Pour un beau français classique.
La qualité stylistique en science.
Par Jacques Légaré, ph.d.
Autres textes sur d'autres sujets à http://www.iquebec.com/oeuvres-de-jacques-legare/index.htm
Selon certains, le style relèverait de la seule fantaisie individuelle; ainsi il n'y aurait pas, stricto sensu, de fautes de style, seulement un bon ou un mauvais goût qui ne relève plus que de la liberté individuelle. Cette affirmation est fondée pour tous les genres artistiques: l'art littéraire, musical, médiatique, la pratique scénique, etc. En revanche, elle est rigoureusement inexacte dans le discours scientifique (Philosophie, Sciences littéraires telles linguistique, lexicographie, histoire littéraire, Sciences humaines et Sciences de la nature). Si l'art fuse de tous les styles, de toutes les audaces, de toutes les virtuosités qu'une langue puisse offrir, telle qu'on la parle, l'écrit ou l'imagine, la science par ailleurs ne relève ni du beau ni de l'expressif, mais d'un réel qu'elle ne peut dire autre qu'il n'est. L'art fabrique un nouveau réel, et ne dit rien sur lui. Il n'a même pas obligation de le comprendre, encore moins de l'expliquer. Révéler, exposer, transposer, métamorphoser, -toutes ces forces de la création artistique- ne sont pas une seule explication, ni de ce qu'il est, ni de ce qu'il a créé. La science, tout à l'opposé, impose à sa lecture du réel qu'elle ne peut inventer, l'utilisation d'une langue à la rigueur extrême. Voilà une idée qui n'est pas courante, négligée par ceux-là mêmes qui vouent sincèrement un grand respect à la science et souhaitent pour elle le discours le plus approprié. Elle est même désastreusement absente en de nombreux manuels, articles de journaux ou de revues spécialisés, même sous la plume des plus savants en leur discipline. Les savants antiques et médiévaux utilisaient les richesses de la langue et puisaient des vérités de la rigueur même qu'ils voyaient en elle. Nos savants contemporains ont trop souvent perdu cette nécessaire exigence, car ils ont cru la remplacer avec plus d'efficience par la quantification ou l'appareillage; ainsi, leurs textes, voire leurs trouvailles scientifiques, s'en ressentent gravement. Quelques modernes, tels Machiavel, Adams Smith, Keynes, Alain, nourris d'études classiques, étaient soucieux de l'expression impeccable, souci de rigueur stylistique si largement absent dans les écrits plus récents.
Pour en donner un bon exemple, voici un texte québécois, dont le fond est assez bon, mais dont le style, qui n'est pas des pires, fut restauré par mes soins à titre d'exemple. Même ma restauration pourrait être améliorée, je n'en doute pas. Mais si tous avaient le souci d'utiliser au mieux cet instrument merveilleusement précis qu'est la tradition littéraire de sa langue, la science et les esprits qui aiment lire et s'instruire seraient mieux servis.
En trois parties: 1. les principes du style de l'écriture scientifique, 2. le texte restauré, 3. le texte original.
1. Les principes ou les règles de la stylistique scientifique.
1. Concision la plus extrême; voire même à cette fin, tous les chiffres en chiffres: non pas «trois causes», mais « 3 causes».
2. Le substantif préféré à l'adjectif.
3. Expression propre et juste: ainsi, éliminer les cloches suivantes: en ce qui à trait à, en ce qui concerne, au niveau de, positionner ma pensée, poser un geste, et autres clocheries du même genre.
4. Utilisation des mots avec leur sens étymologique tout premier. Par exemple, terrible signifie «capable de terreur», et non pas son dernier sens: «excellent», dernier sens qui n'est pas terrible...
5. Élimination de avoir et être pour un synonyme plus recherché, car plus précis et plus nuancé.
6. Phrases courtes, selon la séquence: «sujet, verbe, complément».
7. Refus du néologisme, si le mot existe déjà.
8. Refus de doter d'une nouvelle acception, ou d'un sens altéré, un mot déjà connu; ainsi le mot «nature» est devenu inutilisable et « idéologie» (modifié péjorativement par Marx) a perdu sa force significative, son ampleur et sa pertinence.
9. Faire suivre, dans un but de clarté, chaque proposition, phrase unique très abstraite, condensée, ou chaque paragraphe d'un exemple, d'une application, voire d'une métaphore pédagogique.
10. Construction (par une équipe) d'une véritable typologie sémantique des concepts fondamentaux, dont les sens précis sont conventionnellement inamovibles. De beaux exemples en sont le tableau périodique des éléments en Physique, la périodisation en Histoire, et la comptabilité nationale en Économique. Par malheur, la Philosophie gaspilla son patrimoine sémantique en tournant le dos à la rigoureuse typologie aristotélicienne.
11. En tout début d'écrit scientifique, nommer ses auteurs ou savants paradigmatiques.
12. En conclusion à tout article, schématiser sa pensée d'un sujet complexe sous forme d'un tableau didactique.
2. Le texte stylistique restauré
(barré ou en noir le texte original)
de Réjean Bergeron,
entre parenthèses et en bleu l'ajout ou la modification stylistique de Jacques Légaré.
Par RÉJEAN BERGERON, article tiré du Devoir.
«« À quel moment devient-on un être humain?»»
Il nous revient à tous, et non à quelques seuls juges, de résoudre les problèmes éthiques que pose la question de l'avortement.
Comment lire... (si vous posséder Wordpro de la Lotus SmartSuite de IBM)
Le noir: texte original non modifié
Le rouge: texte original retranché
Le bleu: texte rajouté, en remplacement du rouge.
Lisez le noir, puis avec lui soit le rouge (texte intégral) soit le bleu (texte modifié).
N'outrepassant pas ses compétences et respectant (entérinant, suivant) la jurisprudence en ce domaine, la Cour suprême a réitéré (statué, confirmé), lors d'un tout récent jugement qu'aucune personnalité juridique n'était reconnue au foetus à l'intérieur de notre système de justice (par notre droit) et que, de ce fait, Ainsi donc aucune instance ne pouvait obliger une femme enceinte toxicomane à suivre une cure de désintoxication (se désintoxiquer) afin d'assurer le bien-être de l'enfant à naître. (son futur enfant). Si certains ont crié victoire devant à la suite d'un tel Jugement (si important) d'autres exigent du gouvernement (législateur) un ensemble d'amendements (de modifications) aux lois existantes afin que notre société (nos tribunaux) reconnaisse le droit du foetus, quitte à limiter ,même s'il faut corrolairement limiter ceux de la femme. par la même occasion.
: Sommes-nous à la veille d'assister à une reprise des débats concernant sur l'avortement et le (l'hypothétique) droit du foetus ? Plusieurs indices dans l'actualité (faits relatés par les media) peuvent nous le laisser (nous le laissent) croire. Évidemment, (De toute évidence), dans une société (démocratique) comme la nôtre, quiconque se doit d'avoir (devrait avoir) son (une) opinion sur ces questions. Mais étant donné (Par ailleurs, puisqu'il n'y a pas, ou encore (voire), qu'il n'y a plus (sauf pour les croyants) de Vérité sur ce sujet(,) rien de surprenant alors à ce que les gens laissent libre cours à leurs sentiments, leurs croyances et leurs préjugé s dans le sens de pré-jugement - (a priori, opinion toute faite) lorsque vient le temps de donner une opinion sur ce sujet (de prendre partie, d'affirmer ses choix ou préférences dans ce débat). C'est sur quelque-uns de ces présupposés que j'aimerais me pencher dans le texte qui suit. (Mon texte qui suit exposera les arguments des deux parties).
Les «pro-vie»
Histoire de systématiser un peu, disons que dans ce débat (historique, voire multimillénaire), il y a (grosso modo), d'un côté, (d'une part) ceux que l'on qualifie de (les) pro-vie. Comme l'expression (l'appellation) l'indique (le laisse entendre), ils seront pour la reconnaissance (légale) du droit du foetus et contre l'avortement en affirmant que ce geste (qui, selon eux) va à l'encontre du principe le plus respectable, le plus sacré, celui de la vie. De toutes formes de vie? Étant donné que c'est évidemment de la vie humaine (bien évidemment). dont il est ici question, c'est à ce moment que les choses (Le débat) se compliquent (d'une autre question qui lui est logiquement liée, ou consubstantielle diraient les théologiens si présents en ce débat): qu'est-ce que l'être humain, et à partir de quel moment sommes-nous en sa présence?
Les plus radicaux, et peut-être les plus honnêtes (logiques) envers leurs présupposés (postulats, principes) nous diront que nous sommes en présence d'un être humain dès la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde. On parle (argumente), ici, en fonction (à partir ) d'un commencement absolu. D'ailleurs, la représentation que l'on se fait (commune) de cette rencontre du spermatozoïde et de l'ovule a beaucoup à voir (quelque analogie) avec le récit biblique de la création divine. Dieu n'y serait pas allé d'une façon graduelle pour créer l'homme à son image. Il en va (irait) de même à la suite (lors) de la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde. Ici(Pour les pro-vie), tout est soudain (et miraculeux) et aucun compromis (ontologique) n'est envisageable. Peu (leur) importe l'intention du couple, peu (leur) importe de savoir si ces deux personnes étaient consentantes (à procréer) lors de «l'acte» créateur. Avorter un embryon, humain, c'est aller (va) à l'encontre de l'Intention (la volonté) divine (clairement exprimée dans l'Ancien et le Nouveau Testaments. «Tu ne tueras point» ne souffre pas d'exception, que fabrique l'incohérence tordue, hors ou dans l'Église).
Cette position, malgré sa grande (nécessaire) exigence - celle de croire en Dieu -, a toutefois le mérite d'être claire et sans ambiguïté (contradiction)., à (À) condition, cependant, de ne pas être, dans un même élan, (avec les mêmes arguments et les mêmes principes) pour la peine de mort. (Bien qu'elle soit en voie d'abandon par les grandes Églises officielles, C'est malheureusement trop souvent (quelque fois) le cas chez ces ardents (certains sectaires) défenseurs du droit à la vie du foetus (qui assassinent les médecins avorteurs... Par ailleurs, soulignons la cohérence argumentative de la position des pro-vie par cet argument péremptoire que le foetus n'a jamais tué personne).
(p.s. De J.L) La meilleure démonstration des arguments pro-vie se trouve dans l'article de Martin Blais, philosophe et catholique, publié dans Les Enseignants.)
Les byzantins
Et puis, (En seconde ligne), il y a les byzantins, ceux qui y vont de (dont les) subtilités pas toujours très claires. (sont absconses) Combien de jours après la fécondation pour donner un être humain (fondent, sacrent ou créent l'humanité d'un être) ? En deçà de combien de semaines ou de mois de grossesse peut-on (sommes-nous légitimer de) pratiquer l'avortement (s'avorter) ? Est-ce à (À) partir de 14 jours, de huit (8) semaines ou de six (6) mois (que le foetus) qu'il est permis de dire du foetus qu'il est un être humain?
Pourtant, qu'a de plus le foetus de neuf (9) mois comparativement à (en comparaison de) celui de deux (2) semaines, si ce n'est quelques milliards de cellules en plus? Si on refuse de parler (on lui dénie le statut) d'être humain deux (2) jours après la fécondation, en quoi sommes-nous en mesure de le faire (lui octroyer) à six (6) ou huit (8) mois? A À moins d'asseoir (d'appuyer) notre raisonnement sur (par) un critère purement quantitatif ou sur (par celui de) la présence d'une plus grande complexité biologique, cela est faisable (l'argument devient plausible, crédible). (En effet), Le système nerveux commence à se développer (se développe) dès le quatorzième (14e) jour, et le néo-cortex à partir de la 8e semaine, nous disent les scientifiques. Est-ce suffisant pour en faire des critères absolus? (Ces arguments sont-ils des critères irréfragables ?)
(Le premier jour de la viabilité du foetus serait le bon critère) est viable, diront certains, (dont la fixation reviendrai,. A partir de ce moment il en reviendrait aux médecins de poser cette limite. Et dont la fixation reviendrait aux médecins). Pour certains, actuellement, l'étape de la viabilité (serait) se situe aujourd'hui autour de (vers) la vingt-quatrième (24e) semaine de gestation. Toutefois, il n'en demeure pas moins que cette limite qui serait ainsi tracée par le corps médical resterait tout de même tributaire (balancerait au gré) des progrès de la science. en ce domaine.
Au nom de la dignité humaine, certaines personnes accepteront que l'on ait recours à l'avortement lorsqu'on découvre (constate), à l'aide d'une amniocentèse par exemple, que l'enfant à naître sera handicapé physiquement ou mentalement (un handicap physique ou mental anticipé). (Dans ce cas) Après avoir fait de (si) la pensée (est) le propre de l'homme, si le médecin prévient les parents que l'enfant sera gravement handicapé mentalement, ceux-ci (les parents) sero nt-ils davantage justifiés d'avoir recours à l'avortement? Par ailleurs, le fait que (puisque) l'amniocentèse ne puisse (peut) être pratiquée avec succès qu'autour de la quinzième (15e) semaine, soulève également un certain nombre de questions (d'autres questions exigent des décisions menacées d'arbitraire, sans pour autant qu'elles soient irrationnelles ou irresponsables). C'est qu'à ce niveau, il faut se l'avouer, toutes les décisions reposent sur l'arbitraire, et ce, faute d'arbitre. Toutefois, s'il s'agit ici d'une décision purement humaine, ce n'est pas dit qu'elle soit nécessairement irrationnelle ou irresponsable.
Les «pro-choix»
Finalement,(Enfin,) à l'autre extrémité, l'on a ceux qui se posent en faveur (les partisans) de l'avortement, ou, disons plutôt, pour le libre choix (de se faire ou non avorter). On (Ils) en appelle(nt) aux droits et libertés de la personne pour justifier cette (leur) position,. des (Ces) droits et des (ces) libertés qui sont (sont) nés du travail que la raison pure (la pensée libérale, rationaliste et républicaine) a entrepris (achevé) au XVIIIe siècle et qui sont venus se superposer pour inspirer et enrichir au le droit classique (féodal et romain) par l'intermédiaire la promulgation) des différentes chartes (Angleterre) (1689) USA (1783) (France( 1791) Onu (1948), Québec (1975) Canada (1982). Dans ce contexte, (À l'aune de ces chartes libérales) la question de savoir si le foetus a des droits ne se pose pas (le droit du foetus est impossible puisque celui-ci n'est pas reconnu comme un être humain (ce dernier, n'étant pas une personne, n'a pas de personnalité juridique) et encore moins comme une personne dans le sens fort du terme, c'est-à-dire comme un être conscient et responsable qui a accès à l'intersubjectivité. (D'ailleurs, qu'il soit conscient, responsable ou intersubjectif n'ajoute rien à son statut de personne, si le droit la reconnaît. Ces qualificatifs en ajoutent seulement à la qualité de la vie de cette personne).
On peut constater (constate) un glissement de sens important à l'intérieur de la représentation que les pro-choix se font de l'être humain. Pour les pro-vie, nous disions que le spirituel en l'homme était vu comme quelque chose de transcendant (relève du concept théologique de la transcendance, c'est-à-dire au delà de ce monde). Par contre, En revanche, chez ceux qui se posent en faveur de l'avortement et du libre choix (Pour les pro-choix), l'esprit est pensé comme (de ce monde uniquement), temporel et immanent à l'être (d'ici-bas). La naissance de l'enfant, triste ou joyeuse chute dans le temps, marque à cet effet sa (toute première) venue au monde (que les pro-vie fixent 9 mois plus tôt, à la conception). C'est à partir de ce moment (la naissance) qu'il se voit reconnu (que les pro-choix le reconnaissent) comme faisant partie de l'humanité, et ensuite, de la société civile (et de l'État). (Par les autres humains qui l'accueillent, la reconnaissance de toutes ces sphères d'appartenance est rapide, par lui-même, Toutefois, il (Il) lui faudra assimiler (accéder à ) toute (une maturité, voire), une culture pour en venir à se reconnaître (que cet enfant devenu adulte se reconnaisse comme un être humain (une personne multidimensionnelle aux multiples appartenances). A À cette reconnaissance viendra se greffer, (se greffera) d'une façon graduelle, un lot de droits et de devoirs qui accompagnent ce prestigieux titre (titre prestigieux).
On se rend compte que dans (Dans) le débat sur l'avortement et la reconnaissance du droit au foetus, il est vain de penser (les pro-choix, dont fait partie l'auteur de ce texte, R. Bergeron) que l'on pourra trouver (récusent) une (toute) réponse claire (entendue) quelque part dans le ciel, (Ciel) ou encore à l'intérieur des (même dans les ) différents codes de lois ou des différentes chartes des droits et libertés. Dans une société démocratique et pluraliste (largement rationaliste et hédoniste) comme la nôtre, qui se veut de plus en plus laïque dans ses institutions (et sur une pente laïciste et scientiste, conséquente à son rationalisme), il n'est pas faux (trop audacieux) d'affirmer que, dorénavant il n'en reviendra qu'à l'être humain (qu'aux citoyens, majoritairement incroyants, il revient) de fixer les limites qui décréteront (ent) à partir de quel moment le foetus deviendra (est) un être humain, (seul admissible à la personnalité et à la protection juridiques). En se dégageant d'un certain nombre de contraintes naturelles (pour son économie et son environnement physique ,et contraintes historiques pour sa culture, sa philosophie et son droit) l'être humain (le citoyen actuel a acquis une plus large part de (grande) liberté (qui est un concept et une réalité exclusivement politiques). Les problèmes (choix) éthiques nouveaux soulevés par la question de l'avortement découlent de (s'expliqueraient par) cette conquête (des Lumières). Il en revient donc à nous tous (croyants comme non-croyants), et non pas seulement à quelques juges (non élus), de tirer la ligne au sujet de ce que l'on veut être comme espèce. (de statuer sur le sens ultime de la vie et sur la gestion de ses premiers jours).
Texte stylistiquement corrigé par Jacques Légaré.
14 novembre 1999.
3. TEXTE ORIGINAL
À quel moment devient-on un être humain?
Il nous revient à tous et non à quelques seuls juges, de résoudre les problèmes éthiques que pose la question de l'avortement
Par RÉJEAN BERGERON, tiré du Devoir.
N'outrepassant pas ses compétences et respectant la jurisprudence en ce domaine, la Cour suprême a réitéré, lors d'un tout récent jugement qu'aucune personnalité juridique n'était reconnue au foetus à l'intérieur de notre système de justice et que, de ce fait, aucune instance ne pouvait obliger une femme enceinte toxicomane à suivre une cure de désintoxication afin d'assurer le bien-être de l'enfant à naître. Si certains ont crié victoire devant un tel Jugement d'autres exigent du gouvernement un ensemble d'amendements aux lois existantes afin que notre société reconnaisse le droit du foetus, quitte à limiter ceux de la femme par la même occasion.
: Sommes-nous à la veille d'assister à une reprise des débats concernant l'avortement et le droit du foetus Plusieurs indices dans l'actualité peuvent nous le laisser croire. Évidemment, dans une société comme la nôtre, quiconque se doit d'avoir son opinion sur ces questions. Mais étant donné qu'il n'y a pas, ou encore, qu'il n'y a plus de Vérité sur ce sujet rien de surprenant alors à ce que les gens laissent libre cours à leurs sentiments, leurs croyances et leurs préjugés dans le sens de pré-jugement - lorsque vient le temps de donner une opinion sur ce sujet. C'est sur quelque-uns de ces présupposés que j'aimerais me pencher dans le texte qui suit.
Les «pro-vie»
Histoire de systématiser un peu, disons que dans ce débat, il y a, d'un côté, ceux que l'on qualifie de pro-vie. Comme l'expression l'indique, il seront pour la reconnaissance du droit du foetus et contre l'avortement en affirmant que ce geste va à l'encontre du principe lé plus respectable, le plus sacré, celui de la vie. De toutes formes de vie? Étant donné que c'est évidemment de la vie humaine dont il est ici question, c'est à ce moment que les choses se compliquent: qu'est-ce que l'être humain, et à partir de quel moment sommes-nous en sa présence?
Les plus radicaux et peut-être les plus honnêtes envers leurs présupposés nous diront que nous sommes en présence d'un être humain dès la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde. On parle, ici, en fonction d'un commencement absolu. D'ailleurs, la représentation que l'on se fait de cette rencontre du spermatozoïde et de l'ovule a beaucoup à voir avec le récit biblique de la création divine. Dieu n'y serait pas allé d'une façon graduelle pour créer l'homme à son image. Il en va de même à la suite de la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde. Ici, tout est soudain et aucun compromis n'est envisageable. Peu importe l'intention du couple, peu importe de savoir si ces deux personnes étaient consentantes lors de «l'acte» créateur avorter un embryon, humain, c'est aller à l'encontre de l'Intention divine.
Cette position, malgré sa grande exigence - celle de croire en Dieu -, a toutefois le mérite d'être claire et sans ambiguïté, à condition, cependant, de ne pas être, dans un même élan, pour la peine de mort. C'est malheureusement trop souvent le cas chez ces ardents défenseurs du droit à la vie du foetus...
Les byzantins
Et puis, il y a les byzantins, ceux qui y vont de subtilités pas toujours très claires. Combien de jours après la fécondation pour donner un être humain? En deçà de combien de semaines ou de mois de grossesse peut-on pratiquer l'avortement? Est-ce à partir de 14 jours, de huit semaines ou de six mois qu'il est permis de dire du foetus qu'il est un être humain?
Pourtant qu'a de plus le foetus de neuf mois comparativement à celui de deux semaines, si ce n'est quelques milliards de cellules en plus? Si on refuse de parler d'être humain deux jours après la fécondation, en quoi sommes-nous en mesure de le faire à six ou huit mois? A moins d'asseoir notre raisonnement sur un critère purement quantitatif ou sur la présence d'une plus grande complexité biologique, cela est faisable. Le système nerveux commence a se développer dès le quatorzième jour et le néo-cortex à partir de la huitième semaine, nous disent les scientifiques. Est-ce suffisant pour en faire des critères absolus?
Il s'agirait de déterminer ou de découvrir à partir de combien de semaines le foetus est viable, diront certains. A partir de ce moment il en reviendrait aux médecins de poser cette limite. Pour certains, actuellement, l'étape de la viabilité se situe autour de la vingt-quatrième semaine de gestation. Toutefois il n'en demeure pas moins que cette limite qui serait ainsi tracée par le corps médical resterait tout de même tributaire des progrès de la science en ce domaine.
Au nom de la dignité humaine, certaines personnes accepteront que l'on ait recours à l'avortement lorsqu'on découvre, à l'aide d'une amniocentèse par exemple, que l'enfant à naître sera handicapé physiquement ou mentalement. Après avoir fait de la pensée le propre de l'homme, si le médecin prévient les parents que l'enfant sera gravement handicapé mentalement, ceux-ci seront-ils davantage justifiés d'avoir recours à l'avortement? Par ailleurs, le fait que l'amniocentèse ne puisse être pratiquée avec succès qu'autour de la quinzième semaine soulève également un certain nombre de questions. C'est qu'à ce niveau, il faut se l'avouer, toutes les décisions reposent sur l'arbitraire, et ce, faute d'arbitre. Toutefois, s'il s'agit ici d'une décision purement humaine, ce n'est pas dit qu'elle soit nécessairement irrationnelle ou irresponsable.
Les «pro-choix»
Finalement, à l'autre extrémité, l'on a ceux qui se posent en faveur de l'avortement ou, disons plutôt, pour le libre choix. On en appelle aux droits et libertés de la personne pour justifier cette position, des droits et des libertés qui sont nés du travail que la raison pure a entrepris au XVIIIe siècle et qui sont venus se superposer au droit classique par l'intermédiaire des différentes chartes. Dans ce contexte, la question de savoir si le foetus a des droits ne se pose pas puisque celui-ci n'est pas reconnu comme un être humain et encore moins comme une personne dans le sens fort du terme, c'est-à-dire comme un être conscient et responsable qui a accès à l'intersubjectivité.
On peut constater un glissement de sens important à l'intérieur de la représentation que les pro-choix se font de l'être humain. Pour les pro-vie, nous disions que le spirituel en l'homme était vu comme quelque chose de transcendant Par contre, chez ceux qui se posent en faveur de l'avortement et du libre choix, l'esprit est pensé comme temporel et immanent à l'être. La naissance de l'enfant, triste ou joyeuse chute dans le temps, marque à cet effet sa venue au monde. C'est à partir de ce moment qu'il se voit reconnu comme faisant partie de l'humanité et ensuite, de la société civile. Toutefois, il lui faudra assimiler toute une culture pour en venir à se reconnaître comme un être humain. A cette reconnaissance viendra se greffer, d'une façon graduelle, un lot de droits et de devoirs qui accompagnent ce prestigieux titre.
On se rend compte que dans le débat sur l'avortement et la reconnaissance du droit au foetus, il est vain de penser que l'on pourra trouver une réponse claire quelque part dans le ciel, ou encore à l'intérieur des différents codes de lois ou des différentes chartes des droits et libertés. Dans une société démocratique et pluraliste comme la nôtre, qui se veut de plus en plus laïque dans ses institutions, il n'est pas faux d'affirmer que, dorénavant il n'en reviendra qu'à l'être humain de fixer les limites qui décréteront à partir de quel moment le foetus deviendra un être humain. En se dégageant d'un certain nombre de contraintes naturelles, l'être humain a acquis une plus large part de liberté. Les problèmes éthiques soulevés par la question de l'avortement découlent de cette conquête. Il en revient donc à nous tous, et non pas seulement à quelques juges, de tirer la ligne au sujet de ce que l'on veut être comme espèce.
Dans la Revue L'Histoire, consulter:
«Conception et avortement dans l'Antiquité» no.130, p.37.
Les femmes libres de Babylone» no.128, p.39 + H.S no 5 p. 14
«La vie intime des femmes à Florence» no.86, p.10.
«1848: la révolution de femmes» no. 218, p.62
«L'amour et la sexualité [en Occident, des origines à nos jours»
Hors série no. 5
LES PLÉONASMES QUI SE RÉPÈTENT...
Certains collectionnent les Renoirs, Rembrandts et Van Goghs. Mes revenus et mes lectures m'ont permis jusqu'à ce jour de collectionner des... pléonasmes. Histoire de rigoler sans frais.
En voici quelques uns que j'ai collectionnés. Bon nombre sont des quasi pléonasmes, que certains utilisent dans le but d'insister ou de préciser. Mais, au sens strict, ils demeurent tout de même des pléonasmes tout aussi bancals que drôles.
une quantification statistique
ce phénomène biologique intérieur
l'évolution changeante
un phénomène évident
la renaissance perpétuelle
ils pourraient possiblement
la vie courante de tous les jours
chacun d'eux
trois différents sujets
un futur héritier
revenir en arrière
une impasse sans issue
leurs propres intérêts
des droits juridiques
assurer sa survie
assurer sa survie péniblement
plagier les autres
imiter les autres
la somme de l'addition
la facture à payer
l'allure de la forme
le budget prévisionnel
l'état des résultats
échelonner le long
engagés comme mercenaires
unique en son genre
s'entre aider mutuellement
affronter ses adversaires
laisser la vie sauve
L'énorme pachyderme
La petite fillette
Femme devenue enceinte
mourir d'une maladie grave
le coût d'intérêt
le prix du loyer
le contenu du texte
sentir mauvais
courir vite
déambuler lentement
réfléchir profondément
viser juste
le yen japonais
la lire italienne
fluctuer en plus et en moins
l'univers spatial
13 heures d'affilée
l'apparence manifeste
bête comme ses pieds
temps continu
plus efficace qu'auparavant
l'apanage d'une chasse-gardée
très essentiel
la créativité propre de l'artiste
concept verbal
et ensuite
penser sérieusement
actifs actuels
néant absolu
en ordre logique
gouvernement au pouvoir
membre viril
sein d'une femme
dépenses d'argent
économie interne
moyen pour le faire
l'auteur à l'origine
Le roi régnant
chercher à obtenir
poids pesant
pour se procurer un objet
Les autochtones qui résident en ce pays
Dépenses budgétaires
Pouvoir décisionnel
Accroître davantage
Danger potentiel
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