, l'Otan a l'obligation morale de s'éclipser dans son rôle dès que le Conseil de Sécurité prendra efficacement sa place. Ensuite, l'action préventive et punitive de l'Otan devient immorale et illégitime si elle cause au peuple serbe autant ou plus de souffrances et de bains de sang que ceux qu'elle voulait éviter au peuple kosovar

Mais il faut le rappeler: il n'y a pas de justice pour les innocents qui meurent, même si la cause collective est juste. Même pour le soldat consentant, sa mort dépasse toutes les vanités humaines, y compris cette grande valeur qu'est la justice.

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Jacques Légaré, ph.d.

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