Supervision d'un stagiaire en enseignement

Présenté sous la forme d'un

PROTOCOLE DE TRAVAIL DU STAGIAIRE

Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm

I. Les Exigences spécifiques:

A. La lecture des deux manuels d'Histoire et des documents pédagogiques et historiques fournis.

B. _____ heures de cours pour chacun des 2 groupes d'Histoire

comprenant: le sujet à traiter, au choix du stagiaire.

la préparation des éléments audiovisuels et des textes éventuels.

Le stagiaire peut, d'une façon tout à fait libre et facultative, dispenser une ou deux heures d'enseignement    supplémentaires, voire plus, selon son bon plaisir.

C. La surveillance et la correction des trois examens de sessions.

La présentation de l'examen corrigé aux étudiants.

Remarques touchant les examens (voir plus bas)

II. Remarques et conseils touchant les examens:

1. La surveillance d'examen:

Espace les étudiants d'une chaise vide si le groupe est petit;

Déplace les étudiants de la dernière rangée du fond de la classe vers la première rangée;

Oblige à ce qu'il n'y ait rien sur les bureaux et sur les chaises pendant l'examen, même pas des feuilles de        brouillon; tout faire déposer par terre; faire un premier tour en tout début d'examen pour le vérifier.

Surveille surtout les étudiants dans les coins, et ceux qui se cachent derrière la tête de la rangée avant.

Fais indiquer par l'étudiant en début d'examen son numéro de groupe sous son nom, en haut à droite de sa   première feuille;

Signale-lui de bien lire les remarques préliminaires inscrites sur l'examen.

Réponds au bénéfice de l'étudiant et à haute voix à toute question d'éclaircissement sur l'examen. Évitez le piège de donner des quasi-réponses...

L'étudiant vient lui-même porter sa feuille au bureau du professeur face à la classe, qui la broche (très utile).

2. Buts de l'examen:

a) Vérifier que l'étudiant a bel et bien lu son livre au complet;

b) Vérifier sa compréhension du coeur et de l'essentiel de la théorie économique ou des traits essentiels d'une                 période historique.

.

Avertis, au début, que tu dois ramasser toute copie d'étudiant qui regarde en travers la copie de son voisin.

Surveille l'examen en lisant, car tu enlèves ainsi à ta surveillance son caractère policier. Lève les yeux très fréquemment de ta lecture, et regarde posément tous et chacun; en fait, une sorte de compromis.

Lors du ramassage des copies, ne pas déranger l'ordre du dépôt des copies sur la table du surveillant. D'habitude, les plus mauvaises copies sont déposées les premières et les meilleures les dernières.

3. Critères de correction:

Corrige avec un crayon rouge, couleur de l'autorité...

Corrige d'abord les questions objectives, ensuite les questions traditionnelles dites de composition; sois généreux pour les dernières si les premières sont faibles, et inversement.

À fin de la lecture de la copie de l'étudiant, pose-toi cette question: « A-t-il, a-t-elle bien lu en entier et

consciencieusement son volume ? ». C'est le critère principal de ton évaluation.

Pour accélérer, fais un gros X sur une assertion fausse, sans indiquer la bonne réponse, sauf si tu sens que l'étudiant s'est appliqué, ou si la bonne réponse est brève (lieu, date, événement, mot juste) par un seul mot.

Rajoute, à l'occasion, une précision manquante par un seul mot, pour faire sentir à l'étudiant que tu as corrigé très attentivement sa copie et qu'elle aurait pu être meilleure par une précision accrue ou une longueur plus riche.

Dans le cas d'un doute, inscris une note provisoire au plomb, et relis une 2e fois la copie après avoir corrigé toutes les autres.

Sur chaque copie, inscris une appréciation de 3 à 4 mots du type:

Excellente copie; Manque d'étude évident; Manque de petits faits précis, Français déplorable; Français remarquable; Bon texte mais trop court; Écriture illisible; Manque d'application; De toute évidence les 19 points de lecture efficace non utilisés; Théorie mal (ou non) maîtrisée); Ne te décourage pas: sueurs + coeur = succès.

Lis beaucoup et apprends ton Grévisse par coeur; Écriture négligée: la prochaine fois, tu devras la retranscrire à mon bureau;

Dans le cas d'une écriture illisible ou très négligée, inscris Note reportée: viens à mon bureau retranscrire lisiblement ta copie; et d'autres de ton cru.

Exige de tout étudiant, dont le nombre de fautes dépasse 10 fautes de français, de corriger chacune des fautes, de te remettre leur copie corrigée au prochain cours et que là, et là seulement, tu vas enregistrer leur note. Par précaution et sans bien sûr le leur dire, enregistre la note dès la fin de ta correction pour éviter la fraude, ou la copie perdue par l'étudiant.

4. Notation:

Indique une note inférieure à 60%, mais non inférieure à 30% (pour ne pas hypothéquer la réussite de tout son       cours) à toute copie dont tu as le sentiment certain que l'étudiant

a) n'a pas lu son livre;

b) n'a pas retenu l'essentiel par négligence et paresse.

Ne fais jamais par les notes des hécatombes d'échecs. Distribue-les de 99% à 40%.

Une bonne copie a 4 pages bien remplies, de bon texte dense et précis.

Par exemple, Aux copies vraiment mauvaises: -40%. médiocres: -60%. moyennes: -70%. bonnes: -80% très bonnes: -90% excellentes: -99% Inscris ces mots en gras à côté de chaque note finale.

Justifie par quelques mots toute note. Ainsi, l'étudiant l'acceptera plus volontiers.

Compte sur chaque copie le nombre de fautes de français, et indique ainsi: 7 ff pour 7 fautes de français.

Encercle au crayon rouge toute faute de français, mais sans la rectifier; indique le total du nombre des fautes et la note enlevée pour ce total: 73 - 5 points ff (5 fautes) + point boni: 5 = Total: 73

En général, note généreusement les deux questions à développement pour compenser la très faible note des mots de vocabulaire.

Ne calcule la moyenne que pour toi, mais ne la donne pas aux étudiants. Dis-leur que tu ne t'occupes que de la moyenne finale, qui est toujours plus haute en raison de la participation de qualité, du film et du redressement du travail des étudiants qui traînaient la patte. Dis-leur, pour ridiculiser le concept de moyenne. « Dans une entreprise qui fait faillite, ou dans un avion qui s'écrase, il est ridicule de se satisfaire d'être dans la moyenne ! ». Et « avoir une très haute note quand la moyenne est forte n'est pas très glorieux. »

Remets toujours les copies corrigées le cours suivant. Cela impressionne les étudiants; Tu leur donnes un exemple de vaillance.

Remets les copies corrigées toujours les 5 dernières minutes du cours suivant, malgré les impatiences des étudiants. Tu leur dis que tu veux les voir de bonne humeur jusqu'à la fin du cours... Ils rient et protestent; mais tu viens de sauver une heure de cours du désordre consécutif à toute remise des notes.

Toujours pour affirmer ton autorité, distribue toi-même chaque copie d'examen à chacun des étudiants en nommant haut et fort le nom de chaque étudiant (mais sans nommer la note) pour confirmer, encore plus s'il en est besoin, ton autorité de correcteur.

Félicite tout haut et en nommant son nom et sa note le meilleur de la classe pour susciter une saine émulation entre les étudiants. Valoriser les meilleurs empêche que les aigris et déçus monopolisent le sentiment général. Ces derniers doivent ravaler leur salive, et appliquer les 19 points énumérés au plan de cours pour réussir leur prochain examen.

Justifie ta notation en disant que les bons étudiants ont obtenu 80% et plus, et qu'il n'y a pas eu de passe-droits ou de complaisance pour les plus faibles. Utilise la métaphore suivante: un thermomètre dit la vérité, et ne se manipule pas.

Si quelques étudiants contestent ta note, il y a 3 cas de figure:

a) Maintiens-la si tu as de bons arguments: un bon argument est un argument indubitable.

b) Prends en délibéré une note contestée que tu crois pouvoir modifier à la hausse, et remets ta nouvelle note au cours suivant seulement (pour afficher que tu es réfléchi, et qu'on ne te fais pas changer d'avis comme d'une girouette).

c) Modifie sur le champ toute note contestée quand l'étudiant a indubitablement raison (erreur de comptage, ou de fait brut, etc.)

Après un examen, ne reviens pas sur les "bonnes réponses" qu'il aurait fallu donner, c'est pédagogiquement fautif car il ne faut jamais « gratter une plaie », mais bien plutôt faire rêver à un succès futur. Rends mort tout examen passé. Centre tout ton monde sur la réussite du prochain. N'engage pas de discussion sur l'examen après avoir donné les résultats. Dis-leur que la moyenne augmente toujours au 2e examen, car ceux qui ont peu ou mal travaillé se ressaisissent au 2e. Dis-leur: « On oublie celui-ci. En avant tout pour le prochain. Les 19 points sont la clé de votre succès prochain ! »

Je te souhaite un bon succès dans ta correction. La lecture des copies des étudiants est une manière privilégiée de les connaître profondément.

III. Considérations pédagogiques générales:

Sois exigeant et bon. Le secret de toute pédagogie réussie.

Sois constant dans tes décisions. Dans le doute, dis à l'étudiant que tu réfléchiras et que tu lui communiqueras ta décision au prochain cours.

Reconnais devant eux toute faute évidente; dis avec autorité: "Je vous fais mes excuses".

Complimente toute question et toute réflexion d'un étudiant qui fait preuve d'intelligence ou d'intérêt.

Ne tolère aucune vulgarité: réponds que tu respectes tous tes étudiants et que tu exiges rigoureusement la réciproque.

Bannis tout mot gras, grossier ou vulgaire, même s'ils sont par ton humeur du moment parfaitement sincères. L'expérience montre que l'étudiant choqué ou ému ne retient que le ton, et non le sens. Le ton évacue le sens, car l'émotion a troublé son jugement. L'étudiant retient que tu n'es pas "objectif".

Si un étudiant est très désagréable (cas rare au collégial), réplique vite, sèchement, et fais-le venir à ton bureau pour comprendre son problème et, selon le cas, use de ferme autorité.

N'injurie jamais un étudiant et ne te laisse jamais emporter par la colère. L'Éducation, en toi, ne doit jamais faillir.

Dès le premier cours, informe-les que tu déplaceras le premier étudiant qui placotera avec son voisin; dis-leur: "Écrivez-vous ou parlez-vous du bout des yeux"; déplace le premier placoteur dès la fin du premier cours, et devant ton bureau à la première rangée; malgré la bonne promesse de ne plus placoter du placoteur, ne reviens pas sur ta décision. Cet exemple d'autorité est le moins dur qui soit et le plus efficace pour toute l'année car il s'est fait très tôt et très vite.

Si tu as perdu ton autorité après le milieu du semestre, ne tente plus rien sur le coup du dépit; prends patience et prépare-toi mieux pour le prochain semestre, en son tout début.

Dis aux étudiants qui ne veulent pas suivre tes conseils ou les croient négligeables que c'est précisément pour eux que tu leur donnes. "Ils valent de l'or" dois-tu leur dire.

Cultive et invente des phrases-chocs pédagogiques du genre:

Faites-moi confiance 45 heures; c'est peu dans une vie pour apprendre beaucoup"

"Un DEC ne vaut rien sans les qualités nouvelles que vous vous acquérez par lui; obtenu sans trop travailler, il ne vaut rien"

"Divertissez-vous en lisant...dans les sciences que vous ignorez"

"Vaut mieux s'user que se rouiller"

"Vos études doivent devenir le loisir de toute votre vie"

et d'autres du même genre et de ton cru.

Ne donne aucun cours sans un minimum et un maximum de 300/500 pages de lectures contrôlées.

Secours les plus fragiles par l'idée que lire est un effort qui à la longue devient une immense passion.

Ne parle jamais contre tes collègues professeurs devant tes étudiants. Dis que chacun à des qualités-forces différentes où chaque étudiant doit puiser celles qui lui paraissent les meilleures.

"Quant à mes défauts, riez-en." s'ils ont la lucidité pénétrante

et l'impertinence loquace...

Parle de toi le moins possible, surtout pas de ta vie privée, sauf anecdotes pour détendre et faire rire. Centre le cours sur la matière et sur eux.

Construit ton cours selon trois parallèles: le manuel (obligatoire et à lire en entier); tes propos et notes de cours; les documents fournis. Dis à l'étudiant de choisir la parallèle qui lui sied le mieux et de comprendre les deux autres par elle.

Prends note de toute question de tout étudiant. A chaque semestre, collige-les avec tes réponses pour inscrire ces dernières dans ton plan de cours.

N'abandonne jamais un étudiant qui te demande de l'aide. Ne l'expédie pas à la bibliothèque ou vers quelqu'un d'autre. Donne-lui l'essentiel de son besoin, ne serait-ce qu'un bout de papier contenant l'information demandée ou la voie directe de l'obtenir.

Dis-leur que ta discipline est facile, quand on découvre la clé de sa porte principale. Elle se laisse aimer quand on l'étudie régulièrement. L'Histoire leur fera faire des voyages merveilleux.

Saisis les paresseux et les arrogants comme balle au rebond. Tu apprendras à les identifier assez vite. Mais n'applique jamais à ceux-ci le ton et la manière à l'ensemble des étudiants, qui souffrent plutôt d'insécurité, d'angoisse et de vulnérabilité au découragement. Demeure malgré tout ferme et bon avec les premiers.

Dis que ton cours est fait non pour les faibles, mais pour que les faibles deviennent forts.

Devant l'étudiant talentueux mais insatisfait de la trop grande facilité du cours (cas rare), dis-lui à part que tu dois respecter l'ensemble du groupe pour ne pas précipiter les plus faibles dans l'échec. Dis lui que c'est ta responsabilité première. Donne-lui, s'il veut l'accepter, un ouvrage supplémentaire à lire, et plus difficile, avec l'encouragement d'une note-boni.

Ne pose pas des questions difficiles nommément à un étudiant devant tous, même pas s'il est d'un naturel dérangeant ou négligé. Tu l'insécurises et l'humilies. Pose-la à toute la classe. Félicite toute réponse, même mauvaise...pour son audace.

Tout travail de groupe doit être bref, et très rigoureusement structuré. Sinon, il dégénère en conversation de brasserie.

De préférence, fais faire de courts travaux, corrigibles en classe rapidement et facilement, et sans inscrire la note au bulletin. Les exercices sont moins stressants. Mais dis aux étudiants que l'examen en aura de rigoureux semblables.

Ne t'accable pas sous le poids des corrections. Ménage tes yeux réservés aux plus savantes lectures de ta discipline pour que tes étudiants profitent au maximum de tes efforts rassérénés par l'étude. Pour compenser, corrige impeccablement toute copie.

Explique toute pesante théorie le matin et en début de semaine. Réserve les exercices et l'audiovisuel pour le troisième cours et les fins de journée.

Au début, montre que tu en sais beaucoup pour qu'ils réalisent que tu ne les fais pas se déplacer pour rien. Ensuite, ils s'attacheront à ta personnalité. Mais ne fais pas de cette heureuse conséquence un objectif pour tes actions.

Ne dévoile pas trop tôt tes convictions idéologiques (politiques, religieuses, sociales ou culturelles); l'étudiant te case sous une étiquette faite de préjugés qui le ferme à toute influence bénéfique que tu pourrais avoir sur lui. Et quitte l'illusion que tu l'influenceras par ce type de convictions. C'est la qualité de ta personnalité qui le marquera, si tu dois le marquer.

Rappelle-toi ton adolescence pour confirmer le fait fondamental que ta personnalité ne fait pas que teindre ou colorer ta fonction. Ta personnalité est consubstantielle à ta fonction; dans la sensibilité de l'étudiant, la première domine complètement.

Ne fais pas de clin d'oeil démagogique aux courants à la mode (écologisme, féminisme, fondamentalisme, tiers-mondisme, fédéralisme/souverainisme, suprématisme blanc, etc.). Replace-les dans le contexte du développement historique et rive-les précisément et relativistement aux points d'ancrage spécifiques de ta discipline.

Dans tes discours, distingue tes opinions de la science que tu enseignes, et dis-leur que la science seule est sujette à examen.

Ne désespère jamais de l'effet de l'éducation que tu dispenses. Notre influence s'étend sur des années et tu ne la verras pas.

Sache que tu ne plairas jamais à tous. Respecte la volonté de ceux que tu n'as pu séduire ou former selon tes principes. Leur liberté en sortira grandie, car ils sauront que tu l'as respectée.

Présente la vie comme une belle aventure. Gonfle leur rêve qui est celle de leur jeunesse, que tu n'as pas le droit de dégonfler par le cynisme ou un réalisme unilatéral et déprimant. Tu dois respecter leur fragilité, ainsi que leur espoir de vivre une belle vie, qui est belle par sa nature même.

IV. QUALITÉS DE L'ORATEUR

Voici quelques considérations et conseils sur cette qualité incontournable que doit posséder tout professeur: la communication facile, agréable et chaleureuse.

I. Tu es mort de trac ? Excellent ! En clair, tu es normal..! Quand tu l'auras surmonté après la conférence, tu en seras si heureux que tu déploreras le peu de temps qui t'a été alloué. Parler en public, c'est stimulant comme de la drogue... mais une bonne celle-là.

II. Identifie les qualités et les défauts de ton style oratoire, et corrige ces derniers qui sont en fait naturels, car liés à ton caractère; mais évitables aussi, puisqu'ils sont soumis à ta clairvoyance et à ta volonté.

III. Observe ce critère infaillible: tes camarades ont-ils les yeux fixés sur toi quand tu parles, et durant toute ta conférence? Si oui, tu as toutes les qualités naturelles d'un bon orateur.

IV. Dans le cas contraire, utilise les moyens suivants pour attirer leur attention:

1. La veille de l'exposé, compose le texte de ton allocution, apprends-le par coeur si tu le juges nécessaire, et apporte-le avec toi, écrit très gros, sous la forme de quelques fiches.

2. Sans extravagance, habille-toi un peu mieux qu'à l'ordinaire.

3. Présente-toi en disant ton nom et le sujet de ton Activité.

4. Donne-leur un document-résumé de ton Activité: les points forts et originaux, et la conclusion.

5. Tiens toujours une fenêtre ouverte: ça réveille. En groupe, chacun a la parole à tour de rôle.

6. Si tu es d'un naturel volubile et brouillon, écris au tableau le plan et des notes en forme de schéma avant ton exposé.

7. Parle distinctement, fort, et regarde tes auditeurs à tour de rôle dans les yeux.

8. Articule bien en prononçant clairement articles et pronoms.

9. Pose-toi une question à haute voix et demande la réponse à tes camarades.

10. Si tu crains d'être méthodique et ennuyeux, livre ton exposé sans note et en marchant.

11. Varie le ton de ta voix. De préférence, hausse le ton de ta voix.

12. Sois un tantinet cabotin et feins l'émotion de la situation exposée. Tiens-toi droit et conserve toujours ta dignité.

13. Gesticule pour simuler ou décrire des objets concrets; et surveille l'heure très discrètement.

14. Fais une blague; raconte une anecdote. Pose vite une question à l'auditeur qui te dérange.

15. Utilise les superlatifs («éblouissant!» «extraordinaire!» ) pour illustrer les aspects spectaculaires, inédits ou passionnants de ton Activité.

16. Lie ton Activité à l'actualité, à la vie quotidienne de tes amis, si c'est possible.

17. Demande leur opinion, et reprends vite le cours de ton exposé.

18. Vérifie leur compréhension de la signification d'un mot savant, technique ou peu connu.

19. Pose une question nommément à l'auditeur décroché, inattentif ou ennuyé.

20. Évite toute phrase incomplète, tout mot vulgaire, toute expression relâchée.

21. Parle comme un livre, pour charmer intellectuellement tes auditeurs et leur prouver qu'ils ne perdent pas leur temps à t'écouter.

22. Dis-leur que tu es très heureux s'ils critiquent la façon dont tu as mené ton Activité. Dis-leur que la science vit de la critique systématique qui empêche de s'endormir ou d'adorer les vérités pontifiantes. Cependant, il arrive qu'elle réactive des vérités oubliées ou négligées.

23. Soumets à ton intelligence critique les poncifs, les lieux communs, les stéréotypes.

24. Évalue avec lucidité les idéologies à la mode (téléévangélisme, fédéralisme, souverainisme, néo-libéralisme, féminisme, écologisme, suprématisme blanc, sectes grandes ou petites), non dans le but vain et déprimant de déprécier mais de réveiller et de provoquer l'intelligence assoupie.

25. Provoque-les en leur demandant si telle idée, que tu sais manifestement erronée ou grossière, est vraie ou fausse.

26. Demande-leur la différence entre deux synonymes tout proches.

27. Pose-leur une question de difficulté moyenne, qu'ils sont supposés connaître.

28. Écris au tableau au fur et à mesure les références des grands auteurs que tu as consultés.

29. Amène en classe les ouvrages les plus passionnants de ton Activité.

30. Célèbre les plus belles intelligences qui t'ont le plus influencé.

31. Complimente-les sur leur participation.

32. Termine ton exposé par une idée ou une situation chargée d'émotions fortes. Compose bien à l'avance la toute dernière phrase-choc de ton exposé.

33. En résumé, atteins ton public, crée un contact affectif avec lui. Voilà le grand secret.

Bon Succès!

V. COMMENT PRÉSENTER EN CLASSE UN VIDÉO

Préliminaires:

Un vidéo est à la fois un dessert et un aliment substantiel. Les informer qu'ils doivent en profiter.

... dans le cours précédant l'audition:

Leur signaler qu'un vidéo sur un sujet très ancien (Antiquité, Moyen Âge, voire Temps modernes) nous paraît plus étrange, car plus lointain, qu'un vidéo d'actualités filmées du Xxe siècle, et ceux de 1900-30s plus encore que ceux de 1980-90s. L'image plus que le texte nous révèle l'épaisseur et l'étrangeté du temps.

Annoncer à l'avance qu'il y aura audition de vidéos en classe, et qu'ils sont susceptibles d'être évalués par une question d'examen.

Raconter dans le cours précédent le titre, les avenants et les aboutissants du sujet du vidéo si la lecture préalable du manuel serait insuffisante à la compréhension du sujet.

Indiquer les pages du manuel qui correspondraient à l'époque de l'histoire du sujet du vidéo, et les inviter à les lire.

Déployer une carte historique pour situer l'action et, sans la raconter, en mentionner les enjeux.

Avertir de la complexité d'un vidéo, tel celui sur la Révolution française. Leur demander de faire un grand effort d'attention soutenue pour ne pas perdre le fil, et de ne pas décrocher s'ils croient l'avoir perdu.

À l'avance, mettre en évidence la qualité du vidéo (montage savant, français recherché et suave, images rares, provocantes, exceptionnelles, objets surprenants, destins exceptionnels, surprises hilarantes, etc.). Le vidéo peut être un chef-d'oeuvre en lui-même, indépendamment de son sujet (cf. L'Odyssée, D'or et de Pierre).

Demander aux étudiants d'observer les objets usuels (meubles, vêtements, autos, édifices, coiffures, etc.) et d'identifier vices et vertus, erreurs et actions réussies des principaux personnages.

Leur enseigner que l'endormissement lors d'un vidéo indique chez eux un déficit en sommeil. Conseiller de se coucher tôt, rarement après 22. 00h, car le sommeil est incompressible. C'est une affaire de discipline personnelle.

Informer qu'il est interdit, sous peine de perdre des points de participation de qualité, de dormir, de s'assoupir, de lire même quelques minutes durant le vidéo.

Les inviter à auditionner pour leur propre plaisir les vidéos d'histoire de la bibliothèque en leur donnant la liste.

Sans le dire officiellement pour ne pas attirer les «mouches à notes», donner 2 points boni à tout étudiant qui a de son propre chef visionné un vidéo sans espoir de gain apparent autre que sa formation et sa culture.

Demander de ne pas prendre de notes pendant le vidéo afin de ne pas forcer les yeux.

... dans les 5 minutes précédant l'audition:

À l'avance, dans les 10 minutes précédant le cours, voire durant l'heure précédente si le local est libre, installer l'appareil, mettre la cassette à son tout début prête à être présentée pour se prémunir d'un défaut technique inopiné.

Écrire au tableau avant l'audition la question et les informer qu'elle sera reprise à l'examen.

Formuler une question de type réflexif ( « Quelles furent les erreurs commises par Louis XVI, Danton et Robespierre durant la Révolution française ? »), et non de type observatif ( « Quel est le nom du personnage qui a fait ceci ou cela ? »). En effet, l'étudiant peu scrupuleux de la valeur de sa formation cessera d'écouter dès qu'il aura trouvé la réponse précise.

Écrire au tableau à l'avance les mots, expressions, informations ou faits qui dans le vidéo seraient a priori inconnus ou incompréhensibles à l'étudiant.

Déplacer vers l'arrière les étudiants trop près ou tout à la périphérie avant de la classe. Puisque l'étudiant n'aime guère être déplacé, le faire avec le sourire en lui indiquant que tu tiens à ce que son angle de visualisation soit pour lui à son meilleur.

Devant quelque défaut évident d'un vidéo (technique ou substantiel), le mentionner pour inviter l'étudiant à passer outre pour qu'il se concentre sur le texte ou sur le sujet, et sur ses qualités proprement dites.

Interdire expressément le chuchotement. En indiquer la raison: « Cher étudiant, vous interférez dans l'audition de tout le monde et vous altérez le contact de tous et chacun avec le vidéo, son atmosphère, son texte et ses personnages. »

Demander de ne pas faire de brouhaha (rangement des affaires) durant les dernières minutes du vidéo.

Tous ces préliminaires doivent prendre 5 minutes maximum, car hélas les vidéos durent 60 minutes et plus et le cours 50 minutes

Présentation du vidéo

S'asseoir à l'arrière et prendre en note, par l'organigramme de la classe, le nom des étudiants fautifs (chuchoteurs ou inattentifs).

Prendre les présences discrètement avec l'organigramme de la classe pendant l'audition du vidéo ou, si impossible, après avoir fermé la machine et juste dans la minute précédant la fin du cours.

Ne jamais, ou rarissimement, interrompre le vidéo pour des explications ou des mises au point pour ne pas rompre le lien d'attention et l'atmosphère, voire le charme, que crée le vidéo avec son auditoire.

Faire un petit «chut!», ou brasser largement des mains désapprobatrices, si un impoli rompt le silence, voire toucher dans le dos un éventuel assoupi ou dormeur mais uniquement s'il est à l'arrière très près du surveillant.

Lorsque les étudiants sortent du local à la fin, informer tout étudiant chuchoteur ou dormeur que tu lui a enlevé 1 point de participation de qualité pour son écoute déficiente.

En cas de contestation étudiante sur ce dernier point, n'engager aucune discussion disciplinaire sur ce point et donner rendez-vous à l'étudiant pour une discussion ultérieure dans laquelle il faut affirmer net que, en vue d'une bonne formation, la discipline (de sec. II !) la plus stricte est exigée pour l'exercice le plus facile et le plus agréable: écouter un vidéo.

Après l'audition

Rembobiner précisément au tout début du sujet, et replacer très vite l'appareil à son local indiqué, car un autre collègue peut l'avoir réservé.

Ne pas reprendre dans une autre heure de cours les 10 ou 15 minutes finales d'un vidéo, car c'est perturber l'autre heure de cours tout entière et perdre du temps lors d'une réinstallation; par surcroît, le fil magique est déjà coupé entre le vidéo et l'auditeur. Enfin, toute heure de cours doit conserver son unité psychologique.

Dans les cours magistraux ultérieurs, faire quelques liens avec les vidéos précédents et ultérieurs pour cimenter l'unité du cours en ses trois modes (cours magistraux, manuel et vidéos).

Indiquer les lacunes scientifiques du vidéo visionné afin de faire ressortir la difficulté d'un texte historique scientifiquement irréprochable: objectivité, équilibre, impartialité. En même temps, mettre en évidence les éléments (recomposition, restauration, exhumation, reconstitution, voire célébration), relativement artistiques de la science historique.

VI. Observation de stage du stagiaire Marcel B.

Deux heures de cours traitant des philosophes grecs dans le cadre du cours Histoire de la civilisation occidentale.

Brèves observations lors de son exposé magistral

Bonne présentation personnelle en guise d'introduction

Nervosité légèrement apparente mais très bien contrôlée

Bonne idée d'amener en classe tous les bouquins qui servirent sa recherche

Très bonne attention, fort constante, des étudiants, un peu faiblissant naturellement à la toute fin à l'approche du dîner...

Écriture très claire au tableau

Vocabulaire relativement riche et complet.

Élocution aisée, beaucoup d'à-propos

Plan bien structuré et bien respecté

Excellent talent de causeur

Présence chaleureuse et attentive à son auditoire

Authenticité du caractère et de la personnalité

Sujet abstrait très bien maîtrisé, et amené avec humour et aisance.

Bonne utilisation d'un certain cabotinage, sans excès critiquable.

Belle alternance entre l'humour et le sérieux

Utilisation judicieuse du questionnement des étudiants

Une rare erreur de fait: Périclès ne fut pas exilé, mais mourut de la peste.

Emploi du conditionnel avec « si »

Une petite coquille, un pléonasme curieux, dans la ferveur du discours: « rester vivant jusqu'à la fin ».

Parler légèrement plus fort serait un atout et accorder un soin strict à la prononciation de tous les articles et pronoms. L'idéal consiste à parler à un auditoire comme si on écrivait un livre.

Dans l'ensemble, pour une première prestation devant un groupe d'étudiants, performance de très grande qualité, que l'expérience érigerait en performance exemplaire.

Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm