Ébauche d'une éthique policière

Par Jacques Légaré, ph.d.

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Puisque l'exercice nous paraît nécessaire nous optons, en vue d'élaborer une éthique policière crédible et sans équivoque, pour une série de propositions sous forme impérative, rédigées avec le plus de clarté possible:

Maximes

Le policier se convainc que l'illégalité et le crime causent d'immenses coûts et souffrances, et que le respect de la loi et la solidarité entre les citoyens honnêtes créent la paix et le bonheur publics.

Le législateur, le directeur de police, le policier-patrouilleur et le policier-enquêteur sont soumis aux mêmes principes éthiques de loyauté, de probité, d'honnêteté et d'obéissance à la loi que tous les autres citoyens.

Le crime est un ennemi public et le policier est un soldat qui le combat sans merci. Le policier se garde de confondre le crime (à combattre sans faiblir), et le criminel (à contrer sans léser ou détruire).

Le policier face à la force et déraison criminelles cultive le courage, la compassion et le bon secours aux citoyens honnêtes.

Le policier veille à sa bonne condition morale et mentale en refusant les visions cyniques de la société, des pouvoirs publics et de la condition humaine, ainsi que les pratiques belliqueuses, autoritaristes, brutales ou perverses en toutes manières.

Le policier distingue, ne confond ni ne mélange jamais sa lutte contre le milieu criminel et sa lutte syndicale pour légitimement augmenter sa part du revenu national et l'amélioration de ses conditions de travail.

Le policier cultive une conception héroïque de ses actions, dont l'ensemble forme un service de sécurité publique. De toutes les doctrines éthiques, l'éthique aristotélicienne du juste milieu lui sera la meilleure.

Le policier considère prioritaire son métier de gardien des lois, et en rehausse la qualité et l'efficacité par ceux de protecteur des citoyens et d'éducateur des jeunes, surtout s'ils sont contrevenants.

Jamais le policier ne se substitue au législateur ou au tribunal, et jamais il n'utilise la force contre un prévenu ou un suspect dans un but vengeur ou justicier. L'ordre public n'est pas son ordre personnel, mais celui de la loi.

Le policier fait part à ses supérieurs et à tous ses collègues de tout problème, malaise, irrégularité ou dysfonctionnement constatés dans son métier. Il exige une solution raisonnablement rapide. Il s'autorise d'en avertir l'opinion publique s'ils perdurent déraisonnablement.

Dans les cas de tentative de corruption, le policier en informe ses supérieurs et tous ses collègues dans le but de professionnellement faire bloc contre cette offensive du monde criminel.

Le policier respecte une hiérarchie précise de loyautés dans l'obéissance aux commandements: il obéit d'abord à sa conscience, ensuite à la loi et, enfin, à ses supérieurs. En cas d'impossibilité de suivre cette hiérarchie de loyautés, il fait appel à l'opinion publique pour qu'elle tranche à sa place.

Le policier prévient les atteintes à son équilibre mental et émotionnel des duretés inhérentes à son métier par une hygiène psychologique appropriée, une vie saine et un environnement social gratifiant.

Le policier a le devoir de se faire craindre et respecter du criminel et de se faire aimer, admirer et soutenir par les citoyens honnêtes.

Le policier enrichit sa déontologie professionnelle par des lectures assidues des grands livres d'éthique et des sciences humaines en général.

Le policier développe un contrôle parfait de son agressivité naturelle, et ne la met en oeuvre que dans le cadre strict de sa fonction, de la situation, du respect des lois et du règlement, et de sa protection personnelle.

Le policier tient pour mauvais guides, pour manipulateurs l'émotion, les passions, la peur et l'intimidation et les préjugés.

Le policier doit se débarrasser de ses préjugés méprisants envers les homosexuels, les jeunes, les prostitués, les minorités ethniques, raciales, ou autres groupes sociaux caractérisés. La loi en général qu'il est censé faire respecter s'applique aux individus et aux personnes morales telles les corporations, non aux choix sociaux et culturels des individus et des groupes.

Le policier tient pour critères sûrs de sa probité professionnelle: ne jamais fermer les yeux sur une infraction et toujours intervenir sans que jamais la peur ou la négligence ne ralentissent son pas.

Le policier peut négliger et passer outre une loi, hors de tout doute désuète ou inapplicable, si le législateur oublie ou tarde à l'abroger.

Le policier doit mépriser une loi hors de tout doute inspirée par une idéologie criminelle en ses principes ou ses applications.

Dans tous les cas d'extrême difficulté d'application ou d'interprétation de la loi ou de la situation, le policier se fie uniquement à son bon jugement et à son sens moral, jamais à sa peur, à son intérêt personnel, aux intérêts corporatistes ou à la puissance sociale et politique des intervenants.

Le policier ne peut être tenu responsable de la faillite de son action s'il devait la mener au prix de sa vie.

Le policier courageux risque les blessures et les acceptent si la malchance les lui donne, car elles témoignent de la grandeur de son métier et justifient l'admiration du public qu'il protège.

Le policier distingue les faiblesses humaines qu'il voit tous les jours, et la grandeur et la dignité de l'homme qui existent par delà ce qu'il constate tous les jours, et pour l'épanouissement desquelles justement son métier existe.

Le policier garde en souvenir les modèles les plus admirables de son métier, --qu'ils aient été imaginaires ou réels--, afin que ces modèles inspirateurs l'aident mentalement à maintenir le cap sur la probité et le courage durant toute sa vie professionnelle.

Le policier évite de se mettre en conflits d'intérêts ou de valeurs. Il se désiste au profit d'un collègue dans une situation où ses proches (parents ou amis) sont impliqués. En cas d'un désistement impossible, il peut accorder un passe-droit raisonnable si la situation est sans gravité.

Le policier reconnaît qu'il n'y a jamais de conflits d'intérêt insolubles entre ses supérieurs et lui, entre la loi et son intérêt professionnel, entre le respect de la loi et les aléas et difficultés de son métier. Toujours, le respect de la loi doit prédominer. Sa constante réflexion sur son métier doit l'amener à contribuer activement à l'amélioration des lois. En cas de conflit insoluble entre sa conscience et la loi, il doit démissionner.

En cas de conflit entre lui et ses supérieurs, le policier doit dans un premier temps obéir et, ensuite, engager la bataille sur un pied d'égalité avec ses supérieurs, en tant qu'ils sont tous citoyens égaux, devant l'opinion publique.

Le policier est responsable des failles de toute nature qui nuisent à son métier. Il lui appartient de les déceler, de les corriger ou de les dénoncer. Jacques Légaré

Jkegare@hotmail.com

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